‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 85 sur 132 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Daniel

ARTICLE I

Notice sur la vie et les écrits de Daniel.

i. Notice biographique. — Daniel descendait des rois de Juda (i, 3). Il fut emmené très jeune à Babylone par Nabuchodonosor, la quatrième année du règne de Joakim, la première de la captivité, l'an 606 avant Jésus-Christ. Il avait alors dix ou douze ans.

Le roi d'Assyrie le fit élever à sa cour avec les jeunes seigneurs du palais, où il devint très versé dans la connaissance de la langue et de la science des Chaldéens. Dieu lui accorda le don d'expliquer les vi-

1 Cfr Darras, foc. cit., p. 419.

2 Cfr Salgues, Liltér. des Hébr., p. 231.

3 La Bible et l'Or., p. 220.

siens et les songes, de découvrir les choses les plus cachées et de prédire l'avenir.

La sagesse du jeune captif se révéla pour la première fois dans la cause de la chaste Suzanne (xiii). L'explication qu'il donna ensuite à Nabuchodonosor d'un songe où ce prince avait vu une énorme statue, composée de quatre métaux différents, renversée et mise en pièces par une pierre détachée d'une montagne, acheva de le mettre en honneur à la cour parmi les savants. Nabuchodonosor le combla de dignités, le nomma gouverneur de toutes les provinces, et l'établit chef des sages et des devins. Il y avait deux ans que ce prince régnait seul (ii, 1), et il y en avait quatre que son père l'avait associé à l'empire.

Evilmérodac continua d'honorer Daniel. On rapporte en effet au règne de ce prince l'histoire de Bel et du dragon (xiv) *. L'homme de Dieu ne jouit cependant pas toujours, auprès des successeurs de Nabuchodonosor, de la faveur que ce roi lui avait accordée. Il fut un instant si oublié, que Balthazar, le fils ou petit-fils de Nabuchodonosor, n'en avait, ce semble, jamais entendu parler (v, 10-17). Satisfait, il est vrai, de l'interprétation qu'il lui avait demandée, et fidèle à sa promesse, ce prince le fit revêtir de la pourpre, et lui assigna le troisième rang dans l'empire. Mais cette nuit-là môme Balthazar fut tué et son royaume passa à Darius le Mède.

Les années qui suivirent la ruine de Babyîone furent marquées, pour Daniel, par des révélations importantes. Dieu lui montra la suite des quatre monarchies qui devaient préparer la voie au Messie et à son règne; il lui fit .connaître aussi les destinées de l'Eglise, ses persécutions, et aussi quelques traits de l'histoire du peuple juif après son retour en Palestine.

Sous Darius le Mède, Daniel fut l'un des trois mi-

1 Cfr Rohrbacher, IJUl. de VÈgl., t. III, p. 40; et M. Darraa, HUl. de l'E(jl., t. III, p. 401-407.

300 COURS d'écriture sainte

nistres auxquels les gouverneurs des cent vingt provinces de lempire devaient rendre compte de leur administration. Une si haute fortune lui attira la haine des courtisans, et ils mirent tout en œuvre pour le perdre. Etant parvenus à arracher à Darius un édit par lequel il était défendu de rien demander, pendant trente jours, à un homme ou à un dieu, excepté au roi, et ayant surpris Daniel priant le Seigneur comme à l'ordinaire, ils le firent jeter dans la fosse aux lions. Mais il en sortit, le lendemain, sain et sauf; et sa puissance alla croissant (vi~*. Sur la fin de cette même année, la première de Darius et la soixante-neuvième de l'exil d'Israël, Daniel, voyant que les soixante-dix ans de la captivité étaient sur le point de s'accomplir, pria Dieu de se souvenir de ses promesses, de relever les murs de Jérusalem, de rebâtir le temple, et de ramener dans leur patrie les tribus dispersées. Il priait encore, quand l'ange Gabriel vint lui annoncer de la part de Dieu une délivrance beaucoup plus importante, celle de la servitude du péché, et en détermina l'époque avec une clarté et une précision qui font le désespoir du juif et de l'incrédule (ix).

Daniel ne paraît pas avoir été traité avec moins de distinction par Cyrus, et il ne fut probablement pas étranger à ledit que ce prince publia, l'an 536, pour rendre la liberté aux Juifs.

Les dernières années du Prophète furent empoisonnées par la douleur qu'il ressentit sans doute en apprenant les obstacles suscités aux Juifs nouvellement revenus de l'exil. Ces fâcheuses nouvelles le jetèrent dans une tristesse mortelle, la troisième année du règne de Cyrus. Il s'imposa à la même époque un jeûne de trois semaines, au bout desquelles Dieu lui révéla la future destinée des Perses, celle de l'empire des Grecs, et les grandes épreuves du peuple choisi, avec un lointain regard sur la ^fin du monde (x-xii).

I>fTRODUCTION PARTICULIÈRE A DANIEL 301

Daniel mourut peu de temps après, dans un âge avancé. En supposant qu'il eût dix ans lorsqu'il fut emmené à Babylone, il devait en avoir alors plus de quatre-vingts. On ne sait, d'une manière certaine, ni le temps ni le lieu de sa mort. Le faux Epiphane dit qu'il finit ses jours à Babylone, et Benjamin de Tudèie écrit qu'on lui montra son tombeau à Chuzestan, autrefois Suse.

Nuta. Nous avons évité dans cette notice les difficultés que présente la conciliation de l'histoire de Daniel avec les histoires profanes. Elles trouveront plus naturellement place ailleurs '.

II. Division, texte original et versions de ce livre. — Le livre de Daniel renferme dans la Vulgate quatorze chapitres. Il se compose de deux parties : une partie prolocanonique et une autre deutérocanonique.

La seconde partie est beaucoup moins considérable que la première. Elle contient seulement l'histoire de Suzanne (xiii), l'histoire de Bel et du Dragon (xiv), et le cantique des trois enfants dans la fournaise (m, 23- 90). — L'original en est perdu. Nous la possédons seulement en grec et en latin,

La partie /jrotocanomque se divise en deux parties. La première raconte l'histoire de la jeunesse de Daniel et des événements auxquels il prit part à Babylone sous les règnes de Nabuchodonosor, de Balthazar et de Darius le Mède (i-vi). La seconde contient le récit de ses visions (vii-xii). Cette partie est écrite moitié en hébreu (i-ii, 3, viii-xii) et moitié en chaldéen ou araméen (ii, 4-vii, 28),

La version latine de la Vulgate est l'œuvre de saint Jérôme. Il l'a faite sur l'original et il s'est servi de la version grecque de Théodolion pour traduire la partie deutérocanonique. Théodolion était ébionite, mais sa traduction de Daniel était Ildèle et plus correcte que celle des Septante où il s'était glissé un certain

3 (fr Korhbacher, Hitt. de l'Église, t. III, liv. IX ; Ann. de pkil., t. XVI el XIX.

nombre d'inexactitudes, et elle avait été adoptée par l'Église K

III. Ord7'e et disposition du livre. — Sans parler de la partie deutérocanonique, les chapitres dont se compose la ]^8irtie protoca7ionique ne sont certainement pas disposés aujourd'hui dans Tordre chronologique. Cet ordre a-t-il existé? et, s'il a existé, pourquoi a-t-il été troublé ? Toutes questions auxquelles il est difficile de répondre et sur lesquelles on n'a que des conjectures ^ Quoi qu'il en soit, pour favoriser l'intelligence de ce livre, voici comment il nous semble qu'on pourrait en disposer les chapitres suivant l'ordre chronologique : I, XIII, II, III, IV, XIV, VII, VIII, V, VI, IX, X,

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