Parmi les autres dépendances et appartements
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secondaires destinés à compléter le monument et assurer les services, nous mentionnerons seulement : des galeries qui régnaient autour de la première cour et étaient supportées par le grand mur d'enceinte ; des cellules pratiquées dans la hauteur de ce même mur, pour les prêtres et les lévites ; des bâtiments accessoires qui s'appuyaient de chaque côté de la seconde enceinte et servaient soit à la préparatin des sacrifices, soit à la cuisson des victimes immolées^ Toutes ces parties, exécutées sur des dimensions exactement mesurées, étaient assemblées et disposées de façon à former un plan d'une régularité parfaite. Mais il est impossible de se rendre compte de tous les détails, parce que l'on n'est point parvenu à déterminer la valeur des mesures, ni le sens de plusieurs termes, ni la position de plusieurs bâtiments.
II. C onséa^ation du temple^ règles du culte (xliii - xlvi). Cette partie expose les diverses prescriptions données par Dieu pour la consécration du sanctuaire et des autels, et pour la pratique du culte. On y fait connaître les obligations des prêtres, des princes, du peuple et des étrangers ; les rites qui concernent les offrandes ; la célébration des fêtes et les règles des divers sacrifices. Entre toutes ces descriptions nous citerons deux choses : a) La consécration du temple fut opérée par la seule entrée de la gloire divine. Ezéchiel vit le Seigneur s'avancer de la même manière qu'il avait décrite en sa première vision, entrer par la porte orientale et pénétrer jusqu'à l'intérieur du temple, qui fut rempli de sa gloire. En même temps, Dieu promit qu'il habiterait toujours au milieu de son peuple. — b) Aussitôt après l'entrée du Seigneur, la porte orientale fut fermée et ordre donné de ne l'ouvrir plus jamais, parce qu'elle avait été consacrée par le passage du Seigneur. Elle sera fermée pour le prince, qui seul se tiendra près d'elle pour manger devant le Seigneur. De quel prince est-il question ? On ne le saurait dire. Ce n'est pas le grand prêtre,
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puisqu'il n'a aucune part active aux sacrifices. Mais, il est admis au festin qui suit le sacrifice, privilège qu'aucun prince n'avait jusqu'alors possédé. C'est, selon saint Jérôme, le chef du nouveau royaume, le Messie considéré ici dans la seule dignité royale.
III. Bénédiction et partage nouveau de la terre (xlvii, XLViii). C'est ici que se trouve en quelque sorte la clef de l'interprétation pour toute la dernière partie d'Ezéchiel, et la preuve de son caractère messianique. Nous'y remarquons trois choses :
1. Ezéchiel vit une eau limpide surgir du côté droit du temple et s'écouler dans la vallée. Faible ruisseau d'abord, ce cours devint bientôt un fleuve, et, après avoir arrosé la Palestine, il alla se déverser dans la mer Morte, dont il assainit les eaux. Une abondance incroyable de poissons peupla le lac, et sur les rives du fleuve apparurent aussi des arbres chargés de fruits qui renaissaient chaque mois (xlvii, 1-12).
C'est identiquement la même vision que saint Jean a racontée au chapitre xxii de l'Apocalypse. On ne saurait donc l'entendre que selon le sens allégorique; mais ce sens est facile à saisir. Les bénédictions divines avaient été déjà figurées, chez les anciens Prophètes, sous le symbole des eaux qui rafraîchissent la terre et sont envoyées par le Messie (Cfr Isaïe, xiii, 6; XII, 3 ; xliy, 3; Joël, iv, 18). Aussi la tradition chrétienne a-t-elle vu dans ce fleuve une figure de la grâce sacramentelle qui est sortie de l'humanité de Jésus-Christ, vrai temple de Dieu, percée au côté sur la croix. Après avoir sanctifié les premiers disciple> du Sauveur, sur la terre même de Palestine, cette eau salutaire s'est répandue à travers le monde, qu'elle a purifié et fécondé par la puissance de son contact. Partout où elle a coulé elle a porté la vie, la joie, la plénitude sans cesse renaissante de toutes les vertus *.
1 CfrLeHir, Prophètes; Origine du Christianisme, dans ies Elud. bibliq.
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2. La division eWe partage de la Palestine se font sur un plan tout nouveau. Les limites sont plus écartées qu'elles ne l'étaient au temps du premier établissement et qu'elles ne le furent après la captivité. Les douze tribus s'y établiront, il y aura égalité de partage entre elles, aucune ne sera plus avantagée que les autres. La place occupée par chaque tribu ne sera pas la même qu'auparavant ; mais ssjjt seront au nord, cinq au sud, et entre ces deux régions s'étendra un grand espace réservé aux lévites, au prince, à ceux qui auront un service dans la ville. Mais la circonstance la plus remarquable est que les étrangers seront admis à la possession du pays et pourront y habiter, sans que l'on fasse distinction entre eux et les fils d'Abraham (xLVii, 13-XLvni, 29).
Or rien de tout cela ne fut réalisé au retour de la captivité. Trois tribus seulement revinrent, celles qui formaient le royaume de Juda et la tribu de Lévi, avec quelques membres isolés des autres. Jérusalem et son temple ne furent pas plus qu'auparavant, au centre du territoire ; les Juifs, enfin, ne cessèrent pas de haïr les étrangers dont ils subirent les lois, mais qu'ils ne s'associèrent jamais. Il faut donc recourir encore au symbolisme, et voir dans cette description la même terre nouvelle qu'Isaïe avait annoncée déjà, et que saint Jean a vue aussi, l'Eglise qui seule a le sein assez vaste pour contenir tous les fils d'Abraham, c'està-dire la multitude des croyants, où tous les droits sont égaux, où la distribution des grâces et des biens spirituels est faite avec équité, et dont le culte est le centre autour duquel se groupent tous les habitants de ce vaste héritage.
3. Les derniers versets (30-35) présentent la description de la cité sainte. Celle-ci est disposée en carré parfait et munie de douze portes, selon les douze tribus d'Israël ; son nom est le nom même de Dieu Dominas ibidem^ identique, pour la signification, au nom à' Emmanuel, et il exprime la promesse de
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l'alliance indéfectible du Seigneur avec son peuple. C'est par une semblable description que saint Jean a clos ses visions de l'Apocalypse, en y ajoutant plus de détails, et substituant les noms des douze apôtres à ceux des tribus sur les portes de la cité (xxi, 10-27). Une seule diflerence existe : l'apôtre n'a pas vu de temple en la cité, Dieu en tenant lieu. Mais la différence des temps et des lecteurs explique assez ce changement : Ezéchiel devait présenter ses descriptions sous des symboles connus des Juifs, tandis qu'au temps de l'Apocalypse le temple de Jérusalem ne subsistait plus, et les chrétiens, mieux instruits des divins mystères, pouvaient saisir une image plus idéale. Ce sont donc les mêmes choses que les deux prophètes ont vues et prédites ; c'est donc aux temps messianiques et aux félicités éternelles que se termine l'oracle d'Ezéchiel.
ARTICLE III
INSTRUCTIONS ET BEAUTÉS PRINCIPALES DU LIVRE d'ÉZÉCHIEL
8 T*^^ Elude doctrinale
Ce livre renferme des instructions dogmatiques et des instructions morales.
I. — On peut rapporter les premières à Dieu, aux anges et aux hommes.
i° Ezéchiel, dès le début de son livre I donne la plus haute idée de la grandeur et de la puissance de Dieu. Il y a sans doute dans la scène de son inauguration au ministère prophétique moins de simplicité que dans la scène correspondante d'Isaïe (vi). Dieu ne lui apparaît pas, comme au fils d'Amos, dans la majestueuse simplicité d'un roi assis sur son trône au milieu de sa cour et adoré par des séraphins, qui, voilés de leurs ailes, s'inclinent à ses pieds dans le sentiment
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d'une amoureuse frayeur. Il le voit comme un monarque irrité contre ses sujets, et s'avançant dans un appareil terrible, monté sur son char, pour punir les rebelles. Cette vision offre au premier abord quelque chose d'étrange. Mais quand on l'a bien comprise et qu'on se la représente ; quand on voit ce char mystérieux dont les roues d'une effrayante hauteur brillent comme la topaze, et qui est emporté à travers les airs par des coursiers ailés aux formes les plus extraordinaires ; quand on entend le bruit de leur vol, semblable au mugissement de la mer en courroux ou au vaste murmure d'une armée qui s'ébranle; quand enfin les yeux aperçoivent celui qui est assis sur ce char, le visage éblouissant de lumière et le front ceint d'un arcen-ciel, on est épouvanté de tant de grandeur, et l'on tombe ^ genoux, avec le Prophète, la face contre terre, aux pieds du Très-Haut, écoutant dans le silence de l'adoration la voix redoutable qui se fait entendre.
2° Ézéchiel ne parle pas seulement des anges, mais il les représente comme les créatures les plus parfaites. Leur taille est haute et majestueuse ; leurs pieds, agiles et mobiles en tous sens, sont plus brillants que l'airain poli; ils ont l'intelligence de l'homme, la vélocité de Taigle, le courage du lion et la force du bœuf I.
3° Un plus grand nombre de vérités dogmatiques se rapportent à l'homme, savoir : a) La distinction de l'âme et du corps(xxxvii, 5, 6, 10) : le corps n'a pas en lui la vie ; c'est l'âme, c'est l'esprit, qui, venu du dehors, la lui communique. — b) Le dogme de la justification, tel que l'Eglise l'enseigne (xxxvi, 25, 26). — c) L'efficacité de la grâce (y 27). — d) La reviviscence des mérites (xviii, 21, 22).
n. Instructions morales. — 1" H y a les plus grands rapports entre Ézéchiel et le prOtre catholique. C'est Dieu qui nous envoie, comme il envoya son Prophète ; et notre tâche, hélas ! n'est pas moins laborieuse ; nous n'avons pas affaire à un peuple moins ingrat, moins
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endurci, moins éhonté(iii, 4-10). La môme responsabilité nous incombe (17-:21). Imitons donc Ézéchiel, et, nous aussi, apportons au service de Dieu la docilité d'un enfant et le courage d'un héros. Les pasteurs des âmes apprendront de lui ce qu'ils ont à craindre ou à espérer de la négligence ou du zèle qu'ils mettent soit à instruire les ignorants, soit à soutenir ceux qui chancellent, soit à ramener ceux qui s'égarent, soit à conduire dans de gras pâturages les agneaux et les brebis (xxxiii, 1-9; xxxiv, 1-31). Malheur à ceux qui, par un inconcevable abus de l'autorité, font servir à la perte des âmes la puissance qu'ils n'ont reçue que pour les sauver!
2" Plusieurs orateurs chrétiens ont trouvé dans les prophéties d'Ezéchiel la matière d'utiles instructions, liossuet n'a eu souvent qu'à le traduire pour être sublime. Lisez, par exemple, ses Élévations sur les mystères *. Mgr Pie -, dans son discours pour la solennité de la réconciliation de l'église de Sainte-Foy, à Chartres, y a puisé le sujet d'une belle application. « Ah ! « s'écrie-t-il au souvenir des profanations commises « dans ce sanctuaire, la pudique vierge d'Agen avait « versé son sang plutôt que de sacrifier sur les autels « d'une divinité impure. Le démon a pris ici sur cette « modestie virginale une longue et cruelle revanche. « Percez, percez ces murs : Fude parietein (Ezech., viii, « 8); puis regardez, ou plutôt, cachez votre face dans « vos mains pour ne pas voir ce qui se passe entre le « vestibule et l'autel. Grand Dieu ! les anges de votre « sanctuaire se sont enfuis, les yeux mouillés de lar- « mes amères (Is., xxxni, 7). Pendant soixante ans et « plus, l'abomination de la désolation prédite par le « Prophète est en permanence dans le lieu saint. »
' Première semaine.
- Œuvres, t. III, p. 512,
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Étude littéraire
Avant de parler du mérite littéraire d'Ezéchiel, disons un mot de ses défauts.
Eicchorn * lui reproche « d'amplifier trop les images « qu'il emploie, en les poussant jusque dans les « moindres détails, et de tomber dans un merveilleux « outré et dans le gigantesque. » Le dernier reproche est moins mérité ; car ce merveilleux qualifié d'outré est tout à fait dans le goût des Orientaux. Ezéchiel est moins simple et moins grand, en somme moins beau, qu'Isaïe. Sa diction, qui, dit Lowth ^, aime à se revêtir des hideuses couleurs des vices qu'il censure, porte rarement dans l'âme le sentiment du sublime. Il l'emporte cependant sur Jérémie : aussi fécond, il est plus original, plus saisissant, plus dramatique.
Malgré ses défauts, « Ezéchiel, continue Eicchorn ^, (( est et sera toujours un grand poète, un génie ori- « ginal ; et ceux qui ne se le figureraient que comme « un simple imitateur de ses devanciers n'auraient « nullement saisi son véritable caractère. On ne doit « le comparer, en général, ni à Isaïe ni aux autres « anciens Prophètes. Ceux-ci sont grands; Ezéchiel « l'est aussi, mais chacun l'est à sa manière. »
Cet écrivain a pour caractères distinctifs : 1° L'abondance du style. Son génie fécond tourne et retourne la même pensée sous toutes ses faces, pour la faire entrer plus avant dans l'âme. On dirait qu'il se complaît à étaler aux yeux du lecteur les richesses de son imagination ; et s'il multiplie quelquefois jusqu'à l'excès les ornements, ce défaut môme oblige à admirer les ressources infinies de l'esprit qui les produit. Comparez, par exemple, le chapitre xxxix avec un
«Cfr M. Glaire. lutrod., t. IV, p. 231. 2 Poés. sacr. des Héhr., leç. xxi.
» Ciié par M. Glaire, lue. cit.
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passage d'Isaïe (xxxiv, 5, 6j où les mêmes images sont employées pour exprimer des idées à peu près semblables. Comparez encore la prophétie d'Ézéchiel contre Tyr (xxvii-xxix) avec celle d'Isaïe (xxiii).
2° L'énergie, la véhémence et je ne sais quoi de terrible dans l'expression. Il est impossible de s'élever avec plus de vigueur contre les désordres et les prévarications des impies. C'est alors, dit Lowth ', qu'Ézéchiel est « sœvus, trucule7itus, atrox ». Voyez le chapitre VII. « On ne sait où le Prophète va chercher ses (i sombres images, et l'on croit entendre, à chaque « parule qui tombe de ses lèvres, les sons lugubres « de la trompette guerrière ou les battements d'ailes « des vautours qui volent au carnage -. » Avec quel emportement lyrique il jette aux faux prophètes sa colère et son indignation (xiii) I « Sa manière, dit " MgrPlantier ^ est habituellement austère quand elle « n'est pas terrible. S'il lait des comparaisons, il em- (( prunte leur objet à ce que la nature peut offrir de (1 plus sauvage. S'il esquisse des allégories, elles pource ront être solennelles ; mais les emblèmes dont elles « se composeront, à certains aspects majestueux, « réuniront toujours d'effrayants caractères, et « comme ils vous étonneront ils vous feront frémir. « S'il crée des situations ou décrit quelques drames, « il ne veut jamais que le ciel sous lequel il prend son « point de vue soit pur et sans nuage ; il faut que des « vapeurs l'obscurcissent, que des feux sinistres le « sillonnent, que des foudres l'ébranlent; plus l'at- (( mosphère est orageuse et noire, plus son àme jouit, « et parmi nos poètes sacrés, si l'on pouvait se perte mettre ce parallèle, il est ce que Shakespeare et K Milton me semblent être parmi les poètes pro- « fanes. »
3° L'emploi fréquent du langage symbolique. Ézé-
' Loc. cit.
2 L'aljljé Vuillaume, la Bible et lOrient, p. 213.
» Étude tUtér., l. II, p. 24.
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chiel affectionne ce genre d'éloquence si apprécié des anciens et en particulier des Orientaux *. Nous en faisons beaucoup moins usage. En sommes-nous plus éloquents, plus poètes - ? « Les fictions de l'Orient sont (( des perles, dit Herder ^ ; je donnerais dix savantes (( dissertations, dix narrations modernes pour un seul « apologue de l'Orient ! »
4° Enfin la majesté et la grandeur des conceptions. Citons seulement un exemple. C'est la scène incomparable où il a décrit la restauration de la nation juive sous l'imposant tableau de la résurrection des morts. Pour en apprécier la grandeur, il suffit de rapprocher un texte d'isaïe (xxvi, 19) oii ce Prophète, pour exprimer la même idée, se contente d'une simple comparaison.