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DE L'UTILE ET DE L'HONNÊTE

11 se présente souvent bien des circonstances où l'apparence de l'utile jette le trouble dans les âmes; ce n'est pas quand on délibère si l'on ne doit pas trahir l'honneur pour quelque grand intérêt (car cette délibération seule est coupable), mais quand on se demande si telle action, qui paraît utile, peut être faite sans honte. Quand Brutus enlevait le pouvoir à Collalin, son collègue, sa conduite pouvait paraître injuste; Collatin s'était associé à Brutus pour chasser les rois et 1 "avait aidé dans ses entreprises. Mais les principaux citoyens ayant formé le projet de proscrire les parents du Superbe, le nom des Tarquins et le souvenir de la royauté, ce qui était utile, servir les intérêts de la patrie, était tellement honnête que cela devait plaire à Collatin lui-même. Ainsi l'utile triompha à cause de l'honnêle, sans lequel il n'eût pas même pu être l'utile.

Mais il n'en est pas de même du roi qui fonda Rome. Ce fut un semblant d'utilité qui séduisit son cœur : il lui parut plus avantageux de régner seul qu'avec un autre, et il tua son frère. Il viola la piété et l'humanité afin d'obtenir ce qui lui semblait utile et ne l'était pas. Et pourtant, il allégua pour prétexte la muraille franchie, apparence d'honnêteté qui n'était ni plausible ni suffisante. Il fit donc mal, soit dit sans offenser Quirinus ni Romains.

(Traité des Devoirs, liv. III, ch. x.)

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