CHAPITRE SEPTIEME
Joël
ARTICLE I
I. Notice biographique. — Joël, que plusieurs rabbins ont confondu avec Samuel, et que d'autres, sans plus de raison, ont regardé comme son fils, nous apprend qu'il était fils de Phatuel (i, 1). Nous ne savons guère autre chose de sa personne. On croit cependant qu'il vécut et prophétisa dans le royaume de Juda. « hi Joël omme quod dicitur ad tribiim Judce et ad « Jérusalem pertinere credendum e:t, dit saint Jérôme -, « et nullam omninô Israelis... in hoc fieri mentionem. » Gela résulte de la lecture attentive du livre (i, 13-17 ; n, 1, 15-17).
Rien non plus n'indique avec certitude l'époque oîi Joël a vécu. La famine dont il parle et la captivité de Jérusalem qu'il annonce comme imminente ont fait croire à plusieurs qu'il était contemporain de Jérémie, D'autres pensent qu'il a vécu beaucoup plus tôt, du temps d'Amos et d'Osée '.
* Mgr Plantier, /oc. ci<., p, 163.
2 Comni. in Joël, c il. &50.
^ CfrM. Glaire, M. Gilly, M. Lainy, olc...
JOBL 353
II. Division et analyse du livre de Joël. — 11 a trois chapitres dans la Yulgate et quatre dans l'hébreu. Il se divise en deux parties.
La première (i-ii, 17j est un long cri de douleur et un appel au repentir. Le Prophète décrit d'une manière pathétique les malheurs de sa patrie ravagée d'abord par des nuées de sauterelles. La campagne est désolée ; la terre est dans les larmes ; le blé est détruit ; la vigne est ruinée ; l'olivier languit ; la joie a fui le visage des hommes. Les laboureurs sont consternés ; les vignerons poussent des cris lamentables ; les troupeaux gémissent et les bêtes des champs élèvent vers Dieu une voix plaintive, lui demandant la pâture que la terre leur refuse (i). Tout à coup l'horizon s'étend ; la scène grandit ; ce ne sont plus seulement des sauterelles, ce sont des ennemis bien plus terribles que Joël voit fondre sur son peuple : ce sont des cavaliers, des hommes de guerre. Rien ne peut les arrêter. Ils entrent dans la ville, escaladent les remparts, pénètrent dans les maisons, s'introduisent par les fenêtres ; la terre à leur aspect est dans le tremblement; les cieux sont ébranlés ; le soleil et la lune se couvrent de ténèbres ; les étoiles perdent leur éclat. C'est l'armée de Dieu, ou plutôt c'est l'armée qui sert d'instrument à sa vengeance. Lui-même la commande. Il fait entendre sa voix. Mais cette voix invite au repentir... Ah! qu'on y réponde! Qu'on saisisse celte planche de salut ! Que le peuple s'assemble, qu'on jeûne, qu'on pleure, que les prêtres, prosternés entre le vestibule et l'autel, crient au Seigneur, disant : « Grâce, Seigneur, grâce pour votre peuple « (II 1-17)! .)
Faut-il prendre à la lettre l'effrayante description des ravages causés par les sauterelles? Est-ce de l'histoire ou une simple figure, la figure des ennemis du peuple de Dieu (iij ? S'agit-il du présent ou de l'avenir? Kst-ce la peinture des maux que les Juifs endurent ? Est-ce la prédiction de ceux qui les attendent ?
354 COURS d'écriture sainte
Rép. — 1° Plusieurs rabbins parmi les Juifs, D. Calraet parmi les catholiques, Rosenmiiller parmi les protestants, ont pris cette description dans le sens littéral. Ils l'ont entendue de l'une de ces terribles invasions de sauterelles qui n'étaient pas rares en Judée et dont notre colonie africaine a tant souffert, il y a quelques années. « Il faut en avoir été témoin, (t dit à ce sujet le Moniteur de l'Algérie ', pour se faire <( une juste idée du ravage occasionné par ces or- (c thoptères à mandibules grosses et fortes. C'est, en « effet, triste à voir. On croirait que la faux ou un (( troupeau affamé a dévasté le sol sur lequel se jettent « impitoyablement ces nuées compactes de sautece relies..., que les plus grands espaces, un bras de '< mer ne sauraient arrêter. » — 2° L'interprétation allégorique réunit cependant un plus grand nombre de partisans. C'est le sentiment de la plupart des Pères, « Sub metaphorâ locustarum, dit saint Jérôme * (( hostium describitur adventus. » Elle est aussi défendue par un grand nombre de protestants ^. — 3° Enfin, suivant plusieurs auteurs, les deux sentiments peuvent se concilier : des sauterelles ont pu désoler la Judée et être en même temps la figure des nations étrangères qui devaient la ravager. Cette interprétation nous paraît la plus probable.
Jja seconde partie (ii, I8-ni) est consacrée à l'espérance. Suit, en effet, la promesse des grâces terrestres qui consoleront de tant de maux (ii, 18-27), et de grâces plus désirables encore, où se manifestera l'amour de Dieu pour les Juifs. Il répandra son Esprit sur toute chair, leurs fils et leurs filles prophétiseront; les jeunes gens et les vieillards seront favorisés de songes et de visions (v 28, 29). Cette merveilleuse effusion sera suivie de signes et de prodiges (^ 30-32), qui seront comme le prélude du jour terrible, le jour
> Voir rt/nion, mardi iv mai 18GG.
- Comm. in Joël.
ï Cfr M. Glaire, t. IV, p. 3G1.