III. Etude littéraire. — On sent dans Daniel l'influence
' Cfr Tiriii, in U. lue.
de la captivité sur la littérature hébraïque ; le parallélisme a disparu, le coloris est moins brillant, les allures de l'écrivain sont moins vives. Ce livre renferme cependant de grandes beautés. Le style est simple, noble, et se distingue souvent par une grande vigueur de pensée et d'expression.
1° Il y a de belles narrations. Par exemple : l'histoire de Suzanne fxiiii. Elle est pleine de charme, et nous reporte aux admirables récits de la Genèse et des Juges. Les histoires de Bel et du dragon (xivj sont racontées avec beaucoup d'intérêt et de simplicité. Mais rien n'est plus émouvant que le récit de Daniel jeté dans la fosse aux lions (vi).
-2° On y trouve des scènes pleines de grandeur. Témoin celle où Daniel explique à Nabuchodonosor le songe qui l'a troublé, et lui prédit en face qu'il habitera parmi les bêtes fauves, devenu semblable à elles, le lendemain du jour où ses sujets l'auront adoré comme Dieu (iv, 1-23). Un simple captif annonçant une transformation aussi terrible au monarque le plus puissant etle plusredouté de l'univers, n'est-ce pas un spectacle inouï dans les fastes des autres peuples * ? — Que dire du festin de Balthazar (v, 1-31)? « Lisez « Daniel dénonçant à Balthazar la vengeance de Dieu « prête à fondre sur lui, dit Fénelon-, et cherchez « dans les plus sublimes originaux de l'antiquité « quelque chose que l'on puisse comparer à ces en- « droits-là! » « Je ne crois pas que jamais, ajoute « Mgr- Plantier', plus alarmante surprise ait été ra- « contée d'un ton plus magnifique. »
3" Plusieurs tableaux rappellent la touche des anciens Prophètes. Nous en avons déjà vu des exemples (v, 1-6, vu, U, 10)*. Telle est encore la description des conquêtes d'Alexandre, qui, sous la figure d'un bouc,
».Cfr Mgr Plantier, Elad. Un., t. II, p. lOG.
^ Duilog. tur l'éloq.
ï L'ic. cit.
* Cfr M. Laurens, More, clioit., p. 103.
342 COURS d'écriture sainte
terrasse un bélier, symbole de l'empire des Perses et des Mèdes (viii, 5-7). Ecoutons Bossuet ^ : « Quel autre « a pu former un Alexandre, s'écrie-t-il, si ce n'est « ce même Dieu qui en a fait voir de si loin, et par des « figures si vives, l'ardeur indomptable à son prophète « Daniel ? Le voyez-vous ce conquérant, dit-il, avec « quelle rapidité il s'élève de l'Occident comme par « bonds et ne touche pas à la terre! Semblable, dans (( ses sauts hardis, dans sa légère démarche, à ces « animaux bondissants et vigoureux, il ne s'avance « que par vives et impétueuses saillies ; il n'est arrêté (( ni par montagnes, ni par précipices. Déjà le roi de « Perse est entre ses mains. A sa vue, il s'est animé, « efferatus est in eum, dit le Prophète, il l'abat et le « foule aux pieds, nul ne le peut défendre des coups « qu'il lui porte, ni lui arracher sa proie. »
4° Parmi les prières, on remarquera celle d'Azarias ou des trois enfants dans la fournaise (m, 25-50) et celle de Daniel (ix, 4-19). La prière de Daniel surtout est fort belle. Elle est humble : les expressions semblent manquer au Prophète pour confesser ses péchés. Elle est insinuante : il compte uniquement sur la miséricorde de Dieu. Elle est pressante : « Seigneur, « écoute! Seigneur, pardonne! Seigneur, prête l'oreille « et, au nom de ta propre gloire, hâte-toi (^19)! » Comment Dieu ne se fùt-il pas laissé toucher?
5° Le cantique des enfants dans la fournaise (m, 51- 90) est la seule pièce de poésie contenue dans ce livre. 11 esta deux chœurs, dont le second répète continuellement le même refrain : « Laudale et superexaltate eum in sppcula. » C'est un hymne de reconnaissance où toutes les créatures sont invitées à louer le Seigneur. L'Église nous le fait réciter chaque jour à Laudes ; et elle n'a trouvé rien de plus beau à placer sur les lèvres du prêtre lorsqu'il descend de l'autel où, au nom de toutes les créatures, il vient d'offrir à Dieu la victime
' Orais. funèbre du prince de Coudé.
sans tache, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, et, comme homme, abrégé mystérieux de tout ce qui est créé, du monde invisible des esprits et du monde visible des corps : « Trium puerorum « cantemus hi/mnum quem cantabant sancti in camino « ignis benedicentcs Dominum. »