DES ESSENCES D'ARBRES PROPRES A CHAQUE CONTRÉE
Toutes les terres ne peuvent pas produire toute espèce de plantes. Les saules naissent le long des fleuves, les aunes dans les marais fangeux, les frênes stériles sur les montagnes pierreuses. Les myrtes se plaisent sur les rivages de la mer; enfin la vigne aime les coteaux exposés au soleil, et l'if le souffle glacé de l'aquilon.
Regarde jusqu'aux extrémités du monde soumis à la culture, chez les Arabes qui habitent à l'Orient et chez les Gelons qui se peignent le corps : chaque arbre a sa patrie. L'Inde seule produit le noir ébène, et la tige qui donne l'encens ne croît que dans les champs de Saba. Te parlerai-je du bois odorant qui distille le baume, et des baies de l'acanthe tou-
jours verte, et des forêts de l'Ethiopie toutes blanches d'un moelleux duvet, de cette délicate toison que les Sères détachent de la feuille des arbres, de ces grands bois qui couvrent l'Inde voisine de l'Orient et dernière limite de l'univers? Aucune llôche ne peut y dépasser la hauteur où les arbres de ces bois balancent leur tête altière. El pourtant ce peuple n'est pas inhabile à lancer des traits. La Médie produit une pomme salutaire dont les sucs amers et la saveur persistante sont le remède le plus efficace pour chasser des veines de la victime l'affreux poison que de cruelles marâtres y ont fait couler, après avoir mêlé des herbes vénéneuses et prononcé de coupables enchantements.
(Les Géorgiques, liv. II, v. 109-130.)
GLXXII.
L' « Enéide. »