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CHAPITRE QUATRIEME

Ézéchiel

ARTICLE V'

L Notice biographique. — Ézéchiel , fils de Buzi (Ezech., I, 1-3), était de race sacerdotale. Il avait été emmené captif à Babylone avec Jéchonias et dix mille autres Juifs (IV Reg., xxiv, 12-14) l'an 599 avant Jésus- Christ. Cette époque est importante à retenir, car Ézéchiel date ordinairement de là ses oracles. Dieu l'appela au ministère prophétique sur le bord du tleuve Chobar, la cinquième année de son exil, environ sept ans avant la destruction de Jérusalem et quand déjà, depuis trente-quatre ans, Jérémie était sur la brèche (Jcrem., XXV, 3; IV Reg., xxiii, 36, et Ezech., i, 2).

11 prophétisa au moins vingt-deux ans (i, 2; xxix, 17). Enfin, comme Jérémie et Isaïe, il couronna sa vie par le martyre. Suivant une ancienne tradition, il fut assassiné par un juge d'Israël à qui il reprochait son

» Etude tut., t. II, p. 150.

' Ad. ill, se. ui.

peDchant idolàtrique. Il fut enseveli dans le tombeau de Sem et d'Arphaxad, les ancêtres d'Abraham. Son sépulcre est devenu le lieu d'un pèlerinage fréquenté*.

II. Texte original. — Ézécbiel a écrit en hébreu. Son style est moins pur que celui de Jérémie : l'influence des Chaldéens se fait déjà sentir. Il est aussi beaucoup plus obscur et plus difficile à comprendre. Cette obscurité, jointe, en quelques endroits, à une certaine nudité de langage, avait fait interdire, chez les Juifs, avant l'âge de trente ans, la lecture du commencement et de la fin de ce livre : « Nisi guis apud eos, dit « saint Jérôme ^,... tricesimum annum impleve?'it, nec « principia Geneseos , nec Canticum canticorum , nec (( hujus voluminis exordium et fînem légère permittitur. » Nous conseillons aux jeunes gens de ne point lire, au moins sans l'avis de leur directeur, les chapitres xvi et XXIII.

III. Division du licre. — On peut diviser en quatre parties les quarante-huit chapitres dont ce livre se compose.

La première partie contient les trois premiers chapitres (i-iii). C'est l'inauguration d'Ézéchiel avec toutes ses circonstances.

La deuxième (iv-xxiv) renferme les oracles relatifs aux Juifs et antérieurs à la ruine de Jérusalem. Tant que cette ville infortunée fut debout, les compagnons d'Ezéchiel, séduits par les faux prophètes, espéraient un prochain retour. .Ezéchiel s'efforce de les désabuser, et leur annonce de mille manières, en paroles et en figures, l'entière destruction de la ville sainte.

La troisième partie (xxv-xxxii) se compose des oracles dirigés contre les nations étrangères : les Ammonites, les Moabites, les Idumécns, les Philistins, Tyr et l'Egypte.

La quatrième partie (xxxu-xlviii) pourrait s'intitu-

1 II y a des détails inlcre?sants sur ce tombeau dans V Histoire de l'Eglise de M. Darras, t. III, p. 343. '^Comm. m Ezecli., lib. I; Migne, l. XXV, col. 17.

INTRODUCTION PARTICULIÈRE A ÉZÉCIIIEL 269

1er : Consolations et promesses. Ce sont des prophéties messianiques relatives aux Juifs après la ruine de Jérusalem, et spécialement au rétablissement futur de la théocratie.

IV. Son authenticilé. — L'authenticité du livre d'Ezéchiel, attestée par toute la tradition, a rencontré peu de contradicteurs. Les rationalistes eux-mêmes la reconnaissent. « Il n'est nullement douteux qu'Ezé- « chiel n'ait écrit tout son livre, dit de Welte • ; il se « peut même qu'il ait formé la collection de ses pro- « phéties. )) Quelques-uns seulement, Œder, Corrodi et Vogel, ont osé contester l'authenticité des neuf derniers chapitres et des oracles relatifs aux nations étrangères.

1° Les neuf derniers chapitres , disent-ils , sont d'une incroyable obscurité, comparés au reste du livre.

2** Ezéchiel, si bonne mémoire qu'on lui suppose, n'aurait pu se rappeler ni tous les nombres, ni toutes les mesures dont ces chapitres sont remplis.

3° Enfin les Juifs n'ont jamais songé à exécuter les ordres du Seigneur à son Prophète ; ce qu'ils n'eussent pas manqué de faire s'ils avaient cru que ces ordres émanaient de Dieu.

Rép. — 1° Tout n'est pas aussi clair qu'on le suppose dans la première partie de ce livre. Les chapitres i et XXI, en particulier, prouvent que l'obscurité n'est point le partage exclusif des neuf derniers chapitres. Cette obscurité tientd'ailleurs beaucoup moins au style, qui, dans la réalité, est le même, qu'à la nature des choses et à l'ignorance des formes architecturales dont il est question.

2° 11 n'est pas impossible qu'Ézéchiel. naturellement doué peut-être d'une heureuse mémoire, et de plus, favorisé du don de l'inspiration, ait pu se rappeler les nombres et les mesures que Dieu lui avait fait con-

§ 224. Il est cité par M. Alf. Oilly, t. III, p. 137.

naître. Que d'exemples beaucoup plus incroyables, et cependant incontestables , ne pourrait-on pas citer d'hommes qui se sont rappelés des choses beaucoup plus difficiles à retenir !

3° Enfin on ne peut rien conclure, contre l'authenticité de ces neuf derniers chapitres, de la conduite des Juifs. S'ils n'ont point exécuté les ordres du Prophète, c'est qu'ils n'ont point pris à la lettre, mais entendu dans un sens spirituel, ce qui regarde la construction du nouveau temple et le nouveau partage de la Palestine. Suivant le sentiment commun des Pères, ces chapitres sont une description allégorique des temps heureux du Messie et de la prospérité de l'Église, lorsqu'elle aura été rajeunie et renouvelée, à la fin des temps, par la conversion des Juifs.

Un autre critique attribue ces oracles, et surtout les oracles relatifs aux nations étrangères, à Daniel, dont le nom figure au chapitre xxviii, 3, et qui, ayant été élevé à la cour du roi de Babylone, aura sans doute accompagné Nabuchodonosor dans ses différentes expéditions. Le style, dit-on, est châtié et l'auteur fait preuves de connaissances géographiques qui paraissent avoir été étrangères à Ézéchiel. Voyez les chapitres xxv, xxxii, xxxvi, xxxviii, xxxix.

Rép. — Cette objection n'a pas même le mérite d'être spécieuse. Le style de ces oracles n'a, en effet, rien de commun avec celui de Daniel, et il a tous les caractères qui distinguent celui d'Ézéchiel. Il est plus soigné, plus travaillé; il a plus d'élévation, plus de noblesse ; mais, au fond, c'est le même. Aussi retrouvons-nous les formules qui reviennent si souvent sous la plume d'Ézéchiel : « Fils de lliomme... La main de « Dieu a été ou est tombée sur moi... Applique ton « cœur... Tourne ton visage, » et autres expressions semblables. Enfin de quel droit refuserait-on à Ézéchiel les connaissances historiques et géographiques que ces oracles supposent ? N'appartenait-il pas à la tribu sacerdotale? N'avait-il pas reçu une éducation dis-

tinguée? N'a-t-il pas donné d'autres preuves de son talent et de son savoir?

V. Sa divinité. — La divinité du livre d'Ezéchiel a été l'objet des plus vives attaques de la part des incrédules. Ils ont prétendu y trouver des ordres d'une exécution impossible (m, 1-6), absurdes (iv, 6, 7) et d'une saleté dégoûtante (iv, 9-12). Nous répondrons à ces difficultés dans l'article suivant. Rappelons seulement les preuves principales sur lesquelles repose l'autorité divine de ses prophéties.

Ces preuves sont : 1° le témoignage des auteurs sacrés. Plusieurs ont parlé d'Ezéchiel comme d'un vrai prophète (Eccli., xlix, 10, 11), et ont cité ses oracles (Apocal., XX, 7 et suiv.). Jésus-Christ lui-même l'a cité (Joan., X, 16, et Ezech., xxxiv, 23).

2» La tradition soit des Juifs, soit des chrétiens. Cette tradition est unanime, et elle ne s'est pas démentie un seul instant. Si le Sanhédrin hésita longtemps, dit-on , avant d'admettre le livre d'Ezéchiel dans le Canon des saintes Écritures, cette hésitation même, dont les membres de la célèbre assemblée finirent par triompher, prouve qu'on n'a pas admis à la légère et sans examen l'inspiration de l'auteur.

3» Les prophéties que ce livre renferme. Nous signalerons entre autres le chapitre xii, 12 et 13. C'est une prophétie très circonstanciée relative à Sédécias et dont on peut lire l'accomplissement dans Jérémie (xxxix, -4 et suiv.), et dans le quatrième livre des Rois (xxv, 4 et suiv.) Ezéchiel a aussi prédit clairement les victoires de Jean Hyrcan sur les Iduméens (xxv, 14), le siège de Tyr par Nabuchodonosor(xxix, 18 et suiv.), l'abaissement de l'Egypte, alors si puissante (xxix, 15), le retour delà captivité, le règne du Messie (xxxiv, 22... xxxvn, 21 et suiv.) Un livre où sont consignés de tels oracles ne peut être qu'un livre divin.

272 COURS d'écriture sainte

ARTICLE II

EXPLICATION DU LIVRE d'ÉZÉCHIEL

Yoiation d'Ézéchiel (i-in)-

I. Sujet et analyse. — Ces trois chapitres sont comme le prologue du livre. Ils contiennent lliistoire de l'inauguration d'Ezéchiel au ministère prophétique. On peut y distinguer trois choses : 1° le temps, le lieu et les préparatifs de la cérémonie, ou l'apparition de Dieu à Ezéchiel(i); 2" la cérémonie même de l'inauguration (ii-iii, 1-14); et 3" ce qu'on peut appeler son complément ou sa confirmation : Ezéchiel, après sept jours de deuil passés au milieu de ses frères, est confirmé dans sa vocation ; la gloire de Dieu lui est montrée de nouveau, et il reçoit l'ordre de se faire charger de liens dans sa maison (m, lo-27). Là commence, à proprement parler, son ministère.

IL Quelques versets ont besoin d'explication.

Chap. 1, 1 et 2. — Ft factum est in trigesimo, in guinta, in quartâ mensis... chm essem... juxtà fluvium Chobar... in qumtô mensis, ipse est annus quintus transmigrationis régis Joachim.

1° In trigesimo. Cette Irentii^me année date probablement de l'ère de Nabopolassar : a Nam cum duplici aerâ « insigne sit vaiicinium Ezechielis, dit Rosenmiiller ', « earitmqne altéra ad Judseoruin rempublicam perlineat, « (y 2), atino qninto transmigrationis Joachim, necesse est « alteram, id est, annum trigesimum, ad Chaldœorum « rempublicam, in quâ vixit vates, esse referendam.n II y a pourtant des auteurs qui la rapportent à la naissance du Prophète ou à la deuxième année du règne de Josias.

2° Juxtà fluvium Chobar. Ce fleuve est le Chaboras,

' Schol. in Ezcch., p. 16.

ÉTUDE LITTÉRALE d'ÉZÉCHIEL 273

qui se jette dans l'Euphrate après avoir arrosé la Mésopotamie.

4-28. — Et vidi, et eccè ventus turbinis veniebat ab aquilone, et nubes maijna, et ignis involvens, etc..

r Voici comment nous nous représentons cette mystérieuse vision. Au bruit d'un vent impétueux soufflant de l'aquilon, au centre d'une immense nuée environnée de lumière et dont l'intérieur resplendissait comme le métal dans la fournaise, Dieu apparut à Ezéchiel assis sur une espèce de char, ou de trône roulant, porté par quatre chérubins d'une figure et d'un aspect extraordinaires. Avec une ressemblance humaine, ils avaient chacun quatre faces et quatre ailes, unies ensemble deux à deux ; de dessous les deux premières ailes déployées partaient autant de mains d'hommes. Ces quatre faces étaient la face de l'homme, celle du lion, celle du bœuf et la face de l'aigle. De leurs deux autres ailes non étendues ils se couvraient le corps. Ils étaient placés au-dessous des angles dune espèce de table carrée qui portait le trône du Seigneur. Sous leurs pieds, droits et ronds comme ceux d'un jeune taureau, on voyait des roues doubles, c'est-à-dire deux roues qui se croisaient à angle droit et dont chaque côté répondait à chacune des faces des chérubins. Ces roues, d'une épouvantable hauteur, étaient couvertes d'yeux et paraissaient animées. Elles pouvaient rouler des quatre côtés et n'avaient pas besoin de se retourner quand elles marchaient. Elles se conformaient, dans leurs mouvements, à ceux des chérubins, s'avanrant ou s'arrôtant, s'élevant ous'abaissantavec eux. Le bruit que faisaient les chérubins avec leurs ailes ressemblait à celui du tonnerre ou des grandes eaux lorsqu'elles sont violemment agitées. Dieu était assis au-dessus de leurs tôtes sous les traits d'un homme et environné d'une majesté infinie. Son trône était comme le saphir, son visage étincelant, et son corps si brillant, que les yeux éblouis n'en pouvaient supporter l'éclat.

2° Les incrédules ont donné une description ridicule de cette vision. C'est parce qu'ils ne la comprenaient pas. Ils ignoraient aussi probablement que le langage symbolique, connu de tous les peuples, était surtout en honneur chez les Orientaux. Sanchoniaton, cité par Eusèbe , décrit une figure qui a beaucoup de ressemblance avec les animaux d'Ezéchiel, et Gemelli, dans sa description des ruines situées à trente-cinq milles de Chiras, nommées communément le Palais de Darius, dit qu'on voit sur deux pilastres des figures de bêtes ayant des ailes et des têtes d'hommes *; il est aussi question dans les Annales de philosophie- de deux taureaux à face humaine, de taille colossale, trouvés à Ninive en 1853, et d'une statue mutilée représentant un homme à tète de lion et portant une épée en l'air.

3o Tous les Pères ont vu dans cette vision un reflet emblématique des choses éternelles et un présage mystérieux de l'avenir. Suivant les uns, cette vision est la figure de l'univers, que le Seigneur gouverne et dirige à son gré. Suivant les autres, c'est l'image des quatre grands empires deBabylone, de la Perse, de la Grèce et de Rome, qui ont servi comme de char au Fils de Dieu pour venir sur la terre, et oii il a pris les instruments de ses vengeances et de ses miséricordes. Mais le sentiment le plus commun est que le char sur lequel Dieu apparaît à Ezéchiel est la figure de l'Eglise portée par les quatre évangélistes, représentés euxmêmes par les chérubins. Us sont quatre, chacun d'eux a quatre faces, mais ils se ressemblent parfaitement, et dans la réalité ils ne font qu'un. Ainsi en est-il de l'Eglise. Parmi ses membres, les uns excellent en intelligence, ce qui est le propre de l'homme ; les autres ont le courage du lion pour souffrir toutes sortes de persécutions ; ceux-ci, victimes généreuses

• Cfr l'abbé Clémence, Uéfut. de la Bible, livre II, chap. v, art. 3, p. 121 ; Rosenmiiller, Schol. in h. loc.

2 Cfr Corne!, à Lap. m Ezech.; Darras, Hisl. di CEqI.., x, m, p. 2G0.

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de la mortification, sont figurés par le bœuf; ceux-là, semblables à l'aigle, s'élèvent à de hautes contemplations. Mais tous , unis entre eux par une même charité, ne forment qu'un même corps. Telle est l'Eglise; l'Église toujours libre, môme dans les fers, étendant ses conquêtes vers les quatre vents du ciel ; rÉglise, toujours unie par la puissance de TEsprit qui la possède, et toujours vivante, parce que cet Espiùt ne meurt pas. Elle est vraiment le char glorieux sur lequel le Fils de Dieu vient prendre possession de son temple et de son royaume.

Oracles antérieurs à la ruine de Jérusalem (iv-xxiv) .

Ces oracles sont relatifs aux Juifs et peuvent être divisés en plusieurs groupes.

I Les chapitres iv-vu. — En voici le sujet. C'est une suite de menaces prophétiques : a) contre Jérusalem (iv et x); Ezéchiel en prédit sous différents symboles le siège (iv, 1-8), la famine (v 9-17) et la ruine (v) ; — b) contre les montagnes sur lesquelles les Juifs offraient des sacrifices aux faux dieux (vi) ; — c) contre toute la terre d'Israël (vu) : le Prophète en annonce la ruine complète et prochaine (1-11) ; la ruine certaine, lamentable et cependant méritée (12-22j : tous les habitants seront emmenés en exil (23-27).

1" Chap. IV, 1-8. — Et tu, fili hominis , suyne tibi laterem... et describes in eo civitatem Jérusalem... et ordinabis adversv.s eam obsidionem... etc.. — Le Seigneur ordonne au Prophète de tracer sur une brique le plan de Jérusalem et d'en représenter le siège, puis de dormir, le bras étendu et le visage tourné du côté de ce dessin, trois cent quatre-vingt-dix jours sur le côté gauche et quarante jours sur le côté droit. Cet ordre, dit-on, est ridicule et impossible à exécuter.

Jlép. — On peut expliquer cette difficulté de différentes manières.

276 COURS d'écriture sainte

a) L'abbé Guénée \ Duclot-, Maldonat^ Rosenmiil- 1er t, et plusieurs autres graves auteurs croient "que tout s'est passé en vision, ce qui enlève la difficulté. Ce sentiment n'est pas absolument certain ; mais il est très probable, et on peut le soutenir.

« b) Cependant, dit Janssenss, si tout ceci ne s'était « passé qu'en vision, les Juifs captifs à Babylone en « eussent été vraisemblablement peu touchés ; c'est « même à peine s'ils eussent pu comprendre ce qu'É- « zécbiel voulait dire. Quand ce Prophète raconte de « simples visions, il le fait assez entendre, comme {( dans les chapitres i, 3 ; viii, 1 ; xl, 1. Mais, dans « cet endroit, c'est un historien qui raconte ce qui « lui est arrivé. » Cet auteur se prononce donc pour la réalité du fait. Telle est aussi l'opinion de Corneille Lapierre e, de Ménochius et de plusieurs autres.

Or, même dans cette hypothèse, il est facile de répondre aux questions de l'incrédule. Sans doute le commandement était pénible, et l'exécution paraît difficile. Mais on ne prouvera jamais qu'elle fût impossible. Combien de malades sont obligés de garder dans le lit la même position pendant un temps aussi long et quelquefois beaucoup plus considérable ! Corneille Lapierre cite plusieurs exemples. « D'ailleurs, « ajoute Janssens ', Ézéchiel ne gardait probablement « cette position que pendant le jour, lorsqu'il pouvait « être vu par les Juifs, et il reprenait pendant la nuit « la liberté de mouvement dont il avait besoin. Ce « commandement n'était pas non plus ridicule, et il « devait frapper d'autant plus l'esprit des Juifs qu'il « était plus extraordinaire. Quelle que soit l'explica-

' Lettres de quelques Juifs, l. II, p. 200.

-' Bible vengée, t. V, note 3, sur Ezéch., p. 153.

3 Comm. in Ezech., dans le Cours complet d'Ecrit, sainte, t. XIX.

^ Scliol. in Ezech., p. 49.

5 Hermén. sacr., n. 341.

^ Comm. in Ezech. in h. loc, p. 383.

' Loc. fil.; cfr Glaire, Liv. saints vengés, t. II.

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« lion de ce passage à laquelle on s'arrête, il est évi- « dent que la divinité du livre d'Ézéchiel ne peut en « recevoir aucune atteinte. C'est ce que nous voulions « surtout établir'. »

j 5, 6. — Eqo avtein dedi tibi annos iniqidtatis eorum {Israël) numerum dierum trecentos et nonaginta dies... et assumes iniquitatem domûs Juda quadraginta diebus. D'où faut-il commencer à compter ces deux époques ?

/iép. — Les 390 années d'iniquités commises par Israël datent, selon le sentiment le plus commun, de la mort de Salomon ou de la séparation des dix tribus et se terminent à la ruine de Jérusalem. Quant aux prévarications de Juda, on les compte ordiaairement depuis le commencement de la mission prophétique de Jérémie jusqu'à la destruction de Jérusalem; l'intervalle compris entre ces deux époques est, en effet, de quarante ans.

Les opinions sont d'ailleurs très diverses sur la signification de ces 430 ans. Ce nombre est le même que celui qui s'écoula depuis la vocation d'Abraham jusqu'à la sortie d'Egypte , et peut-être Dieu veut-il faire entendre que la nouvelle captivité ne sera pas moins dure que l'ancienne, de même que la délivrance sera comparable à l'exode. Peut-être aussi cela représente-t-il et la durée des prévarications du peuple, et celle du siège.

y 9-17. — Subcinericium hordeaceum comedes,.. et stercore operies illud. Le sens est que ce pain devait être cuit avec des excréments humains. En Orient, les pauvres, au lieu de bois, brûlent souvent de la fiente d'animaux desséchée, et, en Arabie, les habitants des déserts s'en servent pour faire cuire leurs aliments ^ Dieu, en donnant cet ordre à Ézéchiel, voulait faire comprendre aux Juifs d'une manière sensible l'excès

' Cfr M. Glaire, Lie sainls veng., t. II, p. 163.

- Cfr Hullet, Rép. crit., t. I, p. 346; Janssens, Herméa. sacr., n. 34:i ; Bible de Genoude, Comm. sur Ezéeh.; M. Glaire, Livres saints veiKj., t. II, p. 165.

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