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LE CHIEN DE BERGER

Pour garder les brebis, il faut choisir de préférence des chiens de couleur blanche ; car, si cette couleur ne les faisait pas distinguer, le berger pourrait frapper le chien au lieu du loup. 11 faut aussi veiller à ce qu'ils soient de bonne race, comme ceux qu'on appelle, du nom de leur pays, Laconiens ou Epirotes. Il faut encore prendre garde de ne pas acheter des chiens de chasseurs ni des chiens de bouchers; car ces derniers sont paresseux pour suivre le bétail, et les premiers, s'ils voient un cerf, y courent après plutôt qu'après les brebis. Les meilleurs chiens sont donc ou ceux qu'on achète des bergers et qui ont l'habitude de suivre les brebis, ou ceux qui n'ont encore contracté aucune habitude : car le chien prend facilement une habitude et s'attache plus fortement au berger qu'au troupeau. Aufidius d'Amiterne avait acheté des troupeaux de brebis au fond de l'Ombrie, et les chiens étaient compris dans le marché, sans les bergers qui devaient accompagner les troupeaux jusqu'aux bois de Métaponte et à la foire d'Héraclée. Arrivés au lieu convenu, ils retournèrent chez eux ; mais, peu de jours après, les chiens, regrettant sans doute leurs anciens maîtres, vinrent d'eux-mêmes rejoindre les bergers en Ombrie, quoiqu'il y eût plusieurs

journées de marche et qu'ils n'eussent pour se nourrir autre chose que ce qu'ils trouvaient dans les champs.

Il faut avoir grand soin que les chiens aient de quoi manger : autrement la faim les pousse à cherctœr les aliments qu'on ne leur donne pas et à abandonner leur troupeau, à moins que, comme quelques-uns le pensent, ils ne justifient l'ancien proverbe : «Autant de serviteurs, autant d'ennemis,» ou que même ils n'en viennent jusqu'à commenter la fable d'Actéon et à tourner leurs dents contre leurs maîtres. Quand il meurt une brebis, qu'on ne leur en laisse pas manger la chair, de peur qu'ils n'y prennent goût et ne veuillent plus s'en abstenir.

Pour que les bêles féroces ne les blessent pas, on met aux chiens des colliers de cuir épais avec des clous à tête entre lesquels on coud un cuir plus mou, pour que la dureté du fer n'entame pas leur cou. Qu'un loup ou une autre bête féroce se blesse à ces clous, tous les autres chiens du troupeau, avec ou sans clou, sont à l'abri de ses attaques.

{De l'agriculture, liv. II, ch. ix.)

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