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Jéréraie n'était pas marié (xvi, 2), et il garda toute sa vie la virginité ^

IL Texte original et versions. — Ses prophéties, renfermées dans cinquante-deux chapitres, ont été écrites en hébreu mêlé de chaldaïsmes.

Le dernier chapitre est emprunté mot à mot au quatrième livre des Rois (xxiv, 18-25). Le savant Huet, évêque d'Avranches, croit qu'il est l'œuvre d'Esdras et destiné à servir d'introduction aux Lamentations.

Les deux versions principales sont la Vulgate et les Septante. Celle-ci s'éloigne en plusieurs endroits de l'hébreu et de la Vulgate. L'ordre des matières est différent; il y a même dans les Septante plusieurs omissions et quelques additions, mais peu importantes. Des auteurs pensent que cette version a été faite sur une récension égyptienne du texte original; d'autres croient que les auteurs ont simplement traduit avec trop de liberté-. L'omission la plus considérable est au chapitre xxxiii de la Vulgate : les treize versets qui suivent le quatrième manquent dans le chapitre correspondant des Septante, c'est-à-dire dans le xl". Mais les passages omis se retrouvent équivalemment en d'autres endroits. Des critiques ont nié l'authenticité de ces treize versets. Mais : l*" on les lit dans tous les manuscrits hébreux et dans toutes les versions, excepté dans les Septante ; 2" l'idée principale qu'ils contiennent est exprimée presque textuellement dans les chapitres précédents, et, en particulier, dans le chapitre xiii.

m. Ordre et division des chapitres. — On ne semble avoir suivi, ni dans le texte ni dans les versions,. un ordre chronologique constant pour la disposition des

1 Gfrdom Calmet, Préf. sur Jérémie; Bible de Vence, Préf. ; Carrières, Avertissement; M. Glaire, Introd,, t. IV.

2 Cfr M. Glaire, Introd., t. IV, p. 131 et suiv.; M. Gilly, Intr. partie, p. 128; M. Lamy, Introd. spéc, part. I, chap. xx, notes 10, 11, p. 157.

INTRODUCTION A .TÉRÉMIE 243

matières; et il y a partout un peu de confusion'.

On peut néanmoins diviser ce livre en cinq parties.

La première comprend les oracles du règne de Josias;

la deuxième, ceux du règne de Joakirn; la troisième,

' Voici une classification où cet ordre est assez bien gardé et ne s'écarte pas beaucoup de celui de la Vulgate. Nous l'empruntons à M. Glaire, qui l'a empruntée lui-même à la dernière édition de la Bible de Vence.

1" A la treizième année de Josias se rapporte l'inauguration de Jérémie au ministère prophétique. C'est le chapitre. . . i.

Dans les dix-huit dernières années de ce / ii-iii, 5. prince peuvent être placés les oracles con- \ m, 6-vi. tenus dans les onze chapitres suivants, sa- ) vii-ix; x. voir l xi; xii.

2° Dans les trois premières années du ! xm; xiv-xv. règne de Joakirn peuvent être placées les \ xvi-xvii. prophéties contenues dans les chapitres i xvui; xix-xx. suivants, savoir l xxiijxxiii; xxvi.

Au commencement de la quatrième aunée de ce prince doit être placée la prophétie du chapitre xxv.

On peut y rapporter aussi la prophétie du chapitre xxxv.

A la fin de cette année et au commencement de la cinquième doit être rapporté le chapitre xxxvi.

Il faut y joindre les deux premiers versets du chapitre xxxvii, qui forment la transition de cette seconde partie à la suivante xxxvii, 1, 2,

3° Au commencement du règne de Sédécias se rapporte la prophétie contenue au chapitre. . xxiv.

Dans les trois premières années peuvent ) xxix. être placées les prophéties des chapitres. ) xxx-xxxi.

A la quatrième année se rapportent les ) xxvu. prophéties contenues dans les chapitres. . ) xxviii.

A la neuvième année rapportez le chapitre XXXIV.

A la neuvième et à la dixième, le chapitre xxxvii, 3 et suiv.

A la dixième, les chapitres xxxii, xxxiii.

On peut y joindre les prophéties des chapitres XXI, IXXVIII.

ceux du règne de Sédécias ; la quatrième, les prophéties qui ont été faites après la ruine de Jérusalem; et enfin la cinquième, les prophéties relatives à Baruch et aux nations étrangères. On a suivi l'ordre des matières dans la dernière partie.

IV. Authenticité des prophéties de Jérémie. — Elle est incontestable, et elle est admise par les chefs de la critique rationaliste'. Répondons cependant brièvement à deux difficultés, les seules qu'on ait osé soulever.

1° La première est tirée du désordre et de l'espèce de confusion que nous avons signalés dans la disposition des matières.

Rép. — L'authenticité bien établie d'un ouvrage n'a rien de commun avec le dérangement que les différentes parties dont il se compose ont pu subir. La critique est simplement autorisée dans ce cas à rechercher la cause du dérangement et à donner des explications plus ou moins plausibles.

2° La seconde difficulté a pour objet de prétendues contradictions. On objecte en particulier les chapitres XXXVII et xxxviii. L'emprisonnement de Jérémie est raconté, dit-on, d'une manière différente.

Rép. — Il est question de deux emprisonnements. Il n'est donc pas surprenant qu'ils n'aient été ni provoqués par les mêmes causes, ni accompagnés des

A. la dixième ou onzième rapportez le chapitre xxxix.

4° Les prophéties ■postérieures à la ruine de Jérusalem sont contenues dans les chapitres IL-XLIV.

5» Les prophéties porticu/îères contenues dans les sept chapitres suivants, savoir :

Celle qui regarde Baruch, au chapitre, xlv.

Celles qui regardent les nations infidèles. xlvi-li.

Enfin le livre se termine par la récapitulation de ce qui arriva depuis le commencement du règne de Sédécias jusqu'à l'élévation de Jéchonias : c'est le chapitre. . m.

1 Cfr M. Glaire, loe. cit.

mêmes circonstances. Voyez et comparez xxxvii, 1 1-15, et xxxviii, 1-6. Ainsi en est-il de toutes les autres contradictions ; elle ne sont qu'apparentes.

V. Leur divinité. — Les prophéties de Jérémie ont toujours figuré dans le Canon des saintes Écritures. Plusieurs d'entre elles sont évidemment divines. Le livre qui les contient est donc un livre divin. La divinité de la plus célèbre de ces prophéties, la prophétie des soixante-dix ans assignés à la durée de la captivité, a cependant été contestée. Jérémie, dit-on, assigne deux époques différentes (xxv, 1-11, et xxix, 1-10) au commencement des soixante-dix ans. Or, quelle que soit l'époque que l'on choisisse , on ne trouvera jamais soixante-dix ans ; on n'en pourra trouver que soixante-trois.

Rép. — 1" Il est faux que Jérémie ait assigné comme point de départ deux époques différentes à cette prophétie. Il en a assigné une seule : la quatrième année du règne de Joakim (xxv, 1), 606 ans avant Jésus- Christ; et il rappelle simplement cette prophétie au chapitre xxix, 10. Le contexte et l'original en font foi.

2» Il est faux que, tout calcul fait, on ne trouve, dans cette hypothèse, que soixante-trois ans et même , suivant d'autres*, soixante et un. On en trouve soixante-dix. Voici, en effet, comment, en comparant les historiens profanes- et les écrivains sacrés^ qui ont parlé de cette question, on peut disposer avec M. de Saulcy * la suite des rois de Babylone :

Nabuchodonoso7' , que son père associa à l'empire la 4" année de Joakim, régna seul 43 ans.

1 Alb. Réville, Revue des Deux Mondes, 15 juin et 1" juill. 1867.

2 Bérose, Mégaslhènes, Georges le Sy ocelle et le canon de Ptolémée.

3 Daniel et Esdras.

' Ann. dtphiloi., III* sér., t. XIX (XXXVIII de la coll.), P- 7 et 8. Voy. aussi M. Le Hir, les Propk. d'Inr., n. vu, p. 46 et 47.

Évilmérodac, son fils, que

M. de Saulcy croit être le

même que le Balthazar de

Daniel, en régna. ... 2 et quelques mois.

[ 4 d'après Bérose et le

,., ... . 1 canon de Ptolémée et

Neriqlissor en régna. . • s t^ i, ^ r. i

^ ° j 5 d après Georges le

\ Syncelle.

Labousarack^ appelé encore C habaessarack (Bérose) et Labassoarasch (Mégasthènes), régna 9 mois.

Nabonnède , que M. de Saulcy croit être le Zaé^/nèfe d'Hérodote et le Darius le Mède de Daniel, régna. . 17 ans.

Total. ... 66 ans 9 mois.

Ajoutons : A) les deux années pendant lesquelles Nabuchodonosor a régné avec son père depuis son association à l'empire ; B) un peu plus d'une année qui s'écoula entre le moment où Cyrus s'empara de Babylone et celui où il rendit l'édit des Juifs. Nous aurons 69 ans, plus dix ou douze mois. C'est bien près de 70 ans !

Explication des prophéties de Jérèmie.

Le livre de Jérémie est beaucoup moins difficile que celui d'Isaïe. En suivant l'ordre que nous avons indiqué, Ménocbius suffira pour lever les difficultés purement littérales. Les incrédules' y ont aussi puisé peu d'objections. C'est à peine s'il a fourni à Voltaire la matière d'une ou deux froides plaisanteries parfaitement oubliées aujourd'hui, et dont Guénée ' fit bonne justice quand elles parurent. Parlons donc tout

' Lettres de quelques Juifs, t. II, p. 194. • "

de suite de l'intérêt, des instructions et des beautés principales de ce livre.

On peut l'étudier sous le rapport prophétique, historique, doctrinal, symbolique, Ultéraire et archéologique.

I. Etude prophétique. — Les prophéties de Jérémie peuvent se rapporter, comme celles d'Isaïe, aux nations étrangères, aux Juifs et au Messie.

lo Les nations étrangères dont le Prophète annonce la ruine sont les mêmes que celles dont le fils d'Amos avait déjà prédit la destruction : l'Egypte (xlvi), les Philistins (xlvii, 1-7), les Moabites (xlviii, 1-47), les Ammonites (xLix, 1-6), ridumée(7-22), Damas (23^27), Cédar et le royaume d'Asor (28-33), le royaume d'Élam (34-39), et enfin Babylone (l et li). Chacun de ces oracles est un oracle divin.

2° La plus célèbre des prophéties relatives aux Juifs est celle des soixante-dix ans que devait durer la captivité de Babyloue (xxv, 11). L'époque où commencent les soixante-dix ans est précisée avec le plus grand soin : c'est la quatrième année du règne de Joakim, la première de celui de Nabuchodonosor et quand depuis vingt-trois ans Jérémie était sur la brèche (xxxv, 1-3). Nous avons démontré plus haut l'accomplissement de cette prophétie. — La dispersion des Juifs au milieu de tous les peuples de la terre (xxx, 11 ; xxxiiL, 37) et leur retour dans leur pays d'où ils ne seront plus arrachés sont aussi clairement prédits (xxxi, 7, 8, 17; xxxii, 37). Dieu se réconciliera avec son peuple et contractera avec lui une nouvelle alliance qui sera éternelle (xxxi, 31-34), les champs recouvreront leur première fécondité (xxxii, 43,44), et Jérusalem, sortie plus belle de ses ruines, ne sera plus jamais détruite (xxxi, 38-40). Nous voyons de nos yeux l'accomplissement littéral de la première partie do ces oracles. Pourquoi la seconde ne s'accomplirait-elle pas de la même manière? Elle a déjà commencé du reste à se «éaliser , dans un sens

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spirituel, à la venue de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

3° En effet, ses prophéties (xxx-xxxiii) sont avant tout des prophéties messianiques ; ce n'est qu'en Jésus- Christ et par Jésus-Christ que les Juifs seront rais en possession des grands biens qui leur sont promis. Tous les interprètes en conviennent. Tous les Pères aussi ont entendu de la très sainte Vierge et de son enfantement virginal les paroles : Femina circumdabit virum (xxxi, 22). Le contexte seul indique qu'il s'agit de quelque chose d'extraordinaire et d'inouï jusque-là : Dominus creavit (bara) novum. Génésius a traduit ces paroles par : Femina proteget virum : une femme sauvera l'homme. Mais cela encore est vrai de Marie, et n'est vrai que de Marie.

II. Etude historique. — Il n'y a pas, dans les annales du royaume de Juda, d'époque plus intéressante et plus instructive que l'histoire des quarante dernières années qui ont précédé la prise et la ruine de Jérusalem par Nabuchonosor (av. J.-C. 628-588). On croit moins lire une histoire qu'un drame divin où le salut d'un grand peuple est en jeu, et oh. Dieu, Jérémie, Nabuchodonosor, les rois , les faux prophètes , les prêtres et le peuple se partagent les rôles.

Dieu s'est réservé celui de la clémence 'et de la bonté : " Admirabilis clementia Domini, s'écrie saint « Jérôme ', quod jàm captivitate vicinâ et Babylonis (( exercitu vallante Jérusalem , nihilominus populum ad « pœnitentiam provocat, malens salvare conversos quàm « perdere delinquenies ! » Lisez les chapitres ii et m.

Jérémie est la personnification du patriotisme , patriotisme d'autant plus admirable qu'il fut plus désintéressé et plus constant. Où est l'homme qui ait fait plus d'efforts pour retenir son pays sur le bord de l'abîme ? Où est le grand homme qui ait versé des larmes plus amères et plus vraies sur les malheurs de sa patrie ? « Les malheurs de la fille de Sion ont brisé « son cœur; il est consterné, l'épouvante l'a saisi...

' Comm. in Jerem., loc. cit., col. 682.

ÉTUDE SUR JÉRÉMIB 249

« Qui changera ses yeux en une source de larmes ? 11 « pleurera nuit et jour les morts de la fille de son « peuple (viii, 21 ; ix, 1). » Et cependant sa pa trie fut ingrate 1 Elle n'écouta point sa voix, elle le chargea de chaînes, elle le jeta dans un cachot infect! Il l'en aima davantage. Ah ! ce n'est pas lui qui eût dit : « Va, ingrate patrie, tu n'auras pas mes os! » L'amour de son peuple survit dans son cœur à toutes les épreuves, et s'il est mort loin de Jérusalem, c'est parce qu'il a été forcé de s'en éloigner.

Et c'est cet homme qu'on n'a pas craint de représenter comme un traître vendu aux Assyriens et comme la cause principale de la ruine de sa patrie ! Il faut convenir alors que c'est un traître d'une singulière espèce. Quoi ! Jérémie, prêtre et prophète, trahit sa patrie contre son propre intérêt ; il consent à perdre sa liberté, sa vie même, pour livrer aux Assyriens Jérusalem, le temple, la Judée entière ; il refuse les offres du général assyrien ; il veut demeurer dans sa patrie dévastée pour consoler les malheureux, pour faire observer la loi du Seigneur ; il accompagne les Juifs en Egypte ; pendant le siège, il achète, il est vrai , un champ afin d'attester que la Judée sera repeuplée et cultivée de nouveau ; mais il ne le paye pas, comme on le prétend sans preuve, avec l'argent des Assyriens. Après le siège, il accepte seulement d'eux des vivres et de légers secours pour subsister ; et s'il a du crédit auprès de Nabuchodonosor, qui le connaît et qui l'estime, il s'en sert pour adoucir le sort de ses frères. Il eût donc été tout à la fois impie et religieux, perfide et charitable, vendu aux ennemis de son pays et parfaitement désintéressé, ennemi de ses frères et victime de son affection pour eux ! Quand on veut peindre un homme tel qu'il est, il ne faut pas choisir dans sa vie les traits qui pourraient en apparence le rendre odieux, et passer sous silence ce qui les explique et les justifie '.

« Cfr. Bible de Genoude, t. IV, p. 124.

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Les rois de Juda, Josias seul excepté, se font remarquer par leurs iniquités, leur faiblesse et l'abaissement de leur caractère. Voyez les chapitres xxxvii, xxi,

Les faux prophètes sont ce qu'ils sont partout : flatteurs, cupides, menteurs, séduisant le peuple et l'endormant dans une fausse paix(xxiii, xxvii, xxviii)'. Pauvre peuple !

Enfin Nabuchodonosor apparaît comme l'instrument des vengeances du Seigneur. Mais Dieu ne punit qu'à regret, et c'est pour cela qu'il « le montre <( d abord de loin aux peuples et aux rois comme le c( vengeur destiné à les punir (xxv). Il approche, et la « frayeur marche devant lui. Il prend une première « fois Jérusalem et transporte à Babylone une partie « de ses habitants. Ni ceux qui restent dans le pays, (( ni ceux qui sont transportés, quoique avertis, les « uns par Jérémie et les autres par Ézéchiel, ne font « pénitence. Us préfèrent à ces saints Prophètes des « prophètes qui leur prêchaient des illusions (xiv, 14) et (( les flattaient dans leurs crimes. Le vengeur revient « en Judée et le joug de Jérusalem est aggravé ; mais « elle n'est pas tout à fait détruite. Enfin l'iniquité « vient à son comble ; l'orgueil croît avec la faiblesse, « et Nabuchodonosor met tout en poudre... Tout « tombe, tout est abattu par la justice divine dont il est « le ministre : il tombera à son tour, et Dieu, qui em- « ploie la main de ce prince pour châtier ses enfants « et abattre ses ennemis, le réserve à sa main toutece puissante^ » Grande leçon pour les peuples et les rois !

III. Étude doctrinale. — Les prophéties de Jérémie, si intéressantes et si instructives comme livre d'histoire, ne le sont pas moins comme livre de doctrine. C'est une mine abondante souvent exploitée par les orateurs sacrés.

' Bossuet, Disc, sur riiist. univ., part. II, chap. v, p. 418.

ÉTUDE SUR JÉRBMIB 251

1» On pourrait appeler Jérémie le héraut des miséricordes divines. Il a décrit magnifiquement en plusieurs endroits la grandeur et la puissance de Dieu (v, 22 ; x) ; mais il n'est jamais plus éloquent que lorsqu'il parle de son amour, de sa patience et de sa condescendance pour les pécheurs. Dieu se plaint par la bouche de son prophète comme le ferait un père contristé. « Il raisonne doucement avec ses fils. Il « leur expose avec un ton pénétré, mais sans fiel, les M crimes dont ils se sont souillés, les maux qu'ils se « sont attirés, et puis, de celte double considération « de leurs iniquités et de leurs peines, il part pour les « inviter avec une effusion touchante à sortir des « voies perverses à la fois et malheureuses où leurs « pas se sont égarés, pour revenir à Celui qui seul (( mérite leur encens et peut faire leur bonheur. 0 « cieux, soyez dans l'étonnement, s'écrie-t-il ; ô portes « éternelles, désolez-vous sans mesure ! Deux malce heurs sont tombés en même temps sur mon peuple! « Ils m'ont abandonné, moi qui suis la source des « eaux vives, et puis ils se sont creusé des puits sans « fond oii nulle eau ne demeure pour les désaltérer !

« Et pourquoi donc, Israël, vas-tu ainsi, sur les « traces de l'Egyptien, t'abreuver dans des ondes fan- « geuses ? Pourquoi te jeter dans la route de l'Assyrien (I pour ne boire avec lui que dans des fleuves amers?

« Ah ! vraiment ta malice t'égare ! Reconnais et

confesse avec moi qu'il t'est bien fatal et bien cruel ■. d'avoir abandonné ton Dieu et déposé sa crainte (ii, (c 12-19): Peut-il rien être de plus onctueux que ces u paroles? Comment ne pas s'attendrir au langage de « ce Dieu qui, peu content de sa douleur et de ses a larmes pour pleurer les maux de son peuple, invite .( les cieux et la nature à s'en attrister avec lui ' ? i) Apprenons de là quelle est l'ingratitude et quelle est la folie du pécheur.

• Mgr Plantier, Éiude Hit. tur les poèt. libl., t. II, p. 13.

2" Veut-on savoir où conduit l'oubli de Dieu? Qu'on étudie les chapitres m, 6-vi. Le Seigneur a cherché un homme juste en Israël et ne l'a pas trouvé (y, 4-5). Aussi quelle corruption dans les mœurs (v 7 et 8) ! Quel mépris de l'autorité {^ 12, 13) I On ne voit que des injustices (y 25-28); on n'entend que des blasphèmes (vi, 6) ; l'avarice règne partout [f 13). On ne rend plus au Seigneur qu'un culte hypocrite : « Pour- (( quoi m'apportez-vous l'encens de Saba et les parfums « des terres les plus éloignées ? Vos holocaustes ne « me sont pas agréables ; vos victimes ne me plaisent « point (t20). »

Quoi de plus capable d'affermir dans le service de Dieu que l'exemple des Réchabites , demeurés si fidèles aux moindres prescriptions de Jonadab leur père, et le souvenir de la récompense accordée à leur fidélité (xxxv) » !

Jérémie, prêtre et prophète, est lui-même, pour les prêtres et pour les lévites de la loi nouvelle, un modèle de l'humilité et du courage avec lesquels ils doivent accepter et remplir leur sublime mission (I, 5-10).

Isaïe s'était présenté de lui-même au Seigneur , disant : « Me voici, envoyez-moi (Is., vi, 8). » Jérémie n'a pas cette sainte audace du zèle et de l'amour. Mais quelle humilité ! « Ah ! ah ! ah I Seigneur, mon « Dieu, je ne sais point parler ; je suis un enfant « (i, 6). )) Ces humbles sentiments sont bien mieux appropriés à notre faiblesse. Ajoutons qu'ils n'ôtent rien à son courage. Ayant reçu un mandat de renoncement et de sacrifice, il l'accomplit avec fidélité, malgré les plus violentes persécutions.

IV. Étude symbolique. — « Lequel des prophètes, disait « saint Etienne aux Juifs, vos pères n ont-ils point per- « sécuté (Act., VII, 52)? Un de ceux qu'ils ont le plus

a La tribu des Réchabites existe encore. Elle a été retrouvée de nos jours en Arabie. Voyez les Ann. de philos., Janvier 1871, t. 1 de la 6« série, p. 62, et t. II, p. 144.

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