ETUDE SUR JEREMIE
a persécutés pour leur avoir dit la vérité, et qui par là « s'est rendu, dit Bossuet \ une des plus illustres « Dgures de Jésus-Christ... c'est le prophète Jérémie.» 11 l'a figuré par la sainteté de sa vie, par ses souffrances, par sa douceur et par sa charité.
1° Par sa sainteté. « C'a été un des plus saints « hommes de l'ancienne loi. C'est le seul de tous les « Prophètes dont il est écrit : Je t'ai connu avant de (( f.' avoir formé dans le sein de ta mère ; et avant que tu (( en sortisses, je t'ai sanctifié (i, 5;. Une sainteté avancée « dans ce Prophète a été une des figures les plus « excellentes de celle du Saint des saints -. »
2o Par ses souffrances. Comme Dieu voulait donner à Jérémie une grande part à la sainteté de Jésus-Christ, il lui en a donné une très grande à ses persécutions et à sa croix. Que n'eut-il pas à souffrir pendant quarante-cinq ans environ que dura son ministère ! « J'ai « été en dérision à tout mon peuple, dit-il pariant de (( lui-même, le sujet de leurs chansons tout le jour et « l'objet de leur moquerie; il m'a enivré d'absinlhe. (! Je ne connais plus de repos, j'ai oublié tous les « biens (Lament., m, 14-17).» On en venait jusqu'aux coups, et il disait : « Le solitaire s'assiéra, et se taira. '< Il baisera la terre et mettra sa bouche dans la « poudre, pour voir s'il lui restera quelque espérance « d'être écouté dans ses prières. Il livrera sa joue aux <i coups ; il sera rassasié d'opprobres (28-30). » On voit dans ce dernier trait une image expresse du Fils de Dieu. Et de même que ce fut à Nazareth, de la part de ses proches, et à Jérusalem de la part des prêtres, que Notre-Seigneur rencontra une plus vive opposition, ce fut dans sa patrie, à Anathot, ville sainte et sacerdotale, que Jérémie eut le plus à souffrir de ses concitoyens et des sacriOcateurs, ses compagnons. On conspira contre sa vie (Jerem., xxr, 19-23 ; xvni,
» Médil. sur l'Èvang. La Dernière Semaine du Sauveur, xcvm* jour, p. 108.
2 Bossuet, loc. cit.
n. ir.
18-23; XX, 10). En butte aux mêmes reproches, chargés des mêmes calomnies, ils furent représentés, l'un et l'autre, comme des séditieux, ennemis du prince et toujours prêts à se soulever contreson autorité (Jerem., XXVI ; Matth., xxvi, 57-61).
3o Par sa douceur et sa fermeté. A l'exemple de Celui dont il était la figure, Jérémie s'est toujours montré le plus doux des hommes de son temps. Il en était aussi le plus ferme. En voici un exemple mémorable.
Un de ces prophètes de mensonge qui ne savaient que flatter les passions de la multitude venait de prêcher tout le contraire de ce que Jérémie avait annoncé. Il promettait que dans deux ans tous les vases qui avaient été enlevés du temple seraient rapportés. Jérémie entendit ces belles promesses, et, sans le contredire, se contenta de répondre devant les prêtres et devant le peuple : « Ainsi soit-il, Hananias ! « Que le Seigneur fasse comme vous dites ! Puissent « vos paroles être accomplies plutôt que les miennes, « et que nous voyions revenir les vaisseaux sacrés et « tous nos frères qui ont été transportés àBabylone! « Écoutez pourtant ces paroles que je vous annonce à « vous et à tout le peuple (xxviii, 1-9)...)) Puis il en appela à l'événement de la vérité de sa parole. Sa modération ne fit qu'enflammer l'insolence d'Hananias ; s'étant approché de lui, il enleva de dessus le cou de Jérémie la chaîne que, par ordre du Seigneur, le Prophète y avait mise en figure de la future captivité de son peuple, et la brisa, disant : « Ainsi Dieu « brisera dans deux ans la captivité que Nabuchodo- « nosor, roi de Babylone, a fait peser sur tous les « peuples.)) Qu'opposa Jérémie à cet acte de violence? La patience et le silence ; il se retirait tranquillement, quand le Seigneur l'obligea à revenir sur ses pas et à porter au faux prophète ces paroles sévères : « Écoute, « Hananias, le Seigneur ne t'a point envoyé ; et tu « as donné à ce peuple une confiance trompeuse. « Voici donc ce que te dit le Seigneur : Je t'ôlerai de