‹ Cours des sciences physiques à l'usage des élèves de philosophieChapitre 116 sur 139 · PRINCIPES GÉNÉRAUX DK LA TEINTURE · texte numérisé non relu

PRINCIPES GÉNÉRAUX DK LA TEINTURE

L’on proscrivit pareillement en Saxe l’usage de l’indigo ; on le traita dans l’ordonnance cpii fut rendue contre lui, et qui rappelle l’arrêt contre l’émétique , de couleur corrosive, à' aliment du diable.

C’est vers la fin du xvtf siècle que fut importé en Europe l’art de fabriquer les toiles peintes , que jusqu’alors nous fournissait la Perse. Ce genre d’industrie fut introduit en France en llkO. Les premières fabriques d’indiennes furent établies à Paris, à Orange, à Marseille et à Nantes; la manufacture de Jouy fut créée en 1759 par Oberkampf.

(Colbert donna à l’industrie française , qui était demeurée languissante, un essor qui l’éleva bientôt au-dessus des progrès des autres nations ; il appela les plus habiles artistes, il Vécompensa tous les talents, il établit plusieurs manufactures.

On s’est constamment occupé en France des moyens de faire fleurir notre industrie.

Dufay, Hellot , Marquer, ont successivement été chargés de s’occuper de la perfection de l’art de la teinture , et on leur doit des travaux précieux. Dufay fut le premier qui se forma des idées saines sur la nature des parties colorantes, et sur la force par laquelle elles adhèrent aux étoffes. Il examina avec sagacité quelques procédés , et il établit les épreuves les plus sûres que l’on put trouver alors pour déterminer d’une manière prompte et usuelle la bonté d’une couleur. Hellot publia une description méthodique des procédés que l’on exécute dans la teinture en laine. Macquer a donné une description exacte des procédés qu’on exécute sur la soie; il a fait connaître les combinaisons du principe colorant du bleu de Prusse ; il a cherché a en appliquer l’usage à la teinture ; il a donné un procédé pour communiquer à la soie des cou leurs vives par le moyen de la cochenille.

Les efforts des savants français dans les recherches sur

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la teinture ne se sont pas ralentis , et nous allons voir que ce que disait Home dans le siècle dernier est encore vrai aujourd’hui. Voici comme il s’exprime : « C’est à l’Acadé- » mie des sciences que les Français doivent la supériorité » qu’ils ont en plusieurs arts , et surtout dans celui de la » teinture. »

Bertholet lit paraître un ouvrage important sur la teinture : ses travaux et ceux de Chaptal régularisèrent les pratiques des ateliers , perfectionnèrent les procédés de blanchiment des tissus , et surtout des tissus de coton , de chanvre et de lin , en tirant parti des propriétés merveilleuses du chlore ; ils portèrent dans l’appréciation des recettes de la teinture cet esprit philosophique qui seul pouvait dégager Fart des entraves où la routine et l’empirisme l’avaient emprisonné depuis si long-temps. C’est à partir du commencement du xix" siècle qu’on a introduit dans les ateliers l’usage des matières minérales pour colorer les tissus. Aux sels de fer sont venus successivement se joindre l’arséniate de cuivre , le bleu de Prusse , les sulfures d’arsenic, le chromate de plomb , le peroxide de manganèse, etc. , qui ont fourni aux industriels de nouveaux moyens de varier leurs produits, et de les obtenir avec plus d’économie.

Un chimiste contemporain , M. Chevreul, déjà si célèbre par ses belles recherches sur les corps gras, isola un grand nombre de principes colorants , étudia Faction des agents chimiques sur eux , et se rendit ainsi facilement compte des opérations qui ont pour but de fixer les couleurs sur les tissus.

Brancrolf divise les couleurs en deux séries, les couleurs substantives et les couleurs adjutives , d’après leur affinité pour les tissus. Les premières se combinent avec les étoffes en vertu de leur propre affinité ; les secondes ne s’y fixent que par l’intermédiaire d’une autre substance.

On appelle mordant toutes les substances qui servent

MO R DA N f S. — ïiX ! > K . O.

d'inferriiédiaire entre les principes colorants et les matières à teindre. Le nom de mordant fut créé pai’ les teinturiers français à Tépocpic de l’enfance de l’art , où ils pensaient f|ue l’action des mordants était mécai]i((iie , qu’ik étaient d’une nature corrosive ou mordante, et servaient simplement à ouvrir les pores de l’étoile dans lesquels la matière colorante, pouvait ensuite s’introduire. Dufay et lîerthüllet démontrèrent que leur action est toute chimique; qu’ils ont pour la matière de l’étoffe une affinité qui est la cause de leur adhérence ; tandis que de son côté la matière colorante se fixe au mordant par l’affinité qu’elle a pour ce dernier. Les mordants sont, en général, pris parmi les hases ou oxides métalliques, f.eur nombre est assez restreint , parce qu’il faut qu’ils rémiissent la double condition de posséder tout à la fois une forte affinité pour la matièi’e colorante et pour la fibre organique; d’ailleurs les bases insolubles peuvent seules former des combinaisons insolubles avec ces deux sortes de corj)s. Ainsi , bien que la chaux et la magnésie, l’oxide de plomb, par exemjde , possèdent une assez grande affinité pour les matières colorantes , et f(ue ces oxides soient susceptibles de former avec elles des combinaisons insolubles, néanmoins ils ne |)cuvent également servir de mordant par la raison seule ([u’ils ne jouissent d’aucune affinité pour les tissus. L’expérience a démontré que de toutes les bases l’alumine , les oxides d’étain et de fer réussissent le mieux comme mordants: aussi l’alun, l’acétate d’alumine, l’acétate et le sulfate de fer, l’aluminate de potasse, les chlorures d’étain sont-ils généralement employés dajts les ateliers.

>ous allons maintenant , en prenant M. Chevreul pour guide, faire connaître les principales applications des couleurs les plus employées.

LXDKiO. — Indigotine. — Vhidigo est une matière bleue ([u’on trouv(‘ dans le commerce sous forme de petits pains cubiques, d’une belle couleur bleue, à cassure brillante, »• 43

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cuivrée. L’indigo se prépare particulièrement aux Indes orientales; le meilleur est celui de Guatimala. On rencontre cette matière colorante dans un état particulier bien différent de celui où elle constitue l’indigo dans plusieurs familles de plantes , les légumineuses , les apocynées , les crucifères, lea jwlygonécs ; mais on la retire particulièrement des espèces du genre indiyofera et quelquefois de V isatis tinctoria ou lusüanica, et du polygonum tinctorum» Préparation de l'indigo. — L’indigo s’extrait des difféférentes espèces d’indigofera par le procédé suivant. Lorsque la plante est en pleine fleur , époque à laquelle elle contient le plus possible de matière colorante, on la coupe avec une faux , on l’introduit tantôt fraîche , tantôt après l’avoir desséchée , dans un grand vase appelé trempoir, et on y fait arriver de l’eau , après avoir mis des planches épaisses sur la plante pour empêcher qu’elle surnage sur l’eau. Bientôt il s’établit une fermentation dans la masse; du gaz acide carbonique et du gaz hydrogène se dégagent , et la liqueur , qui est jaune , se couvre d’une mousse qui passe en peu de temps au violet. Pendant cette fermentation , il se dissout dans la liqueur une matière qui s’oxide au contact de l’air, bleuit et se précipite. Cette matière est de l’indigo. Pendant long-temps on croyait qu’il ne pouvait être obtenu qu’à l’aide de la fermentation ; mais M. Chevreul a fait voir qu’on peut l’extraire du pastel en traitant celui-ci par de l’eau chaude exempte d’oxigène , et qu’en absorbant de l’oxigène , la solution jaune ainsi obtenue devenait bleue et laissait déposer de l’indigo. La liqueur jaune qui provient du contact de l’eau avec la plante en fermentation est décantée dans un autre vase , où on l’agite souvent, de manière à mettre toutes ses parties en contact avec Pair. Elle devient bleue, se trouble et laisse déposer de l’indigo que l’on met égoutter sur des filtres de toile qu’on lave et qu’on sèche. Assez souvent on ajoute de l’eau de «baux on de l’acide sulfurique à la liqueur chargée d’in-

1NDIG(3.

digo pour accélérer la précipitation de celui-ci. Des procédés analogues ont été récemment suivis en France pour extraire l’indigo d’une nouvelle plante indigotifère cjui peut très bien être cultivée dans des prés humides, \e polyfjonum tînctorium.

Nous allons présenter actuellement, d’après M. Chevreul , les propriétés tinctoriales du principe essentiel de l’indigo.

Indigotinc. — Cette substance, à laquelle les indigos du commerce doivent essentiellement leur propriété de teindre les étoffes en bleu violeté, est remarquable à beaucoup d’égards. Elle est formée de quatre éléments : oxigène, hydrogène , carbone et azote. Elle est susceptible de perdre une partie de son oxigène et de devenir blanche; c’est dans cet état qu’elle existe dans les cuves de pastel , les cuves d’inde et les cuves à froid. Dans les premières, l’indigotine blanche ou désoxigénée est dissoute par la chaux, l’ammoniaque et souvent par la potasse; dans les secondes elle l’est par la potasse ; enfin dans les cuves à froid elle l’est presque toujours par la chaux. Mais, pour obtenir une dissolution alcaline d’indigotine blanche, il faut ajouter à l’eau, à l’indigo du commerce et à la base alcaline, qui servent à la préparer , une matière combustible capable de prendre de l’oxigène au principe colorant. Dans la cuve de pastel, la matière combustible se compose d’une partie même des principes immédiats organiques du pastel et de la garance; dans la cuve d inde elle provient des principes de la garance, et du son qu’on peut y ajouter; enfin dans la cuve à froid, c’est du protoxide de fer, ou bien quelquefois du protoxide d’étain, ou bien encore du sulfure d’arsenic, Cjui constituent la matière combustible.

Il faut distinguer la cuve où l’indigotine désoxigénée est unie à la potasse, à la soude, à l’ammoniaque, des cuves où elle l’est à la chaux, sous ce rapport qu’un excès de base dans les premières ne détermine point la précipitation

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d’une portion de l’indigotine incolore , comme cela a lieu dans les dernières lorsqu’on dépasse la proportion de chaux nécessaire pour obtenir le maximum d’indigotine dissoute; car alors une portion de cette substance se précipite en combinaison avec l’excès de chaux; ce fait est donc très important à prendre en considération dans la conduite des cuves à froid et des cuves de pastel.

Lorsqu’on plonge une étoffe dans une cuve d’indigotine désoxigénée, il est difficile de dire avec quelque raison , dans l’état actuel de la science , si l’indigotine désoxigénée se porte sur l’étoffe en abandonnant son alcali. Quoi qu’il en soit, si cette combinaison ne s’effectue pas, il y a tendance à ce qu’elle se fasse; conséquemment l’excès d’alcali dans la cuve est contraire à cette tendance. En admettant maintenant le cas où la combinaison dont nous parlons s’effectuerait dans une cuve où il n’y aurait que la quantité convenable de base , on conçoit qu’en ajoutant un excès d’alcali on pourrait s’opposer à l’effet. Dans tous les cas il est évident que l’action de l’alcali est contraire à celle qui tend à unir le princii)e colorant avec l’étoffe.

Si l’étoffe imprégnée, du liquide de la cuve est exposée à l’air, alors l’oxigène atmosphérique fait passer l’indigotine au bleu, et dans le cas où il n’y en aurait pas déjà de fixée a l’étoffe, la combinaison s’en opérerait à l’état naissant, et l’alcali resterait libre.

1/indigotine désoxigénée sous l’influence du protoxide de fer ou d’étain, et dissoute dans la potasse, ne donne pas aux étoiles de laine et de soie précisément la même couleur que rindigotine d’une cuve de pastel ou d’une cuve d’inde; la couleur de l’indigotine pure tii ant naturellement sur le violet, pour peu qu’elle soit accompagnée de quelques principes colorants jaunes, elle teindra alors l’étoffe en un bleu plutôt verdâtre que violâtre: c’est surtout dans les tons' clairs que cet effet est sensible.

L’indigotine dissoute dans l’acide sulfurique forme l’a-

INDIGO. — OHSEl IJ, !■;.

ride sulfo-ind'Kjoliqüe, (|ui est snscej)lihle de teindre les étoiles de lin, de coton, de soie et de hiine. On peut raj)plic[uer sur la soie et la laine sans rinterniédiaire d’aucun corps ; mais sur les étoflés de coton on se sert pres((ue toujours d’un sel à hase (raluniinc.

L’acide sulfo-indigotiquc peut s’unir aux étoiles à l’état incolore ; alors celles-ci ont la blancheur qui leur est propre; elles ont paru ne rien céder à l’eau non aérée dans laquelle on les malaxe ; mais, dès ({u’elles sont en contact avec l’oxigèiie atmosphérique, elles deviennent 1)1 eu es.

Les eaux qui contiennent de l’acide hydrosulfurique, ou un hydrosulfate , décolorent les étoffes teintes au sulfate d’indigotine qu’on y plonge.

D’après M. (ihevreul, ()"'•, 01 d’indigotine dissous dans 0»''' ,0612 d'acide sulfurique, concentré pur étendu d’une ((uantité d’eau telle que la solution occupe un volume de 20 centimètres cubes, peut teindre:

de laine au ton 18 d’une gamme composée de 28 tons.

et en opérant avec la soie:

ls‘‘'- de soie au ton 16 d’une gamme composée de 28 tons.

Orseille. — On fabrique avec les diverses espèces de lichens, rocella , parellits ^ tartairus , deustus , dealbatuSf etc., une matière colorante particulière, connue sous le nom d'orseille ; et ce qui est plus remarquable, c’est ({lie ces lichens ne contiennent point de matières colorantes toutes formées, mais qu’elles ne sont produites que par les transformations de principes qui les composent, trartsformations qui s’opèrent sous rinlluence de l’air et de l’ammoniaque. Voici comme on prépare l’orseille aux Canaries. Ou sèche le lichen , on le moud et on le réduit avec de

rnrine en une pâte qui, abandonnée à elle-même, entre en putréfaction, et dégage de l’ammoniaque qui dissout la matière colorante. Quelquefois on y ajoute de la chaux. En France on prépare un produit analogue avec du lichen parellus et du lichen decilbatus, qu’on traite par l’urine et la chaux; en Angleterre on se procure une couleur semblable en introduisant le Hchcji tartareus dans de l’ammoniaque caustique faible, obtenue en distillant l’urine pourrie avec de la chaux. Cette couleur est appelée cudbear^ nom tiré de celui de son inventeur Cuthberth Gordon.

On voit donc que l’orseille doit sa propriété colorante , non à un principe immédiat tout formé dans les lichens qui servent à la préparer , mais à l’altération qu’un principe immédiat , nommé orcinc par M. Robiquet , qui nous l’a fait connaître , éprouve de la part de l’oxigène atmosphérique et de l’ammoniaque. L’orcine ainsi altérée teint la soie et la laine non mordancée surtout , en violets extrêmement beaux, mais qui n’ont malheureusement aucune solidité au soleil. L’orseille est employée pour donner un pied aux soies qu’on veut teindre en bleu violet ou en violet, en les passant ensuite dans la cuve d’inde. Elle sert encore à donner un œil plus agréable aux violets et colombins sur laines faits à la cociienille et à la cuve. Elle est susceptible de donner à la laine d’autres couleurs que le violet , lorsqu’on la modifie par la dissolution d’étain , etc.

Tournesol. — On trouve dans le commerce de petits cubes d’une couleur plus ou moins bleue, connus sous le nom de tournesol enpain. On les prépare à l’aide du rocella tinctoria, que l’on traite par l’urine, de la chaux et de la potasse, à peu près comme quandil s’agit de préparer l’orseille.

La couleur bleue de tournesol est rougie par les acides les plus faibles. L’infusion de tournesol est blanchie par l’acide sulfureux, et la couleur est détruite par le chlore.

Papier de tournesol. ■ — Les chimistes se servent du tournesol pour préparer le réactif le plus sensible à la pré-

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