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II. — Deux choses demandent des explications

1" « Ei^at aulem Andréas, frater Simonis Pétri... « Et adduxit eum ad Jesum (Joan., i, 40-42). » Il ne faut pas confondre ce premier appel des disciples du Sauveur avec leur vocation proprement dite à l'apostolat (Matth., X, 1 ; Marc, ni, 13 ; Luc, vi, 13-16). Avant d'appeler définitivement saint Pierre, Jésus- Christ l'avait encore rencontré dans une autre circonstance rapportée par saint Luc (v, 1-10). On concilie ainsi très bien les différents évangélistes qui ont parlé de la vocation de saint Pierre et de saint Andréa

2" « Amen dico vobis, videhitis cœlum apertum et ange- « los Dei ascendentes et descendentes suprà Filium lio- « wmzs (Joan., i, ol). » Quand cette promesse a-t-elle été accomplie?

Rép. — a) Plusieurs ont vu dans ces parples une allusion à l'échelle mystérieuse de Jacob ; et, suivant eux, elles expriment d'une manière allégorique que Jésus-Christ est venu pour rouvrir le ciel fermé par le péché, qu'il est notre Médiateur et que c'est par lui que nos prières montent jusqu'à Dieu et que les grâces célestes descendent jusqu'à nous. — b) D'autres croient que cette promesse a reçu un premier accomplissement le jour de l'Ascension, quand les Apôtres virent descendre deux anges qui leur annoncèrent le second

^ Cfr Maldonat, hoc loc,

avènement du Sauveur. Ces anges ne descendirent pas sur Jésus-Christ. Mais l'expression mper eum se prend souvent dans le Nouveau Testament pour propler eum, à came de lui. Ces paroles achèveront d'ailleurs de s'accomplir à la fin du monde, lorsque- le Fils de l'homme, porté sur les nuées et environné de ses anges, viendra juger les vivants et les morts. — c) Enfin toutes les actions» de Notre-Seigueur n'ayant point été écrites, ces paroles ont pu s'accomplir sans que nous sachions ni le temps ni les circonstances de leur accomplissement '.

Noces de Cana et premier séjour à Capharnaûrn (Joan., II, 1-12).

I. — Noces de Cana (Joan., ii, 1-11). Il y avait trois jours que Jésus-Christ était revenu de Judée en Galilée, lorsqu'il fut invité à assister à des noces dans une petite bourgade située à environ deux lieues de Nazareth et nommée Cana. 11 y vint avec ses premiers disciples, Pierre, André, Philippe, probablement saint Jean et Nathanaël, originaire de Cana (Joan., xxi, 2) et que l'on croit être le môme que Barthélémy. C'est là que Jésus opéra son premier miracle, vers le commencement de mars - (l'an 30 de l'E. V.) K

Le récit de ce miracle a donné lieu à plusieurs difficultés. On a accusé Notre-Seigneur de dureté à l'égard de sa mère: Quid mlhi el tibi est, muller? d'inconstance : Nondùm venit horamea; et aussitôt après il fait le miracle ; — d'intempérance : il fournit du vin à des hommes qui étaient ivres ; — enfin de fourberie ou de jonglerie.

1 Cfr Tolet ; Maldonat ; l'abbé Dehaut, l'Étang, expliq., t. II, p. 19 (d).

2 Cfr le P. Patrizi, Comm. in Joan., p. 29 ; Tabbé Chevalier, Récils évang., p. 66.

Suivant le P. Patrizi, l'an 26.

Rép. — 1° On traduit ainsi ordinairement la réponse du Sauveur: « Qu y a-t-il de commun entre vous et moi ? » La sainte Vierge demandait un miracle à Jésus-Christ; elle s'adressait par conséquent, à la nature divine, et c'est la nature divine qui lui répond. « Ces paroles, « dit Bossuet S sont de ces rudesses mystiques, si on « peut parler de la sorte, qui servent à exercer et à (( humilier de plus en plus les âmes déjà très hum- « blés, et à leur faire sentir par quelque chose de « fort que Dieu est au-dessus de la créature la plus « haute. Sa sainte Mère, la plus relevée et la plus parce faite de toutes, était par là même la plus propre à « donner l'exemple aux autres de ce qu'il faut faire « en ces états, qui est d'augmenter son zèle et sa . « confiance. » Aussi Marie se contenta-t-elle de dire aux serviteurs de la maison : « Faites ce quil vous dira. » La pensée ne lui vint même pas que son fils lui avait manqué de respect.

Les paroles du Sauveur seraient d'ailleurs mieux traduites ainsi :« Que voulez-vous? Que me deman- « dez-vous ? » C'est la remarque d'un anglican, M. Blomfield ^, et il ajoute que le « ton de la voix, la « tournure de la conversation, suffit pour ne mêler à- « ces mots aucune marque d'impatience ou de re- « proche. »

Quant à l'expression» femme », elle n'avait rien d'outrageant dans la bouche de Notre-Seigneur. Elle correspond au mot français « madame », et les anciens l'employaient en parlant à des princesses et à des reine^ ^. Jésus-Christ l'a employée dans deux autres circonstances (Joan., xix, 26 ; xx, 13) où elle n'avait certainement rien de blessant.

2° Le reproche d'inconstance n'est pas mieux fondé. Car ou Jésus, après avoir fait remarquer à

1 Lellr. spirll. à la sœur Coniuau, n. 14.

2 Cfr M. de Valroger, Introd., t. I, p. 495. Voy. aussi M. Nicolas, la Vierge Marie d'apr. l'Éuany., p. 389.

3 Gfr Récits éoaiig., p. G3 ; M. Detiaut, t. II; p. 39.

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Marie que l'heure à laquelle il devait commencer ses miracles n'était pas encore arrivée, aura avancé cette heure par déférence pour sa Mère, ou ce moment, quoique très proche, n'était cependant pas encore venu. Peut-être attendait-il que le vin eût manqué entièrement afin que le miracle lût plus éclatant et plus agréable aux convives.

3" L'expression inebriari {ixeOvîiv) ne signifie point ordinairement dans la Bible s'enivrer. Elle signifie boire à sa soif, beaucoup même, si l'on veut, ' mais sans dépasser les bornes de la tempérance. (Voyez Gen., xLiii, 34; Gant,, v, 1 ; Agg., i, 6.) « Le maître « d'hôtel dit que dans les festins on a coutume de « donner le vin de moindre qualité aux convives lors- « qu'ils ont beaucoup bu ; mais il n'ajoute rien qui « fasse entendre que ceux qui assistaient à cette noce « se trouvaient dans ce cas. Il se contente de faire « remarquer à l'époux qu'il a commencé par faire « servir un vin fort inférieur à celui qu'il venait de lui « faire goûter '. »

A° Enfin les explications des rationalistes sont ridicules ou injurieuses à Notre-Seigneur ; et il suffit presque de les exposer pour les réfuter. — a) Aux yeux de Paulus, ce prétendu miracle ne fut qu'une agréable plaisanterie ; Jésus avait apporté du vin comme cadeau de noces, et, pour égayer la compagnie, il avait laissé croire d'abord que c'était de l'eau. M. Renan adopte jusqu'à l'expression de Paulus : « Un de ses miracles, « dit-il -, fut fait pour égayer une noce de petite ville. » Selon Wolston, Jésus aurait jeté furtivement dans les cruches quelque liqueur spiritueuse et forte qui donna à l'eau un goût que les convives, dont le palais était émoussé par l'ivresse, prirent pour celui du vin. —7 On ne saurait dire lequel, de l'ignorance ou du ridicule, l'emporte en cette explication, puisqu'au temps de J.-C. les liqueurs alcooliques n'étaient pas con-

1 Bullet, Rép. critiq., t. II, p. 15J.

2 Vie de Jésus, p. 188.

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nues, que leur invention date au plus tôt du dixième siècle ^

b) Strauss n'a vu là qu'un mythe. Cetle eau changée en vin est, à ses yeux, l'eau du Nil changée en sang, ou l'eau qui jaillit du rocher sous la verge de Moïse. Mais rien ne ressemble moins à un mythe que ce récit dont la simplicité atteste la vérité historique.

5° Ce miracle est rempli d'enseignements mystérieux. Le changement que Jésus y fait dans la nature de l'eau, disent les Pères ^ est la figure et comme la prophétie de celui qu'il vient accomplir dans le monde. Les six urnes destinées à l'eau des purifications, ce sont les six périodes entre lesquelles on divise le temps qui a précédé la venue du Messie : d'Adam à Noé, de Noé à Abraham, d'Abraham à Moïse, de Moïse à David, de David à la captivité, et de la captivité à Jésus- Christ. Il n'est pas une seule de ces époques où le Christ, figuré par l'eau qui purifie, n'ait été annoncé. Par l'ordre de Jésus, les six vases sont remplis jusqu'au bord, c'est-à-dire que les prophéties ont reçu en lui leur accomplissement.

Les Juifs ont eu cette eau ; mais, parce qu'ils n'entendaient pas les prophéties et n'y découvraient pas Jésus^Christ, elle n'a été pour eux que l'instrument d'une purification tout extérieure et incomplète; ils lavaient leurs mains et faisaient des œuvres stériles ou impures ; ils buvaient, et leurs cœurs ne recevaient ni chaleur, ni force, ni joie. Mais à ceux auxquels Jésus- Christ apparaît, cette eau est devenue un vin délicieux qui enivre l'âme. En changeant l'eau en vin Jésus annonce donc qu'il va remplacer le sens littéral par le sens spirituel, la lettre qui tue par l'esprit qui vivifie, la figure par la réalité.

II. — Premier séjour a Capharnaum. « Post hoc des- « cendit Capharnaum^ ipse et mater et fratres ejus et dis-

1 Cfr BuUet, loc. cit., p. 153.

2 Cfr S. Aug., in Joan. tract. IX.

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« cipuli ejus, et ibi mansenmt non multis diebus (Joan., « II, 12). »

1° « Descendit Capharnaum. » Gapharnaiim {village de Nahum), à six lieues et demie de Cana, était situé sur la rive occidentale du lac de Génézareth, à l'embouchure du Jourdain. Cette ville devint dès lors comme le centre de ses courses évangéliques et sa patrie d'adoption. Aussi l'appelle-t-on sa v?7/e(Matth., IX, 1). Il y opéra un grand nombre de miracles, et c'est non loin de là qu'était le péage romain où saint Matthieu percevait les impôts quand il fut appelé à l'apostolat (Matth., IX, 9) K

2° « Ipse et fratres ejus. » Par ces frères de Jésus,

il jfaut entendre ses cousins. Le P. Patrizi - incline à penser que c'étaient les enfants d'un frère de saint Joseph nommé Gléophas ou Alphée. Suivant d'autres, il s'agissait des enfants de Marie de Gléophas, sœur de la très sainte Vierge. Tous les commentateurs en effet sont d'accord pour reconnaître qu'il n'est fait mention que de trois Marie dans les Évangiles : la Mère de Jésus, Marie Magdeleine, et Vautre Marie, comme l'appelle saint Matthieu : cette dernière est la même que saint Jean appelle la mère de Jésus, et saint Marc la mère Aq Jacques et deJosepli, frères-cousins de Jésus ^

Cette opinion est aussi celle de Suarez ^ et de Grotius ^

Le sentiment du P. Pratizi n'est cependant pas dénué de probabilité et peut être soutenue

§ Il De la première Pdque, l'an 30, à la deuxième, l'an 31.

Les faits relatifs à cette première année sont com-

1 Cfr Gratz, Théâtre des évén. bihliq., t. II, 60-70.

2 Comm. in. Joan., p. 21.

' Cfr Nicolas, Marie d'après l'Évang., p. 178.

" Qucest xxviii, disp., v, sect. m.

* Annot.m Malth., p. 145.

" Voy. Etudes religieuses, janvier 1878.

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pris dans les chapitres ii-iv de saint Jean, iv-ix de saint Matthieu, i-ii de saint Marc, iv-v de saint Luc. Voici les principaux : l'expulsion des profanateurs du temple et l'entretien avec Nicodème; l'emprisonnement de saint Jean-Baptiste, la fuite de J.-G. en Galilée et son entretien avec la Samaritaine ; la première pêche miraculeuse et le dernier appel des Apôtres, le sermon sur la montagne. Nous ne mentionnons pas de nombreux miracles racontés en détail par l'Évangile, mais auxquels nous ne pouvons nous arrêter. Nous renvoyons aussi à l'article III les entretiens avec Nicodème et la Samaritaine, et le sermon sur la montagne.

N° I Première Pàque à Jérusalem (Joan., ii, 13-25).

, I. — Cette première Pâque fut signalée par un acte d'autorité que J.-C. opéra en chassant les marchands qui faisaient trafic dans l'enceinte du temple. Ce commerce avait pour motif la nécessité oïj se voyaient les Juifs étrangers à Jérusalem d'acheter les choses nécessaires à l'oblationde leurs sacrifices et à la célébration de la Pàque, ainsi que de se procurer la pièce d'argent requise pour l'impôt du Temple, lequel ne pouvait être payé qu'en monnaie juive. Mais l'abus consistait à tenir ces banques et ce marché dans l'enceinte même du Temple, et c'est ce que J.-C. corrigea.

II. — « Quod signum ostendis quia hœc facis? Solvite « templum hoc et in tribus diebus excitabo illud. »

J.-C. n'avait pas encore démontré sa mission par des miracles, sa personne était inconnue à Jérusalem, et les Juifs ne connaissaient pas tous les témoignages rendus par Jean-Baptiste : leur question paraissait donc motivée. La réponse fut mystérieuse, mais juste; J.-C. fît appel à sa résurrection. Cette merveille, en effet, devait être la preuve incontestable de sa divinité, le fondement de la religion et l'objet d'un culte non-

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veau. En l'annonçant, J -G. se posait comme le vrai Messie réformateur du genre humain.

III. -^ « Dixerunt ergo Judœi : Qaadraginla et sex annis « œdificatum est templum hoc. » Comment compte-t-on ces 46 ans?

Rép. — Hérode, dit Josèphe \ conçut le projet de reconstruire le Temple la 18" année de son règne, c'est-à-dire l'an de Rome 7o5, en comptant ce règne depuis la prise de Jérusalem (année 717). Mais il ne put commencer ce travail qu'après de longs préparatifs, les Juifs n'ayant permis de toucher à l'ancien Temple que lorsqu'ils furent assurés que les matériaux et les ouvriers ne feraient pas défaut. En neuf ans et demi, les portiques, les enceintes et le sanctuaire furent reconstruits -, Mais on ne fit probablement alors que le strict nécessaire. D'après Josèphe ^ lui-même, on continua d'y travailler longtemps après; car après avoir parlé de l'arrivée de Gestius Florus, successeur d'Albinus (64 de l'ère vulgaire), il dit que le temple venait d'être terminé, et il raconte comment le roi Agrippa, à la prière du peuple, ft restaurer le portique oriental. Les Juifs ont donc pu parler comme ils l'ont fait. Depuis le jour où les travaux ont probablement commencé, l'an 18 ou l'an 17 avant l'ère vulgaire (l'an de Rome 736 ou 737), jusqu'au moment où cette scène se passe, vers l'an 29 ou 30, la première année du ministère public de J.-C, il y a en effet 46 ans *.

N" II

Pêche miraculeuse et vocation des Apôtres (Matlh., iv, Luc, iv).

I. — J.-C. étant sur les bords du lac de Galilée et pressé par la foule, monta sur la barque de Simon Pierre et parla au peuple. Après ce discours, il co

* Antiq. jud., Mb. XV, cap. xiv, p. 542, 2 Joseph., ibid., p. 545.

' Joseph., Antiq. jud., lib. XX, cap. viu, p. 699.

* Cfr Wallon, Croyance, etc., p. 427-429.

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manda à Pierre de jeter son filet, et la pêche fut si abondante que le filet se rompit. Pierce se jeta aux genoux de son maître qui lui signifia de se mettre désormais à sa suite.

II. — L'importance de cet événement est considérable, soit parce qu'il détermina la vocation des Apôtres, soit parce qu'il en figura les caractères.

1. La parole que J.-C. dit à Pierre et à ses compagnons : Faciam vos fieri piscatores homimim, ne laisse aucun doute sur le caractère figuratif de la pêche miraculeuse. Le Sauveur a voulu donner une révélation symbolique de son œuvre. La barque de Pierre est l'Église gouvernée par cet Apôtre et ses successeurs, qui vogue à travers le monde, et d'où J.-C. fait entendre ses enseignements; \q% poissons symbolisaient la multitude de ceux que la parole divine devait attirer à l'Église, et c'est pour cela que dans les premiers siècles cet animal était si souvent représenté dans les peintures emblématiques. La nuit infructueuse et la merveilleuse efficacité de l'ordre intimé par J.-C. signifiaient que sa venue pouvait seule donner la lumière et la grâce du salut; enfin la rupture des filets a montré que ceux mêmes qui seront entrés dans l'Église pourront ensuite perdre le salut et qu'il y aura des schismes, mais que l'Église en triomphera et se verra remplie d'hommes venus du Judaïsme et de la Gentilité.

2. Une autre question se présente, secondaire, mais utile à cause des objections rationalistes, sur le rang qu'occupe cet événement dans les vocations des Apôtres. Il est assez difficile de concilier entre eux les récits, et l'on se demande si nous y avons plusieurs faits distincts ou bien des récits difi'érents d'un même fait. Les opinions sont partagées et nous n'avons pas à prendre parti pour l'une plutôt que pour l'autre. Nous disons seulement: — a) Pour plusieurs Apôtres la vocation fut graduelle ; on compte au moins deux appels, l'un sur les rives du JouVdain, l'autre sur les bords du

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lac; peut-être même y en eut-il quatre, et J,-C. le voulut ainsi pour les préparer avant de les attacher définitivement à sa personne '. — b) Quoiqu'il paraisse peu probable que les Apôtres, après avoir tout quitté sur une invitation de J.-C, soient néanmoins retournés à leurs filets, la chose n'est pourtant pas absolument indigne de leur vocation, et J.-G. put leur en laisser la liberté avant son dernier appel. — c) En ce qui concerne la pêche miraculeuse, les récits de saint Matthieu et de saint Luc peuvent se rapporter aux mêmesfaits, et s'ils diffèrent entre eux, ils n'ont pourtant pas d'oppositions qui empêchent de les concilier, car chacun a pu omettre des circonstances accessoires qui ne changent rien à la substance des faits.

De la deuxième Tâque à la fin de l'an 31.

La deuxième Pâque de la vie publique de Notre- Seigneur tombait cette année (31 del'E. V.) le 26 mars. Elle ramena le Sauveur à Jérusalem : et nous le voyons engagé avec les pharisiens dans des discussions qu'on a appelées sabbatines, parce qu'elles roulaient sur la célébration du sabbat (Matth., xii, 1-14; Marc, ii, 23-28 ; III, 1-6; Luc, vi, 1-11). — Un grand concours de peuple s'était attaché de nouveau aux pas de Jésus- Christ et l'avait suivi jusqu'en Galilée, où nous le retrouvons au bord de la mer, guérissant les malades et chassant les démons (Matth., xii, 15-21 ; Marc, m, 7-12). — 11 faut placer à la même époque l'élection des Apôtres (Matth., x, 1-4; Marc, m, 13-19; Luc, VI, 12-16) et le sermon dans la plaine rapporté par saint Luc (Luc, vi, 17-49). — Jésus, après ce discours, rentra à Capharnaiim et y guérit le serviteur du centurion (Luc, VII, 1-10; Matth., VIII, 5-13). — Nouvelles

1 Cfr Joan., i, 40; Marc, i, 3; Matth., x; Luc, vi.

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et plus vives discussions avec les pharisiens : ils accusent Jésus de chasser les démons au nom de Béelzébub (Marc, m, 20-3o ; iMatlh., xi, 22-50).

La fête de la Pentecôte arrivée peu après, le mardi lo mai, fit revenir Notre-Seigneur à Jérusalem. En allant, il ressuscite à Naim, qui se trouvait sur son chemin, le fils unique d'une pauvre veuve (Luc, vu, 11-17); le samedi qui suivait la fête, c'est-à-dire le 19, il guérit le malade de la piscine de Bethsaïde et démontre longuement aux Juifs sa divinité (Joan., v, 1-47). — Du fond de sa prison, Jean-Baptiste lui envoie une ambassade (Luc, vu, 18-33 ; MatLh., xi, 2-19), et Marie Magdeleine vient le trouver à Béthanie chez Simon le pharisien ou le lépreux (Luc, vu, 36-30). — Au lieu de retourner en Galilée, comme il avait coutume de le faire, Jésus employa probablement une partie des mois de juin et de juillet à évangéliser avec ses Apôtres la partie Sud delà Judée. Plusieurs saintes femmes de Jérusalem l'accompagnaient, heureuses de pourvoir aux besoins de la troupe apostolique (Luc, VIII, 1-3). Il revint ensuite à Capharnaiim.

Les prédications en Galilée avaient été interrompues depuis le départ pour la fête de la Pentecôte. Elles recommencèrent à l'automne, le temps des labours et des semailles; on peut placer à cette époque les intéressantes paraboles du Semeur, de la Semence, de rivraie, etc. (Luc, viii, 4-21 ; Matth., xiii, 1-33 ; Marc, IV, 1-34). — Vers le même temps, Jésus ayant passé de l'autre côté du lac, délivre deux possédés au pays deGérasa(Luc, viii, 22-33; Matth., viii, 18-34; Marc, IV, 33-40; V, 1, 2). — 11 faut placer au retour la résurrection de la fille de Jaïre et la guérison del'hémorroïsse (Luc, viii, 40-36; Matth., ix, 18-34; Marc, v, 21-43). — Deuxième prédication à Nazareth (Matth,, xiii, 34-58; Marc, vi, 1-6). — Dernière excursion d'automne (Matth., ix, 33-38).

De tous ces faits nous n'expliquerons que les plus importants.

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Discussions sabbatines (Matth., xii, 1-14; Marc, ii, 23-28; m, 1-6; Luc, VI, 1-1 ]).

Ce fut dans la deuxième année du ministère public de J.-G. que s'engagèrent les discussions avec les pharisiens. Ceux-ci, qui n'avaient d'abord adressé à Notre-Seigneur que des questions embarrassantes, se mirent à le contredire ouvertement, et de la contradiction ils passèrent aux injures. Les disputes paraissent avoir commencé à l'occasion de deux faits accomplis au jour du sabbat.

1, — Le premier fut que les Apôtres, passant auprès d'un champ de blé, arrachèrent quelques épis et les mangèrent. Trois choses sont à examiner : 1° Le fait même. 11 était légitime. Moïse avait permis la chose*, et la coutume l'avait acceptée, moyennant certaines conditions auxquelles les Apôtres se soumirent, car le reproche des pharisiens porta non sur l'action, mais uniquement sur la circonstance du sabbat qu'ils disaient violé. — 2" La réplique de J.-C. Elle comprit deux choses : a) la réfutation de l'accusation par l'exemple de David qui viola impunément et d'une façon plus grave une autre loi non moins rigoureuse et plus sainte que celle du sabbat ; b) l'affirmation de sa propre et souveraine autorité, par où il se déclara auteur même de la Loi. — 3' La circonstance du temps. C'était le sabbat et saint Luc l'appelle sabbatum secundum primum, SîyTrpcr^owTov. Nous ne rapporterons pas toutes les controverses dont cette expression a été l'objet. Le sentiment le plus probable est qu'elle signifie le premier sabbat après Pâque, mot à mot le premier d'ensuite, car le grec a ce sens*. Suivant D. Calmet^ et plusieurs autres, les jours de sabbat compris entre Pâque et la Pentecôte se comptaient à

1 Cfr Deuter., xxiii, 24, 25.

2 L'abbé Chevallier, loc. cit., p. 121. ' Comm. in hoc loc.

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partir du second jour des azymes; le premier s'appelait : premier après le second jour des azymes ou second premier; le suivant : second apjrh le second jour, ou second second; et ainsi des autres jusqu'au septième qui précédait la Pentecôte. L'explication est un peu différente ; mais le sens est le même.

II. — L'autre fait consista dans la guérison d'un malade qui avait le bras atrophié et la main desséchée. Il fut opéré en pleine synagogue. Selon saint Matthieu, les Juifs auraient, les premiers, demandé à J.-C. s'il se permettrait de guérir cet homme; selon saint Marc et saint Luc, J.-G. aurait lui-même fait la question : Si licet sahhatis benefacere, et, sur leur silence, aurait guéri le malade. Quoi qu'il en soit de cette différence peu importante, le Sauveur démontra la légitimité de cet acte par l'exemple même des Juifs qui, au jour même du sabbat, s'adonnaient à des actions plus laborieuses et pour des raisons moindres, telles que la délivrance d'un animal en péril. Ce qui revient à dire que la loi du repos admet des causes excusantes, et que le soin d'un malade est une des plus légitimes.

N° II

La guérison d'un démoniaque (Marc, m, 20-35; Matth., XII, 22-50).

I. — Sujet. Ce démoniaque était aveugle et sourd et sa guérison donna occasion à l'un des enseignements les plus graves de l'Evangile. On y distingue trois choses : l'accusation intentée p^r les pharisiens ; la réplique de J.-C, quinon seulement rejeta la calomnie, mais prit lui-même le ton du reproche et delà menace; une instance des Juifs qui lui demandèrent un signe authentique de sa mission.

II. — 1° Exposition et accusation. « In Beelzebub principe dsemoniorum ejicit dœmones. » On supposait donc en J.-C. un pacte avec Satan et même une possession, ainsi qu'on le voit ailleurs (Joan., vri, 52). Le blas-

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pliôQie, malgré son absurdité, était souverainement injurieux, à double titre : d'abord parce qu'il associait le bien essentiel avec l'auteur du mal; ensuite parce qu'il attribuait à J.-G. le nom et les propriétés d'une des divinités les plus infâmes, Béelzébub, symbole du vice chez les Phéniciens.

2" Bé/jlique de J.-C. Elle comprend trois points : la réfutation de la calomnie; la condamnation du blasphème ; l'incrimination directe des pharisiens.

A. — J.-G. réfuta d'abord l'assertion des Juifs en montrantson absurdité, car Satan ne prêtera jamais son concours à des œuvres qui contrarient sa puissance. Il la réfuta encore par l'exemple de merveilles semblables opérées par les Juifs mêmes, d'où il déduisit une preuve en faveur de sa mission. On demande ce qu'il faut entendre par ces mots : « Filii vestri in quo ejiciunt? » Ces exorcistes juifs étaient une classe particulière d'hommes faisant profession de chasser les démons et qui, dit Josèphe*, auraient reçu de Salomon, par tradition, la connaissance de leur art-. Les anciens et la plupart des Pères sont cependant d'un autre sentiment. Suivant eux, Notre-Seigneur aurait eu en vue ses propres Apôtres, qui chassaient les démons en son nom et qui d'ailleurs, appartenant tous à la nation juive, pouvaient être désignés sous ce nom : Filii vestri. Telle est aussi l'opinion de Maldonat ^ Si elle est vraie, l'accusation des ennemis de Notre-Seigneur serait encore plus absurde.

B. — La condamnation du blasphème suit naturellement la réfutation de la calomnie. « Ideù dico vobis ' « 0)n7ie peccatum et blasphemia remitletur liominibus; « Spiritus autem blasphemia non remittetur.... neque in « hoc sŒCulo, neque in futuro. n

1 Antiq. Jud., lib. VIII, cap. v.

2 Cfr Beelen, Act. Apostol., t. II, p. 129; BuUet., Histoire de l'étabL du Christian., p. 217; le D. Sepp, Histoire de J.-C, t. I, p. 209.

' Comm. in hoc. loc.

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Deux questions se présentent :

a) Que faut-il entendre par ces blasphèmes contre le Fils de l'homme et contre le Saint-Esprit?

Hép. — « Par le blasphème contre le Fils de l'honjme, « dit le P. de Ligny \ les interprètes entendent com- « munément les reproches calomnieux des Juifs qui « ne tombaient que sur Thumanité du Sauveur, par (i exemple, lorsqu'ils disaient qu'il aimait la bonne « chère et le vin, qu'il favorisait les pécheurs, etc.. « Ces reproches étaient bien criminels. Cependant, « parce qu'ils n'atlaquaient pas directement sa divi- « nité, Jésus, le plus doux des hommes, semble les « compter pour rien et ne veut pas qu'on ignore avec « quelle facilité il est prêt h les pardonner.

« Quant au péché contre le Saint-Esprit, c'est visi- « blement celui que commettaient les pharisiens en « attribuant au démon les œuvres de Jésus-Christ qui « avaient l'Esprit de Dieu pour auteur. Ce blasphème « ne s'adressait donc pas précisément au Saint-Esprit « considéré comme la troisième personne de l'ado- « rable Trinité, mais comme l'Esprit de Dieu auteur « des merveilles que Jésus opérait.

« C'est, du moins, ce qui paraît le plus probable, « quoique quelques Pères soient d'un sentiment court traire. »

b) Que veut dire Noire-Seigneur lorsqu'il assure que ce péché est irrémissible? « Non remittelw neque in « hoc sœculo, nec in futuro. »

Rép. — Il n'y a pas de péché dont l'Église ne puisse accorder la rémission. Notre-Seigneur a donc voulu seulement nous faire comprendre que la rémission de ce péché serait plus rare et plus difficile que celle de la plupart des autres. Au premier abord, cette interprétation mitigée ne semble pas pouvoir s'adapter aux expressions si fortes et si absolues que nous venons de citer, a Cependant, continue notre auteur, on

• Vie dcN.-SJ.-C , t. I, p. 183, clans les notes»

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 109

« trouve dans cet endroit même de quoi la justifier... (( Le blasphème contre le Fils de l'homme est mortel K et irrémissible de sa nature, soit en ce monde, soit « en l'autre, s'il n'est expié par la pénitence. Cepen- « dant Jésus-Christ dit simplement et absolument (( qu'il sera pardonné : remitletur. Veut-il nous faire « entendre qu'il le sera toujours? Non, mais qu'il le « sera facilement et souvent, par comparaison avec « le péché contre le Saint-Esprit, lequel ne sera par- (t donné que rarement et difficilement. En uii mot, '( Jésus-Christ dit absolument du péché contre le « Fils de l'homme qu'il sera pardonné : remlttetur, « comme il dit absolument du péché contre le Saint- « Esprit qu'il ne sera pas pardonné : non remitletur. « Il ne vient pas à l'esprit de croire que le premier (c sera toujours pardonné; on ne doit donc pas conte dure davantage que le second ne le sera jamais. » D. Galmet a composé sur cette question, une dissertation où l'on trouve tous les sentiments des Pères *.

C. — Mais Jésus-Christ devait à sa sainteté d'incriminer à son tour les calomniateurs. Il le fit par un raisonnement également simple et concluant : Aul facile arborem bonam et fruclum ejus bonum : aut facile arborem malam et fruclum ejus malum. Les pharisiens ne pouvaient pas prouver que ses œuvres étaient mauvaises ; il en conclut que leurs accusations procédaient uniquement de leur malice.

3° Instance des Juifs. Les adversaires de Jésus- Christ ne se rendirent pas à l'évidence de la raison, mais, changeant de question, ils lui demandèrent uù signe de sa mission divine. Déjà ils avaient proposé la même demande lorsque le Sauveur chassa du temple les trafiquants qu'il y rencontra. Sa réponse fut semblable : la requête était injurieuse, il n'y déféra point, mais ne voulant pas non plus que sa puissance fût mise en défaut, il promit de donner ce signe dans sa

1 Voyez Bi6/e de Vence, t. XIX, p. 418 et suiv.

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