II. — Massacre des saints Innocents
1° Sa réalité. « Un tel massacre, quelque odieux
qu'il soit, n'a rien d'invraisemblable pour quiconque
. a étudié l'histoire et les mœurs de ces temps-là, et
iLoc. cit., diss. XXXV.
2 Voy. Tliédtre des évén. rac. dnns les Écrit., t. II, p. 145.
^ Etév. sur les myst., 19' sem., 2' élév.
connait le caractère d'Hérode. L'enfance était alors si peu considérée, qu'au rapport de Suétone ' le sénat romain ordonna la mort des enfants mâles nés dans l'année qui précéda la naissance d'Auguste, parce qu'un prodige avait annoncé que la nature était en travail d'un maître pour le peuple romain. Hérode était capable de donner un tel ordre lui qui avait fait mourir sa femme Marianne et ses propres enfants, et qui, près de mourir, lit massacrer par ses soldats les personnages les plus considérables des Juifs enfermés dans l'hippodrome -.
Josèphe, il est vrai, ne parle pas de ce fait. Mais — a) cet historien est suspect lorsqu'il s'agit du Messie. Au mépris de toutes les traditions de son peuple et par une indigne flatterie pour les nations étrangères, n'est-il pas allé jusqu'à écrire que la gloire de donner au monde le Messie était réservée, non aux Juifs, mais aux Romains ? — b) Il est plus favorable qu'hostile à la mémoire d'Hérode ; et on conçoit que, parmi tant d'atrocités qui déshonorent le règne de ce prince, il ait omis à dessein le massacre des saints Innocents. — c) Enfin le silence de cet écrivain est racheté par des témoignages formels. En effet, Macrobe^ rapporte cet événement ; Celse * le suppose ; et, dès le premier siècle, saint Justin ^ l'alléguait au Juif Tryphon, qui ne le conteste pas.
2° Ce massacre dut suivre d'assez près l'arrivée des Mages. Hérode aura attendu pendant huit ou dix jours; pendant à peu près le même temps il aura fait faire de nouvelles perquisitions, et comme elles n'eurent aucun résultat, il aura ordonné tout de suite le massacre. Il ne faut pas, au moins, le reculer au delà du printemps de l'an de Rome 748®.
1 Vitn Oct. Aug., c. XLiv.
2 Cfr Josèphe, Guerre des Juifs, liv. I, c. xxr.
3 Sntir., lib. Il, cap. iv.
4 Origen., Contra Cels.
' Dialorj. cum Tri^ph.
" Cfr le P. Patrizi, diss. XXXIII, c. i et ii.
3° Le nombre des enfants a été exagéré par plusieurs auteurs. Les uns parlent de quatorze mille, d'autres de cent quarante-quatre mille. Rien que quatorze mille enfants mâles supposeraient à Bethléem, qui n'était qu'une bourgade, une population triple de celle de Rome. Ceux qui portent le nombre de ces innocentes victimes à une centaine paraissent plus près de la vérité. Hérode ayant fait égorger tous les enfants nés depuis deux ans, à bimalu et infrà, quelques auteurs en ont conclu qu'il y avait probablement déjà deux ans que l'étoile miraculeuse était apparue aux Mages. Mais ce fut seulement une mesure de précaution de la part d'Hérode afin d'atteindre plus sûrement son but.
A:° La prophétie de Jérémie. « Tiinc adimpletum est... (( Vax in Rama audita est... ■ — Rachel plorans fîlios « suos... » Ces paroles de Jérémie (xl, 1) s'appliquent au moins dans le sens spirituel au massacre des saints Innocents. Suivant le P. Patrizi*, elles s'y appliquent même dans le sens littéral ; selon lui, le tombeau de Rachel et la Rama de Samuel étaient effectivement situés non loin de Bethléem. Dans tous les cas, Rachel, qui fut mère de trois tribus, désigne toutes les mères rendues inconsolables par la mort de leurs enfants. Cela veut donc dire qu'on entendit jusqu'à Rama les cris des mères de Bethléem.