III. Exposition. — Nous divisons le psaume en six strophes
1" Strophe (1-6.) C'est l'exorde et la description de la marche solennelle. Elle est formée par deux pensées disposées en antithèse : la terreur des impies en présence de Dieu, ils périssent et disparaissent ; la joie des justes que couvre la protection divine. Trois choses encore manifestent la puissance du Seigneur, ce sont : la bénédiction et la fécondité répandues sur les familles, la délivrance des captifs, la conversion de de ceux-mômes qui outragent Dieu. Tel est du moins le sens attribué par saint Augustin et Bellarmin aux versets 3 et 6. Ce peut être une allusion à la sortie d'Egypte, qui sert de transition naturelle à la slrophe suivante.
"l" Strophe : Deus chm egredereris. . . (7 - 1 4) . Vue du passé. Au souvenir de la délivrance s'associe naturellement celui du voyage à travers le désert, et des événements qui l'ont illustré. Ce sont : la loi donnée sur le Sinaï, la manne, l'eau tirée du rocher, les victoires obtenues sur les Chananéens, et enfin l'entrée dans la Palestine et le partage du sol entre les tribus. Israël alors a pu se reposer dans la prospérité. C'est, ce semble, l'idée des V 12, 13, dont le sens est assez obscur dans le latin.
Z^ Strophe : Dkm discernit Cœlestis rer/es (13-20). Vue du présent. Après avoir ruiné les royautés idolâtres. Dieu a voulu que la sienne fût établie définitivement en un lieu spécial qui devînt le centre de sa religion par la présence de l'Arche. La montagne de Sion a été choisie par lui de préférence ;\ d'autres lieux qui paraissent plus dignes aux regards des hommes à cause de leur beauté, de leur fertilité. C'est là que le Seigneur veut fixer son Arche qu'il a tirée des mains où elle était tombée captive; là qu'il recevra les adorations et répandra ses grâces. Sion figure ici le ciel, l'Arche figure Jésus-Christ, et la foule qui lui fait cortège figure les âmes arrachées au démon.
4" Strophe : Benedictus Deus (21-23). Vue de l'avenir.
112 COURS d'écriture sainte
Cette strophe est en parallélisme avec les précédentes. La prise de possession de Sion par Dieu est un gage de prospérité pour son peuple; la délivrance de l'Arche et sa translation sont un signe de protection et de victoires nouvelles. Le prophète annonce ces victoires futures et les décrit sous l'image des triomphes passés ; il voit dans l'avenir la ruine des ennemis, ce qui peut être rapporté à la destruction de Babylone et principalement à celle de l'empire de Satan.
5" Strophe : Videmnt ingressus tuas (26-34). Après ces vues sur l'ordre des temps et des choses, le psalmiste' décrit la marche triomphale de l'Arche. Une prière accompagne la description, et, conformément aux idées exposées, David demande au Seigneur l'achèvement de son œuvre et la soumission des peuples étrangers à sa puissance. Quatre tribus seulement figurent dans le cortège de l'Arche : Juda et Benjamin, situées au sud de la Palestine : Zabulon et Nephtali, au nord. Juda et Benjamin avaient donné à Israël ses deux premiers rois et devaient, seules, former plus tard le royaume de Dieu ; les deux autres appartenaient à la région de la Palestine oîi le Messie devait passer sa vie et commencer son ministère,
6" Strophe : Régna terrœ cantate Deo (33-38). C'est la conclusion. L'universalité du royaume divin y est annoncée. Nous signalons le jf 36 où l'ascension du Seigneur est mentionnée expressément. Le psalmiste oublie ici l'Arche pour penser à celui dont elle était la figure et montrer en lui l'objet de toute louange. Dans la Vulgate, ce verset fait contraste avec le 4^ : Ascendit mper occasum Dominus. En effet le Calvaire, origine de la gloire pour Jésus-Christ, esta l'occident de Jérusalem, et le mont des Oliviers, lien de l'ascension est à l'orient.
IV. Beauté littéraire. — « Ainsi la pompe lyrique « de ce morceau, dit Laharpe', répondait à celle de
i Discours prélim ., p. 23.
« la cérémonie, qui fut aussi auguste qu'elle devait « l'être. Tous ceux, ajoute-t-il, qui se connaissent en « espritpoélique, et qui ont l'idée des formes de l'ode, « jugeront, en eflet, si on ne les retrouve pas, môme « dans une prose fidèle, malgré la prodigieuse dis- « iance de la prose au langage mesuré... Le poète ne « remet-il pas devant vos yeux toute la marche reli- « gieuse? Tout n'est-il pas en mouvement dans le style « comme dans la fôle? Dieu n'est-il pas lui-même au « milieu de la cérémonie ? Le poète ne l'y a-t-il pas « transporté?... L'ode a-t-elle un élan plus rapide? « Demandez aux Pindare, aux Horace, aux Malherbe, « aux Rousseau s'ils désireraient autre chose dans un (( chant d'inauguration, et s'ils voudraient être autrece ment inspirés. »
V. Notes explicatives. — y 1 . Exsurgat Beus, etc. — Ce sont les paroles que Moïse avait ordonné de chanter toutes les fois qu'on lèverait l'Arche en signe de départ (Nomb., X, 35).
y 4, Iter facite ei qui ascendit super occasum. — Les Pères appliquent ces paroles à Notre-Seigneur, et disent qu'il est monté sur le couchant le jour où il est sorti du tombeau, vêtu de gloire et d'immortalité. On pourrait alors traduire : « Préparez les voies à celui qui « s'avance vainqueur de la mort. » Il y a simplement en hébreu : « Ouvrez la route à celui ((ui marche au « milieu des déserts. »
y 5. ExuUate in conspectu eius, turbabuntur à facie ejus. — Turbabuntur pour turbabimini : ce changement de [icrsonne est fort commun dans l'Ecriture et, en particulier, dans les Psaumes. On pourrait traduire aussi avec Mgr Martini : « Mais que ses ennemis tremblent « à sa vue. »
^ 6. Dcus in loco suo. — Ce lieu saint est l'Arche qu'on transporte.
\hid. Deus(/ui inltabitare facit unius moris {idest voluntatis, sjjiritûs). — Le régime n'est pas exprimé ; il faut sous- entendre : plebem suam, filios suos.
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fl. Qui educit vinctos in forlitudine qui habitant
in sepulcris. C'est une allusion à la délivrance des Israélites si longtemps captifs en Egypte.
y 11. Awmalia tua habitabunt. — Dieu étant le Pasteur d'Israël, les Juifs ont été appelés tout naturellement son troupeau, ses brebis, ses animaux {Jumehta, oves,animalia tua). B abùabunt est pour habitabant; c'est un énallage de temps. In ea est pour ibi, c'est-à-dire dans le désert où vous l'aviez laissé.
y 12. Duminus dabit verbum evangelizantibus virtute multa. — Dabit pour dabat. Virtute multâ, c'est-à-dire en grande troupe, en grec Bd-juiizi izolln L'hébreu n'est pas susceptible d'un autre sens.
y 13. Rex virtutum dilecti dilecti... — c'est-à-dire : (( Le roi ou mieux les rois des armées sont tombés au « pouvoir du peuple très chéri de Dieu; et il a été « donné à celles qui font Coryiement de la maison départi tager les dépouilles. » Cette traduction s'éloigne peu du texte original et parait la meilleure. Elle n'est pas d'ailleurs trop forcée.
y 14. Si dormiatis inter medios cleros, pennœ columbœ, etc.. — Mot à mot : « Si vous venez à dormir; » ou mieux : a quand vous dormirez au milieu des possessions que le sort {clerus) vous aura assignées, (vous serez comme) les ailes d'une colombe argentée dont le dos reflète la pâleur de l'or. »
^ 15. Dum discernit Çœleslis.... nive dealbabuntur in Selmon. — On peut traduire mot à mot : « Lorsque « Celui qui habite dans les cieux [cœlestis) dispersait « [discernit] les rois ennemis dans cette contrée, les « sommets des monts se blanchissaient de neige sur « le Selmon. » C'est-à-dire : le Selmon couvert de neige semblait oflrir au Seigneur son sommet^pour demeure.
^19. Ascendisti in altum ; cepisti captivitatem; accepisti dona in hominibus. — Saint Paul a donné l'explication de ce verset dans l'Épître aux Éphésiens, oi!i il l'appli-
que à l'ascension de Notre-Seigneur. La manière dont il l'a rendu : Ascendens in altum, captivam duxit captivitatem, dédit dona /^omm/éws (Ephes., iv,8), montre que Jésus-Christ n'avait reçu des présents {accepisti donain hominibus) que pour les répandre sur les hommes.
il 30. A templo tuo in Jérusalem, tibi offerent reges munera. — A templo tuo est pour propter templum tuum ; c'est-à-dire en vue de votre temple qui s'élèvera bientôt dans Jérusalem, ou de l'Arche dans laquelle vous résidez.
y 31. hicrepa feras arundinis, congregatio taurorum in vaccispopulorum... — Cette bête qui habite dans les roseaux est le crocodile, communément employé dans l'Écriture pour désigner l'Egypte. « Gourmandez-la, « dit le psalmiste, car il s'est formé contre nous une « conjuration de peuples qui ressemblent à des tau- (( reaux lâchés au milieu d'un troupeau de génisses. »
y 32. y^thiopia prœveniet manus ejus Deo. — Mot à mot : que l'Ethiopie étende vers Dieu ses mains (chargées de présents).
y 36. Mirabilis Deus in sanctis suis : « Dieu est admi- « rable dans ses saints. » D'autres disent : « Dieu est « redoutable dans son sanctuaire. » C'est le sens de l'hébreu ; la Vulgate en est susceptible.