‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 83 sur 132 · IV · texte numérisé non relu

IV

Oracles postérieurs à la ruine de Jérusalem (xxxin-xLvin)

I. Sujet.— On pourrait intituler celte dernière parlie : Consolations et promesses. Elle est toute messianique. Jérusalem était prise lorsque Ézéchiel la composa. C'est donc une pensée d'espérance qui s'élève sur les ruines de la cité après l'accomplissement des menaces. Cette partie se subdivise en deux sections : Vune (xxxiii-xxxix) promet à Israël le pardon, son rétablissement et la ruine de ses ennemis ; Vatifre (xl-xlviii), décrit le rétablissement du royaume de Dieu et le renouvellement du culte pour l'éternité. 11 est impossible de restreindre ces promesses au peuple juif et de s'arrêter à l'ordre temporel pour en avoir l'intelligence, mais il faut voir sous tous ces symboles les images de l'œuvre que le Messie devra exécuter. Déjà un premier accomplissement s'est fait dans l'Eglise; mais la prophétie en attend un autre plus parfait, à la fin des temps.

A cause de son caractère messianique, nous nous arrêterons sur celte partie et nous en donnerons une exposition aussi courte que possible '.

Promesses (xxxm-xr.xix)

I. — Le chapitre xxxiii forme une sorte d'introduction. Ezéchiel est établi comme une sentinelle chargée d'avertir le peuple. La prise de Jérusalem est annoncée, et le Prophète ajoute que ce n'est pas encore la fin des malheurs, mais que les survivants seront livrés au glaive, aux bêtes et à la peste, malgré les promesses données à leurs pères.

IL — Nous rapportons à quatre chefs la série des oracles qui composent la section des promesses: 1. Réprobation des mauvais pasteurs, à qui Dieu substituera

1 Nous l'empruntons à l'ouvrage de M. Le Hir sur /es Prophètes et au Commen'aire de M. l'abbé Trochon sur Ézéchiel.

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un pasteur unique. C'est le sujet du chapitre xxxiii. Un ordre tout nouveau sera établi, car Dieu prendra lui-même soin de son peuple pour le ramener de l'exil et le nourrir dans la terre d'Israël. Une alliance nouvelle sera contractée, bénie et féconde; le peuple reconnaîtra le Seigneur pour son Dieu. Ces derniers traits avertissent bien que la pensée du prophète voit autre chose qu'une restauration politique. Mais ce qui détermine le sens de tout cet oracle, c'est la promesse du Pasteur que Dieu suscitera. C'est bien le môme personnage qu'avaient signalé déjà Tsaïe (xl, 1 1) et Osée (m, 5), deux siècles auparavant; il portera le nom de David, c'est-à-dire qu'il lui succédera et héritera de sa puissance; il délivrera la terre des bêtes qui l'infectent et sera une source de bénédiction. Les plus explicites prédictions de l'Écriture ne laissent pas de doute sur l'interprétation de cet oracle. C'est le Messie, que la tradition juive elle-même a reconnu, et c'est lui seul dont il puisse être question.

2. Dévastation des peuples idolâtres. Chap. xxxv. — L'Idumée, un des plus opiniâtres ennemis de Juda et qui s'était réjoui de sa ruine, fut à son tour ravagée par le vainqueur de Jérusalem. Ézéchiel prédit cette •uine annoncée déjà au chapitre xxv. Mais comme ies Prophètes avaient accoutumé de représenter l'idolâtrie sous la figure de ces nations jalouses d'Israël, c'est la ruine de la puissance impie qu'il faut voir décrite ici. Après avoir triomphé du judaïsme, le Messie établira aussi son règne sur les ruines des empires persécuteurs.

3. Restauration d'Israël. Chap. xxxvi-xxxvii. — A) A la suite de sa victoire, et pour la compléter, le sauveur d'Israël répandra la bénédiction sur son peuple. Deux merveilles signaleront cette conduite divine : une multiplication étonnante qui couvrira cette terre d'habitants ; une sainteté plus admirable encore qui donnera aux hommes un esprit et un cœur nouveaux, les comblera de richesses et rendra une gloire écla-

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tante au Seigneur. Car tout cela sera fait pour glorifier le nom de Dieu devant les Gentils.

B) Cette prophétie est développée au chap. xxxvii par deux visions symboliques. — a) La première (i-14) est un tableau des plus grandioses que jamais imagination humaine ait conçus. Ézéchiel est transporté dans un champ plein d'ossements arides et, sur l'ordre de Dieu, leur commande de reprendre la vie. Tous aussitôt se rapprochent les uns des autres, se rejoignent, se couvrent de chair, et, sur une nouvelle parole, l'esprit de vie vient les animer. Sous cette figure est représentée la résurrection d'Israël, et c'est, au jugement de la tradition chrétienne, une preuve convaincante que les Juifs croyaient à la résurrection future, et, partant une preuve, au moins indirecte, de ce dogme, car une telle vision n'aurait pas eu de raison si elle n'eût été fondée sur une doctrine certaine*". — b) La seconde vision est celle de deux tiges qu'Ezéchiel rapproche de façon à n'en faire qu'une seule, pour figurer la réunion de Juda et d'Ephraïm en un seul peuple. Il explique ces visions et renouvelle la prédiction de l'alliance sainte, éternelle et féconde avec Dieu.

C) Ce que nous avons dit du caractère messianique de tous ces oracles suffit pour expliquer celui-ci. Toutefois trois observations ne seront pas inutiles : — a) La sanctification intérieure promise au chapitre xxxvi sera produite par l'efl'usion d'une eau pure (> 25); c'est bien la prophétie du baptême chrétien. — h) La résurrection future figurée par la vision des ossements appartient au règne du Messie, et, en outre, le souffle divin que le Prophète voit passer, montre bien qu'il

1 De vacuo similiiudu non compelU, de nullo parabola non convenit, dit Tertullien parlant de cette vision {De Resurr., cap. xxx). Et saint Jérôme : Nuiujuam poneretur simililudo resurreclionis ad restilulionem Israelilici populi significandam, nisi ttaret ipsa resiirrectio et futura crederelur ; quianemo de rébus non exstantibus incerta confirmât. {Comment, in. h. l. Ezech.)

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s'agit non d'une restauration temporelle, mais de l'action du Saint-Esprit dans l'Église, fondée parla résurrection spirituelle des âmes que le péché avait corrompues. — c) Enfin l'histoire des Juifs n'a point manifesté la réalisation de ces prophéties ; si donc elles lui sont particulièrement applicables, cela ne se verra qu'à la fin, lorsque ce peuple ressuscitera à la vraie foi.

4. Destruction finale des derniers ennemis. (Chapitres xxxviii-xxxix.) — L'exposition de la'prophétie contenue en ces deux chapitres est très difficile, parce que l'accomplissement est réservé à l'avenir. Le sujet est la guerre que suscitera Gog, roi de Magog, les ravages dont cet ennemi sera l'auteur et sa destruction par le jugement du Seigneur. Nous nous contenterons de quelques vues générales.

A) Résumé de Voracle. — a) Aux derniers temps, Gog, qui se sera longuement préparé, assemblera une armée immense composée de peuples nombreux, et viendra, des régions septentrionales, sur la terre d'Israël. Tout disparaîtra sous ses pas, mais lui et les siens seront terrassés par le jugement de Dieu, qui déchaînera contre eux les éléments. (Chap.xxxviii). — h) La ruine de Gog sera consommée sur les monts d'Israël; la vallée qui est à l'orient de la mer en tirera célébrité. Il faudra un long temps pour détruire les débris de cette armée et purifier la terre; les oiseaux de proie et les bêtes sauvages se rassasieront des cadavres. Mais à la suite de la victoire le nom de Dieu sera publié par toutes les nations. (Ghap. xxxix.)

B. Explications. — a) L'obscurité de cet oracle provient de deux causes : l'impuissance oh l'on est de distinguer ce qui doit être entendu selon la lettre de ce qui peut être interprété selon le sens symbolique. Plusieurs des noms proposés par le Prophète n'ont pas encore été identifiés avec les peuples connus'. En

' On en retrouve quelques-uns au chapitre x de la Genèse: on a lu (les noms à peu prè> semblables dans les inscriptions babyloniennes : mais ces données ne sont pas assez précises pour que l'on puisse sortir de la conjecture.

vain a-t-on essayé de rapprocher de ces descriptions les guerres de Cambyse, ou celles d'Antiochus, et même les invasions barbares : s'il y a des traits de ressemblance, d'autres points, plus importants, des récits prophétiques ne concordent pas avec ces histoires. Deux choses, en effet, paraissentcertaines littéralement : la marche de l'armée ennemie, venant du fond de l'aquilon et se grossissant des peuples subjugués sur son passage; sa ruine sur la terre d'Israël. Mais l'un de ces deux faits manque aux applications que l'on a cherchées.

b) Saint Jean a cité cette prophétie en son Apocalypse (ch. xx), avec des détails qui ne laissent aucun doute sur l'identité de sa vision avec celle d'Ézéchiel. En outre, il a fixé l'époque de l'accomplissement aux derniers temps de l'Église et du monde, lorsque, après le règne de mille ans, Satan sera déchaîné. Selon lui, cette formidable coalition se fera sous l'impulsion du diable, et Dieu se verra obligé d'intervenir avec sa toute-puissance pour exterminer les impies. Il s'agit donc des temps messianiques et de la lutte suprême de l'Église contre l'ennemi du salut. Ce qui le prouve encore c'est que dans Ézéchiel, comme dans l'Apocalypse, ce combat est suivi d'une expansion merveilleuse de la gloire divine et que les deux prophètes décrivent l'édification définitive et éternelle de la cité céleste et du temple où Dieu remplira les élus de sa béatitude. La seule différence qui existe entre eux, c'est qu'Ézéchiel parle d'un temps de prospérité qui prolongerait encore la durée de l'Église sur la terre, tandis que, selon saint Jean, la ruine de Gog serait immédiatement suivie de la résurrection finale et du jugement qui condamnera les impies et récompensera les justes. Mais on peut lever la difficulté par l'une de ces deux conjectures, qui suffisent : ou que saint Jean résume la prophétie dont il donne seulement les principaux traits, sans tous les détails ; ou que le langage d'Ézéchiel doit être pris au figuré. Quoi qu'il

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en soit, l'événement seul expliquera les deux oracles, et nous sommes certains qu'il les justifiera complètement.

N. IL Le nouveau royame (xl-xlviii).

Nous ne donnerons pas une exposition détaillée de ces neuf chapitres, sur lesquels les interprètes sont loin de s'accorder, vu les obscurités du lani^age symbolique et la difficulté de rapporter les termes de ces descriptions à ceux de notre architecture. Nous ne présenterons donc que des considérations générales.

On subdivise cette section en trois autres : le nouveau temple; le nouveau culte; la nouvelle terre.

I. Description du nouveau temple (xl-xlii). — Il apparaît bâti sur une montagne très élevée, et comme une cité tournée vers le midi. Voici les principales dispositions :

1. Construit sur le modèle du temple de Saloraon, mais avec des proportions plus vastes, il comprenait trois parties essentielles : a) une vaste cour carrée, ou parvis extérieur, environnée d'une haute muraille qui marquait l'enceinte de tout l'édifice. Ce mur était muni surtrois côtés, de portes monumentales qui donnaient accès dans le parvis. — b) En face de chaque porte s'élevait un portique par oti l'on entrait dans la seconde cour, ou parvis inté7-ieur, carrée aussi et fermée par une seconde muraille. Au milieu de ce parvis était placé l'autel des holocaustes. — c) Le temple proprement dit était au fond de cette seconde cour. Il avait son entrée à l'orient, vis-à-vis de l'autel des holocaustes et se composait lui-même de trois autres parties : un vestibule, le saint où se trouvait l'autel des parfums, et le saint des saints. Mais on n'y voyait pas le chandelier à sept branches, ni les pains de proposition, ni l'Arche d'alliance.

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