DISTILLATION
surface du nialras couvert d’un morceau de toile. Pour quelques li([uides très volatils , il faut entourer le matras d’un mélange réfrigérant. Pour empêcher la déperdition des vapeurs par les points de jonction de la cornue avec l’allonge et de cette dernière avec le ballon , on y adapte des bouchons sur lesquels on applique un lut qu’on recouvre d’une bande de pajiier. Quand on distille des acides qui corroderaient des bouchons, on ne met aucun lut, on choisit se'ulement des vases s’adaptant le mieux possible. Quand on a alï'aire à des liouides d’une condensation dilïicile ou
quand on se propose de dissoudre du gaz dans l’eau, on emploie l’appareil d(; N\oli (page 78).
Les cornues sont chaulïèes à feu, au bain de sable ou dans un bain liquide, suivant les résultats que l’on veut obtenir. Quand le licpnde employé comme bain-marie est de l’eau, on a une température constante de tüO"^ ; par une dissolution concentrée de plusieurs sels , on peut obtenir des températures variables. Ainsi une dissolution saturée de nitre bout à 11 une dissolution de sel marin à 106"^, une dissolution saturée de tartrate de potasse et de soude à 115^. Le bain d’huile peut être chauffé à 300°, et avec l’alliage fusible de d’Arcet on peut aller jusqu’au rouge.
Théorie de la disliliation. — Lorsque la distillation s’exerce sur un seul liquide , il forme, lorsqu’il est porté à l’ébullition , des vapeurs dont la force élastique est égale à celle de l’air, et comme elles sont continuellement chassées par de nouvelles vapeurs qui se forment, l’air de l’appareil est bientôt expulsé ; elles continuent à se former tant que le liquide bout et elles se condensent dans le réfrigérant. Quand on chauffe deux liquides qui entrent en ébullition à des températures inégales , par exemple , de l’eau qui bout à 100=> et une essence à 150®, la température reste constante à 1 00° ; il se forme alors une quantité assez considérable de vapeur d’essence ([ui se mêle à la va})eur d’eau c{ui en est saturée par la température de 100°. Mais de même
CHIMIE
lOU
que la vapeur d’eau se renouvelle sans cesse , la vapeur d’essence se reproduit à chaque instant et toujours dans la même condition de saturation réciproque. Mais quand deux liquides qui distillent ensemble ont de l’aiïinité run pour l’autre, ces résultats sont modifiés par cette affinité, et c’est ce qui arrive du plus au moins dans le plus grand nombre des distillations.
Bi-oxide d’hydrogène (Eau oxigénée). — C’est à M. Thénard qu’est due la découverte du bi-oxide d’hydrogène.
Propriétés. — Ce composé est liquide, incolore et inodore. Il détruit la couleur du papier de curcuma ; sa saveur est métallique , picotant la langue et épaississant la salive ; il attaque la peau , l’altère et la détruit quand on l’y applique en couches assez épaisses; sa tension est plus faible que celle de l’eau, ce C[ui explique pourquoi on peut la concentrer dans le vide à côté d’un corps avide d’eau, comme l’acide sulfurique , etc. ; sa densité = 1,^52.
Exposé à la chaleur , il perd une partie de son oxigène et d’autant plus que la température est élevée. Le fluide électrique en dégage une plus grande quantité ; le froid ne le congèle pas même quand il estnz'a — 30“.
Parmi les métalloïdes, le sélénium et le charbon seul décomposent le bi-oxide d’hydrogène : le sélénium s’acidifie, et le charbon dégage de l’oxigène sans contracter de combinaison.
Tous les métaux, l’antimoine, le tellure, le fer et l’étain exceptés , décomposent l’eau oxigénée , et la ramènent à l’état d’eau ordinaire. Mais cette action ne devient bien manifeste que lorsqu’ils sont réduits en poudre. Quelques uns passent à l’état d’oxide; d’autres restent tels qu’ils ont été employés, dégagent néanmoins tout l’oxigène qui le constituait , et il ne reste plus que de l’eau.
Parmi les sulfures métalliques, il n’y a que celui d’argent et celui de mercure qui , mis en contact avec le bi-oxide
EAU OXÏGÉNÉE.
d’hydrogène, ne l’aient pas décomposé. Tous les autres, au contraire, le décomposent , s’emparent d’une partie de son oxigène , et passent à l’état de sulfate ; mais cette manière d’agir n’est pas la meme pour tous; car il en est dont l’ac-' tien est violente , et d’autres , comme ceux de bismuth ou d’étain , dont l’action est très faible.
Les oxides métalliques tendent en général à le ramener à l’état d’eau. Quelques uns s’oxident davantage, d’autres ne s’altèrent pas ; enlin plusieurs sont susceptibles de réduction. La force décomposante des oxides est très variable ; ainsi les uns chassent subitement l’oxigène de la liqueur avec une sorte d’explosion , dégagement de calorique et même de lumière. Parmi les oxides qui se suroxident , se trouvent ceux de baryum, de strontium^ de calcium, etc. Ceux qui ne s’altèrent pas sont : les peroxides de manganèse ^ de cobalt , de fer; le protoxide de plomb, etc. Ceux qui se réduisent sont les oxides d’argent , d’or ; les oxides de plomb, autres que le protoxide , etc. Enfin trois font explosion : ce sont l’oxide d’argent , \qs> peroxides de plomb et de manganèse.
Les acides , au contraire , possèdent la propriété de donner à l’eau oxigénée plus de stabilité , à moins qu’ils ne soient trop faibles ou qu’ils ne changent de nature ; tel est l’acide taririque, etc. ; alors les acides sont transformés en acide carbonique. Les acides sulfurique , phosphorique , chlorhydrique, arsénique, oxalique, etc., se trouvent dans le premier cas, c’est-à-dire qu’ils ajoutent de la fixité à l’eau oxigénée.
Les sels ont une action sur l’eau oxigénée , plutôt semblable à leurs oxides qu’à leurs acides.
Parmi les matières végétales , il ne paraît y avoir que le tournesol qui décompose l’eau oxigénée , ce que l’on at- ’ tribue à l’alcali qu’il contient. Il en est de même des matières animales isolées, si ce n’est la fibrine qui en opère la décomposition. Mais les matières animales organisées, les
CHBUE.
tissus organiques des animaux , opèrent toutes ia décomposition du bi-oxide d’hydrogène, à la manière des oxides métalliques et des métaux , et cela sans absorber d’oxigène ni céder rien de leurs principes.
Composition. — Les diverses analyses prouvent que l’eau ôxigéaée est un bi-oxide d’hydrogène, par conséquent formé de 2 atomes d’hydrogène et de 2 atomes d’oxigène ; d’où la formule 0^ ou H O.
Préparation. — Pour préparer l’eau oxigénée , on se procure du bi-oxide de baryum; on le broie dans un peu d’eau de manière à en faire une pâte ; d’ira autre côté , on fait un mélange d’acide chlorhydrique et d’une certaine quantité d’eau que l’on place dans une éprouvette entourée de glace; alors on ajoute dans l’acide le bi-oxide de baryum, qui s’y dissout sans effervescence, surtout en ayant soin d’agiter. L’acide chlorhydrique, en ramenant le bi-oxide à l’état de protoxide pour s’y combiner, en dégage l’oxigène qui s’unit à l’eau ; de sorte que la dissolution est formée de chlorure de baryum, de bi-oxide d’hydrogène et d’eau. On ajoute à cette dissolution, goutte à goutte, de l’acide sulfurique , qui s’empare de la baryte , et la précipite à l’état de sulfate , en même temps que l’acide chlorhydrique est devenu libre ; on sépare le précipité par la filtration , et l’on recommence à ajouter comme ci-dessus du bi-oxide de baryum réduit en pâte, et de l’acide sulfurique qui, séparant la baryte en rendant libre l’acide chlorhydrique, permet de recommencer assez souvent cette manipulation pour charger l’eau d’une assez grande quantité d’oxigène. Arrivé à ce point , comme l’oxide de baryum a abandonné des flocons de silice , d’alumine , d’oxides de fer et de manganèse, on filtre sur une toile pour les séparer. On traite la liqueur par du sulfate d’argent ; il se forme un chlorure insoluble , et l’acide sulfurique est mis en liberté ; on sépare • ensuite cet acide parla baryte bien pure, et l’on n’a plus