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Saint Hippolyte de Porto* attribue expressément l'histoire de Suzanne à Daniel ; et Origène - en a défendu directement l'authenticité contre Jules Africain.
On nous oppose saint Jérôme. Il paraît, il est vrai, peu favorable à l'autorité de ces fragments. Il leur était cependant beaucoup moins hostile qu'on ne le prétend. En effet, il reconnaît qu'on les lisait dans toutes les églises du monde : « Quas nos, quia in toto « o?'6e dispersœ suni, veru anteposito subjecmius ^ ; » et :"l reproche à Rufin de l'avoir accusé de rejeter l'histoire de Suzanne, alléguant pour sa justification qu'il s'était contenté de rapporter, sans l'approuver, le sentiment des Juifs : « Non enim quid ipse sentirem, dit-il *, sed « quid illi contra nos dicere soleant explicavi. Quorum « opinioni sinon respondi in prologo brevitati studens ne (( non pjrœfationem sed librum videy^er scribere. » S'il donne à ces fragments le nom de fables, ce n'est point dans le sens "ordinaire de ce mot, pour désigner un conte fait à plaisir ; il le prend comme synonyme d'his toire qui amuse et qui récrée. Cette signification du mot latin fabula n'est pas particulière à ce Père : .on la trouve dans les auteurs classiques ^
3° Par r autorité des Juifs, c'est-à-dire des Juifs hellénistes. Ils étaient plus nombreux et plus instruits que ceux de Palestine. Or ils lisaient ces fragments dans leurs synagogues sous le nom de Daniel, longtemps avant Jésus-Christ. C'est pour leur usage qu'on les avait traduits en grec. Us les regardaient donc comme authentiques.
D'où vient alors que ces fragments ne se trouvent pas dans les Bibles hébraïques et que l'historien Josèphe n'en parle pas? « Il est très possible, dit Jans-
1 S. Hipp., in Suzann,; Migne, Pair, gr., t. X. col. 691. - Epist. ad Afric, n. 7-9.
ï Prœf. transi, in Dan.
* ^dy. iîu/-.,lib. II.
s L'objection tirée de l'autorité de S. Jérôme est parfaitement résolue par le P. Delattre, loc. cit., avril et août 187S.
« sens ', ou que la collection des écrits de Daniel n'ait « pas été complète quand la synagogue les inséra <( dans son Canon, ou que la synagogue elle-même « ait abrégé cette collection pour la rendre d'un usage « plus commode. Dans cette hypothèse, ces frag- « ments, un instant égarés, ne se seraient retrouvés « qu'après la clôture du Canon, ou ces Bibles ne re- « présenteraient que l'édition abrégée des œuvres de « Daniel. L'édition complète serait surtout restée en- « tre les mains des Juifs qui habitaient hors de la (( Palestine. » Les preuves positives de l'authenticité de ces fragments autorisent ces suppositions. Le silence de Josèphe embarrasse moins encore ; car cet historien a omis de parler de plusieurs faits importants certainement authentiques, par exemple, de l'histoire de l'adoration du veau d'or, et des suites de ce crime.
4° Enfin pa?' les cai-actères intrinsèques d'authenticité. Le caractère littéraire du texte grec indique plutôt un original hébreu ou chaldéen qu'il ne répugne à cette hypothèse ; et la version de Théodotion, si différente de celle des Septante, a dû être faite, ou du moins retouchée, sur un exemplaire du texte original. Il reste même un fragment hébreu de l'histoire de Suzanne dans les récits des Juifs relativement plus modernes '\ Les détails minutieux des chapitres xiii et xiv décèlent un auteur contemporain ■-. Enfin le cantique des Trois Enfants comble une lacune qui, sans lui, existerait entre le verset 23 et le verset 2't du chapitre m dans le texte chaldéen *.
On objecte la paronomase ou le jeu de mots du texte grec (xiii, 54-59) et l'inscription des Septante qui attribue l'histoire de Bel et du dragon à Habacuc. Mais
• Herm. taer., n. 375.
2CfrT.-J. Lamy, Introd., t. II, p. 174;M. Gilly, Préc. d'inlr., t. III, p. i48, elle P, Delaltre, loc c»(,, août 1878. ^ Cfr le P. Delattre, loc. cit., octobre 1S73,
* Cfr Lamy, loe. cit., et M. Glaire, Introd., t, III, p. 3ic.
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a) ce jeu de mots pouvait se trouver dans l'original*. Ces paronomases, dit Delitzsch, sont très faciles dans les langues sémitiques, et il y en a une semblable' dans la version arabe. Ce jeu de mots pourrait être aussi une addition du traducteur grec-. — b) L'inscription des Septante est une de ces nombreuses altérations qui, dès les premiers siècles, firent abandonner cette version pour prendre celle de Théodotion. Un copiste ignorant ou distrait aura probablement attribué cette histoire à Habacuc à cause de la mention de ce Prophète (xiv, 32, 38).
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