‹ Cours des sciences physiques à l'usage des élèves de philosophieChapitre 9 sur 139 · ANALYSE ET SYNTHÈSE · texte numérisé non relu

ANALYSE ET SYNTHÈSE

preuve à la première, en démontrant que la craie est bien un composé binaire, qui a pour principes constituants la chaux et le gaz particulier qu’on nomme acide carbonique.

On peut donc dire avec raison que Vanalyse est l’art de décomposer les coi'ps, et la synthèse celui de les recomposer. Toute la science chimique consiste dans ces deux opérations fondamentales : analyser et composer. Pour pratiquer l’analyse , on fait usage d’agents et de réactifs. Tout corps qui , d’une manière quelconque , donne le moyen d’opérer la séparation des parties constituantes d’un composé , se nomme un agent. Ainsi , dans l’exemple précédent , la chaleur est un véritable agent d’analyse; mais si , au lieu de chercher à isoler les principes qui forment un composé , on se borne à constater leur présence , on emploie alors des corps qui par leurs réactions sur chacun des principes font apparaître une de leurs propriétés distinctives et permettent ainsi de discerner leur nature difierente. On donne le nom de réactif aux corps qui sont employés dans ce but.

Nous ne devons pas quitter les considérations sur la force qui unit les corps sans parler ici de ce phénomène connu sous le nom de cristallisation. Lorsqu’un corps passe lentement de. l’état gazeux ou liquide à l’état solide , on remarque que ses atomes se réunissent par les faces qui se conviennent le mieux , de manière à donner naissance à un solide régulier, offrant la meme forme pour chaque corps , et auquel on a donné le nom de cristal ; le phénomène qui le produit est appelé cristallisation. Pour que la cristallisation s’opère bien , il est essentiel que le refroidissement soit lent et régulier; un refroidissement trop brusque donnerait lieu à la formation d’une masse confuse que l’on nomme précipité. La cristallisation s’opère tantôt par l’intermède du feu , tantôt par celui des liquides.

1" Par l’intermède du feu , on opère de deux manières : quand le corps est volatil, on le chauffe, et la vapeur qui se forme est reçue sur un corps plus froid que le foyer d’où

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la vapeur s’est formée , et où elle se condense en affectant la forme de cristaux ; si le corps est fusible sans être volatil , on le fond dans un têt , on le laisse refroidir lentement ; et lorsqu’il s’est formé une croûte à sa surface , on la perce, et l’on décante les parties encore liquides qui laissent à nu celles qui se sont cristallisées.

2“ Par l’intermède des liquides la cristallisation s’obtient encore par deux procédés. Tantôt la substance est dissoute à chaud , et cristallise par le refroidissement du liquide ; tantôt la dissolution saturée à froid est abandonnée à une évaporation spontanée ; le liquide en s’évaporant laisse déposer les cristaux.

Remarquons ici que les cristaux contiennent le plus souvent une certaine quantité d’eau qu’on nomme eau de cristallisation.

ÉNUMÉRATION ET CLASSIFICATION DES CORPS SIMPLES ; EXPOSITION DES PRINCIPES SUR LES- QUELS REPOSE LA NOMENCLATURE. — Les anciens ne connaissaient que quatre corps simples , ou quatre substances élémentaires : la terre , le feu, l’air et l’eau; mais ces prétendus éléments ne sont, au moins pour ce qui regarde la terre , l’air et l’eau , que des corps qué la chimie moderne nous a appris à décomposer. Nous possédons aujourd’hui cinquante-quatre éléments. Nous allons donner ici le nom de tous les corps simples connus , et nous allons les présenter de telle manière que chaque corps est électronégatif par rapport à ceux qui le suivent , et électro-positif par rapport à ceux qui le précèdent. Les corps simples sont au nombre de cinquante-quatre , savoir ;

oxigène,

sélénium,

carbone.

or,

flpor,

phosphore.

bore,

hydrogène,

chlore,

arsenic,

silicium,

osmium,

brome,

molybdène,

colombium,

iridium.

iode,

vanadium.

titane.

rhodium,

azote,

chrome.

antimoine,

platine.

soufre,

tungstène,

tellure.

palladium,

nomenclatuhe chimique.

mercure,

cérium.

zirconium.

calcium ,

argent

cobalt ,

thorium ,

strontium,

cuivre,

nickel,

, aluminium.

barium,

uranium.

fer,

yttrium,

lithium.

bismuth,

cadmium.

glucinium, 'etc.

sodium ,

étain.

zinc,

.magnésium.

potassium.

})lomb,

. manganèse,

Les cori)S simples sont divisés en deux grandes séries : la première comprend l’oxigène , l’hydrogène , le carbone , le bore , le silicium , le phosphore , le soufre , le sélénium , le chlore , le brome , l’iode , le fluor, l’azote. Ces corps ont ])our caractères communs de conduire mal la chaleur et l’électricité; on les désigne sous le nom de métallo'icles. Tous les autres au contraire conduisent bien la chaleur et l’électricité; on les appelle ynélaux. On remarque que généralement les métalloïdes s’unissent bien aux métaux , et qu’ils sont électro-négatifs par rapport à ces derniers.

Nomenclature chimique. — La nomenclature chimique actuellement adoptée est une œuvre admirable qui ne date (jue de la fin du xvitu siècle. Les noms anciennement employés pour désigner les produits chimiques étaient enfantés par le caprice : chacun donnait au composé qu’il découvrait le nom que son imagination lui suggérait, et très peu d’entre eux avaient une signification appropriée à la nature des corps qu’ils devaient faire connaître; les apparences physiques les plus légères suffisaient pour légitimer le choix des noms. Ainsi il y avait des fleurs d’antimoine , de zinc, de benjoin; des beurres d’antimoine, d’étain; des huiles de vitriol, de tartre par défaillance; et rien ne ressemble moins à des fleurs, à des beurres ou des huiles que ces divers produits. Outre la bizarrerie de ces noms, un inconvénient beaucoup plus grave, était le nombre considérable des synonymies, qui s’accroissait continuellement, et qui produisait une véritable confusion des langues. Ainsi le produit que nous connaissons sous le nom de siil^ fate de potasse se nommait tantôt arcanum duplicatum ,

CHIMIE

tantôt sel duohus , tantôt enfin sel 'pohjchreste de Glaser, On peut juger par la singularité de ces divers noms de ce qu’était l’ancien langage chimique et des difficultés que devaient éprouver les élèves et les professeurs pour retenir une synonymie aussi compliquée. La nomenclature actuelle est un chef-d’œuvre de clarté; elle repose sur un petit nombre de règles bien précises. Son adoption a certainement contribué aux progrès c|ue la chimie a faits depuis un demi-siècle. On conçoit sans peine qu’un langage analytique aussi précis, qui n’admet rien d’arbitraire, qui non seulement s’adapte aux faits connus, mais prévoit, pour ainsi dire, les découvertes à venir, a dû, en servant de lien commun aux savants de tous les pays, contribuer à rendre plus faciles leurs rapports mutuels. L’idée première de la nomenclature appartient à Guyton de Morveau , qui présenta son projet à rx\cadémie des sciences. Cette société désigna Lavoisier, Berthollet etFourcroy, pour l’examiner. La nomenclature méthodique qui parut en 1787 fut l’œuvre commune de ces quatre illustres chimistes : elle fut bientôt adoptée par les savants de tous les pays.

Avant de terminer ce précis historique, rappelons quelques unes des paroles mémorables de Lavoisier sur la nomenclature chimique. « C’est, dit-il, en m’occupant de ce travail que j’ai mieux senti que je ne l’avais encore fait juscfu’alors l’évidence des principes qui ont été posés par Condillac dans sa Logique et dans quelques autres de ses ouvrages. Il y établit que 7ions ne pensons qu’avec le secours des 7nots; que les langues sont de véritables méthodes analytiques ; que l’algèbre la plus simple, la plus exacte et la mieux adaptée ci son objet de toutes les manières de s’énoncer, est à la fois ime langue et %ine méthode ancdytique ; enfin, que l’art de raisonner se réduit Cl une langue bien faite.

» L’impossibilité d'isoler la nomenclature de la science et la science de la nomenclature tient à ce que toute science

NOMENCLATURE CHLMIQUE.

physique est nécessairement formée de trois choses : la série des faits qui constituent la science , les idées cfui les rappellent, les mots qui les expriment. Le mot doit faire naître l’idée, l’idée doit peindre le fait; ce sont trois empreintes d’un meme cachet ; et comme ce sont les mots qui conservent les idées et qui les transmettent, il en résulte qu’on ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science , ni la science sans le langage , et que , quelque certains que fussent les faits, quelque justes que fussent les idées qu’ils auraient fait naître, ils ne transmettraient encore que des impressions fausses si nous n’avions pas des expressions exactes pour les rendre. »

Exposons maintenant les principes de la nomenclature chimique actuelle. Pour les corps simples, les noms sont indépendants de toute règle ; ils doivent seulement se prêter facilement à la composition de noms plus complexes ; c’est pour les corps composés, que la nomenclature méthodique est admirable , son usage a rendu à la science d’immenses services et en facilite singulièrement l’étude.

Il est une loi générale des combinaisons avec laquelle la nomenclature actuellement en usage est presque toujours d’accord, et qu’il serait convenable d’observer toujours , que nous allons développer avant d’entrer dans les détails. Deux, trois, quatre corps simples ou éléments, et très rarement plus, entrent dans la composition des corps composés ; mais , quel que soit le nombre des éléments , il paraît généralement vrai que les corps simples sont unis seulement par deux forces antagonistes qui se neutralisent. Les analyses que nous pouvons facilement elTectuer au moyen de la pile voltaïque nous offrent une représentation aussi simple qu’élégante de cette manière de voir. Les deux pôles d’une pile en activité peuvent nous représenter deux forces antagonistes. Quand un composé binaire est placé dans la sphère d’activité de cette pile, un des éléments de ce décomposé se rend à un pôle , l’autre gagne

CHIMIE

le pôle opposé. Quand un composé ternaire est soumis à la même influence et que Faction est convenablement modérée , à chaque pôle se rend une combinaison binaire ayant des propriétés antagonistes. Il en est de même pour un composé quaternaire, et successivement. Ainsi nous pouvons considérer un composé , quel que soit le nombre de ses éléments, comme formée de deux corps simples ou de deux composés antagonistes. On forme la. nomenclature du composé en formant le nom du genre avec le nom de l’élément électro-négatif ou celui qui se rend au pôle'positif de la pile , et le nom spécifique avec l’élément électropositif.

Le principe essentiel de la nomenclature des corps composés est de donner une idée exacte de la nature d’un corps en énonçant son nom.

Combinaisons binaires de l’oxigene. — Le nombre , l’importance des combinaisons de l’oxigène , et l’espèce de prépondérance exclusive que lui ont accordée les fondateurs de la nomenclature, nous engagent à comm'encer par exposer la nomenclature des combinaisons binaires de l’oxigènê. Pour former le nom du composé , voici les différentes conditions auxquelles on a eu égard : 1“ l’acidité ou la non- acidité du composé ; les composés oxigénés qui rougissent la teinture de tournesol sont considérés comme acides et nommés oxacides; les composés oxigénés cjui n’ont point d’action sur cette couleur sont nommés oxides; 2° la nature du corps qui est uni à l’oxigène; 3" les différentes proportions suivant lesquelles ces corps sont susceptibles de s’unir entre eux. Ainsi lorsc{u’on veut désigner une combinaison binaire de l’oxigène cpii est acide , on emploie d’abord le nom générique d’oxacide , ou , par abréviation, simplement le nom cVacide. Le nom spécifique est formé par le nom du corps simple qui est uni à l’oxigène ; ce nom est ordinairement latinisé. En terminant ce mot par les désinences ique ou eux , ou le faisant pré-

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