Explication. — Un passage a scandalisé les incrédules
y 2-4. — Vade et solve saccian de lumbis ttiis, et calceamenta tua toile de pedibus tuis. Et fecit sic, vadens nudua et discalceatus. Quel est le sens de ces paroles? Isaïe a-t-il reçu de Dieu l'ordre de paraître entièrement nu dans les rues de Jérusalem? l'a-t-il exécuté?
Plusieurs Pères l'ont cru. De ce nombre est saint Jérôme ', qui prend môme de là occasion d'admirer l'obéissance des Prophètes : « Discimus obedienliam Pro- « plietarum, quôd vir nobilis... non erubuerit nudus in- « cedere;sed Dei prœceptis nHiil honestms judicans, de- (i posuerit saccum, quo abjecto, nudus fuerit, unam prias « tiabcns tunicam, et ipsam cilicinain. » Telle était autrefois l'opinion commune des commentateurs K
i Comm. in liai., lib. V; Pair. lat. de Migiie, t, XXIV, col 1S9. » Cfr. Corn. Lap., in h. l.
210 COURS d'écriture sainte
Suivant le sentiment de la plupart des auteurs modernes, Isaïe aurait seulement reçu l'ordre de se montrer en public vêtu comme les esclaves, pieds nus, et n'ayant pour se couvrir que la tunique ou camisole, telle que la portent les pauvres et les paysans en Orient. Cela suffisait au but que Dieu se proposait; et, dans l'hébreu, comme dans toutes les langues, le mot nu signifie parfois simplement dépouillé des vêtements de dessus ^
IV. Onus Duniœ, onus in Arabiâ. (ch. xxi, 11-17). — L'absence de données historiques rend très difficile l'intelligence de cet oracle. La plupart des commentateurs le divisent en deux prophéties, dont la première est dirigée contre Duma, ville de l'Idumée (11, 12), et l'autre contre l'Arabie (13-17).
Cependant, comme le titre de cette seconde prophétie n'est pas dans les Septante et qu'on peut expliquer son introduction dans l'hébreu, on ne saurait prouver qu'il était primitivement en celui-ci, et l'on aurait alors un seul oracle sur les malheurs qui devaient frapper les Iduméens. D'ailleurs le mot traduit par onus in Arabiâ peut l'être aussi bien par omis in nocte : ce serait une instance sur le verset précédent : Venit mane, et nox, une affirmation que les ténèbres qui couvrent l'Idumée lui seront funestes. Cette conjecture, car ce n'est rien de plus, jette quelque lumière sur ce passage.
V. Onus Vallis Visionis (ch. xxii, i-14). Cet oracle est dirigé contre Jérusalem, le séjour habituel des Voyants ou Prophètes et appelée sans doute à cause de cela Vallée de la Vision. Isaïe annonce la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor ou par Sennachérib. Cette ville infidèle périra, parce que, au lieu de mettre sa confiance dans le Seigneur, elle la placera dans le nombre et la bonté de ses armes,
1 Cfr. Ballet, liép, cril., t. 1er; Gaénde, Lettres de quelques Juifs, t. II; Du Clôt, Bible vciirjée, notes, l. V; Glaire, Livres saints vengés, t, II.
ÉTUDE LITTÉRALE d'iSAIE 211
dans la force de ses remparts et l'abondance de ses eaux. Tout sera inutile. N'est-ce pas, hélas! l'histoire d'une foule de gens qui, tout entiers au plaisir et à la bonne chère, oublient de faire pénitence, disant : «Mangeons et buvons, car nous mourrons demain » {f 14), et qui tombent, au sortir de la vie, entre les mains du Dieu vivant?
La fin de ce chapitre (lo-2o) renferme une prophétie individuelle contre un des principaux officiers de la maison d'Ézéchias, nommé Sobna. Probablement en punition de son orgueil (y 16), il sera chassé du palais, et i! aura pour successeur, dans les fonctions qu'il remplissait, Eliacim, le fils du grand prêtre Helcias. Éliacim est la figure du Messie, le vrai « père « des habitants de Jérusalem, » le véritable « pos- « sesseur de la clef de David, qui ouvre et personne « ne ferme, qui ferme et personne ne peut ouvrir « (21, 22). » Ce passage est appliqué par saint Jean à Notre-Seigneur dans l'Apocalypse (m, 7).