‹ Cours des sciences physiques à l'usage des élèves de philosophieChapitre 108 sur 139 · BOUGIES STÉARIQUES · texte numérisé non relu

BOUGIES STÉARIQUES

le robinet pour faire l)aisser la presse , et de cetle manière on ajoute de nouvelles séries de claies, de sacs et de plaques de tôle. Enfin , quand on juge que la charge de la presse est complète , on donne un commencement de pression définitive ; tandis qu’un homme fait jouer la pompe, un autre doit observer très attentivement toute la charge, et faire arrêter au moindre accident ; les plus ordinaires sont de voir sortir la matière grasse en vermicelles, dont on arrête ordinairement la formation en faisant arrêter la pompe et en écrasant avec les doigts les vermicelles sur les orifices, où ils prennent naissance , comme si l’on voulait boucher ces petits trous avec la matière même qui s’en échappe; d’ailleurs il est prudent de ne point trop hâter la pression froide, surtout eu commençant; il vaut mieux donner un ou deux coups de piston de cinq en cinq minutes, et répartir toute l’opération en deux jours; on regagne bien ce temps-là par la qualité et la quantité des produits qu’on en retire.

Quand la pression froide est terminée , ce qu’indiquent ordinairement l’application du maximum de puissance de la presse (quand deux hommes n’en font agir qu’avec peine la petite pompe avec son plus long levier) et la suppression de l’écoulement d’acide oléique, on tourne le robinet de la pompe et on décharge la presse ; tous les tourteaux sont jetés sur la trémie d’un moulin h lames obliques; puis on procède à l’emplissage des sacs pour la pression chaude ; ici il s’agit vraiment de sacs à double couture , et qui sont plus larges à leur ouverture qu’au fond ; ils sont toujours en nialfil , parce que la pression chaude ne peut s’effectuer que dans de la laine.

On peut très bien presser à chaud dans une presse verticale, mais l’usage d’une presse chaude horizontale est bien plus commode; et c’est, malgré les nombreux inconvénients de ce système de presse , celle qu’on doit recommander.

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On a fait établir, près de la presse , une boîte à vapeur en fer assez grande pour contenir toutes les plaques en fer destinées au service et les étendellesdecrin ; or, ces plaques en fer ont environ 3 centimètres d’épaisseur, et les étendéliés sont des feuillets d’un tissu de crin au moins aussi épais que les plaques. Tous ces accessoires étant enfermés dans la boîte à vapeur, on élablit la communication avec la chaudière, ainsi qu’avec la caisse de la presse ; et quand le tout est convenablement chaud , on charge le plus rapidement possible la presse ; pour cela il faut que tous les sacs soient garnis d’avance , que leur ouverture soit convenablement repliée sur elle-même , enlin qu’ils soient tous prêts à être mis en presse. On lire une étendelle , on y enferme un sac , et vite on place le tout dans la caisse de la presse entre deux plaques chaudes , puis un autre sac est mis dans une autre étendelle que l’on place entre la précédente plaque et une subséquente, ainsi de suite, tant qu’il en peut tenir; alors on presse et le plus vite possible; on laisse en presse environ dix minutes; la quantité de matière s’y réduit de beaucoup, une grande partie se fond et s’écoule colorée dans la caisse de la presse, mêlée avec l’eau que rendent les étendelles ; mais ce qui reste est la matière la plus pure et d’une llancheur ordinairement éclatante. Aussitôt qu’on juge que le temps nécessaire pour la pression est écoulé , on desserre rapidement la presse , on en retire le plus vite possible tous les sacs, et à mesure qu’on les retire , on les vide dans un coffre placé tout près de là.

Alors la matière , pour être le plus pure possible , n’a plus besoin que d’être fondue et fdtrée pour en séparer quelques impuretés mécaniques qui la souilleraient , et elle est très applicable à la fabrication des bougies.

Fabrication des bougies. — Pendant long- temps les bougies stéariques ont été fabriquées avec addition d’une certaine quantité de cire, qui , se solidifiant plus lot que

HOUr.lES STÉARl()UF,S.

l’acide sléan(iiie , on troublait la cristallisation , ce qui est un grave inconvénient, en ce que les bougies se rompent dans les moules, et (jue celles qui en sortent entières ont un aspect qui ne plaît pas, et une surface qu’il n’est j)as facile de polir ; mais on a remarqué qu’en coulant l’acide stéarique tel que nous venons de l’obtenir, à la plus basse température possible , on arrive au meme résultat, et dès lors on a supprimé l’addition de cire dans ces bougies.

Choix et apprêt des mèches. On emploie une tresse de trois mèches d’un coton moyennement lin et de bonne c{ua' lité , dont l’ensemble du système est composé de 80 fds. On est dans la nécessité d’imbiber les mèches de matières susceptibles de donner de la fixité aux fils de coton ; sans cela, cjuand le colon est mou, d’une cjualité médiocre ou trop fin , la mèche forme en brûlant un crochet qui tend à faire des spires, des hélices, sur lesquelles s’amassent des champignons, ou qui deviennent si minces qu’elles ne peuvent produire qu’un mauvais appareil pour la flamme ; mais, quand elles ont été plongées dans un bain, par exemple d’acide sulfurique, étendu de 8 à 10 fois son volume d’alcool , ou bien dans une dissolution d’acide borique , l’extrémité en ignilion n’alîectc qu’une simple courbure , et conserve la même grosseur jusqu’à sa réduction en cendres. Voici maintenant comme on opère pour fabriquer les bougies : on dispose d’abord les moules, qui sont faits avec un alliage d’étain et de plomb. La pointe qui forme le haut de la bougie est renforcée par une petite pièce en laiton, et à la base de la bougie , le moule est renflé de manière a former un godet d’un volume à peu près égal à celui delà bougie ; les mèches doivent être toutes coupées d’avance, et trempées par un bout seulement dans de l’acide stéarique fondu, afin de lier entre eux les fils de cette extrémité de la mèche , pour qu’ils ne se séparent pas , et puissent , au contraire, recevoir et retenir une épingle qu’on y enfonce transversalement , puis on enfile la mèche dans le

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moule ; pour cela ou a un outil fait exprès, qui est un fil de fer fourchu ; on y passe le bout de la mèche non apprête, et on l’enfile en entrant l’outil par le renflement du moule ; on reçoit sa mèche à la pointe , et on l’y arrête par un petit fausset en bois qu’on y enfonce assez fortement ; l’épingle qu’on a passée en travers de l’autre bout de la mèche la tient tendue et sert aussi à la placer au centre.

Tous les moules ainsi disposés sont portés dans une boîte à vapeur, où iis prennent la température d’environ 55°; d’autre part on a fait fondre à la vapeur l’acide stéarique, et quand on remarque contre les parois du vase dans lequel on l’a fait fondre un commencement de solidification , on le verse dans les moules de manière à remplir les ù/5 de leur godet : cet excès est nécessaire pour remplir les vides qui se font au centre de la bougie par le retrait considérable de l’acide stéarique. Le moulage aussitôt fait , et à la plus basse température possible, les moules peuvent être portés sur des tringles en bois, disposées parallèlement les unes aux autres , de manière à présenter aux moules des coulisses sur les bords desquelles s’arrête leur partie renflée. Deux ou trois heures après, on peut enlever les moules, retirer les bougies, ctuel’on remplace par de nouvelles mèches, et de cette manière on peut facilement faire trois coulages par jour. On retire les bougies des moules , puis on procède au polissage en les frottant avec une flanelle, et on en forme des paquets de cinq bougies qui pèsent fi75 grammes.

La bougie stéarique de première qualité peut revenir en fabrique, selon M. Golfier-Besseyre , à qui nous avons emprunté tous les détails précédents, à 1 fr. 15 c. le demikilogramme , prix qui permet aux industriels un bénéfice raisonnable, et aux consommateurs un éclairage très agréable à un prix modéré.

V acide oléique , qui est un résidu considérable de cette fabrication^ est employé pour fabriquer du savon vert, pour

PHÉNOMÈNES DE EA VÉGÉTATION. Zi23

apprêter les draps. On le vendait d’abord 20 c. le demikilogramme ; il vaut aujourd’hui 50 à 70 c.

§ V. Notions générales sur la sialique chimique des êtres organisés.

« Les plantes, les animaux, riîomme, renferment de la matière. D’où \icnt-clle? (|iie fait-elle dans leurs tissus et dans les liquides qui les baignent ? où va-t-elle quand la mort brise les lions par lesquels ses diverses parties étaient si étroitement unies ? » Voilà les ({uestions que 31. Dumas a abordées dans son cours de chimie organique ; nous exposerons d’après lui les notions fondamentales de la statique des êtres organisés. Depuis long-temps ces problèmes, si remplis d’intérêt , nous ont préoccupé. Voici comme nous nous exprimions dans un écrit publié il y a dix ans : « Gomment les éléments inorganiques s’organisent-ils? dans quel ordre se forment les principes immédiats? par quelle série de composition arrivent-ils au degré le plus élevé de l’organisation ? quelles sont les périodes, les lois, les phénomènes de leur décomposition ? » Nous chercherons dans cet ouvrage élémentaire à effleurer ces questions pleines d’actualité. Nous allons commencer par indiquer les phénomènes principaux de la végétation, et étudier les procédés au moyen desquels les plantes fixent le carbone , l’hydrogène, l’oxigène, l’azote, éléments indispensables de tout être organisé.

PHÉNOMÈNES DE LA VÉGÉTATION. — Quand une semence est confiée à la terre dans des conditions d’humidité et de température convenables, la vie, qui avait été latente pour ainsi dire jusque là, apparaît, des phénomènes divers se succèdent , l’embryon se développe, et la germination commence.

31ais , chose remarquable , les premiers phénomènes ne doivent point être regardés comme des actes d’assimilation,

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mais bien comme une véritable désorganisation ; les principes insolubles deviennent solubles, et servent à la nourriture de la jeune plante ; du carbone disparaît et est transformé en acide carbonique, combustion véritable avec développement de chaleur, comme si le jeune embryon avait besoin de calorique pour préserver sa faiblesse des atteintes des agents extérieurs. Ainsi le premier pas dans la vie végétale est une combustion d’aliments réunis par une prévoyance admirable autour du germe. La scène va bientôt changer : la nouvelle plante grandit, la tige s’élève, et elle produit des feuilles, des fleurs et des fruits. Si on examine comment ces merveilleux résultats ont pu se produire , on voit bientôt que c’est par la fixation du carbone, de l’hydrogène , de l’oxigène , de l’azote et des cendres. Voyons maintenant comment ces éléments ont été attirés là par la jeune plante, et quels sont les produits qui en résultent.

FIXATION DU CARBONE. — Priestley a reconnu le premier que les feuilles avaient la propriété d’améliorer l’air vicié par la combustion ou par la respiration ; mais il n’a point remonté à la cause de ce phénomène. Senebier a découvert que les feuilles décomposaient l’acide carbonique en s’appropriant son carbone et en éliminant son oxigène. Il a observé que les feuilles fraîches exposées au soleil , dans de l’eau de source , ou de l’eau légèrement imprégnée d’acidê carbonique, produisaient de l’oxigène aussi long-temps qu’il restait de l’acide carbonique dans l’eau. Il a vu que, lorsque ce gaz était épuisé, et que lorsqu’on exposait les feuilles dans de l’eau distillée , elles ne produisaient pas une quantité d’air plus grande que celle qui pouvait être interposée dans leur propre volume.

« Ces expériences et beaucoup d’autres prouvent que le carbone provient essentiellement de l’acide carbonique , soit qu’il ait été emprunté h l’acide carbonique de l’air, soit qu’il provienne de cette autre partie d’acide carbonique que la décomposition des engrais développe sans cesse au

PIJKNÜMËNKS J)E LV VÉGÉTATION.

contact des racines. Mais c’est dans l’air surtout que le plus souvent les plantes puisent leur carbone. Gomment en serait-il autrement , quand on voit l’énorme quantité de carbone qu’ont su s’approprier des arbres séculaires par exemple , et l’espace si limité pourtant dans lequel leurs racines peuvent s’étendre? A coup sûr, quand a germé le gland qui a produit , il y a cent ans, le chene qui fait notre admiration maintenant, le terrain sur lequel il était tombé ne renfermait pas la millionième partie du charbon que le chêne lui-même renferme aujourd’hui. C’est l’acide carbonique de l’air qui a fourni le reste, c’est-à-dire la masse à peu près entière.

» Toutes les plantes fixent du carbone, toutes l’empruntent à l’acide carbonique, soit que celui-ci soit pris directement à l’air par les feuilles, soit que les racines puisent dans la terre les eaux pluviales imprégnées d’acide carbonique , soit que les engrais, en se décomposant dans le sol , fournissent de l’acide carbonique dont les racines s’emparent aussi pour les transporter aux feuilles. Tous ces résultats se constatent sans peine. iM. Boussingault a vu des feuilles de vigne enfermées dans un ballon prendre tout l’acide carbonique de l’air qu’on dirigeait au travers de ce vase , quelque rapide que fût le courant.

» Si les racines puisent dans le sol cet acide carbonique , si celui-ci passe dans la tige et de là dans les feuilles , il finit par s’exhaler dans l’atmosphère , sans altération , quand aucune force nouvelle n’intervient. Tel est le cas des plantes végétant à l’ombre ou dans la nuit. L’acide carbonique du sol filtre au travers de leurs tissus et se répand dans l’air. On dit que les plantes produisent de l’acide carbonique pendant la nuit; il faut dire que les plantes, en pareil cas , laissent passer de l’acide carbonique emprunté au sol. .Mais que cet acide carbonique venant du sol ou pris à l’atmosphère se trouve en contact avec les

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feuilles ou les parties vertes , que la lumière solaire intervienne d’ailleurs, et alors la scène change tout-à-coup.

» L’acide carbonique disparaît ; des bulles déliées d’oxigène se développent sur tous les points de la feuille , et le carbone se fixe dans les tissus de la plante.

)) Chose bien digne d’intérêt, ces parties vertes des plantes, les seules qui jusqu’ici puissent manifester cet admirable phénomène de la décomposition de l’acide carbonique , sont aussi douées d’une propriété non moins spéciale, non moins mystérieuse. En effet , vient-on à transporter leur image dans l’appareil de M. Daguerre , ces parties vertes ne s’y trouvent pas reproduites, comme si tous les rayons chimiques, essentiels aux phénomènes daguerriens, avaient disparu dans la feuille, absorbés et retenus par elle.

» Les rayons chimiques de la lumière disparaissent donc en entier dans les parties vertes des plantes , absorption exlracaxlinaire sans doute, mais qu’explique sans peine la dépense énorme de force chimique nécessaire à la décomposition d’un corps aussi stable que l’acide carbonique. »

Voici comment le plus illustre des chimistes , Lavoisier, s’exprime en parlant de ces curieux phénomènes : « Les expériences qui ont été faites sur la végétation donnent aussi lieu de croire que la lumière se combine avec quelques parties des plantes , et que c’est h cette combinaison qu’est due la couleur verte des feuilles et la diversité des couleurs des Heurs. 11 est au moins certain que les plantes qui croissent dans l’obscurité sont étiolées, qu’elles sont absolument blanches, qu’elles sont dans un état de langueur et de souffrance, et qu’eiles ont besoin, pour reprendre leur vigueur naturelle et pour se colorer, de l’influence immédiate de la lumière.

)) On observe quelque chose de semblable sur les anim.aux eux-mêmes ; les hommes , les femmes , les enfants s’étiolent jusqu’à un certain point dans les travaux sédentaires des manufactures, dijns les logements serrés, dans

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