BARUCH
La troisième partie se compose du chapitre vi. C'est une très longue lettre de Jérémie aux Juifs que Nabuchodonosor devait emmener à Babylone. Il s'attache à les prémunir contre le culte des idoles, dont il rappelle le néant et la vanité.
Afin de prévenir une objection que l'on pourrait tirer du troisième verset (vi, 3), où il est dit que la captivité devait durer sept générations, nous ferons remarquer que le mot grec yîvsa se prend souvent chez les Grecs pour désigner un laps de dix ans. Diogène Laërce, par exemple, dit que l'école de Pythagore subsista dix-neuf âges ou générations, pour dire qu'elle dura ce7it quatre-vingt-dix ans. Ces sept générations signifient donc soixante-dix ans ^
IV. Son authenticité. — La question de l'authenticité du livre de Baruch est complexe. Nous avons à établir contre les protestants et les rationalistes l'authenticité des cinq premiers chapitres et celle du dernier.
1° Les cinq premiers chapitres sont certainement l'œuvre de Baruch, le secrétaire et le disciple de Jérémie. Tel est l'enseignement de toute la tradition ; et il est confirmé par le premier verset du livre (i, 1), où l'auteur est appelé fils de Nérias comme dans Jérémie. (Jerem., XXXII, 12-16; xliii, 3-6; xlvi). Les caractères intrinsèques fortifient ce sentiment.
Objections.— A) Ce livre n'a pu être écrit à Babylone la cinquième année qui suivit la ruine de Jérusalem (Baruch, I, 2), puisque Baruch accompagna Jérémie en Egypte (Jerem., xliii, 6j.
Rép.— Cela prouve seulement que Baruch, après la mort de son maître, aura quitté l'Egypte et sera retourné à Babylone.
B) Ce livre a été écrit en grec, et ce n'est guère autre chose qu'un ramas de textes de Daniel et de Néhémie, cousus sans beaucoup d'ordre. Il ne peut donc être l'œuvre du disciple de Jérémie.
1 Cfr BuUet, Rép. eut., t. I, p. 343.
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Rép. — a) Il est incontestable que Théodotion, au second siècle, a traduit ce livre en grec sur le texte original. Il n'a donc pas été écrit dans cette langue. — b) Les hébraïsmes dont il est rempli décèlent son origine : « On y remarque, dit M. Glaire *, un certain « nombre de termes grecs, dont le sens mal assorti « dans les passages où ils se rencontrent est évidem- « ment pris des mots hébreux correspondants, et dont « ils ne sont, par conséquent, qu'une traduction. » Cet auteur en cite plusieurs exemples frappants. — c) Quant aux passages que l'on retrouve dans Daniel et dans Néhémie, ce ne sont, d'après D. Galmet -, que des formules déprécatoires, fort usitées à cette époque, dont ces trois écrivains ont pu se servir sans les avoir empruntées l'un à l'autre. Si quelqu'un de ces auteurs a copié ses devanciers, ce ne peut être, dans tous les cas, que Daniel ou Néhémie, qui, moins anciens que Baruch, l'auront cité, et auront même par là confirmé l'authenticité de son livre.
2° Que penser de l'authenticité du sixième chapitre ?
Le titre attribue cette lettre à Jérémie. Or, ce titre est dans presque tous les manuscrits grecs ; il se lit dans toutes les versions et il a été admis par l'immense majorité des Pères. Nous croyons donc que ce chapitre est l'œuvre du Prophète auquel il est attribué. C'était le sentiment de l'auteur du second livre des Machabées. En effet, parlant de Jérémie, il dit : « Dans les écrits du prophète Jérémie ou trouve... « qu'il enjoignit expressément à ceux qui allaient de « Judée en pays étranger de ne point oublier les or- « donnances du Seigneur et de ne point se laisser « aller à l'égarement d'esprit en voyant les idoles d'or « et d'argent avec tous leurs ornements » (II Mach., II, 1, 2). Ce qui est précisément le sujet de cette lettre.
» Introd., t. IV, p. 180.
2 Préf. sur Bârucli.
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Eicchorn le reconnaît, et il avoue que cette lettre a été citée par l'auteur du deuxième livre des Machabées. Telle était aussi, au quatrième siècle, l'opinion des Pères du concile de Laodicée, qui, dans leur catalogue des livres canoniques, disent : « Voici ceux de l'An- « cien Testament qu'il faut lire : la Genèse,... Jéré- « mie, Baruch, les Lamentations et la Lettre {Litterœ.)» Nous ferons enfin observer que cette lettre s'accorde parfaitement, non seulement avec le caractère et le génie particulier de Jérémie, mais encore avec les circonstances dans lesquelles il a vécu. Tout concourt donc à en établir l'autbenticité, quoiqu'elle n'ait pas trouvé place dans le Canon des Juifs et que saint Jérôme l'ait traitée de ■^z^jooîKi-/fi(x<j>o; c'est-à-dire lettre qui porte un faux titre '.
V. .S'a canoniale. — Le livre de Baruch est un des livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament. Nous en avons prouvé la canonicité dans les Prolégomènes généraux ^. Nous ferons seulement ici deux observations : 1" Si les Juifs n'ont pas admis ce livre dans leur Canon, c'est probablement parce que, l'original hébreu ne s'étant pas retrouvé à l'époque de la clôture, ils ne voulurent pas y insérer une simple traduction.
2» Si ce livre ne figure pas nominativement dans plusieurs catalogues, et si, en apparence, il n'est pas cité aussi souvent que les autres par les Pères, c'est qu'il était d'ordinaire réuni à celui de Jérémie et cité sous le nom de ce Prophète.
Explicalioti du livre de Baruch.
Ce livre, dont nous avons expliqué les principales difficultés littérales, peut être étudié sous différents rapports.
\, Étude prophétique. — Il renferme plusieurs ora-
• Cfr Glaire, Inlrod., t. IV, p. 174 et suiv.
* Cijurs élément., t. I, p. 47 et suiv.
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clés messianiques. Les uns se rapportent directement à la personne du Messie : « Baruch prédit que Dieu « sera vu sur la terre et conversera avec les hommes « (m, 38). M Les autres sont relatifs à la conversion des Juifs dispersés dans tout l'univers et à leur retour dans la terre promise, d'où ils ne seront plus arrachés. V. chap. II, 29, 35 ; iv, 36 ; v, i-8.
IL Étude doctrinale. — Ce livre est plein de doctrine. Il contient des vérités dogmatiques et des vérités morales.
1° On remarquera parmi les premières le dogme de la toute-puissance de Dieu : ;< Il commande à la « lumière, et elle s'élance;... il appelle les étoiles, et « elles répondent : Nous voici (m, 33-35) ; » et le dogme de la Providence : le sort des empires est entre les mains de Dieu, il les élève et les abaisse à son gré. C'est ce que proclament les Juifs proscrits à Babylone; et telle est la force de leur conviction, que, dans les désastres qui les affligent, leur première démarche est de tomber à genoux comme un seul homme et de chercher à éteindre dans leurs larmes les foudres du Très-Haut qui les ont frappés (i, 15, 22 ; ii, 1-20) '.
2° Parmi les instructions morales nous citerons : — a) La recommandation faite par les Juifs de Babylone à ceux de Jérusalem de prier pour Nabuchodonosor et pour Balthazar son lils (i, 11, 12). Un jour viendra où saint Paul rappellera la même obligation aux chrétiens de son temps (I Tim., ii, 1-3). — b) Le tableau si touchant du repentir des Israélites captifs, jeûnant, priant, faisant d'abondantes aumônes et ne s'en prenant qu'à leurs péchés de l'excès de leurs malheurs (i, 5-22). Ne sont-ce pas tous les caractères d'une vraie pénitence? — c) Les fruits ou les heureux effets de la véritable sagesse, c'est-à-dire de la connaissance et de la crainte de Dieu (m, 9-38). — d) Enfhi le crime et la vanité du culte des idoles (vi).
> Cfr Mgr PlaïUier, Eluàe litt., t. Il, \^. 141, 145.
111. Étude littéraire. — On n'étudiera pas sans intérêt le livre de Baruch sous le rapport littéraire. 11 renferme de beaux tableaux (i, 3-15); d'éloquentes prières (^i, 15-III, 8); de chaleureuses exhortations (m, 9-38) et plusieurs morceaux poétiques très remarquables (m, 9-38 ; v). Mgr Plantier * appelle avec raison Baruch le poète du repentir, de la prière, du conseil et de l'espérance. L'ironie, cette arme si puissante entre les mains d'Isaïe, est maniée avec une rare habileté par l'auteur du sixième chapitre. Racine a reproduit dans Atlialie - plusieurs idées de ce chapitre.