CHAPITRE SIXIÈME
Du livre des Psaumes.
ARTICLE I
Nous traiterons dans cette introduction : 1° du nom, de la nature, du nombre et de la division des Psaumes ; 2o du texte original et des principales versions; 3° des titres ; 4° des auteurs des Psaumes et de l'auteur de la collection ; 5° de la divinité des Psaumes ; 6° de leur obscurité; 7° des règles pour les bien entendre; 8° nous terminerons ce premier article par l'indication des meilleurs commentateurs.
Du nom, de la nature, du nombre et de la division des Psaumes
I. Le nom. — Le livre des Psaumes, appelé par les iniïs livre d' hymnes ou de cantiques {Sêpher Tehillim), tire son nom d'un mot grec, -Itcù-aôç, de -^âUetv [loucher légèrement, pincer), qui signifie un poème que l'on chante en s'accompagnant sur un instrument à cordes, le ^alT-hpiov. De là le nom de Psautier.
IL La nature. — Les Psaumes sont des hymnes sacrés ou religieux. Presque tous sont destinés à célébrer la grandeur et les bienfaits de Dieu (Ps. viii, xvni, xxxii, xLYi, cxvin). Il y a cependant des hymnes patriotiques, ou nationaux (Ps. lix, lxxxiii, cxxxvi"), des cantiques d'actions de grâces (Ps. xx, xxix, xxx, xlv), des chants de repentir (Ps. l, cxxix...), des prières (Ps. xxiv, xxvii, cxxii), des prophéties (Ps. ii, xxi, cix...), des imprécations contre les méchants (Ps. cviii), enfin des cantiques didactiques, composés pour rappeler aux Hébreux les leçons de l'histoire et de la morale (Ps. lxxvii, oiy, cv, etc.).
III. Le nombre. — Le nombre des Psaumes canoniques est de cent cinquante K L'Église ne reconnaît point le psaume que l'on trouve à la fin du Psautier, dans plusieurs exemplaires grecs et latins, sous le nom de David, avec ce titre : Lorsque David combattit seul contre Goliath; ou : De David encore enfant. La critique a rejeté aussi dix-huit psaumes écrits en grec, d'un style assez semblable à celui des Septante, et qui furent trouvés dans la bibliothèque d'Augsbourg. Un jésuite, le P. de la Cerda, les a traduits en latin et publiés à Lyon, sous le nom de Salomon, en 1626.
Quoique l'hébreu etla Vulgate contiennent le même nombre de Psaumes, ils ne s'accordent pas sur la manière de les compter. Voici les différences qui existent entre eux. Il est utile de les connaître, afin de pouvoir vérifier les citations que les auteurs font, tantôt d'après l'hébreu, tantôt d'après la Vulgate,
Jusqu'au psaume ix il n'y a pas de différence. Mais, la Vulgate ayant réuni les psaumes ix et x de l'hébreu, les Juifs ont un psaume de plus, et leur psaume xi est le psaume x de la Vulgate. Cette version, réunissant encore les psaumes civ et cv divisés dans l'hébreu, la différence est de deux, et le psaume civ de la Vulgate est le psaume cvi de l'hébreu. Mais, comme la Vulgate partage le psaume cxiv, la différence, redevenue de un, subsiste jusqu'au psaume cxlvi, de nouveau séparé par la Vulgate. L'accord, ainsi rétabli, continue jusqu'à la fin.
IV. Division. — Les Juifs ont divisé les Psaumes, comme le Pentateuque, en cinq livres. Cette division est indiquée, dans l'hébreu, dans les Septante et dans la Vulgate, par des doxologies placées à la fin des quatre premiers livres et se terminant par ces mots : Amen, amen, ou Fiat, fiat{Ps. xl, lxxi, lxxxviii, cvj. Origènela mentionne comme en usage chez les Juifs. Elle a
> C'u/ic. Tml., sesi. 1\', décret, de Canon. Script, i Select, in Ptalm. ; Opéra, t. II, p. 513.
paru aussi très ancienne à saint Épiphane', à saint Grégoire de Nysse - et à saint Ambroise^, qui la justifient. Elle est donc respectable. Beaucoup l'attribuent à Esdras. Cependant il ne faudrait pas y attacher une trop grande importance. Saint Hilaire *, saint Augustin ^ et saint Jérôme ® ne font même pas difficulté de la rejeter.
Les paroles qui terminent le deuxième livre : Ici finissent les hymnes de David fils de Jessé (Ps. lxxi, 20), embarrassent les critiques. En effet, tous les Psaumes de David ne sont pas contenus dans les deux premiers livres; plusieurs du second sont attribués par le titre à d'autres auteurs (Ps. xlix, xli, xliii, xlviii); enfin, quelques-uns semblent postérieurs au Roi-prophète. Ces paroles ont peut-être été ajoutées au texte par un copiste ignorant. D'autres auteurs en ont conclu que les cinq livres des Psaumes étaient autant de collections particulières, qui, avant d'avoir été réunies en un seul corps comme elles le sont aujourd'hui, avaient été recueillies par différentes personnes et à diverses époques. Cette opinion ne manque point de vraisemblance '.
])u texte original et des principales versions
I. Texte original. — Les Psaumes ont été écrits en hébreu. Nous possédons le texte original. 11 ne diffère pas beaucoup de celui dont saint Jérôme s'est servi. Mais il est probable qu'il s'éloigne en plusieurs en-
• De mensuris et pond., cap. v; Op., l. II, p. 162. 2 In Psalm., cap. v; Op., t. I, p. 268.
■i Ëiinrr. in Ps. xi, n. 37; Op., t. 1, col. 822.
* Prulef/. in lib. Psalm., n. 1, col. 1. ' Ennrrat. in Ps. cl, n. 2.
•■ Ej)ist. cxL, ad Cyprian., n. 1; Migne, t. XXII, col. 1108.
' Cfr M. l'abbé Gilly, t. III, § 18, n. 3, p. 06 ; M. Mabirc, Us Psaximes trad. en français, introduct., n. 3, p. 22; M. Laurent^, Disc, prélim., p. 154.
droits de celui sur lequel les Septante ont travaillé. Les différences sont, du reste, peu importantes.
II. Versions principales. — On a traduit les Psaumes dans toutes les langues. Nous parlerons seulement des versions grecques, latines et françaises ; encore nous bornerons-nous aux principales.
1° Versions f/recques. — La plus ancienne version des Psaumes est la version grecque des Septante. Elle est. moins remarquable que celle du Pentateuque. Cependant son antiquité et l'usage que les Apôtres en ont fait lui ont concilié, dans la critique, une très grande autorité. Les Apôtres n'en connaissaient point d'autre, et c'est elle qu'ils ont transmise aux Églises nouvellement fondées. Elle est restée en usage chez les Grecs, et l'Église latine continue de se servir de la Vulgate, qui en est la traduction.
On a encore en grec les versions d'Aquila, de Symmaque et de Théodotion. Elles sont toutes les trois du deuxième siècle après Jésus-Christ.
2° Versions latines. — La plus célèbre et probablement la plus ancienne des versions \siimes est l'ancienne Italique. Elle remonte au moins au second siècle. Nous avons dit ailleurs * comment saint Jérôme en entreprit la revision à la prière du pape Damase, et quel fut le résultat de ce travail.
Saint Jérôme en outre, a composé sur l'hébreu une version des Psaumes, que Uossuel, dans son commentaire, a mise en regard de la Vulgate.
Sanclùs Pagnin, le P. lluubigant, M. Le Hir et quelques autres ont composé aussi sur l'hébreu plusieurs versions latines assez estimées.
3° Versions françaises. — Les versions françaises ont été faites, les unes sur la Vulgate, les autres sur l'hébreu.
Les plus connues parmi les premières sont :
' Voyez Cours iHém . , t. I, part. I, ch. iv, an. 2, n. 2, p. 6J.
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La version des Docteurs de Louvam. Le style en a vieilli.
La traduction de Sacy. Elle est exacte et littérale. D. Calmet l'a adoptée dans son Commentaire, et le P. de Carrières dans sa Paraphrase.
La version du P. Lallemant. Ce père paraphrase plutôt qu'il ne traduit.
Celle du P. Berthier. Elle est un peu trop littérale.
La version de Laharpe. Il la composa pendant la Révolution ', lorsqu'il était prisonnier au Luxembourg (1794). Elle est élégante, mais elle manque d'exactitude.
La version de Genoude. Plus élégante que celle de Laharpe, elle est encore moins exacte, et elle n'a pas été faite exclusivement sur la Vulîiate.
Les versions suivantes ont été laites sur l'hébreu, savoir :
La traduction deVabbé Danicourt^ Paris, 1826, in-S". M. Glaire en fait le plus grand cas : « C'est, dit-il -, « sans contredit, la meilleure traduction qui jamais « ait été faite en français sur l'hébreu. Le style noble « et poétique, et dans lequel le parallélisme se trouve <( observé autant que le permet notre langue, est tout « à fait digne de l'original. >'
La version de M. Laurens. Paris, 1839, in-8°. Aussi élégante et aussi poétique que celle de M. Banicourt, elle l'emporte sur elle par son exactitude et par la fidélité avec laquelle l'auteur a su donner à son style la couleur et la physionomie de la langue originale.
L'année précédente avait paru la traduction en vers français de M. Alexandre Giiillemahi, Paris, 1838, in-12.
Nous citerons enfin la traduction de M. l'abbé Mabire, Caen, 1868, in-12. Par sa fidélité et par son élégance, elle peut soutenir la comparaison avec ses devancières.
' Voyez Du saint Office, ch. viii, p. 103. 2 Introd., t. V, p. 27.
Des titres des Psaumes.
Nous examinerons deux choses par rapport aux tih^es ou inscriptions dont les Psaumes sont ordinairement accompagnés : leur authenticité et leur signification.
I. Authenticité. — Tous les titres des Psaumes sontils authentiques? Il y a partage de sentiments sur cette question.
Les uns ont admis tous les titres comme authentiques, non seulement ceux de l'hébreu, mais ceux des Septante et de la Vulgate. C'est un excès. Il y a une si grande différence entre ces inscriptions, qu'il est difficile de les regarder toutes comme l'œuvre d'auteurs inspirés.
Les autres ont rejeté tous les titres sans exception. C'est un nouvel excès. A l'exemple des poètes orientaux et des poètes juifs eux-mêmes (Exod., xv; Deut., XXXI, 30; xxxiii, 1 , Jud., v, 1 ; I Reg., i, 28 ; II Reg., i, 17), les auteurs des Psaumes on dû mettre quelquefois leur nom en tête de leurs compositions et en indiquer le sujet ou l'occasion. Il est donc vraisemblable qu'au moins plusieurs de ces inscriptions se sont conservées. Les critiques modernes les moins scrupuleux, Jahn, Eicchorn, Rosenmiiller, Berthold et une foule d'autres, le reconnaissent '.
Mais comment distinguer les inscriptions authentiques de celles qui ne le sont pas? Plusieurs écrivains se bornent à défendre l'authenticité des titres hôbraïques. Cette opinion est encore trop absolue. Nous ne voudrions pas plus admettre sans distinction tous les titres de l'hébreu, que nous ne voudrions envelopper dans une même réprobation tous ceux des Septante et de la Vulgate. Comme il peut y avoir dans
' Cfr Glaire; Gilly, n. ii, \i. 6:i; Mabiic, InlrwL, ii. 5, |i. xxx.
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les Bibles hébraïques des inscriptions sur l'authenticité desquelles on soit en droit d'élever des doutes légitimes, il peut s'en rencontrer dans les Septante et dans la Vulgate qui soient en état de satisfaire aux exigences de la plus sévère critique.
Au lieu de se prononcer d'une manière générale sur l'authenticité de tous les titres, soit de l'hébreu, soit de telle ou telle version, le plus sage parti est de considérer séparément chacun de ces titres, et d'admettre comme authentiques tous ceux qui, soit dans le texte original, soit dans les versions, ne portent point de trace d'altération ; qui par exemple, ne présentent aucun détail ne pouvant se concilier avec le sujet ou l'auteur certain d'un Psaume. En suivant cette règle, on se convaincra de l'authenticité de presque toutes les inscriptians hébraïques; mais on reconnaîtra aussi qu'il y en a plusieurs dans la Vulgate dont on peut défendre la vérité.
II. explication des titres les plus obscurs. — Ces titres sont fort obscurs et ont été diversement entendus. Les uns font connaître le caractère général des Psaumes {IntellectuSf Laus cantici, Psalmus in confessione) ; et les autres, le nom soit des auteurs {Psabnus David^ Psalmus Asaph), soit des chanteurs {Pro filiis Core, Pro Jdit/ium), soit des instruments [Pro octavâ, Pro torcularihus), soit de l'air sur lequel on devait les chanter {Ne disperdas), soit entin du jour où ces pièces devaient être exécutées [Prima sabOati, Secunda sabbali). Ouelques-uus apprennent les circonstances dans lesquelles les Psaumes ont été composés (Ps. m, un, Lv, Lviii). Trente-quatre psaumes n'ont aucun titre.
Pour faciliter l'intelligence de ces inscriptions, nous expliquerons brièvement celles qui paraissent oll'rir le plus de difficultés.
In finem ; dans les Septante si; riloç. — Ces paroles indiquent l'attention et l'assiduité avec lesquelles on devait chanter les cantiques qui portent cette in-
scription. Le mot hébreu actuel {Laménatséha) serait mieux rendu par Prœcentori, c'est-à-dire : psaume remis au maître de chœur pour qu'il en prépare l'exécution.
Pro torcularibus. — Suivant beaucoup d'auteurs, ce titre désigne les psaumes qu'on" avait l'habitude de chanter i\ l'époque des vendanges. Suivant d'autres, ces paroles indiquent une espèce particulière d'instruments.
Prnoctavô. — C'était probablement un instrument à huit cordes.
Pro en qux hicreditatem consequitur ; en grec C7r£|3 rrif AYipo'jo[iovTr,ç. — Ces paroles désignent probablement le peuple juif, choisi par Dieu pour recueillir l'héritage des Chananéens. Le mot hébreu signifie des instruments de musique à vent. Les Septante l'auront confondu avec un autre qui lui ressemble.
Pro lis qui commutabuntur. — C'est-à-dire : psaume à l'usage de ceux qui devaient se convertir au Seigneur ; ou peut-être : psaume à plusieurs chœurs. Il y a en hébreu : Super lilia ; ce qui indique une nouvelle espèce d'instruments, ou l'air connu d'un autre cantique.
In carminibus. — Ce mot désigne en hébreu des instruments à cordes. Dans la Vulgate, il indique des psaumes qui devaient être accompagnés d'instruments de musique et chantés d'après certaines règles.
Pro Macleth. — Expression obscure, communément entendue d'une espèce de flûte.
p7'o susceptione matutinâ (Ps. xxi). — L'hébreu porte: Super ccrvam matutinam, et l'on croit que ces paroles sont le commencement du cantique sur l'air duquel on devait chanter celui-ci. Suivant la Vulgate, le psaume serait à l'usage de tous ceux qui, étant dans un grand danger, ont besoin d'être promptom'ent secourus. Plusieurs ont entendu ces paroles de la résurrection de Jésus-Christ glorieusement sorti du tombeau au point du jour.
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Canticum graduum. — C'étaient probiablement les cantiques des pèlerins qui se rendaient à Jérusalem et montaient au temple en chantant. Selon d'autres, c'étaient des psaumes que l'on chantait sur les degrés du temple.
§ IV Des auteurs des Psaumes et de l'auteur de la collection.
I. Des auteurs des Psaumes. — Plusieurs choses sont incontestables.
1"* David a composé la plus grande partie des psaumes, appelés de son nom Psalterium Davidicum ou Psaumes de David. On trouve en effet cette dénomination dans les catalogues de Méliton, de l'auteur de la Sinopse, que l'on croit être saint Athanase, de saint Augustin, du troisième concile de Carthage et du concile de Trente*. Tel est d'ailleurs le sentiment unanime des Juifs, des Pères et des commentateurs catholiques.
2° Il faut attribuer à David, non seulement la plupart des psaumes qui portent son nom, mais un grand nombre de psaumes anonymes. Notre-Seigneur Jésus- Christ (Luc, XX, -i2) et les Apôtres (Act., u, 34 ; iv, 25) lui en attribuent effectivement plusieurs, le psaume ii, par exemple, et le psaume cix, qui n'ont point de titres dans l'hébreu.
Mais ne pourrait-on pas dire que David est le seul auteur des Psaumes? Beaucoup l'ont prétendu. Saint Augustin ^ Théodoret^ Cassiodore*, et, en général, les anciens le disent expressément. Saint Philastre % évêque de Bresse, regardent comme hérétiques ceux
1 Sess. IV, décret, de Canon. Scrtpt.
2 De civil. Dei, lib. XVII, cap. xiv.
3 Prœfat in Ps. ; Oper., l. I, p. 395. « Vincal plunum senten « (ta, dit-il : plures enim scriplores Davidis eue asserunt. »
4 Prœf. in Ps., cap. ii ; Pair, lat., t. LXX, col. 14.
^ Dehœresib. lib., hœres. cxxx ; Pair, lai., t. XII, col. 1239.
qui soutiennent l'opinion contraire. D'un autre côté, saint Hilaire ', Eusèbe de Césarée ^ et saint Jérôme ^ ne craignent pas d'attribuer les Psaumes à divers auteurs. Ce sentiment a tellement prévalu aujourd'hui, qu'on ne trouve personne qui le conteste. C'est en particulier celui de Bossuet, de D. Calmet, de Jahn, de Brentano, de Bellanger, de M. Glaire, de M. Gilly, de M. Lamy, etc.
« Les motifs qui le fondent, dit M. Laurens*, sont : « 1^ l'autorité même des titres, d'après lesquels les « Psaumes sont attribués à différents auteurs, par « exemple, à David, à Asaph, aux enfants de Coré, à « Idithum^ à Héman, à Ethan à Moïse, à Salomon, « à Aggée, à Zacharie ; — 2*^ la différence remar- « quable, non seulement de ton, mais de style, qui « existe entre les psaumes qui passent pour être de « David et ceux que l'on donne à d'autres poètes sa-
« crés, comme par exemple, à Asaph —
« 3° enfin quelques psaumes racontent en termes si « simples et si clairs le temps de la captivité et les « circonstances qui s'y rapportent, que, bien qu'il né « soit pas absolument impossible que David les ait « écrits par le mouvement de l'Esprit-Saint, il vaut « mieux admettre qu'il n'en est pas l'auteur, car le « style ordinaire des prophètes est entouré d'une cer- « taine obscurité mystérieuse qui ne se rencontre point « ici. » Il n& faudrait cependant pas conclure qu'un psaume n'est pas de David parce qu'il parle de la captivité, surtout si le titre le lui attribue. Dieu, qui a révélé si clairement cet événement à Moïse et à d'autres prophètes, a pu accorder la même faveur à David.
• Prolog, in Pi., n. 2.
•i Prœf. in Ps. ; Patr.gr., t. XXIII, col. 74.
1 Prœf. inPt.,juxla fièbr. verit. ; Pair, lai., t. X.XVIII, col. 1123.
* DiiC. prélim., p. 143.
"' Les enfants de Coré et d'Idithum sont regardés par plusieurs comme les musiciens aiixf|uels les psaumes étaient adressés et qui devaient les chanter. Ils peuvent cepend^ant en avoir aussi composé quelques-uns.
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La dernière preuve s'applique donc surtout aux psaumes qui, se rapportante la captivité, ne sont pas attribués à David.
II. De fauteur de la collection. — On fait communément honneur de ce travail à Esdras, et il y aurait de la témérité à s'écarter de cette opinion, qui repose sur l'autorité de la tradition des Juifs et des chrétiens. On peut conclure de là que les rationalistes émettent une opinion insoutenable quand ils font remonter seulement au temps des Machabées certains psaumes, que pour cela ils ont appelés Machabaïques '.
Avant Esdras, existait-il déjà quelques collections des Psaumes ? Quels en ont été les auteurs ?
La répétition de plusieurs psaumes, reproduits en tout ou en partie avec de |légères'variantes (Ps. xiii et LU ; XXXIX, 14-18, et lxix ; cvii, 1-6, et lvi, 8-12 ; cvii 8-14, et Lix, 7-14), et la division du Psautier en cinq parties ont pu faire croire à plusieurs critiques que, longtemps avant Esdras, on s'était déjà occupé de rassembler les Psaumes et d'en former différents recueils ^. Mais on ne connaît pas les auteurs de ce premier travail. Le zèle du roi Ézéchias à recueillir les écrits des prophètes (Prov., xxv, 1) et à faire chanter dans le temple, où il avait rétabli le culte de Dieu, les Psaumes de David (Il Par., xxix, 25-28), rend assez croyable le sentiment de ceux qui regardent ce prince comme l'auteur de quelques-uns de ces recueils.
De la divinité du livre des Psaumes.
Le livre des Psaumes a été admis de tout temps et par tout le monde dans le Canon des saintes Écritures. On ne peut donc en contester la divinité, et nous nous
1 Cfr M. Gilly, loc. cit., p. fi3 et 65.
2 Dans le travail de M. Le Hir sur les Psaumes, publié par M. Grandvaux (1876), on trouve des renseignements précieux sur les dinérenis recueils ou livres des Psaumes.
serions abstenu de parler de cette question, si deux ou trois difficultés n'avaient pas servi de prétexte à plusieurs écrivains pour s'inscrire en faux contre l'inspiration de cet ouvrage. Il y en a deux principales.
1''= Difficulté. — Elle se tire des malédictions et des imprécations que le Psalmiste prononce si souvent contre ses ennemis, et qui semblent dictées par la haine. Ne va-t-il pas, dit-on, jusqu'à demander à Dieu qu'il les extermine, eux, leurs enfants et toute leur postérité ? (Ps. ix, 1-8 ;';xxxiv, 1-8 ; liv, 1G ; cxxxvi, 9 ; cviii, 6-20.) *De telles paroles ne peuvent avoir été inspirées par l'Esprit de Dieu : le livre qui les contient n'est donc pas un livre divin.
Rêp. — I. Ce n'est point un sentiment de haine et de vengeance personnelle qui a dicté ces paroles à David, le principal auteur des Psaumes. Sa douceur était proverbiale en Israël (Ps. cxxxi, 1) ; et il a pu dire à Dieu avec une sainte hardiesse : « Si j'ai rendu le « mal pour le mal, que je succombe sans défense sous « les coups de mon ennemi ; qu'il me poursuive et « m'attaque ; qu'il me foule aux pieds et me réduise (( en poudre ! (Ps. vu, 5, 6) ». Une seule fois David parut oublier la mansuétude qui faisait le fond de son caractère, et, transporté de colère, il allait donner la mort à l'insolent Nabal ; mais il suffit de la voix d'une femme pour apaiser son courroux et lui arracher ces belles paroles : « Béni soit le Seigneur ! béni soit votre « discours, ô femme ! bénie soyez-vous vous-même, « vous qui m'avez empoché aujourd'hui de verser le « sang et de me venger de ma propre main! (I Reg.,xxv, « 32, 33). » Mais si le saint roi est insensible aux injures qu'on lui fait, le zèle de la gloire de Dieu le dévore. Entend-il blasphémer son nom, voit-il fouler aux pieds sa loi, opprimer les veuves, dépouiller les orphelins : il ne se contient plus, il s'irrite, il menace, il s'indigne, il maudit, il sèche de douleur : « Vldi prœvaricantes, et « tabesceham, quia eloquia tuanon custodierunt ; >) et de