‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 5 sur 132 · SALOMON CONSIDÉRÉ COMME MORALISTE ET COMME ÉCUIVAIN · texte numérisé non relu

SALOMON CONSIDÉRÉ COMME MORALISTE ET COMME ÉCUIVAIN

IIF. Morale de Salomon. — 1° Comme moraliste, Salomon est sans rival. Son livre est, après l'Évangile, le ti-aité de morale le plus complet et le plus beau que nousayons.il surpasse de beaucoup les philosophes de l'antiquité, ceux même dont l'histoire a conservé les noms, tels que Phocylides et Syrus qui se distinguèrent en ce genre, le premier parmi les Grecs et le second chez les Romains. Car il s'adresse à plus de personnes, et ses conseils sont empreints d'une plus grande sagesse. Les peuples et les rois, les grands et les petits, les pauvres et les riches, les serviteurs et les maîtres, lenfance, l'adolescence. Tige mûr, la vieillesse, en un mot, tous les hommes, quels (lue soient leur âge et leur condition, peuvent venir lui demander des règles de conduite; il a pour tous des leçons de la

plus jhaute sagesse. Son livre est comme un manuel de philosophie pratique à l'usage des individus et des peuples. On trouve à chaque page, sur tous les détails de la vie, des maximes précieuses, des axiomes féconds de prudence et d honneur.

a) Êles-vous homme politique : il vous apprendra que les empires puisent leur force et leur élévation dans la vertu publique, tandis que le débordement des mœurs les désole tôt ou tard, s'il ne les ébranle et ne les renverse : « C'est la justice, dit-il, qui élève une « nation ; mais les péchés des peuples les rendent « malheureux (xiv, 34). » Èles-vous assis sur le trône: voyez quelle garde magnifique il voudrait voir à vos côtés ; « La miséricorde et la vérité gardent les rois « (xx, 28). » Puis il vous rappellera que la justice seule pourra affermir votre trône (xxv, 5) ; qu'en souriant à vos peuples vous leur donnerez la joie (xvi, 15); si vous êtes clément, votre bonté les réjouira comme la rosée] du soir réjouit la nature {Ibid.), et que, au contraire, si l'emportement et le caprice président à vos conseils, si vous prêtez une oreille favorable aux délateurs, vous aurez bientôt pour ministres tous les impies, et que cet impur alliage des passions et de l'autorité sera pour la tranquillité générale, comme pour votre paix, un funeste signal de mort (xvi, 11).

b) S'adresse-t-il au membre ou au tuteur de la famille : il lui donne, sur ses devoirs et sur l'économie domestique, les règles les plus fécondes en résultats de paix, de crédit et de fortune. Le travail, source ordinaire de toute prospérité durable (xii, Il ; xxviii, 19; XX XIV, 27); l'amour d'une honnête médiocrité (xii, 'J; XXX, 8, 6); la générosité envers les pauvres (XI, 24-30); la circonspection dans les paroles, vertu aussi précieuse qu'elle est rare (xiii); le culte de la vérité, si agréable à Dieu (xii, 19-22); la fuite des mauvaises compagnies (i, 8-19); l'éducation des enfants [passhn) ; le choix d'une épouse vertueuse (xix, 14); le soin des serviteurs ; la prudente gestion de ses

affaires : tels sont les points importants sur lesquels il appelle tour à tour son attention. Tel est en même temps l'à-propos, telle est la justesse de ses leçons, que si notre siècle, qui se targue de tant de sagesse, voulait les méditer et les suivre, nous verrions bientôt disparaître la plupart des désordres dont la vue nous attriste, et se renouveler peu à peu la face de la terre.

c) Salomon veut-il apprendre à l'enfant le chemin de la vertu, le seul qui conduise au bonheur : il lui donne ses conseils sous le nom d'une mère, et l'un des plus fréquents motifs qu'il lui insinue pour le détourner du mal, c'est la crainte de contrister le cœur de celle qui l'a nourri de son lait : « Le père du juste « se réjouit; l'enfant sage fait le bonheur de sa mère ; (( que celle qui vous a porté dans son sein tressaille « d'allégresse (xxiii, 23, 24). d Pieuse et sainte autorité! raison toute-puissante sur le cœur d'un bon fils!

Enfin on peut voir, par l'analyse que nous avons présentée, quel fonds riche et varié de maximes Salomon propose à tous ceux qui sont jaloux de s'avancer dans la vertu.

2° Sous le rapport de la diction et comme écrivain, Salomon n'est inférieur à aucun de ses devanciers. Pour rendre ses leçons plus agréables, il les a couronnées de fleurs. On peut dire que, avec la finesse et l'élégance, l'un des caractères distinctifs de son style, c'est quelque chose de sensible et de palpable. Sous sa plume tout s'anime et prend un corps. Il ne décrit pas, il peint, et souvent un seul mot, qui fait image, parle plus éloquemment à l'esprit que de longs discours. En voici un exemple, il s'agit de peindre l'insensé et sa folie : « Les yeux de l'insensé, dit-il, s'é- « garent à tous les points du monde : « oculi stullorum in finibus terrœ (xvii, 23). » Ne voilà-t-il pas bien l'insensé et les folles divagations de son esprit? Car qui ne comprend que dans cette mobilité du regard le poète a voulu figurer un autre égarement mille fois

plus déplorable, celui de la pensée? Le livre est rempli de beautés du même genre.

2" On a cependant fait à l'auteur plusieurs vpproches.

A. — De manquer d'ordre et de méthode. Tout est pôle-mêle, dit-on, et dans une étrange confusion.

Rép. — a] Cette méthode d'enseigner n'est point particulière à Salomon. Tous les anciens sages l'ont suivie. Elle est peut-être la plus propre à graver la vérité dans l'esprit et dans le cœur de la multitude, incapable quelquefois de comprendre et toujours de retenir de longs raisonnements : « Les enfants, dont « le jugement est faible et la mémoire au contraire « vive et tenace, dit Bossuet ', avaient besoin de ce « secours. A mesure que leur raison se développait, « le souvenir de ces sentences qu'ils avaient souvent « prononcées sans les comprendre, les faisait jouir de « la sagesse et de l'expérience de leurs pères, et voilà « comment la règle des bonnes mœurs croissait im- (i perceptiblement et s'enracinait dans leurs cœurs « tendres... La brièveté de ces sentences, qui n'a- « valent presque aucune liaison entre elles, mais qui « séparément formaient un sens complet, n'avait pas « moins d'utilité pour les personnes d'un âge plus « mûr. Elle épargnait à ceux dont l'esprit était peu « pénétrant le travail et l'ennui des longues lectures, « et ne détournait personne des occupations que les « besoins de la vie ont coutume d'exiger. Il ne fallait « qu'un instant pour sentir des sentences renfermées « dans des versets fort courts, et pour en faire un « choix, comme on choisit des fleurs dans un parterre « bien fourni. »

b) Tout n'est pas désordre et confusion dans ce livre. Les neuf premiers chapitres contiennent des discours parfaitement suivis et renferment plus d'une magnifique allégorie, plus d'un morceau frappé au coin de la véritable éloquence. Tel est le premier cha-

Pref. sur le lie. dei Pruv., § 2.

pitre tout entier ; tel est le portrait si animé, si ressemblant de la courtisane (vu, 5-23). Telle est surtout rinvitation de la Sagesse à tous les hommes, où elle rappelle en termes si éloquents la divinité de son origine et l'immensité de sa force égalée seulement par l'immensité de ses bienfaits (viii-ix). « Il serait difficile « de trouver dans toute l'antiquité, si riche cependant « en fictions morales, une prosopopée plus heureuse, « plus noble et plus belle sous tous les rapports '. »

B. — On a dit que parmi les maximes des Proverbes il y en avait de fausses, d'inintelligibles, de con' tradictoires.

Hép. — a) Il n'est pas nécessaire que les comparaisons soient vraies dans tous les cas et sous tous les rapports. Il suffit qu'elles le soient communément. Il n'y a comparaison si parfaite qui ne pèche par quelque endroit.

A) Il y a sans doute un certain nombre de sentences plus ou moins difficiles à comprendre. Mais il est de la nature de la parabole d'être un peu obscure. Nous ne connaissons pas non plus assez les mœurs et les usages auxquels elles font souvent allusion. Enfin cette obscurité disparaîtra dans bien des cas, si l'on compare entre eux les deux membres dont chaque proverbe se compose habituellement.

c) Les contradictions ne sont qu'apparentes. En voici un exemple des plus frappants. On lit dans un endroit : « Ne répondez pas à l'insensé selon sa folie, « de peur que vous ne lui deveniez semblable;» et dans le verset suivant : « Répondez à l'ins^ensé selon « sa folie, de peur qu'il ne se croie sage (xxvi, 4, 5). » Quand on s'arrête à l'écorce, quoi de plus contradictoire que ces deux maximes? Elles se concilient cependant facilement quand on recberche le véritable sens. La première sentence défend de répondre à l'iu-

M. N., Traité de la poésie des Livres sacrés; il est cité par M. Laurens, More, ch., p. 382.

INTRODUCTION AU LIVRE DE l'eCCLÉSIASTE 21

sensé en approuvant sa folie, et la seconde ordonne de lui répondre de manière h la lui faire sentir. La contradiction est simplement dans les termes.

Nous ferons enfin remarquer que les maximes dont l'obscurité a fourni la matière de ces reproches n'occupent après tout qu'une faible place dans le livre de Salomon : « Ce sont des taches dans le soleil, dit « Mgr Plantier J, ce sont quelques fausses pierres dans (( une couronne magnifique; et, plutôt que de la dé- « parer, on dirait que par le sombre eifet de leurs « teintes elles donnent plus d'éclat aux diamants qui « brillent autour d'elles. »

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