‹ Cours de versions latinesChapitre 8 sur 214 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

Les poètes philosophes de la Grèce :

Thaïes de Milet.

Voici un mot admirable de Thaïes : on lui demandait si les actions des hommes échappaient aux dieux : « Pas même leurs pensées, » répondit-il, afin que nous nous attachions à garder pures, non seulement nos mains, mais encore nos âmes, dans la conviction qu'une divinité céleste est présente à nos pensées les plus secrètes. (Valère Maxime.)

Thaïes de Milet, qui, le premier, se posa la question de la nature des choses, a dit que l'eau est le principe de tout et que Dieu est l'intelligence qui atout formé avec l'eau.

(ClCÉRON.

On demandait à Thaïes ce que c'était que Dieu : « C'est, répondit-il, ce qui n'a ni commencement ni fin. »

(ClCÉRON-.

Thaïes, qui était l'un des sept sages, a dit qu'il fallait que les hommes fussent convaincus que les dieux voient tout, que tout est plein des dieux, afin que la conduite de chacun de nous fût aussi sainte et aussi pure que s'il était dans les temples les plus vénérables. (Cicéron.)

Les concitoyens de Thaïes de Milet lui faisaient un crime de sa pauvreté et prétendaient que l'étude de la philosophie est inutile pour l'accroissement de la fortune, alors même qu'on le désirerait. Il voulut convaincre ses censeurs et leur montrer que le philosophe peut gagner de l'argent, si bon lui semble, et voici à quel moyen il eut recours. 11 savait, diton, par l'astrologie, qu'il y aurait cette année-là des olives en abondance; aussi, avant la fin de l'hiver, il se munit de quelque argent et afferma à vil prix, alors que personne ne lui faisait concurrence, tous les pressoirs et toutes les meules à olives qui étaient à Milet et dans l'île de Chio. Quand vint le moment de faire l'huile, on accourut en foule, de toutes parts et en même temps, à ses pressoirs : il les loua aussi cher qu'il voulut, gagna ainsi beaucoup d'argent, et prouva qu'il était facile aux philosophes de s'enrichir, s'ils le voulaient, mais qu'ils portaient leurs efforts sur des choses beaucoup \)lus estimables.

Selectœ e profanis.)

Les poètes philosophes de la Grèce : Xénophane, Parménide.

Xénophane, un peu plus ancien qu'Anaxagore, disait que l'univers ne forme qu'un seul être, que cet être est immuable, qu'il est Dieu, qu'il n'a pas eu de commencement, qu'il est éternel el de forme sphérique. Parménide soutenait que c'est le feu qui met en mouvement la terre formée par lui.

(ClCÉRON.)

Parménide et Xénophane, dans des vers médiocres, il est vrai, mais qui n'en sont pas moins des vers, gourmandent avec une sorte de courroux la présomption de ceux qui osent dire qu'ils savent, alors qu'on ne peut rien savoir. Vous disiez qu'il fallait retrancher de celle liste Socrate et Platon. Pourquoi? Est-il aucun philosophe dont j'aie le droit de parler avec plus d'assurance ? Il me semble avoir vécu avec eux, tant on nous a conservé d'entretiens, d'après lesquels il est impossible de douter que Socrate pensât qu'on ne peut rien savoir. 11 n'excepte qu'une seule chose : il sait qu'il ne sait rien. Rien de plus. Que dire de Platon ? Il n'aurait certainement pas consacré tant de livres à développer cette pensée, s'il ne l'eût approuvée. Il n'avait aucune raison de reproduire l'ironie d'un autre, et surtout perpétuellement.

(GlCÉRON.)

Xénophane dit que la lune est habitée, que c'est une terre couverte de villes et de montagnes. Cela paraît prodigieux. •Néanmoins, nous ne pourrions jurer, lui qu'il en est ainsi, moi qu'il en est autrement. (Cicéron.)

L'école des Mégariens fut célèbre : elle eut pour chef, à ce que je lis, Xénophane, que j'ai nommé tout à l'heure. Après lui vinrent Parménide et Zenon, et c'est d'eux que les Eléates avaient pris leur nom.

(GlCÉRON.)

Les poètes philosophes de la Grèce : Heraclite.

Ceux qui ont pensé que la matière du monde, c'est le feu, et que du feu seul était résulté l'ensemble des êtres, me semblent s'être donné beaucoup de peine pour s'écarter du vrai système. Le premier, en tête de leur bataillon, marche Heraclite, célèbre par l'obscurité de son langage, plutôt auprès des esprits frivoles que de ces graves esprits qui, chez les Grecs, cherchent, la vérité avant tout. Les sots admirent et aiment le plus toutes les idées qui se cachent et qu'ils croient apercevoir sous des termes équivoques, et ils reconnaissent pour vrai ce qui peut flatter leurs oreilles et ce qui est fardé de sons harmonieux.

Je demande comment pouraient exister des êtres si divers, si le feu véritable et pur de tout mélange les avait produits; car il ne servirait à rien de le condenser, de le raréfier, puisque les parties du feu auraient la même nature que le tout lui-même. Son ardeur serait plus vive si les parties étaient condensées, plus languissante si elles étaient séparées et raréfiées. Rien de plus, croyez-le bien, ne saurait résulter de telles causes, bien loin que la diversité des êtres puisse provenir du feu plus ou moins condensé ou raréfié.

Dire que toutes les choses sont du feu, ne vouloir compter que le feu au nombre des réalités, comme le fait ce même Heraclite, me semble le comble de la folie. Il lutte contre les sens au nom des sens, et affaiblit leur témoignage, d'où dépendent toutes nos croyances et qui lui font connaître ce qu'il nomme le feu.

(Lucrèce.)

Les poètes philosophes de la Grèce : Empédocle.

Ils sont donc dans l'erreur ceux qui accouplent deux à deux les éléments des choses et joignent l*air avec le feu, la terre avec l'eau, et ceux qui se persuadent que tous les êtres peuvent résulter de ces quatre principes, du feu, de la terre,

de Pair et de l'eau. Parmi cenx-ci et à leur tête est Empédocle d'Agrigente (1), qu'a enfanté sur ses bords triangulaires l'île autour de laquelle bouillonne, dans ses golfes immenses, la mer Ionienne, qui fait jaillir la rosée amère de ses Ilots azurés et qui, par un canal étroit, par un courant rapide, sépare la Sicile des côtes de la terre d'Italie. Là est la vaste Charybde ; là, les grondements de l'Etna menacent d'amonceler encore ses flammes irritées, de vomir de ses gouffres béants des tourbillons de feu, et de lancer de nouveau ses éclairs jusqu'au ciel. Malgré tant de choses qui font de cette contrée un grand et merveilleux spectacle pour les nations humaines, malgré la richesse de ses productions utiles et la force de L'épais rempart de héros qui la défendent, cette ile ne semble avoir jamais rien possédé de plus illustre que ce philosophe, ni de plus sacré, de plus admirable et de plus cher. Aujourd'hui encore, les vers de son divin génie nous font entendre sa grande voix et nous exposent ses sublimes découvertes, qui laissent à peine croire qu'il était sorti d'une souche mortelle.

Sans doute, Empédocle et ceux dont j'ai parlé plus haut, et qui lui sont inférieurs et lui cèdent à tant de titres, ont trouvé bien des choses excellentes et divines, et du sanctuaire de leur génie sont sortis des oracles plus sacrés et plus infaillibles que ceux que rend la Pythie sur le trépied et sous le laurier de Phébus. Cependant ils sont tombés dans l'erreur au sujet du premier principe des choses.

'Lucrèce.)

Les débuts de la poésie dramatique en Grèce : Thespis, Phrynicus, Pratinas et Chérillus. Origine de la tragédie et du drame satyrique.

Thespîs inventa, dit-on, le genre inconnu de la Muse tragique, et promena ') sur des chariots les drames que chantaient et jouaient (!<•> acteurs au visage barbouillé de lie.

(Horace.)

Celui qui, par ses poèmes tragiques, disputa un vil bouc à

1 Lire dans le texte Aeragantinus, au lieu de Acreyanlinus. M. Patin dit « voilura. »

ses rivaux, en vint bientôt à montrer les Satyres dans leur agreste nudilé et essaya d'un grossier badinage, tout en respectant la gravité des personnages : il fallait captiver par l'attrait d'une agréable nouveauté un spectateur revenant des sacrifices aviné et sans loi. Horace.)

Il faut aussi entourer d'une haie (le plant de vigne) et en écarter toute espèce de troupeaux, surtout tant que le feuillage encore tendre est peu fait à leurs outrages. Les buffles sauvages et les chevreuils avides le maltraitent sans cesse beaucoup plus que les rigueurs de l'hiver et les ardeurs du soleil ; les brebis et les génisses affamées en font leur pâture : ni le froid qui durcit et blanchit les plaines, ni l'été redoutable qui darde ses feux sur les rochers arides, ne nuisent à la vigne autant que les troupeaux, que le venin de leur dent meurtrière et que leur morsure imprimée dans le bois qu'elle écorche. Ce n'est que pour expier ce crime qu'on immole un bouc à Bacchus sur tous les autels : de là, ces jeux antiques célébrés sur la scène et ces prix proposés au génie, dans les bourgs et les carrefours, par les enfants de Thésée qui, dans la joie de copieuses libations, sautaient au milieu des vertes prairies sur des outres huilées.

(Virgile.

Les débuts de la poésie dramatique en Grèce : Susarion et Epicharme. Origine de la comédie.

Retenez cette maxime d'Epichârme, que le nerf et la force de la sagesse, c'est de ne point croire légèrement.

(QUINTUS ClCÉRON.)

L'ensemble de ma conduite est si bien calculé que, tout en gardant à la république une constante fidélité, je prends des précautions et des soins pour mes affaires privées, à cause de la faiblesse des gens de bien, de l'injustice des envieux, de la haine qu'ont pour moi les méchants. Cependant, je ne me livre à ces nouvelles amitiés qu'en me redisant sans cesse ce refrain du rusé Sicilien Epicharme : « Veillez (i) etsachez vous défier. Voilà le nerf de la sagesse. » (Cicéron.

(1) Lire dans le texte vigila, au lieu de absUne.

Epicharme dit à propos de l'âme humaine : « Le corps est de terre, mais l'âme est de feu. C'est un feu émané du soleil, lequel est une pure âme. » (Varron.)

Ennius, dans son Epicharme, appelle aussi la lune Proserpine, parce qu'elle est souvent cachée sous la terre. Ce nom de Proserpine lui vient de ce qu'elle se meut dans l'espace comme en serpentant, tantôt à droite, tantôt à gauche. Serpere et proserpere étaient autrefois synonymes, comme on le voit dans Plaute qui écrit : quasi proserpens beslia (comme un serpent). (Varron.)

Ennius, ce sage, ce vaillant, cet autre Homère, comme disent nos critiques, semble se soucier médiocrement du résultat de ses promesses et de ses songes pythagoriciens.

On dit que la toge d'Afranius aurait convenu à Ménandre

et que Plaute a une allure rapide comme celle du Sicilien

Epicharme, son modèle.

(Horace.)

Page 1