‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 71 sur 132 · DEUXIÈME PARTIE. (XL-LXVl · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. (XL-LXVl

Observations générales. — I. — Cette partie, que les Pères ont SL]^pe\éeV Evangile prophétique, forme un tout complet, un livre distinct des oracles précédents, oti Isaïe expose un ordre de pensées que l'unité de sujet relie entre elles. Ce sujet est le salut promis aux hommes, figuré chez le peuple Juif par la délivrance de la captivité à Babylone, réalisé dans le peuple chrétien par la délivrance spirituelle dont le IMessie sera l'auteur.

1 Sur l'existence des horloges et des cadrans chez les Juifs du temps d'Achaz, voir l'abbé Clémence, loc. cit., p. 191.

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Le Prophète montre que cette œuvre est celle de Dieu, commencée en Israël, maintenue malgré les défaillances et les ruines de ce peuple, et qu'elle s'étendra sur toute la terre. On y rencontre plus nombreux qu'ailleurs les traits caractéristiques du Messie, et nous avons vu dans l'introduction que nul Livre prophétique n'a été plus souvent cité que celui-ci par les écrivains du Nouveau-Testament. (V. le § II.)

II. — Pour voir la liaison de cette seconde partie avec la première, il faut se rappeler que le Prophète a terminé celle-ci par le récit de l'invasion assyrienne et des merveilles opérées en faveur d'Ézéchias. En même temps il a prédit les malheurs de Juda, la déchéance de la famille royale et la captivité à Babylone. Dans la seconde, il expose les raisons divines de cette conduite. C'est en quelque sorte une étude de philosophie religieuse sur les desseins de Dieu, oii il montre que si le peuple juif est conservé au milieu de la ruine qui frappera les autres nations et ses oppresseurs, ce sera en vue du Messie. La venue du Sauveur a été la cause des miracles opérés précédemment; elle sera encore le principe des miséricordes futures ; les événements lui seront subordonnés comme sa préparation et sa figure. Aussi voit-on Isaïe trouver toujours cette idée messianique au fond des faits particuliers, et mettre constamment en opposition cette fin suprême de Dieu et les œuvres des hommes '.

III. — Les auteurs divisent cette partie en trois sections égales, dont chacune comprend neuf chapitres. Cette division n'est pas absolument arbitraire, mais elle a été indiquée par Isaïe, qui a inscrit une même sentence à la fin des chapitres xlviii et lvii : Non est pax impiis, comme pour marquer la conclusion d'un discours et la transition à un autre sujet. Chaque section porte un titre général qui en indique l'idée principale. Dans la première, c'est la fin de la captivité à

I Cfr NelhStc, Etude sur haïe.

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Babylone que le prophète annonce, et l'on y voit une sorte de plaidoyer divin contre l'idolâtrie; la deuxième a pour sujet l'expiation du péché par le sacrifice du serviteur de Dieu, et le contraste entre ses souffrances et sa gloire; la troisième se rapporte aux récompenses méritées par la souffrance, et met en opposition le sort des impies et celui des justes ^

Nous essayerons de montrer la suite des idées qui composent ces discours, sans promettre pourtant de lever toutes les difficultés, car il faut se rappeler qu'Isaïe est un poète oriental qui ne s'astreint pas à un ordre méthodique, mais varie ses sujets aussi facilement que les expressions de son langage, et voile sa pensée sous les mille figures du style le plus riche.

Prophétie de la délivrance, (xl-xlviii.)

1. Sujet. — 1. Le sujet de cette section est la délivrance merveilleuse que Dieu opérera en faveur de son peuple : délivrance temporelle qui tirera les Juifs de Babylone; délivrance' spirituelle dont la première sera la figure. L'une et l'autre sont présentées sur un même plan, mais avec des traits caractéristiques. Disons toutefois que la délivrance temporelle est principalement mise en relief, sans doute parce qu'elle était moins éloignée, mais aussi parce qu'elle devait être la dernière chose que Dieu opérerait chez les Juifs dans l'ordre temporel et qu'elle conduirait jusqu'à la venue du Messie.

2. A ce sujet principal s'en joint un autre qui est accessoire, mais sert de preuve à la promesse et révèle la fin de l'œuvre divine. C'est le plaidoyer contre l'idolàtrie. Isaïe revient souvent sur ce sujet si grave à son époque; il se plaît à opposer la grandeur du vrai

' Cfr Trochoii, Comment, sur Isaïe.

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Dieu à la divinité des idoles et à mettre en lumière cette vérité que le Dieu des Hébreux est seul digne d'adoration.

II. Exinsitlon.—i. Le Prophète débute en annonçant la fin des malheurs prédits au chapitre précédent, et exhorte à préparer les voies pour la venue du Seigneur, qui rétablira toutes choses dans Tordre. C'est la promesse. On voit, par le soin que prend Isaïe de la proposer dès le commencement, qu'elle est l'objet principal de sa pensée, et aux termes qu'il emploie on en reconnaît facilement le caractère spirituel. Pour prouver la certitude de cette promesse, il en appelle aux manifestations delà sagesse et de la puissance divines dans la création. Dieu seul a conçu le plan des choses, seul il l'a exécuté; seul il a su prévoir l'avenir et accomplir sa prédiction. En regard de ces œuvres se pose kl faiblesse des idoles, qui sont les ouvrages des hommes (xl, xli).

2. A la suite de ces raisonnements, Isaïe donne des détails circonstanciés sur la personne, le caractère et les actes du libérateur, qu'il représente comme un prince d'une grande douceur et un bienfaiteur puissant en merveilles, (xlii).

3. Reprenant sa thèse contre l'idolâtrie, il appelle les Juifs à rendre témoignage au vrai Dieu et à confesser par les souvenirs de leur histoire que ce Dieu est unique, tout-puissant, sachant tout. Ces souvenirs se résument en deux choses : la Justice et la Miséricorde divines dont ce peuple a tour à tour éprouvé les effets, et c'est ce qui rend certaine la promesse du libérateur. (XLIII, XLIV).

4. Viennent alors trois chapitres où la délivrance est particulièrement décrite : a). Le libérateur est appelé de son nom propre; il paraîtra en conquérant, mais aussi comme envoyé de Dieu qui l'a suscité, le remplit de son esprit et se déclare unique auteur de ses succès. Mais Cyrus sera Ogure du Messie : la venue de celui-ci est donc annoncée, et le Prophète lire de

ce sujet une invective contre les Juifs murmurateurs, et une menace contre les idoles, qui seront détruites par tout l'univers, (xly). — b) Une application particulière de la même pensée est faite aux divinités babyloniennes, qui seront brisées, et cela entraîne le Prophète à de nouvelles considérations contre Tidolâtrie (xLvi). — c) Ce tableau est complété par celui de la chute de Babylone (xlvii).

0. Le chapitre xlviii est la conclusion de tout le discours. Dieu s'adresse aux Juifs pour leur reprocher leurs prévarications et leur ingratitude ; il insiste sur la science qu'il a des choses futures, résume les preuves de sa divinité et termine par une prophétie de la Rédemption.

III. Etude du chapitre \lu. — Le caractère messianique de ce chapitre nous engage à le proposer comme sujet d'étude.

1. Résumé. — Deux pensées le résument : a) La description du serviteur qui apparaît comme l'objet des complaisances de Dieu, plein de son esprit doux et pacifique, ouvrage de la toute-puissance et présenté comme le docteur et le libérateur des hommes, qu'il illuminera de ses clartés (1-12). — b) La vue de ses œuvres : il renversera l'empire de l'erreur, triomphera des cœurs par l'onction de sa grâce, comblera de faveurs ceux qui le recevront, mais accablera les incrédules qui mépriseront ses bienfaits et rejetteront sa loi (13-25).

2. Caractère mesaianique. — Plusieurs raisons démontrent qu'il s'agit ici de J.-C. a) L'autorité de saint Matthieu, qui a expressément cité les premiers versets en les appliquant à J.-C. ^ Elle est décisive pour tout chrétien.

b) L'impossibilité d'appliquer à Cyrus les qualités marquées par le Prophète. Cyrus fut l'instrument aveugle de la Providence divine sur les Juifs, et, à

' MaTTH., XII, 18.

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cause de cela, figure du Messie, mais le peu que nous savons de son histoire n'autorise point à dire de lui qu'il parut comme un modèle de douceur, possédé de l'esprit divin et régi par lui, rendant justice égale à tous les peuples. — c) Leur convenance parfaite à J.-C. C'est lui qui s'est montré serviteur à& Dieu, à raison de sa nature humaine et pour tout ce que comprenait sa mission ; lui qui a reçu les témoignages publics de la prédilection divine, a paru plein de grâce et de vérité, étant en sa personne principe du saint Esprit et constamment dirigé par lui en sa conduite ; lui enfin dont la mansuétude a émerveillé les foules et dont les enseignements ont appris à tous les hommes les voies de la justice.

3. Objections. — Le rationalisme oppose deux objections à l'interprétation messianique de ce chapitre. a) Au chapitre xli, 8, et au verset 19 de celui-ci le titre de serviteur est donné aux Juifs : c'est le même sujet qu'il faut entendre au verset 1. — Réponse. La différence des applications est commandée par la différence des sujets : dans les deux versets allégués c'est un sujet collectif que l'on appelle serviteur, le peuple aveugle, rebelle, obstiné, à qui les ambassadeurs de Dieu sont envoyés ; dans celui qui nous occupe au contraire le sujet est individuel, un personnage bien-aimé, modèle de vertus, qui est lui-même député par Dieu. 11 n'y a rien de plus opposé que ces deux sujets.

b) Dans le grec des Septante, c'est le peuple juif, sous le nom de Jacob son père, qui est appelé serviteur, objet des complaisances divines : Jacob puer meus. . . Israël electus meus. — Réponse. La question est de savoir si la leçon du texte grec est préférable à celle de l'hébreu, avec laquelle s'accorde la citation faite par saint Matthieu.

Mais en admettant même la vérité de cette leçon grecque, on ne saurait conclure qu'elle est incompatible avec l'interprétation messianique. On peut même dire que le Messie est ici appelé du nom de son ancê-

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Ire Jacob, souche des douze tribus, et cette appellation est très conforme à l'usage des Écritures, qui souvent donnent à un descendant, même fort éloigné, le nom de son aïeul. Quand Dieu disait à Abraham: Benedicentur in semine tuo rjcnles, il entendait un seul personnage de cette descendance, le Messie, et non la race entière ; c'est saint Paul qui l'enseigne. On peut donc appliquer au Messie seul le nom de Jacob employé ici dans le texte grec, d'autant mieux que le contexte montre clairement qu'il s'agit d'un individu unique, et non du peuple.

IV. Coi'ollaire doctrinal. — Nous joignons à cette élude une observation sur la doctrine qui domine en ces neuf chapitres. C'est, avons-nous dit, un discours contre l'idolâtrie. Trois erreurs principales de la théologie païenne y sont réfutées.

1. Erreur sur l'existence d'un Dieu personnel et libre. Dieu n'est pas un être abstrait, soumis au fatalisme, mais ses œuvres, que le Prophète décrit, montrent i'auleur du monde, qui a créé, ordonné les choses par un acte de sa volonté, en a posé les lois et peut les modilier à son gré, sans rien laisser à l'aventure.

1. Erreur sur la Providence et la bonté de Dieu. L'idolâtrie présentait la Divinité comme une puissance égoïste et terrible, contente de son propre bonheur, mais indifférente au sort des hommes. Le peuple juif lui-même était dominé par la crainte de Jéhovah plutôt qu'inspiré par l'amour. Isaïe réfute cette erreur par la description des œuvres qui ont la bonté pour origine, et surtout par la promesse du libérateur. Il montre en exercice la Providence bienveillante de Dieu, et fait ressortir l'union de deux attributs, \-d Justice qui réclame les droits de la souveraineté, et la miséricorde qui est attentive au bonheur des créatures.

3. Erreur sur les communications de Dieu avec les hommes. C'était la conséquence des deux autres. Elle

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supposait Dieu incapable de s'abaisser jusqu'à l'homme. liWe esl particulièrement réfutée par la promesse du libérateur, qui est présenté comme député de Dieu et participant, en sa personne, de la nature divine.

Annonce de icxpialion par le sacrifice, xlviii-lvii.

Exposition du sujet.

Le sujet de tout ce discours est exclusivement le Messie-libérateur. Quatre pensées y dominent : le dessein de Dieu dans l'envoi de ce Messie ; les dispositions requises pour le recevoir ; l'œuvre et les fruits de la Rédemption apportée par lui ; les conséquences pratiques de tout ce dessein.

I. Dessein de Dieu dans F envoi du libérateur (l). — Sa mission n'ayant pas réussi auprès d'Israël, il se formera un peuple de toutes les nations, et il les comblera de ses faveurs. Ce peuple nouveau couvrira la terre ; Sion s'étonnera d'une fécondité merveilleuse, les rois mômes tiendront à honneur de la servir. A cet empressement des Gentils est opposée la résistance des Juifs, qui mépriseront le libérateur et seront répudiés malgré les efforts de Dieu. .Le Messie souffrira pour cela, mais sa gloire en sera rehaussée, et il punira les incrédules.

II. Dispositions requises pour recevoir le libérateur, (li . — Ce sont la foi et l'espérance semblables à celles d'.Abraham. Aussi Dieu promet-il deux biens analogies à ceux dont le saint Patriarche avait reçu l'assurance : une félicité qui renouvellera en quelque sorte les joies du paradis terrestre ; la protection contre les ennemis, comme autrefois les Hébreux furent protégés en Egypte. Ce sera une restauration parfaite de Jérusalem.

III. Œuvre et fruits de la Rédemption (lii-liv). — Cette partie singulièrement remarquable du discours peut être subdivisée en trois points :

1. Annonce du Messie (lu): le prophète en donne la promesse à Jérusalem, qu'il invite à la joie ; il entend la voix des sentinelles qui signalent l'approche de ce libérateur ; il contemple la délivrance et prédit la gloire mélangée d'abaissements où l'on verra le serviteur de Dieu.

2. Description détaillée de ces humiliations et de ces souffrances (lu) : c'est le moyen par lequel le Messie acquerra sa gloire, et il en résultera pour lui le succès de son entreprise et une victoire complète.

3. Fruits de ces souffrances pour les hommes (liv) : ce sera le retour à l'état primitif. Isaïe promet à l'Église une bénédiction surabondante, une protection spéciale, l'indéfectibilité, la plénitude de la lumière et de la puissance.

IV. Conclusion pratique du discours (lv-vlu). C'est une exhortation que le prophète adresse aux hommes de mettre à profit le bienfait divin. Trois choses sont à signaler : tous les hommes sont invités à partager ce bonheur et à entrer dans la nouvelle alliance ; les étrangers ne seront pas exclus, et Dieu enlèvera l'opprobre attaché à la stérilité et à la virginité ; les impies, qui ne comprennent pas le bonheur de la mort du juste, seront humihés, mais la miséricorde sera exercée envers les pénitents.

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