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TROISIÈME ÉPOQUE ÉPOQUE LYRIQUE

Les poètes élégiaques : Tyrtée, Callinus, Mimnerme.

Après (Orphée et Amphion) parurent le grand Homère et Tyrtée, dont les vers excitèrent aux combals de Mars les mâles courages. Horace.

Et Tyrtée ? Est-ce en vain qu'Horace le met immédiatement après Homère ? (Quintiliex.

Tyrtée chanta aux soldats rassemblés des vers où il les exhortait au courage, les consolait de leurs pertes et leur enseignait l'art de la guerre. Justin. j

On enferma d'abord dans des vers d'inégale longueur l'expression de la plainte, puis celle de la passion satisfaite. Qui cependant employa le premier l'humble vers élégiaque"? Les grammairiens disputent là-dessus et le procès est encore pendant. (Horace.

Les poètes ïambiques et choliambiques : Archiloque, Simonide d'Amorgos, Hipponax, Ananius.

La rage de la vengeance arma Archiloque de l'ïambe, qui lui appartient en propre. Le brodequin et le majestueux cothurne s'emparèrent de ce mètre : il est propre au dialogue, il domine les bruits de la foule, il est né pour l'action.

(Horace.) Le premier, j'ai fait connaître au Latium les ïambes de Paros, en suivant la mesure et l'esprit à.1 Archiloque, mais non ses pensées* et les paroles dont il poursuivait Lycambe.

(Horace.)

Des trois poètes ïambiques admis par Aristarque dans son catalogue, Archiloque est le seul qui soit éminemment propre à développer la facilité. Il y a, en effet, dans ce poète, une grande vigueur d'élocuiion, des pensées fortes, des traits courts et vibrants, beaucoup de sang el de nerfs, ce qui fait croire à quelques critiques que, s'il est inférieur à qui que ce soit, la faute en est à ses sujets et non à son génie.

(QUINTJLIEX.)

La poésie lyrique et son influence sur les mœurs de la Grèce.

Je pense avec Platon que rien ne pénètre si aisément dans les Ames que les sons variés de la musique : on ne saurait dire combien la puissance en est grande soit en bien, soit en mal. La musique anime ceux qui languissent, fait tomber en langueur les plus exaltés, et tantôt relâche les âmes, tantôt les resserre. Bien des cités de la Grèce auraient eu intérêt à conserver leurs antiques modes musicaux. La douceur corruptrice de la musique déprava leurs mœurs, comme quelquesuns le pensent ; ou bien, leur austérité ayant cédé à d'autres vices, le changement de leurs cœurs donna lieu à ce changement dans la musique.

Voilà pourquoi l'homme le plus sage de la Grèce redoute singulièrement ce genre de corruption. Il soutient qu'une révolution dans la musique ne peut se faire sans une révolution dans les lois publiques. A mes yeux, c'est une chose qui n'est ni tant à craindre ni tout à fait à dédaigner. Jadis, les vers de Livius et de Naevius se chantaient sur un mode agréable, mais sévère; maintenant, pour les faire réussir, on y ajout** des contorsions de tête et des roulements d'yeux, suivant la diversité des airs. L'ancienne Grèce proscrivait impitoyablement ces abus ; elle prévoyait de loin que ce poison, se glissant insensiblement dans le cœur des citoyens, finirait par ruiner des cités entières. Aussi l'austère Lacédémone ordonna-t-elle de retrancher toutes les cordes que ïimothée ajouta aux sept cordes de la lyre.

(CicÉnoN

Les grands poètes lyriques de la Grèce d'après Horace : Alcée, Sappho.

On nous réclame des chants. Si jamais dans mes loisirs je me suis joué avec toi sous l'ombrage, ô ma lyre, fais entendre des chants ialins, qui puissent vivre et cette année et bien d'autres encore.

Je t'invoque, toi, qui dus tes premiers accords au citoyen de Lesbos, fier guerrier qui savait, au milieu des armes ou lorsqu'il attachait au rivage humide sa barque ballottée par l'orage,

Chanter Bacchus et les Muses, Vénus avec l'enfant qui l'accompagne toujours, et le beau Lycus aux yeux noirs, aux noirs cheveux....

Que j'ai été près de voir le royaume de la sombre Proserpine, Eaque sur son tribunal, les demeures écartées des âmes pieuses, et Sappho se plaignant sur sa lyre éolienne des jeunes filles de sa patrie, et toi, Alcée, dontl'archet d'or fait résonner plus fortement ta lyre pour peindre la mer et ses périls, l'exil et ses douleurs, la guerre et ses rudes travaux ! Les ombres les écoutent tous les deux et admirent ces chants dignes d'un religieux silence ; mais la foule épaisse du vulgaire prête une oreille plus avide au récit des combats et des tyrans détrônés....

On dira qu'en ces lieux où résonne l'impétueux Aufîde, où, roi d'un pays aride, Daunus gouverna des peuples agrestes, m'élevant au-dessus de mon humble fortune, le premier je fis passer les mètres éoliens dans la poésie italienne....

La mâle Sappho mêle son rythme au mètre d'Archiloque ; Alcée le fait aussi, Alcée, si différent du poète de Paros par l'ordre et les idées : il ne cherche pas de beau-père à souiller du fiel le plus noir; il ne tresse point, par des poèmes diffamatoires, le lacet fatal d'une fiancée.

i^Horace, Odes et Epilres.)

Les grands poètes lyriques de la Grèce d'après Horace (suite) : Alcée, Sappho, Stésichore, Simonide de Céos, Anacréon, Pindare.

Si la première place est occupée par le chantre de Méonie, Homère, elles ne restent point dans l'ombre les Muses de Pindare, du poète de Céos, du menaçant Alcée, du majestueux Stésichore. Les vers où s'esl joué jadis Anacréon n'ont point été effacés par le temps; ils respirent, ils vivent encore, les amours brûlants dont la jeune fille éolienne a fait confidence à sa Jyre....

Quiconque cherche à égaler Pindare s'élève, ô Jules, sur les ailes de cire du fils de Dédale, pour donner son nom à une mer de cristal.

Tel qu'un torrent se précipite de la montagne et, grossi par les pluies, se répand hors de ses rives habituelles, tel bouillonne et déborde à flots immenses et profonds le génie de Pindare.

A lui le laurier d'Apollon , soit que dans ses audacieux dithyrambes il déroule des métaphores nouvelles et s'emporte en des rythmes affranchis de toute loi ;

Soit qu'il chante les dieux et les rois, enfants des dieux, qui firent périr les Centaures d'une mort légitime et tomber la ilamme de la redoutable Chimère ;

Soit qu'il célèbre l'athlète ou le coursier qui, couverts des palmes d'Elide, rentrent chez eux, égaux aux Immortels, et qu'il leur consacre un monument préférable ,à cent statues;

Soit qu'il pleure un jeune époux ravi a son épouse désolée, et qu'élevant jusqu'aux deux sa force, son courage et ses mœurs de l'âge d'or, il le dérobe au noir Orcus.

Vi\ soufile puissant élève et soutient le cygne de Dircé, toutes les fois qu'il s'élance, Antoine, vers la région des nuages.

Horace, Odes.)

Les grands poètes lyriques de la Grèce d'après Quintilien : Pindare, Stésichore, Alcée, Simonide.

Des neuf lyriques grecs Pindare est de beaucoup ]e plus grand par la magnificence de son inspiration, l'éclat de ses pensées, de ses figures, son abondance d'idées et de mots si heureux qu'on dirait un fleuve d'éloquence : tout autant de qualités pour lesquelles Horace le juge à bon droit inimitable.

Les sujets mêmes traités par Stésichore montrent combien son génie était vigoureux : il chante les plus grandes guerres, les plus illustres capitaines, et sa lyre se soutient à la hauteur du poème épique. 11 donne à tous les personnages qu'il fait agir et parler la dignité convenable, et s'il avait gardé la mesure, il eût pu, ce semble, approcher d'Homère plus que personne. Mais son style est redondant et diffus, ce qui est un excès blâmable, mais après tout un excès d'abondance.

On a donné à Alcée un archet d'or, et il le mérite dans la partie de ses œuvres où il poursuit les tyrans ; il est aussi fort utile aux mœurs. Son style est concis, riche, exact, et presque toujours semblable à celui d'Homère ; mais sa muse descend quelquefois à la description des jeux, des amours; elle est pourtant plus propre aux sujets élevés.

Simonide a peu de consistance ; il est, d'ailleurs, recommandable par sa propriété d'expressions et par une certaine douceur. 11 excelle principalement à exciter la compassion, et, sous ce rapport, quelques-uns le préfèrent à tous les écrivains du même genre.

(Quintilien.)

Les grands poètes lyriques de la Grèce : Simonide préservé par les dieux, d'après Cicéron.

— Vous avez entendu ce que je pense relativement à l'invention et à la disposition des idées. J'ajouterai quelques mots sur la mémoire, afin d'alléger la tâche de Crassus et de ne lui laisser à traiter d'autre chose que des ornements du style.

— - Continuez, dit .Crassus; c'est avec plaisir que je vous vois enfin, vous qui êtes connu depuis longtemps pour un maître de l'art, déchirer et dépouiller devant nous tous ces voiles par lesquels vous dissimuliez votre science. Si vous ne me laissez rien ou du moins peu de chose à dire, vous me rendez service et je vous en sais gré.

— Vous serez le maître, dit Antoine, d'étendre plus ou moins ce que je vous laisserai ... Pour en revenir à notre sujet, je n'ai pas un aussi vaste génie que Thémistocle, de manière à préférer comme lui l'art d'oublier à celui de se souvenir, et je rends grâce à Simonide de Céos, qui fut, diton, l'inventeur de l'art de la mémoire. On raconte, en effet, que ce poète soupail un jour à Cranon, en Thessalie, chez Scopas, homme riche et noble, et qu'il y chanta un poème qu'il avait composé en l'honneur de son hôte et dans lequel, pour embellir son sujet, il s'était longuement étendu sur Castor et Pollux. Scopas, dans sa trop sordide avarice, dit à Simonide qu'il ne lui donnerait que la moitié du prix convenu pour ses vers, et que, pour le reste, il pouvait s'adresser, si bon lui semblait, aux deux fils deTyndare, qu'il avait loués autant que lui, Scopas. Peu après, à ce qu'on rapporte, on vint prier Simonide de sortir; deux jeunes gens l'attendaient à la porte et demandaient après lui avec instances. Il se leva, sortit et ne trouva personne ; mais dans ce court intervalle de temps, la salle où soupait Scopas s'écroula et l'écrasa sous ses ruines avec ses convives. Les parents de ces infortunés, ayant voulu leur donner la sépulture, ne pouvaient les reconnaître, tant ils étaient défigurés ; alors, dit-on, Simonide, se souvenant de la place où chacun d'eux était assis, les désigna tous pour les faire ensevelir. Cet événement l'amena à découvrir, à ce qu'on rapporte, que c'est l'ordre qui donne le plus de clarté à la mémoire.

(Gicéron, De Oratore.)

Les grands poètes lyriques de la Grèce : Simonide préservé par les dieux, d'après Quintilien.

C'est Simonide, dit- on, qui le premier enseigna l'art de la mémoire : voici la fable qu'on raconte de lui. Il avait,

moyennant une somme convenue, composé pour un pugiliste qui avait obtenu une couronne, une pièce de vers comme il est d'usage d'en faire pour les vainqueurs. On refusa de lui payer une partie de la somme stipulée, parce que, suivant une habitude très fréquente des poètes, il s'était étendu en digressions à la louange de Castor et dePollux:on lui conseilla de demander celte somme à ceux dont il avait célébré les hauts faits. Ils acquittèrent leur dette, à ce qu'on rapporte : un festin s'étant donné en l'honneur de la victoire du pugiliste et Simonide y étant invité, un messager l'appela en lui disant que deux jeunes cavaliers désiraient ardemment lui parler. Il ne les trouva point ; mais l'issue lui apprit que les dieux avaient élé reconnaissants à son égard. A peine eut-il mis le pied hors du seuil de la maison que la salle du festin s'écroula sur les convives et les broya tellement que, lorsque leurs parents firent des recherches pour leur donner la sépulture, ils ne purent reconnaître ni le visage ni les membres des victimes. Alors, dit-on, Simonide, qui se rappelait l'ordre dans lequel chacun des convives était placé, parvint à rendre leurs corps à leurs parents.

Il y a grande divergence d'opinion l) entre les auteurs sur la question de savoir si c'était pour Glaucon Carystius, ou pour Léocrate, ou pour Agatharque, ou pour Scopas, que Simonide avait écrit ses vers, et si la maison dont il s'agit était à Pharsale, comme Simonide lui-même semble le faire entendre quelque part, et comme l'ont rapporté Apollodore, Eratosthène, Euphorion, Eurypile de Larisse, ou bien à Cranon, comme le prétend Apollas Caliimaque, que Cicéron a suivi, donnant ainsi cours à cette opinion. Il est constant qu'un noble Thessalien, nommé Scopas, périj dans ce festin; le fils de sa scèur, ajoute-t-on, y périt également. Du reste, tout ce récit sur les fils de Tyndare m'a l'air d'un conte : le pGète n'en fait mention nulle part, et, certes, il n'aurait pas tu un fait si glorieux pour lui.

(QUOTILIEN.)

(1 Lire dans le texte dissensio, au lieu de dissentio.

La poésie didactique en Grèce au Vie siècle : Esope. — Testament expliqué par Esope.

Un homme en mourant laissa trois filles : l'une belle et trop avide de plaire ; l'autre économe et habile dans les ouvrages de laine et les travaux des champs; la troisième adonnée au vin et très laide. Le vieillard avait institué leur mère héritière de ses biens, à la condition de partager toute la fortune par égales portions entre ses trois filles, mais de telle sorte qu'elles n'eussent ni la possession ni la jouissance de ce qui leur serait donné, et qu'aussitôt qu'elles cesseraient d'avoir ce qu'elles auraient reçu, elles apportassent à leur mère quarante talents. Il n'est bruit que de cela dans Athènes. La mère, en toute diligence, consulte les gens de loi ; personne ne parvient à débrouiller l'affaire. Comme on ne pouvait saisir le sens du testament, la mère laisse la loi de côté et ne consulte que la bonne foi. Elle réserve à celle de ses filles qui est belle, les vêtements et les objets de toilette ; à la fileuse, les champs, les troupeaux, la maison de campagne, les travailleurs; à la buveuse, la cave pleine de vieux tonneaux. Le peuple, qui les connaissait, approuvait ce partage, lorsque Esope survint au milieu de la foule : « Ah ! dit-il, si le père, aujourd'hui enseveli, vivait encore, qu'il serait mécontent de voir que les Athéniens n'ont pu comprendre sa volonté ! » On l'interroge et il dissipe alors l'erreur générale : « Donnez, dit-il, à celle qui n'aime que les ouvrages de laine et les travaux des champs, la maison de ville, les parures, les beaux jardins et les vieux vins ; à celle qui boit, les vêtements et les bijoux; à celle qui est jolie, les champs, la maison de campagne, les troupeaux et les bergers. Aucune d'elles ne pourra souffrir des objets contraires à ses goûts; chacune vendra ce qui lui aura été donné, et toutes les trois, avec l'argent de la vente que chacune d'elles aura faite, apporteront à leur mère la somme fixée. » C'est ainsi que la sagacité d'un seul homme découvrit ce qui avait échappé à l'ignorance de la foule.

(Phèdre.)

Les poètes gnomiques grecs : Solon, Théognis, Phocylide, Pythagore.

C'est en vers que se rendirent les oracles et que s'enseigna le chemin de la vie ; on se servit de l'art des Muses pour capter la faveur des rois, et la poésie devint un plaisir, le délassement de longs travaux. Ne rougissez donc pas des Muses habiles à jouer de la lyre, ni d'Apollon aux chants harmonieux.

Horace.)

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