Deuxième partie (ch. vii-xii
Dans cette partie sont racontées les Visions dont Dieu favorisa Daniel. Chronologiquement, ces visions eurent lieu soit avant, soit après la ruine de Babylone; mais elles ont été réunies ensemble à cause de l'unité de leur objet et parce qu'elles forment la partie prophétique du livre. Elles sont au nombre de quatre : les quatre bêtes, le bélier et le bouc, les soixante-dix semaines, les anges.
N" I. Vision des quatre bêtes (vu).
I. Sujet. — Elle se compose de deux parties : la vision même et son explication.
1. La vision (1-15). On y dislingue deux phases : l'apparition des quatre bêtes (1-8); celle du règne divin (9-15).
A. Les quatre bêtes. C'étaient : une liontie ayant des
< Cfr Darras, loe. c>t.
ailes d'aigle qui lui furent ensuite arrachées ; un ours dont la mâchoire portait un triple rang de dents ; un léopard ayuni quatre têtes et quatre ailes déployées ; puis un quatrième animal qui n'est point nommé ni décrit, mais qui ne ressemblait à aucun autre. De ses dents de fer il déchirait tout et ses pieds achevaient de broyer les restes. Son Iront était armé de dix cornes au milieu desquelles il en surgit une onzième garnie d'yeux, proférant des blasphèmes et devant laquelle trois des premières disparurent.
B. A la suite de cette vision, le Prophète aperçut le Seigneur assis sur un trône étincelant, au milieu de sa cour céleste, et vit les bêtes dépouillées de leur puissance, et la quatrième mise en pièces. En môme temps le Fils de l'homme s'avança et reçut de Dieu la plénitude de la domination avec un pouvoir éternel sur tous les peuples.
2. Explication (16-28). Daniel apprit d'un ange que les quatre bêtes figuraient quatre empires auxquels succéderait la royauté éternelle de Dieu et des saints. Le quatrième serait plus puissant que les autres et posséderait tout l'univers ; les dix cornes figuraient autant de rois après lesquels s'en élèverait un autre plus puissant qui humilierait trois de ces princes et ferait la guerre aux saints , mais serait à son tour détruit pour toujours.
II. Objet. {. — Sous ces symboles la tradition a constamment reconnu les empires qui ont précédé lavènement de Jésus-Christ et l'établissement de l'Eglise. L'empire grec, en particulier, fondé par Alexandre, mais partagé aussitôt après la mort du conquérant, €st justement représenté par le léopard aux quatre têtes et aux quatre ailes. Seule, l'interprétation du <iuatrième symbole a causé quelque embarras. Selon l'opinion plus commune, il s'agit de la puissance romaine qui, royauté d'abord, puis république, et finalement empire despotique, formée, en son intérieur, par l'assemblage d'éléments assez hétérogènes, tels que
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le patriciat et la plèbe, n'a rien eu de commun avec les autres puissances, mais a trouvé dans sa constitution et dans l'énergie de son caractère une force étonnante pour dompter tous les peuples. Les rois figurés par les dix cornes seraient les monarchies barbares qui au vi^ et au vii'= siècle, se partagèrent le sol de l'empire romain, dans l'Europe occidentale et en Afrique. Quant à la petite corne, elle aurait figuré l'empire mahométan, ennemi naturel du nom chrétien, qui renversa trois autres empires, ceux d'Egypte, de Perse et de Constantinople. Mais après avoir épouvanté les nations chrétiennes, il s'est affaibli et disparaîtra aussi devant la puissance divine. Ces expositions sont assez incertaines, parce que les événements n'ont pas encore accompli toute la prophétie. Mais ce que l'histoire en a déjà constaté suffit pour justifier la véracité du Prophète.
2. Quelle que soit la justesse de ces applications, il y a dans cette vision un objet principal que la tradition juive et la tradition chrétienne ont unanimement reconnu, le règne messianique'. Le Fils de l'homme est le Roi-Messie attendu par Israël, et qui étendra sa domination sur le monde entier. Les rationalistes eux-mêmes ne peuvent s'empêcher de le reconnaître-. C'est donc la lutte de l'Eglise contre la puissance mahométane, particulièrement contre l'Antéchrist, que Daniel a vue et décrite'"'.
N° II. Vision du bélier et du bouc (vin).
1 gyjet.— Elle eut lieu deux ans après la première, la troisième année du règne de Balthazar. Daniel était alors à Suse, sur les bords du fleuve Oulaï, aujourd'hui Kcrah. Ce chapitre peut se diviser en deux
1 Cfr Cahen, Bïbk, l. XVII, 1. 1.
2 Cfr A. Réville, Hevue des Deux Mondes. 1" cet. 1863, p. 607. ■i Cfr D. Galmet, Rorhbacher, Darras ; Lambilly, Eglise et
Prophètes, t. I, p. 4G-6I, 35G-380.
parties : la vision elle-même (1-14) et son explication par l'archange Gabriel (15-27).
i. La vision. Un bélier apparut qui frappait de ses cornes aux côtés de l'aquilon, de l'occident et du midi avec une puissance irrésistible. Mais bientôt survint un bouc qui terrassa le bélier et grandit extraordinairement. Une corne de ce bouc s'étant rompue, quatre autres surgirent, et de l'une de celles-ci sortit une cinquième dont la puissance s'éleva contre le Seigneur et son culte,
2. Explication. Cette prophétie complète celle de la troisième bête vue en la vision précédente. Le bélier symbolisait l'empire' des Perses ; le bouc, l'empire d'Alexandre fractionné en quatre monarchies. Dans la cinquième corne il est impossible de méconnaître le roi Anliochus qui causa tant de maux aux Juifs et à leur religion. La durée de cette persécution est même exactement déterminée et fixée à 2300 jours ou six ans et demi. Mais le persécuteur était aussi une figure de l'Antéchrist, et c'est jusqu'à ce dernier ennemi que se porta le regard du Prophète ; c'est là qu'il convient de s'arrèler pour avoir l'intelligence complète de ses paroles. Aussi le caractère messianique de cette vision est avoué par les Juifs et même par les rationalistes'.
IL Objection. — Quand Daniel eut cette vision, il était à Suse, dans le pays d'Élam, et travaillait aux affaires du roi {f 4, 2, 27). Or, dit-on, le pays d'Elam n'appartenait pointalorsau roideBabylone (Is.,.\xi, 2).
Rép. — a) II n'est pas certain que le pays d'Élam n'appartenait pas déjà aux rois de Babylone. Rosenmiiller* soutient qu'il fut réuni par Nabuchodonosor à la monarchie babylonienne. Jérémie l'avait prédit (xLix, 34), et Ézéchiel constate l'accomplissement de la prophétie lorsqu'il nomme expressément Élam parmi les royaumes que Nabuchodonosor avait conquis
' Cfr Cahen, loe. cil.
•2 Antiq. bibl., (, 309.
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(xxxii, 24). — b] Dans tous les cas, on ne peut rien conclure du texte d'Isaïe (xxi, 2). Il prouve tout au plus que, au moment de la prise de Babylone, le pays d'Élam avait secoué le joug des Babyloniens et s'était uni contre eux avec les Perses. — c) Enfin, suivant plusieurs auteurs, Daniel n'avait point quitté Babylone et avait été seulement transporté en esprit à Suse, la future capitale de l'empire contre lequel il allait prophétiser '.
N° III. Les 70 semaines et les anges (ix-xn).
1. — Nous mentionnons simplement la vision renfermée dans le chapitre ix. C'est la célèbre prophétie des Soixante-dix semaines. Elle date de la première année de Darius. On en connaît l'objet, et elle est discutée dans le Traité de la vraie Religion. Elle a deux parties : la première qui en fut l'occasion (1-19), et la prophétie même (20-27). Les Juifs et presque tous les rationalistes conviennent qu'elle se rapporte au Messie.
H. — La quatrième vision est contenue dans les trois autres chapitres (x-xii).
1 . Le chapitre x est comme la mise en scène, et sert d'introduction. Il fait connaître le lieu, l'époque et les autres circonstances de la vision. Daniel était sur les bords du Tigre, la troisième année du règne de Cyrus, le vingt-quatrième jour du premier mois, et il y avait trois semaines qu'il s'élait imposé un jeûne rigoureux. Un ange lui apparut, qui eut à lutter, avec saint Michel, contre l'ange des Perses et contre celui des Grecs. C'était, croit-on, Gabriel, l'ange de la délivrance, de la Rédemption. On suppose que l'ange des Perses et celui des Grecs voulaient retenir au milieu des peuples dont ils étaient les protecteurs les Juifs ou au moins une partie d'entre eux, et qu'il fallut
' Cfr M. Glaire, Liv. saints veng., t. II, p. 221.
toute la puissance de Gabriel et de saint Michel pour délivrer Israël.
2. Le corps de la prophétie est contenu dans les chapitres xi, xii et comprend cinq choses : A. la succession des rois de Perse et le démembrenaent de l'empire d'Alexandre (1-9). On peut même observer la précision des détails sur l'époque des Lagides en Egypte et des Séleucides en Syrie. Une seule question présente quelque difficulté, touchant le quatrième roi de Perse qui animera les peuples contre les Grecs. On y a reconnu Xerxès : mais comme ce prince fut le cinquième successeur de Darius le Mède, quelques interprètes ont pensé qu'il faudrait lire Cyrus au lieu de Darius, et cette solution est motivée par la date assignée à la prophétie des 70 semaines, laquelle eut lieu au temps de Cyrus et fut aussi antérieure à celle qui nous occupe'. D'autres ont vu dans ce quatrième roi Darius qui fit la première expédition contre les Grecs.
H. Histoire d'Antiochus et ses guerres contre l'Egypte (10-49). Les alternatives de succès et de revers qui marquèrent le règne de ce prince, ses projets ambitieux mais inutiles, les défaites infligées par Philippe, roi de Macédoine, puis par les Romains, tout est clairement indiqué.
C. Règne d'Antiochus Epiphane, ses guerres contre l'Kgypte et ses persécutions contre les Juifs (20-39). C'est la môme clarté, la môme précision que l'on peut constater en lisant l'histoire. Nous observerons seulement que les conquêtes des Romains sont expressément annoncées à une époque où ce peuple, à peine maître de quelques cantons en Italie, était inconnu en Orient.
D.La fin du chapitre xf (40-40) n'est qu'une récapitulation des luttes entre Anliochuset l'Egypte, et une transition au chapitre suivant.
' Cfr Darras, /. c, p. 457.
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E. Chap. XII. — Ce chapitre qui clôt les prophéties de Daniel, est une vision de la fin des temps. La persécution d'Antiochus a rappelé au Prophète celle de l'Antéchrist : c'est donc par une transition toute naturelle que le discours passe de l'une à l'autre. Mais comme il s'agit d'événements cachés encore dans les secrets de l'avenir, l'explication du langage prophétique est très difficile. Trois choses seulement sont clairement marquées : la conversion du peuple juif en ce dernier âge ; la résurrection des hommes bons et méchants ; la courte durée de la persécution finale, fixée à 1290 jours ou trois ans et demi. Une simple lecture montre la conformité parfaite de cette prophétie avec celle de l'Apocalypse, et, par conséquent, l'identité d'objet.