III. — Retour a Nazareth
f 23. Habit.avit Nazareth: ut adimpleretur quod dictum est per prophetas : Quoniam Nazarœus vocabitur. Les prophètes, dit-on, n'ont rien dit de semblable.
Rép. — 1° « Saint Matthieu, répond Janssens ^, ne « dit pas non plus que ces paroles se trouvent textuel- « lement en quelque endroit particulier des saintes « Écritures ; il dit seulement que les Prophètes ont « appelé le Messie Nazaréen, de l'hébreu Nazir, qui « signifie séparé, consacré. Or personne n'ignore que
1 Dissert. XXXIX, n. 4-1 1.
2 Hermen. sacr., n. 541.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 83
« les prophètes ont souvent parlé du Messie comme « d'un homme séparé et consacré à Dieu. » Saint Jérôme ^ et plusieurs autres Pères donnent la même explication. C'est aussi celle de Bossuet ^ : « Le mot « de Nazaréen, dit-il, contenait un grand mystère « puisqu'il exprimait la sainteté du Sauveur... c'est « une de ces prophéties que Dieu fait connaître par « son Saint-Esprit aux évangelistes pour marquer en « Jésus-Christ le Saint des saints. » — 2" D'autres ont vu en cet endroit une allusion à ces paroles disaïe relatives au Messie : « Et egredietur virga de radice « Jesse, et Flos (en hébreu Netzèr, Natzar, Nazarenvs) « de radice ejus ascendel (Is., :îti, 1). » Tel est, en particulier, le sentiment du P. Patrizi ^, et il fait remarquer que cette expression d'Isaïe a été entendue du Messie, non seulement par les Pères, mais encore par les Talmudistes, par la plupart des rabbins et par les plus célèbres rationalistes (Dathe, Eicchorn', Gésénius, etc.). Cette explication n'exclut pas, du reste, la première ; et Corneille Lapierre '' les embrasse toutes les deux.
ARTICLE II
Vie publique de Notre-Seigneur jusqu'à l'Ascension.
Cette partie de la vie de Notre-Seigneur est la plus considérable. Nous la diviserons en plusieurs époques.
§1 Du baptême de JSolre-Seigneur à la 'première Pdque
La prédication de saint Jean-Baptiste ouvre cette partie. Elle sert comme d'introduction au baptême de
1 Comm. in Maltk. hoc loc.
2 Loe. cit., 5° élév.
3 Dissert. XXXVÎI, n. 3 et 4.
* Comm. in Mail., h. l.
84 COURS d'écriture sainte
Jésus-Christ, lequel est suivi de son jeûne et de sa tentation dans le désert. On peut placer ensuite les événements racontés dans les deux premiers chapitres de saint Jean, c'est-à-dire, à part la généalogie éternelle du Verbe, le premier témoignage de Jean-Baptiste; la vocation des premiers disciples de Jésus ; les noces de Cana, et le premier séjour à Capharnaiim. Elle est comprise dans les chapitres m, iv de saint Matthieu; i de saint Marc; m, iv de saint Luc; i, ii de saint Jean,
Pi'édication de S. Jean-Baptiste (Matth., iii, 1-12; Marc, I, 1-18; Luc, m, 1-20.)
I. — Saint Jean-Baptiste commença sa prédication pendant que Jésus était encore à Nazareth, et saint Luc en a clairement déterminé l'époque,
1" « Aimo quinto decimo imper ii Tiberii Cœsaris « (Luc, m, 1). » Les uns datent le règne de Tibère de la mort d'Auguste, le dl) août, l'an de Rome 767 (14 de l'ère vulgaire) ; par conséquent, la 15^ année courait du 19 août 781 au 19 août 782 (28-29 de l'ère vulgaire). Les autres font commencer le règne de Tibère à son association à l'empire, au commencement du consulat de Germanicus et de Fontéius Capiton, l'an de Rome 765, Le P. Patrizi, qui embrasse ce sentiment, rapporte même la première année de l'empire de Tibère, ainsi comptée, au l^\Tisri (octobre) 76i. La quinzième année de Tibère commencerait donc en octobre 778 (25 de l'E. V.) K
2o «... EtLysaniâ Abilinse tetrarchûihnc.^ m, 1). »
Rép. — Ce Lysanias pouvait être le fils ou le petitfils d'un premier Lysanias qui, soixante ans auparavant, avait été mis à mort par Antoine et Cléopâtre. L'empereur Auguste lui avait restitué une partie des
1 Cfr M. Wallon, loc. cit., p. 384.
possessions de son père. Le silence de Josèphe ne saurait prévaloir contre l'affirmation d'un historien aussi grave que saint Luc. Il y a plus : M. Wallon * a démontré que, d'après Josèphe, il y a eu deux Lysanias. « Josèphe, dit-il ^, serait inexplicable s'il n'y avait, « entre le temps où Lysanias fut mis à mort et le « temps où l'Abilène fut donnée à Agrippa, un autre « Lysanias dont Abila fut principalement la tétrar- « chie. 11 l'a indiqué vaguement et (ce qui faisait la « confusion) sans en dire le temps. Ce temps' est in- « diqué par saint Luc. Exemple qui prouve combien « on doit être réservé parmi les difficultés que peuvent (( présenter les Ecritures. »
« AbiUnœ. » L'Abilène était une partie de la Cœlo- Syrie. Abila en était la capitale. « Rien n'est mieux « déterminé que l'emplacement de cette ville; les in- « dications des géographes, les ruines encore exis- « tantes, les inscriptions qu'on y a trouvées et jusce qu'au nom transformé par la tradition populaire en « Nehi-Ahil (le Prophète Abel), tout s'accorde à mar- « quer sa place au pied del'Anti-Liban, aux bords du « Wadi Barada, à 18 milles Nord-Ouest de Damas ^. »
3° — « Sub principjbus sacerdotum Anna et Caipha « (Luc, III, 2). » Le Pontificat, d'après la loi, était un et perpétuel. Mais à cette époque de l'histoire des Juifs il était rare qu'un grand prêtre se maintînt dans sa charge jusqu'à la mort. Les Romains élevaient ou déposaient à leur gré les pontifes, de telle sorte qu'il y en avait souvent plusieurs qui avaient été honorés de cette dignité, et qui conservaient à cause de cela une certaine primauté. Tel était Anne, beau-père de Caïphe, dont cinq fils occupèrent successivement ou à de courts intervalles cette haute position après son gendre. Oa comprend que, privé de la dignité même, il en ait conservé l'influence et jusqu'à un certain
1 Loe. cit., p. 414-433.
3 M. Wallon, p. 419.
86 COURS d'écriture sainte
point les titres et le rang. C'est pour cela que saint Luc semble mettre Anne et Caïphe sur le même rang. Mais il n'ignorait pas que le pouvoir véritabie était à Caïphe, et il ne parle que de lui dans le récit de la Passion. De là vient encore que saint Jean, qui a désigné Caïphe comme grand pontife en cette année (Joan., XVIII, 13), montre Jésus amené devant Anne avant de comparaître devant Pilate K
IL — Le théâtre de la prédication de saint Jean-Baptiste était le désert de Judée : in deserto Judx, dit saint Matthieu (m, 1). Ce désert était situé en deçà du Jourdain et s'étendait à l'Orient, le long de la mer Morte, depuis l'extrémité méridionale de la tribu de Juda jusqu'au Nord de la même tribu confinant à celle de Benjamin. C'est là que saint Jean-Baptiste s'était retiré dès son enfance (Luc, i, 8) ; Dieu et la solitude avaient été ses maîtres.
III. — Tout dans son extérieur prêchait la pénitence. « Ipse autem, dit saint Matthieu (m, 4), habebat « vestimentum de pilis camelorum et zonam pelliceam « circà lumbos suos. Bsca autem ejus erat locustx et mel « sylvestre. « Les sauterelles dont saint Jean se nourrissait étaient plus grosses et meilleures que celles de nos contrées. Frites et salées, elles ont presque le goût des écrevisses d'eau douce. Quant au miel sauvage, c'est celui que les abeilles, en Orient, déposent souvent dans les bois. Ce dernier, dit Jahn-, mérite même seul, à proprement parler, le nom de miel sauvage, le premier étant toujours désigné dans l'Écriture sous le nom de miel de rocher.
IV. — Plusieurs choses ont besoin d'explication dans la prédication de saint Jean-Baptiste.
1° « Et dicens... appropinquavit enim regnum cœlo- « rum (Matth., m, 2). « Regnum cœlorum : c'est la même chose que le royaume de Dieu ou le royaume
1 Cfi- M. Wallon, loc. cit., p. 265-26S.
2 Gfr le P. Patrizi, dissert. XLIII, n. 43,
EXPLICATION LITTÉRALE DE l/ ÉVANGILE 87
de Jésus-Christ, c'est-à-dire l'Église qu'il a fondée, le but de sa venue sur la terre, la fui dernière de tous les ouvrages de Dieu. Mais l'idée de royaume est complexe : elle comprend tout à la fois et les provinces dont le royaume se compose, et les- sujets qui en font partie, et les lois qui- le régissent, et l'autorité du prince qui le gouverne. De là viennent les différentes acceptions de cette expression dans l'Évangile, où elle est tantôt prise dans sa généralité et tantôt erxvisagée sous quelques-uns de ses rapports'.
2° « Et prœdicans baptïsiaum pœnitentiœ (Marc, i, 4; « Luc, ni, 3). Et bnjjtizahantur ab eo... confitentes pec- « cata sua {MsLith., m, 6). »
Ce baptême était une préparation à celui de Notre- Seigneur et il n'en avait point l'efficacité. Il ne communiquait point le Saint-Esprit (Act., xix, 2-4) et, par conséquent, ne remettait point les péchés ex opère operato, comme dit l'École. Saint Jean lui-même met une très grande différence entre son baptême et celui de Jésus-Christ (Matth., m, 11 ; Luc, m, 16). Il avait cependant été établi par Dieu, dont saint Jean était l'envoyé (Matth., xxi, 23), et il disposait mieux à la rémission des péchés que toutes les autres purifications en usage chez les Juifs. Il avait beaucoup de rapports avec le baptême des prosélytes ^ La confession dont il s'agit n'était pas non plus la confession sacramentelle. Nais il n'est pas inutile de remarquer que, d'après ce texte, la pratique de la confession n'était pas ignorée des Juifs. Il en est encore parlé au livre des Proverbes (xviii, 17) ; et Dieu l'avait ordonnée en certains cas dans l'ancienne Loi.
3° « Cujus non siim dignus calceamen>a portare « (Matt., m. H). » Saint Marc (i, 7), saint Luc (m, 16) et saint Jean (i, 27) ont exprimé l'humilité de saint Jean en d'autres termes : « Cujus non sum dignus sol- « vere corrigiam calceamentorum ejus. » Qu'importe
1 Cfr le P. Patrizi, dissert. XLIII, n, 43.
88 COURS d'écriture sainte
l'expression quand la pensée est identique? D'ailleurs on ne dénouait les cordons d'une chaussure que pour l'enlever et la porter ou déposer quelque part.
N° Il
Biptême de Jésus-Christ (Matth., m, 13-17; Marc, i, 9-11 ; Luc, lil, 21-23).
Nous avons à expliquer deux contradictiqns apparentes et à parler de l'âge auquel Notr-Seigneur a été baptisé.
1° « Joannes autem... Ego à te debeo baptizari, et tu « venis ad me (Matth., m, 14) ! » « Et ego nesciebam, « eum. » (Joan., i, 31). Ces paroles de saint Jean-Baptiste ne se contredisent-elles pas ?
Bép. — Quand saint Jean dit qu'il ne connaissait pas J.-C. , il entend qu'il ne l'avait pas encore vu. C'est le sens du grec : Kàyw où-/. iSuv kïtÔv. » Comme s'il eût dit : Je savais bien qu'il existait, mais avant d'avoir été envoyé pour le baptiser je ne l'avais pas vu. » Tolet ' ajoute que le Saint-Esprit, qui descendit sur Jésus-Christ en forme de colombe, fut moins le signe auquel saint Jean devait le reconnaître que la preuve et comme la justification du témoignage qu'il était appelé à lui rendre auprès des Juifs. Aussi ne ditil pas : (f J'ai vu, et je l'ai reconnu, » mais : « J'ai vu « et J'ai rendu témoignage qu il est le Fils de Dieu (Joan., « I, 34). » Ce miracle contribua à le lui faire mieux connaître; mais il le connaissait auparavant. Ainsi s'évanouit la contradiction.
2° — « Et ipse Jésus erat incipiens quasi annorum tin- « ginta (Luc, iv, 23). » Jésus-Christ n'ayant probablement pas été baptisé plus d'un an après le commencement de la prédication de saint Jean-Baptiste, il aurait eu, à l'époque de son baptême, de 34 à 35 ans s'il était né l'an de Rome 747 et que la quinzième an-
1 Comm. in Joan., c. i, annot. 72, col. 152.
née de Tibère correspondît à l'an de Rome 781-782. Tel est le sentiment de M. Wallon '. Si, au contraire, suivant le P. Patrizi -, la quinzième année de Tibère commence en octobre 778, et si Jésus-Christ a été baptisé au commencement de la mission du Précurseur, il n'aurait eu, même en le supposant né le 25 décembre l-il, qu'environ trente et un ans. M, Wallon^ fait, du reste, observer que l'expression environ trente ans se doit prendre au sens le plus large. C'est « de droit, dit-il, pour les nombres décimaux, selon (( Keppler ; et, à son avis, les mots » environ trente « ans » peuvent se dire d'un homme qui a plus de <( vingt-cinq ans et moins de trente-cinq. Ajoutons « que, selon quelques interprètes, le véritable objet « de saint Luc, en ce passage, n'est pas de fixer une « époque dans la rigueur des termes, mais d'établir « que Jésus-Christ, en commençant son ministère, « avait passé l'âge sacerdotal, qui était de trente ans. »'
Jésus-Christ se retire dans le désert ; son jeûne; sa tentation (Matth., IV, 1-11 ; Marc, i, 12-13 ; Luc, iv. 1-13)-
I. — La réalité historique de ce récit est incontestable. Pour M. Renan* lui-même, il y a là « un fait « réel ». Il prétend, il est vrai, que ce fait a été plus tard embelli par des développements légendaires. La prétention est gratuite, mais l'aveu est précieux.
II. — « Ductus est in desertum (Matth., iv, 1). » « Ce « désert, dit Morizon ^ est à un quart de lieue de la ({ fontaine d'Elysée et à trois quarts de lieue de Jéri- « cho, du côté Nord. Je suis persuadé qu'il est peu de
1 Loccil., p. 387.
2 Dissert. XXXIX.
3 L..C. cit., p. 386.
* Vie de Jésus, p. 184.
5 Voyage du Sinaî. Il est cité par Ballet, Rép. criliq., t. III, p. 278.
90 COURS d'écriture sainte
« déserts au monde aussi affreux que celui-là... On y « voit l'endroit où l'on croit que cet adorable Sauce veur se couchait, et l'on y révère la partie du rote cher sur laquelle il posait sa tête sacrée pendant son (( court sommeil... » Saint Marc dit que Notre-Seigneur était là « avec les bêtes sauvages (i, 12) » ; et les voyageurs rapportent que ces lieux sont pleins de scorpions et d'autres reptiles dangereux '.
III. — '■ « Ductus est... à Spiritu, ut tentaretur à diabolo « (Matth., iv). » Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il voulu être tenté? « Debuit per omnia fratribus similari^vé,u pond saint Paul, ut mhericors fieret, et fdelis Ponti-
« fex ad Deum In eo enim in quo passus est ipse et
« tentatvs, potens est et eis qui tentantur auxilian [Hebr., « II, 17-18). » D'après saint Marc (r, 13), il semblerait que Jésus-Christ a été tenté pendant tout le temps qu'il a demeuré dans le désert; et Maldonat^ regarde cela comme probable.
Jésus-Christ n'a pas employé d'autres armes pour terrasser le démon que la parole de Dieu rappelée avec foi.
Saint Augustin^ a donné encore une autre raison de l'épreuve deNotre-Seigneur. Jésus-Christ, dit-il, étant la pierre sur laquelle nous devions être établis, elle a dû être battue par le vent et les eaux de la tentation, afin de nous être un fondement plus solide : « Proptereà petra illa in quâ xdi/lcati sumus prior perce cussa est ventis, flumine, pluviâ, quando Christus à dia- « bolo tentabatur. Ecce in quâ firmat te voluit stabi- « lire. »
IV. — Différentes circonstances de la tentation de Jésus-Christ ont besoin d'éclaircissements.
1° « Accedens tentator dixit ei : Si Filius Dei es « (Matth., IV, 3). » Il est probable, d'après ces paroles, que le démon ne connaissait pas encore Jésus-Christ
1 Cfr M. l'abbé Letremble, les Récits du pèlerin, t. I, p. 321.
2 Comm. in Matth. hoc toc.
3 Enarrat. in ps. lx.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 91
pour le Fils de Dieu. Tel est le sentiment de Maldonat. Mais il le connut plus tard (Marc, i, 34; Luc, iv, 41;. Il paraît, d'un autre côté, que les démons, par une secrète disposition de Dieu, ont ignoré jusqu'à la fin le mystère de la mort du Sauveur et les grands biens qui en devaient êlre le résultat. Autrement ils n'auraient pas poussé les Juifs a mettre à mort Jésus- Christ.
2° « Tune assumpsù eum' diabolus in sanctam civita- <( tem (Matth., iv, o). » Assurnpsit {TrapoùauBiMsi), c'est-à-dire il le conduisit. Il y a dans le Nouveau Testament cent exemples de cette expression prise dans ce sens. Voyez Matth., xvii, 1 ; xx, 17; xxvi, 37; Marc, V, 40; x, 32; Luc, ix, 10; Act., xii, 2o. On remarquera même que saint Luc a employé le mot v/ayrj au lieu de rK//a),aaêâv-t dont le sens se trouve ainsi clairement déterminé (Luc, iv, 9).
3° « Et statuit eum super pinnaculum templi i^laWh., « IV, o) ; super pennam (empli (Luc, 9). » Ce ne fut pas sur le toit du Temple (super tectum), mais sur une des ailes [super pinnaculum), que le démon conduisit Notre- Seigneur. Le moi pinnaculum est le même que pinna ou jjenna, en grec, TTTto-Jytov, dont la racine mipy^ signifie une aile d'oiseau et, au figuré, une aile de bâtiment ' . Maldonat entend simplement par cette expression le parapet qui environnait le toit.
A° « Iterum assurnpsit eum... et ostendit ei omnia reçpia (( mundi (Matth., iv, 8). » Comment cela put-il se faire? — H y a plusieurs manières de montrer une chose. Montrer ou faire voir [Sziy.wtiv , osiendere) est un terme général qui signifie rendre une chose présente ou en elle-même ou dans son image ou dans la description qu'on en fait de vive voix -. Ce fut de l'une
1 D'après M. Albert de Hormann, le pinacle du Temple existe encore aujourd'hui dans sa partie essentielle. C'était, selon lui, la terrasse la plus élevée du mur d'enceinte. Voy. Rev. des Qiiest. hist., OCt. 1872, p. 587.
- Bullet, Répons. crUiq., t. I, p. 448.
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ou de l'autre de ces manières que le démon montra à Jésus-Christ tous les royaumes du monde. — Mais alors, dit-on, pourquoi le conduisait-il sur une haute montagne? Cela pouvait se faire partout. — Le démon, répond Bullet, ne connaissait probablement pas encore Noire-Seigneur, et il prit sans doute ce parti afm qu'en lui faisant voir une très grande étendue de pays il en fût frappé et se déterminât plus facilement à l'adorer. Peut-être aussi voulut-il l'effrayer, et, par cette impression de frayeur, le faire succomber plus aisément à la tentation en le menant à cette montagne dont les voyageurs nous présentent l'ascension et la descente comme très périlleuses.
V. — Ajoutons quelques observations sur les caractères de la tentation et des réponses opposées par J.-C. 1. Ce fut en qualité de Messie que J.-C. subit la tentation, et si l'on en étudie les circonstances on découvrira dans les propositions de Satan tout l'esprit qui animait alors les Juifs. Car leurs idées sur le règne du Messie ne s'élevaient pas au-dessus des choses temporelles ; ils voulaient un libérateur qui les affranchît de tout assujettissement, leur donnât la domination universelle, l'abondance avec une puissance sans rivale et lit de leur nation l'idole du monde. J.-C, en permettant la tentation, a voulu par ses réponses opposer aux fausses maximes les vrais principes du royaume qu'il venait établir. Il a montré que ce royaume serait essentiellement spirituel, qu'il aurait pour fondement la parole divine, pour fin le culte et la gloire de Dieu, et qu'il serait placé dans le temps, gouverné par les lois ordinaires de la Providence sur les choses temporelles, sans chercher un éclat inutile devant les hommes.
2. A un autre point de vue, la tentation de J.-C, a présenté les trois formes principales sous lesquelles on la voit toujours et que saint Jean a nommées les trois concupiscences, de la chair, des yeux, de l'orgueil. — a) La première n'est qu'avilissante; elleabaisse
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANOILE 93
rhomme au-dessous de sa condition en le portant à aimer la satisfaction des appétits sensuels. J.-G. en la repoussant a enseigné que dans les choses mêmes les plus naturelles l'ordre divin doit être recherché de préférence, comme le terme des actions humaines.
b) La tentation d'orgueil s'adresse à l'esprit, mais elle accompagne souvent la première. Ainsi le serpent ne proposa point à Eve de contenter son goût en mangeant le fruit défendu, mais il lui persuada que cet acte élèverait et perfectionnerait son esprit, Satan, ayant trouvé J.-C. inaccessible aux appétits même légitimes, lui suggéra une action dont la témérité lui procurerait gloire et réputation. Et J.-C. le repoussa en se tenant dans les limites de l'ordre providentiel et commun.
c) Mais dans la troisième tentation Satan révéla tout .son dessein. Le but de ses efforts est de se substituer
partout à Dieu, et c'est jusque-là que conduisent les deux autres concupiscences. L'amour de la domination est trop naturel à l'homme pour que l'orgueilleux ne s'y abandonne point. Mais cette ambition arrive au suprême désordre, à l'adoration de la créature. Saint Paul l'a enseigné quand il a appelé l'avarice une idolâtrie. C'est pour la détruire que J.-C. a opposé la sujétion absolue et totale de l'homme à Dieu seul.
c) Remarquons enfin que J.-C. a constamment fait des réponses directes aux intentions de Satan qui voulait obtenir de lui un aveu ou une preuve de sa divinité. Chaque parole du Sauveur lui convient à luimême et contient une affirmation de sa nature divine: mais le langage était assez voilé pour que le sens complet n'en fût pas saisi par le tentateur.
N« IV
S. Jean-Baptiste continue de rendre témoignage à Jésus-Christ; premiers disciples du Sauveur (Joan., i, 19-51).
L — Depuis que saint Jean avait baptisé Notre- Seigneur, il ne se bornait plus à prédire le Messie, il
94 COURS d'écriture sainte
l'avait vu et il lui rendait témoignage en toute rencontre sans crainte de devenir moins populaire (Joan., I, 10-34). Il le montrait à ses disciples comme « TA- « gneau de Dieu » ; et deux d'entre eux, André et probablement saint Jean, se mettent à la suite de Jésus. Le jour suivant, André amène Simon, son frère, et Jésus l'ayant regardé lui dit : « Tu seras Pierre. » Philippe est appelé dans le même temps et appelle lui-même Nathanaël. Ces commencements de la vie publique du Sauveur racontés par saint Jean sont admirables. (Joan., i, 3o-ol).