PSAUME XLVII
Magnus Dominus et laudabilis nimis.
\. Titre. — Ce psaume a pour titre : Psaume des
enfants de Coré, pour êb^e chanté le second Jour dit sabbat, c'est-à-dire le lundi. Il fut peut-être composé en mémoire de la délivrance de Jérusalem attaquée par les Moabites ou les Assyriens, et menacée d'une ruine totale sous le règne de Josaphat (Il Par., xx) ou sous celui d'Ézéchias (IV Reg., xix). Bossuet et M. Le Hir y voient un cantique d'action de grâces après la défaite de Sennachérib.
Quoi quil en soit des circonstances historiques au milieu desquelles ce cantique a vu le jour, il s'applique à l'Église, dont Jérusalem était la figure, et que Dieu a préservée cent fois de la fureur de ses ennemis.
II. Exposition. — 1. On peut distinguer trois strophes en ce psaume, l'^ Strophe (1-3.) C'est l'indication du sujet, l'invitation à la réjouissance à cause de la beauté et de la puissance de Sion. Le principe de cette force est la présence deDieu dans la cité.
2® Strophe (4-19). Le prophète amplifie sa pensée en décrivant les tentatives des ennemis contre Sion, leur terreur, leur défaite miraculeuse et la gloire qui en revient à Dieu par toute la terre.
3^ Strophe (ll-13i. Insistant sur la môme idée, il porte un défi aux puissances : La force de Jérusalem, le nombre des tours qui la défendent impose le respect; Dieu la gouvernera toujours.
2. Ces grandeurs et ces promesses n'ont pu convenir que dans une mesure très restreinte à Jérusalem, réservée à de si terribles catastrophes et quo les prophètes avaient déjà menacée souvent lorsque ce cantique fut composé. Elles n'ont donc été réalisées que d'une façon spirituelle, dans l'Eglise, à qui l'indéfeclibilité est divinement assurée.
III. yotcs explicatives. — ■jjr 1, 2... in civitate Dei... in monte sancto ejus, fundatur exultatione universœ terrx mons Sion : (ad) latera aquilonis. a) La description ne mentionne que la montagne de Sion où étaient le temple, la citadelle et le palais royal. Sous une image semblable, Isaïe et Michée ont représenté l'Eglise en lui
promettant une protection singulière et une gloire apportée par tous les peuples (Is., ii; Mich., iv).
h) Le mont de Sion occupait la partie nord de Jérusalem, et c'est de ce côté qu'arrivaient les plus redoutables ennemis de Juda, les Assyriens. Mais chez les anciens peuples d'Orient, les régions septentrionales étaient réputées séjour des dieux, comme le point le plus élevé de la terre. On voit dans les prophètes des allusions à cette croyance. (Cfr Is., xiv, 13.] L'aquilon avait donc une signification symbolique, et l'on peut voir ici la cité sainte proposée comme le centre véritable du monde et le vrai séjour du grand roi, du Dieu-ho.mme.
t. 8... in spiritu vehementi confères naves Tharsis. — Naves Tharsis, c'est-à-dire les plus grands vaisseaux. C'est une menace contre les persécuteurs de l'Église^
y 13. Circumdate Sion, et complectimini eam : narrate in turribus ejus. — Nous croyons que le psalmiste s'adresse en cet endroit à ses concitoyens, et que l'on
doit traduire : « Et vous, habitants de Jérusalem »
Selon d'autres, ces paroles s'adressent aux ennemis des Juifs. Ce serait une invitation ironique àexaminer en détail la puissance de la cité contre laquelle leurs efforts étaient venus se briser. La fin du verset : Narrate in turribus ejus, a été aussi rendue différemment. On a traduit : « Publiez ces merveilles du haut de ses tours. » Tel est le sens des Septante. Mais, selon l'hébreu, ce serait : « Comptez ses tours. »
t li. " Considérez ses remparts, » mot ù mot, ce qui fait sa force, pon/te corda in cirtute ejus ; « examinez
ses maisons l'une après l'autre, » mot à mot, divisez ses maisons afin de les mieux examiner.
PSAUME XLVIII Audite fixe, omnes gentes, auribus percipite. \. Sujet. — C'est folie de mettre sa confiance dans
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les richesses, qui ne peuvent préserver ceux qui les possèdent ni de la mort, ni de l'enfer. Tel est, en deux mots, le résumé de ce psaume. C'est un psaume moral, qui présente son enseignement sous la forme parabolique et sentencieuse, à la façon des sages orientaux; et c'est à cause de cela sans doute que la traduction latine est si obscure.
W. Exposition. — l.L'exordecomprend cinq versets où le psalmiste annonce son intention ; il adresse son discours à tous les hommes, de toutes conditions, parce que son enseignement est général, applicable à toutes les situations de la vie.
2<» Le corps du discours est disposé en deux membres qui forment une sorte de parallélisme et sont terminés chacun par un refrain sentencieux, a) Dans le premier mQ,mhvQ (6-13), le psalmiste proclame l'inutilité des richesses et les vaines illusions des riches, que leurs trésors ne préserveront pas de la ruine éternelle, qui ne pourront non plus se racheter, parce que leurs âmes sont au-dessus de tout prix temporel. Ils laisseront à des étrangers leur fortune et leurs palais : leur vie a été semblable à celle de l'animal, qui ne connaît pas sa fin et ne vit que pour jouir,
b) Le second membre (14-21) oppose au précédent le sort du juste. Celui-ci ne doit pas craindre les riches glorieux, parce qu'un jour il foulera aux pieds leurs cendres, et que Dieu délivrera son âme de la mort, tandis que l'opulent n'emportera rien de ses biens et ne verra pas la lumière qu'il a méconnue.
Ce psaume a fourni à Jean-Baptiste Rousseau le sujet d'une de ses plus belles odes.
III. IVotes explicatives. — v 2. Qaique terrigenœ, et filii haninum. — Ces expressions, que nous avons rendues "^Av ^i petits et grands » sont synonymes, en hébreu, de enfants du peuple et enfants des grands.
Y 4. Inclinabo in parabolam aurem meam. — Le mot hébreu que les Septante ont traduit par napaÇoln et la Vulgatepar joa?"aôo/a, n'a pas seulement, comme en
grec, en latin et en français, le sens de parabole ou de comparaison^ il désigne aussi des maximes énoncées sous une forme sentencieuse, et, en général, toute espèce de leçons.
y 6. Cur timebo in die malal Iniquitas calcanei mei circumdabit me. — On peut traduire mot à mot ce verset : Pour quel sujet craindrai-je au jour du jugement , c'est-à-dire de la mort ? (Ah ! c'est qu'alors) l'iniquité de mes voies m'environnera.
t 7, 8. Frater non redimit, redimet homo ? non dabit Deo placationem... et laborabit in œlemum. — L'idée exprimée dans ces deux versets est que les riches, malgré leurs trésors, ne peuvent ni délivrer leurs frères ni se délivrer eux-mêmes des mains de la mort, et que, s'ils ont mal vécu, ils souffriront éternellement dans l'enfer. On peut placer un point d'interrogation après redimet Itomo, ou bien, sans changei" la ponctuation, répéter la négation devant le second membre de phrase : frater non redimit {non) redimet homo.
y 11. Non videbit interilum. Une verra pas la mort, se dit-il à lui-même.
y 15. Etdominabuntur eorum justi in matutino : « A « peine sont-ils morts, que les justes les oublient et « foulent aux pieds leurs cendres. » D'autres entendent ces paroles du jugement que les saints excerceront sur les méchants à la fin du monde : « Et au matin du '( grand jour de l'éternité, les élus de Dieu les foule- « ront glorieusement aux pieds. »