‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 104 sur 132 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

dionas

ARTICLE I

\. Notice biographique. — Jonas, le plus ancien ou, du moins, l'un des plus anciens Prophètes dont nous ayons les œuvres, était fils d'Amathi (Jon., i, 1) et originaire de Geth-Opher, petite ville de la basse Galilée, dans la tribu de Zabulon. On croit que c'est de lui qu'il est parlé dans le livre des Rois (IV Reg., xiv, 25j. Il aurait alors vécu dans le royaume de Samarie et sous Jéroboam II ' (822-781 av. J.-C). On ignore du reste l'époque précise où arriva l'histoire merveilleuse qui fait le sujet de ce livre. Cette histoire est très connue, et il est inutile de la raconter.

II. Réalité de cette histoire. — Elle est niée par les rationalistes et par la plupart des exégètes protestants. Ce livre, à leurs yeux, est une fiction poétique, ou renferme peut-être le récit d'un fait naturel, mais

' Le synchronisme des annales juives, à ce point de l'histoire générale di monde, est important à connaître. Voyez M. Darras, nUt. de l'ÈgL, t. II, p. GS3.

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altéré par le temps, embelli par la poésie et revêtu de tout le merveilleux du mythe et du symbole*.

Cette opinion n'est pas soutenable. En effet, la réalité historique du livre de Jonas repose :

1* Sur l'antique et constante tradition des Juifs. Cette tradition est vivante dans les ouvrages des plus anciens rabbins et dans le Talmud. Elle est attestée, de plus, par l'historien Josèphe-, qui, en résumant l'histoire de Jonas, déclare ne rien vouloir cacher de ce qu'il a appris de ce Prophète dans les écrits de sa nation, et par le livre de Tobie, où nous lisons ces paroles : « Mon fils, prenez vos enfants ; je suis vieux et « prêt à quitter la vie. Retirez-vous dans la ville de « Médie, mon fils, car je suis persuadé de la vérité de «( ce qui a été prédit par Jonas, que Ninive sera dé- «( truite (xiv, 5, version grecq.). »

2° Sur fautorité de Jésus-Christ. Notre-Seigneur ne se contente pas de donner à Jonas le nom de prophète, et de comparer le miracle de sa résurrection à celui de Jonas renfermé trois jours dans le ventre d'un poisson et rendu plein de vie à la lumière; mais il affirme que les Xinivites se lèveront au dernier jour contre les Juifs et leur reprocheront leur incrédulité(Matth., xii, 31), 40; Luc, xi, 29-32). « 5/ dixeris, ajoute avec raison, « F. Kaulen^ non oportere Salvatoris verba intelligi de (( eis quœ verè facta sint, ciim res appellata, etiamsi per « allegoriam nan'ata sit , Judœis exemplo fuerit, observanu dum est (Matth., xii, \ï) siniul cum Jonâ prophetâ ità re- « ginam Austri commemorari, ut adunumquœ ad alteruin « pertinere appareat. Aut igitur regina Saba per allego- « riam narrât ur Salomonem adiise, aut Jonx ad Ninivi- « tas legatio omnes fidei liistoriœ notas prœ se fert. Magis « etiam urget,quàd Salvator Ninivitarum pœnitentiam in

» Cfr Rosenmùller, Schol. in Jon., Prolegom. ; M. Darras, HUt. del'Egl., t. II, p. 637; M. Glaire, Introd. » Antiq. Jud., lib. IX, cap. xi, p. 318. 3 Comm, inlibr. Jome, p. 4.

« prœdicatione Jonœ actam ità appellat, ut, qui eam verè « factam neget, inepla videaiur loqui. n

3° Sur les caractères intrinsèques. La simplicité du style ; la manière naturelle dont les faits sont racontés ; les noms propres des personnes et des lieux, et en particulier de villes connues, telles que Joppé et Ninive : tout atteste une histoire véritable, tout repousse l'idée d'une fable ou d'un mythe.

4° Enfin sur les monuments et les traditions orales de l'Orient. On montre en Judée, non loin de Beyrouth, le lieu où, suivant la tradition, le monstre marin déposa Jonas sur le rivage : il est appelé de son nom Naby- Jounès*. Mais c'est surtout en Assyrie que l'on conserve la mémoire de notre Prophète. Son souvenir paraît se retrouver dans le culte du dieu-poisson de Ninive ; il est remarquable que le dieu Aô est revêtu d'une peau de poisson dont la tête forme une sorte de capuchon. Ce qui se passe chaqueannéeàMossoul est beaucoup plus remarquable encore. «La semaine dernière, « écrivait de Ninive, le 12 mars 1853, M. Victor Place-, « la ville de Mossoul a célébré trois jours de jeûne, « suivis d'un jour de réjouissance, en commémoration « de la pénitence imposée aux Ninivites par Jonas. « Comme le fait s'accomplit de temps immémorial « dans ce pays, on le trouve fort naturel ; et, l'année « dernière, on ne m'en parla qu'assez longtemps après « qu'il était passé ; mais, cette année-ci, j'ai tenu à en « être témoin par moi-même, et vous pouvez dire que « vous tenez d'un consul présent sur les lieux qu'une « ville entière consacre tous les ans un des faits les « plus étranges et les plus anciens de la Bible. Ce qu'il « y a de plus frappant, ajoute-t-il, c'est que les Musul- « mans eux-mêmes respectent cette tradition, et font « la fête le même jour que les chrétiens. Il est vrai que « le Koran renferme un chapitre entier (le 10') consa-

' M. de Saulcy, Voyage h la mer Morle, t. I, p. 31. ^ Ann. de p/iiV., 4* sér., t. VII, mai 1S5M, p. 380.

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u cré à Jonas, et que, en face de Mossoul, il y a sur un « monticule artificiel une mosquée très vénérée qui ♦c passe pour recouvrir le tombeau du Prophète. » Suivant une tradition juive, Jonas serait mort dans sa patrie. Le monticule dont il s'agit, appelé de son nom^ Nebi-Ounas, est probablement le lieu où il s'était retiré pour attendre l'effet de sa prédication et de ses menaces ^ Tout se réunit donc pour démontrer la réalité historique du livre de Jonas. Nous répondrons plus loin aux difficultés.

III. Auteur du livre. — Jonas, le héros de ce livre, en est-il aussi l'historien? Quelques auteurs catholiques et la plupart des rationalistes pensent que les faits dont le livre se compose, après avoir été longtemps conservés par la tradition ou consignés dans les archives de la nation, furent recueillis plus tard par un auteur inconnu et rédigé dans l'ordre actuel.

Il n'y a cependant aucune raison d'abandonner l'opinion commune et presque unanime des Juifs et des Catholiques, qui ont toujours regardé Jonas comme l'auteur de cet ouvrage. En effet, la composition du livre de Jonas par lui-même, dit M. l'abbé Gilly % peut se concilier soit avec la forme du récit à la troisième personne, soit avec cette remarque que u Ninive était « une grande ville (m, 3), » c'est-à-dire quand Jonas y vint; — soit avec les réminiscences des psaumes dans la prière de Jonas (ii, 3-10) ; — soit enfin avec les quelques aramaïsmes qu'on y signale : car on ne prouvera jamais que ces prétendus néologismes n'étaient pas en usage du temps de Jonas dans plusieur> contrées de la Judée ^

1 Cfr M. Darras, loc. cit., p. 695.

•2 Inlrod., t. III. p. il3.

3 Cfr M. Glaire, Introd., t. IV; F. Kaulen, p. 7-9.

ARTICLE II

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