UNE VISITE DE CÉSAR
Cieéron à Atticus, salut.
Quel hôte incommode pour moi ! Et pourtant, je n'ai pas regret de l'avoir reçu dans ma villa de Pouzzoles: il a été charmant. Le second jour des Saturnales, il arriva ici chez Philippe, vers le soir : la villa fut tellement remplie de soldais que c'est à peine si le triclinium, où César devait souper, était libre : il y avait deux mille hommes. J'en fus vraiment effrayé en songeant à ce qui allait arriver le lendemain. Mais Cassius Barba me vint en aide. Il me donna des gardes. Le camp fui établi dans la campagne et la villa protégée. Le troisième jour des Saturnales, César resta chez Philippe jusqu'à la septième heure el ne reçut personne. .le suppose qu'il réglail des comptes avec Balbus. Il fit ensuite une promenade sur le rivage. Après la huitième heure, il prit un bain chez moi et écouta des propos contre Mamurra et une épigramme de Catulle contre César lui-même. Il ne changea point de visage. 11 se parfuma, se mit à table, mangea et but aimablement et gaiement. Tous les services étaient vraiment somptueux et magnifiques. On reçut les hommes de l'entourage à trois tables, abondamment servies. Rien ne manqua au commun des affranchis et aux esclaves. Les principaux affranchis étaient encore mieux traités. Qu'ajouter de plus ? J'ai passé pour un homme qui sait vivre. Cet hôte pourtant n'est pas un homme à qui l'on puisse dire : « Vous serez bien aimable, si vous revenez chez moi. » C'est assez d'une fois. Rien de sérieux dans la conversation; beaucoup de causeries littéraires. Que voulez-vous? Il a été charmé et charmant. Il disait qu'il passerait un jour à Pouzzoles et un autre à Baies.
Telle a été cette réception ou ce séjour de César chez moi, que j'ai dit embarrassant et qui n'a rien eu de fâcheux. Je demeurerai encore quelques jours et puis j'irai à Tusculum. Quand César passa devant la maison de Dolabella, toutes ses troupes en armes marchèrent sur deux colonnes à droite et
à gauche de son cheval, et elles n'y marchèrent nulle part ailleurs. Je tiens cela de Xicias. Adieu.
(Lettres à Atticus, liv. XIII, 52.)
Les « Lettres Familières. »
CICÉRON A TRÉBAXIUS.
Janvier 708 (46 av. J.-C).
Je vous aurais écrit plus lot, si j'avais trouvé un genre de lettres qui vous convînt. Dans les conjonctures où nous sommes, on attend de ses amis ou des consolations ou des promesses. Des consolations, je ne vous en offrais pas, parce que j'apprenais par bien des gens avec combien de courage et de sagesse vous supportiez l'injustice des temps et combien vous trouviez de puissantes consolations dans la conscience de votre conduite et de vos intentions.
S'il en est ainsi, vous relirez beaucoup de fruit de ces excellentes études, dont je vous sais toujours occupé et dans lesquelles je vous exhorte à persévérer de plus en plus. Je vous garantis en même temps, à vous qui avez tant de connaissance des hommes et des choses, de toute l'antiquité, je vous garantis, moi qui n'y suis pas tout à fait étranger, mais qui ai peut-être donné à cette étude moins de temps que je n'aurais voulu et qui en ai donné aux affaires et à la pratique des choses plus que je n'aurais voulu, je vous garantis que l'injuste et fâcheuse situation où vous êtes ne sera pas de longue durée. En effet, César, dont le pouvoir est absolu, me semble incliner tous les jours vers la justice et l'ordre naturel, et telle est d'ailleurs notre cause qu'elle doit nécessairement revivre et se relever avec la république, qui ne peut demeurer éternellement abattue. Chaque jour arrive quelque chose de plus doux et de plus libéral que ce que nous redoutions. Comme ces changements dépendent souvent des plus légères conjonctures, j'observerai tous les moments et je ne laisserai échapper aucune occasion de vous aider et de soulager vos peines. Ainsi donc, pour le second genre de lettres dont j'ai parlé, il va me devenir de jour en jour plus aisé : c'est ce que je puis déjà vous promettre et
j'aurai bien plus de plaisir à vous le prouver par des effets que par des paroles.
(Lettre à Trébanius, liv. VI, 10, Lettres Familières.)
GXXXV.
Les « Lettres Familières. »