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LES FAITES DE POMPÉE

An de Rome 70i, 20 février (50 av. J.-C). Rien de ce qu'a fait notre Pompée n'a montré de sagesse ni d'énergie ; j'ajoute même qu'il n'a agi que contre mes conseils et mon autorité, fe laisse de côté le passé; c'est lui qui a nourri, fait grandir et armé César contre la république; c'est lui qui l'a autorisé à faire passer des lois par la violence et contre les auspices ; c'est lui qui a fait joindre au gouvernement de César la Gaule Transalpine; il est devenu son gendre ; il était augure quand P. Clodius fut adopté par un plébéien ; il a mis plus de zèle à me faire rappeler qu'à empêcher mon exil ; il a fait proroger à César le gouvernement de sa province; il l'a servi en toute occasion pendant son absence, et même, pendant son troisième consulat, après avoir commencé à défendre les intérêts de la république, i! a voulu absolument que l'on tint compte de la demande de César absent, ce qu'il a confirmé encore par une de ses lois. Mais pour laisser tout cela de côté, quoi de plus indigne, quoi de plus désordonné que ce départ de Rome ou plutôt que cette fuite si honteuse? Quelles conditions ne devait-on pas accepter plutôt que d'abandonner la patrie?

Les conditions étaient mauvaises, je l'avoue ; mais qu'y a-til de pire que l'état où nous sommes? — Mais Pompée recouvrera le gouvernement. — Quand donc et qu'a-t-on de prêt pour légitimer cette espérance? N'avons-nous pas perdu le territoire du Picénum? Le chemin de Rome n'est-il pas ouvert? N'a-t-on pas livré à notre adversaire tout l'argent de l'Etat et des particuliers? Enfin, point de parti formé, point de forces, point de poste fixe où se réunissent ceux qui veulent défendre la république.

(Lettres à Atticus, liv. VIII, 3.)

Les « Lettres à Atticus. »

Brindes, le 28 novembre 705 (49 av. J.-C). Cicéron à Atticus, salut.

Je vois l'inquiétude que vous donnent les malheurs communs et les vôtres, et surtout ma personne et mes chagrins particuliers. Ces chagrins, loin de diminuer par la part que vous prenez à ma douleur, ne font que s'accroître. Votre sagesse vous a très bien fait sentir quelle était la consolation la plus propre à me soulager ; car vous approuvez ma résolution et vous dites qu'en pareille circonstance il n'y avait rien de mieux à faire. Vous ajoutez même que tout le monde, du moins ceux dont le jugement est de quelque poids, approuvent ma conduite : leur approbation, tout en ayant moins d'autorité à mes yeux que votre jugement, ne m'est 1 pas néanmoins indifférente. Et si j'en étais bien assuré, je souffrirais moins. « Croyez-moi, » dites-vous. Je vous crois bien ; mais je sais quel désir vous avez d'alléger ma douleur. Je ne me suis jamais repenti d'avoir quitté l'armée de Pompée, où il y avait des projets si atroces et un étrange pêlemêle de nations barbares et de Romains, où la proscription n'aurait pas été individuelle, mais générale; où tout le monde regardait déjà tous vos biens comme la proie des vainqueurs ; je dis les vôtres en particulier ; car ils n'ont jamais eu pour vous que les plus mauvaises dispositions. Ainsi donc je ne me reprocherai jamais ma résolution; mais je me reproche le parti que j'ai pris. Il me valait mieux me

retirer dans quelque ville hors de l'Italie, jusqu'à ce qu'on me rappelât.

(Lettres à Atticus, liv. XI. 6.)

GXXXII.

Les « Lettres à Atticus. »

Brindes, vers le 5 novembre "Oo (49 av. J.-C).

Je ne pourrais, sans une extrême douleur, vous écrire combien étaient poignantes, cruelles, inouïes, les raisons qui m'ont poussé, qui m'ont forcé à obéir à un entraînement de mon cœur plutôt qu'à la réflexion. Elles ont été si fortes qu'elles ont produit ce que vous voyez. Aussi je ne sais que vous écrire sur mon compte et je ne trouve rien à vous demander. Vous voyez ma situation et l'ensemble des affaires. Les lettres que vous m'avez adressées, celles que vous m'avez écrites, de concert avec quelques autres de mes amis et que j'ai lues en votre nom, m'ont fait comprendre ce que j'avais déjà deviné par moi-même, que vos premières démarches ont à peu près échoué et que vous cherchez de nouvelles voies pour me sauver. Vous m'écrivez qu'à votre avis il me faut me rapprocher de Rome et ne passer que de nuit dans les villes; mais je ne vois pas comment cela pourrait se faire : je n'ai pas de lieux de station assez commodes pour y passer des journées entières, et, dans le but que vous poursuivez, il n'importe guère qu'on me voie sur la route ou dans une ville. Cependant je réfléchirai Jà-dessus comme sur tout le reste, et je verrai ce qu'il y aura de mieux à faire. Je n'ai pu, à cause de mon incroyable abattement d'esprit et de corps, écrire beaucoup de lettres; j'ai seulement répondu à celles que j'ai reçues. Veuillez écrire en mon nom à BasiïiiSj à tous ceux à qui vous le jugerez nécessaire et même à Servilius.

(Lettres à Atticus, liv. XI, 5.)

GXXXIII.

Les a Lettres à Atticus. »

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