VII
Des 7'ègles à suivre dans r interprétation des Psaumes.
Ces règles sont différentes, suivant que les Psaumes sont prophétiques, historiques ou didactiques.
Règles particulières aux psaumes prophétiques.
I. Nature ou caractère des Psaumes pi^ophétiques. — On appelle prophétiques les psaumes qui, dans le sens littéral ou dans le sens spirituel, se rapportent à Jésus-Christ ou à l'Église. Jésus-Ghrit est la fin de la Loi (Rom., X, 4), c'est-à-dire de tout l'Ancien Testament, des Psaumes, par conséquent, comme des autres livres de la Bible. 11 en est le grand et le principal objet. Luimême l'a révélé, disant : « Hxc sunt verba qux locutus a sum ad vos, qu'uni adhuc essem vobiscum, quoniamnecesse « est implcri omnia qux scripta sunt in lege Moysi, et Pro- « phetis, et Psalmis de me (Luc, x.xiv, 44). » Il ne faut donc pas s'étonner si les Apôtres, dont il est dit que Jésus-Christ leur donna l'intelligence des saintes Écritures, aperuit illis senswn ut intelligerentScripturas [Ibid. , 45) l'ont découvert en tant d'endroits, où des yeux moins clairvoyants ne l'auraient point aperçu, et si les Pères l'ont vu dans presque tous les psaumes. La génération éternelle du Verbe (Ps. ii , son avènement dans le temps (Ps. XXXIX, 7, 8), la royauté de son sacerdoce (Ps. cix), la trahison de Judas (^Ps. liy, 13-15), la passion du Sauveur, sa mort (Ps. xxi), sa résurrection (Ps. xvj, son ascension (Ps. lxyii), en un mot, toutes les circonstances de sa vie et de sa mort sont décrites si clairement, qu'il est impossible de ne pas les reconnaître. Un en dirait Ihisloire plutôt que la prophétie.
Mais on ne peut pas séparer la tôte du corps, le chef des membres. S'il est question de Jésus-L^hrist dans les Psaumes, il y est question de l'Église, non seulement '
de l'Église en général, mais de chacun de ses membres en particulier, de chaque fidèle, mystérieusement identifié par le baptême avec Jésus-Christ. Telle est la doctrine des Pères. Saint Augustin a même prétendu que tous les Psaumes sans exception devaient s'entendre de Jésus-Christ et de l'Église. 11 ne faut donc pas perdre de vue ce double objet dans l'interprétation de ces divins cantiques * ,
II. — Voici les règles relatives aux psaumes prophétiques. Elles sont au nombre de trois.
Première règle. — Lorsque, dans un psaume, tous les caractères du personnage principal conviennent à Jésus-Christ et que quelques-uns ne peuvent convenir qu'à lui, le psaume entier est prophétique, et doit être entendu du Messie dans le sens propre et littéral. La plupart des rationalistes admettent ce principe. Suivant cette règle, neuf psaumes au moins doivent être littéralement entendus de Notre-Seigneur. Ce sont les psaumes ii, xv, xxi, xxxix, xuv, lxviii, lxxi, lxxxvhi et cix.
Deuxième règle. — Si, parmi les caractères distinctifs d'un psaume, les uns doivent s'appliquer à David dans le sens propre et littéral, et que d'autres conviennent seulement au Messie, il faut rapporter ce psaume en partie à David et en partie à Jésus-Christ. Ils sont alors l'un et l'autre l'objet littéral et immédiat d'un môme cantique. Ce qui n'est vrai qu'imparfaitement du premier trouve dans le second un entier accomplissement.
Troisième règle. — Si le psaume ne se rapporte littéralement qu'à David, pourra-t-on l'appliquer à Jésus- Christ ou à l'Église dans le sens spirituel? Oui, en bien des cas. Mais devra-t-on le faire toujours? C'était la pensée de saint Augustin. Ce sentiment n'eèt cependant point admis par tout le monde. Parmi les applications spirituelles des psaumes que l'on peut faire à Jésus-Christ ou à l'Église, il n'y a d'absolument cer-
• Gfr Bible de Vence, Préf. sur les Pi., art. m, p. 46 el suiv.
taines que les applications traditionnelles des Apôtres et des Pères. Nous ne voulons pas dire pour cela qu'on ne puisse en découvrir d'autres. Quand de semblables interprétations sont simples, naturelles et conformes à l'analogie de la foi, nous les tenons, non seulement pour très respectables, mais pour vraies. Ne nous ar/rêtons donc pas, comme les Juifs, à la lettre qui tue ; mais sous cette lettre morte sachons découvrir Jésus- Christ et l'Église, que la foi nous y montre. C'est l'occupation la plus douce, la plus utile et la plus sublime à laquelle nous puissions nous livrer^ Lorsque nous n'avons, pour nous diriger dans nos recherches, ni les Apôtr&s, ni les Pères, rappelons-nous seulement qu'il ne nous est pas permis de donner nos conjectures comme des vérités incontestables.