II
de misère auquel ils seraient réduits pendant la captivité : ils n'auraient même pas à leur disposition de fiente sèche pour faire cuire leur pain ; et ils seraient obligés d'avoir recours à des excréments desséchés.
2o Chap. V. — L'action mentionnée en ce chapitre a une signification plus terrible encore que la précédente. Ézéchiel devra couper ses cheveux et sa barbe, en faire trois parts, et brûler l'une dans l'enceinte de Jérusalem représentée sur sa brique, couper l'autre avec le glaive autour des murailles , enfin jeter la troisième au vent, où elle sera encore poursuivie par le glaive. Et de cette troisième partie il prendra un reste qu'il cachera dans son manteau et dont une partie encore sera brûlée. Dieu indique ainsi les divers retranchements qu'il opérera parmi le peuple juif, les pertes de ce peuple, sa dispersion, le petit nombre de ceux qui reviendront après la captivité et dont une partie encore périra par le feu. Ce dernier trait convient à la dernière désolation de Jérusalem par les Romains, où le feu fit de si grands ravages ; ce qui reste couvert du manteau figure le petit nombre des conversions parmi ce peuple au temps du Messie.
II. Les chapitres viiixi. A) Sujet et analyse. — C'est le récit d'une vision d'Ézéchiel à Jérusalem, où l'esprit de Dieu l'avait transporté (viii, 1-4). Il voit de ses yeux les désordres qui se commettent : une idole dans le temple (o) avec d'autres figures d'animaux (6-12), des femmes pleurant Adonis (13,14) et des prêtres adorant le soleil (15,16). La vengeance du Seigneur est prête à éclater ; le Prophète l'annonce (17, 18).
11 voit en môme temps entrer dans le parvis des prêtres six hommes armés, et au milieu d'eux un septième vêtu de lin, une écritoire supendue à la ceinture, et à qui Dieu donne l'ordre de marquer d'un signe mystérieux, du signe thau, ceux d'entre les Juifs que le Seigneur veut épargner (ix, 1-7). Les autres sont
ÉTUDE LITTÉRALE d'ÉZÉCHIEL 279
massacrés , et le Prophète demande en vain grâce pour eux (8-11). Ce chapitre est fort beau.
Le Seigneur commande ensuite à l'homme vôtu de lin de prendre des charbons entre les chérubins restés dans le parvis et de les répandre sur la ville. Dieu, qui avait déjà quitté le Saint des saints, se retire à la porte orientale (x).
Le Prophète y est lui-môme transporté et reproche aux grands de la nation leurs crimes et leurs violences. Ils seront châtiés sévèrement. Or la punition ne se fait pas attendre : car, pendant qu'Ézéchiel parle, Pheltias meurt à ses pieds (xi, 1-13). Consolations et promesses messianiques (14-21). Dieu sort de la ville (22, 23); et Ézéchiel raconte à ses frères sa vision (24, 25).
B) Explication. — Deux observations seulement.
Chap. VIII, 3. — « Stnlulum idolum zeli. » Quelle était cette idole? Probablement la statue de Baal (saint Jérôme) ou celle d'Adonis (les Septante, D. Calmet), dont le culte était fort répandu en Orient, et en particulier dans la Syrie. Adonis, aimé de Vénus, dit la Fable, fut tué par un sanglier, que Mars, dévoré de jalousie, avait envoyé contre lui, et fut ensuite ressuscité.
Chap. IX, 4. — « Signa thau super f roules viro-
Il y a simplement dans les Septante oo; o-rîn/etov. Ce signe était certainement la figure de la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Mais en avait-il la forme? Suivant le sentiment le plus commun, le i/iau des anciens caractères phéniciens ressemblait à une croix, et c'est cette lettre que Dieu lit écrire sur le front de ceux qu'il voulait sauver. Suivant d'autres, ce signe était le t/tau actuel des Juifs, et Dieu aurait choisi cette lettre parce qu'elle est la première du mot hébreu Tlwra (la Loi). Quoi qu'il en soit de la forme attribuée à ce signe, il n'en était pas moins un signe de salut et un préservatif. C'est assurément le môme que saint Jean
280 COURS d'écriture sainte
mentionne en l'Apocalypse et dont furent marqués les élus de Dieu (vu, 3 ; ix, 4 ; xiv, 1). Et comme nous lisons d'autre part, dans l'Évangile, que le Fils de l'homme, à la fin des temps, paraîtra avec son signe, c'est-à-dire avec sa croix, nous pouvons bien conjecturer qu'Ézéchiel a prophétisé ici le salut par la croix. (Matth., XXIV, 30).
Il est d'ailleurs bon de savoir que de nos jours encore, chez les Indiens et les Japonais, des signes symboliques sont imprimés au front des adorateurs des idoles.
III. Les chapitres xii-xvii. Sujet, — Ce troisième groupe se compose de plusieurs oracles dirigés contre le roi Sédécias (xii, xvii), les faux prophètes (xiii), les anciens du peuple (xiv) et les habitants mômes de Jérusalem (xv, xvi).
Nous nous arrêterons seulement au chapitre xvii, qui propose une belle allégorie prophétique sur Jésus- Christ. Elle annonce l'humiliation et l'exaltation de la famille royale : son humiliation par la déchéance temporelle, son exaltation par le Messie. Les cèdres du Liban figurent soit la famille royale découronnée, soit le temple de Jérusalem dévasté ; la' vigne qui est sortie d'une graine est Sédécias mis sur le trône par le roi de Babylone. Les deux aigles sont, l'un, Nabuchodonosor, auteur de ces mouvements ; l'autre, le roi d'Egypte, vers qui Sédécias se tourna. Mais Nabuchodonosor, irrité, arracha Sédécias et l'emmena en captivité. C'est après avoir prédit ces choses à Sédécias même que le prophète montre Dieu intervenant à son tour.
Le Seigneur prend la moelle du grand cèdre. Il choisit dans la race de David celui qu'il établira éternellement roi sur la montagne de Sion ; et quand le sceptre sera sorti de Juda, le Désiré des nations sera envoyé au monde. Humble d'abord et sans éclat, il étendra bientôt ses rameaux sur tout l'univers. C'est donc Jésus-Christ qui est figuré par ce cèdre, et lui-
ÉTUDK LITTÉRALE d'ÉZÊCHIEL 281
même a confirmé en quelque sorte cette interprétation dans sa parabole du grain de sénevé '.
IV. Chap. xvui. A) Sujet de ce chapitre. —11 renferme une justification et comme l'apologie de la justice divine. A chacun selon ses œuvres. Le fils ne portera pas l'iniquité du père ; mais la vertu du père ne protégera pas l'impiété des enfants (1-24). Exhortation pressante à la pénitence (23-32).
B) Réponse à une difficulté. — Des incrédules ont prétendu que le verset 20 : Filius 7ion portabit iniquitatem patris, était en contradiction avec l'enseignement de l'Exode (xx, 5) et du Deutéronome (v, 9).
Rép. — La contradiction est seulement apparente. Moïse, il est vrai, dit que les pères coupables seront punis jusqu'à la quatrième génération, mais il suppose que les enfants imiteront le dérèglement des pères : His qui oderunt me (Deut., v, 9). Or que dit Ézéchiel 1 Que les enfants innocents ne sont point punis pour le crime de leur père, et que, s'ils souffrent, ce n'est point, comme ils le prétendent, parce que « leurs « pères ont mangé le raisin avant qu'il fût mûr et « qu'eux en ont encore les dents agacées (xviii, 2), » mais parce qu'ils ont imité leurs désordres. Il n'y a donc pas de contradiction.
V. Chap. XIX. Sujet. — C'est une élégie sur les enfants de Josias. Ézéchiel prédit, sous une forme allégorique, le malheur de ces deux jeunes princes, dont le premier, Joachaz, tomba entre les mains du roi d'Egypte, et le second, Jéchonias, fut emmené à Babylone par Nabuchodonosor. Il les compare à de jeunes lions tombés dans les filets des chasseurs (l-O) et à une vigne que le Seigneur a arrachée et transportée dans une terre étrangère (10-14).