‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 15 sur 89 · III · texte numérisé non relu

III

mort et sa résurrection, annoncées et figurées par l'histoire si populaire du prophète Jonas. Rien ne venait mieux à propos : le signe de Jonas était sa préservation miraculeuse;, qui fut, pour lui, la manifestation authentique des ordres divins; la résurrection de Jésus-Christ devait être aussi la preuve incontestable de sa divinité. Aussi Jésus-Christ ajouta-t-il une menace formidable : Vit^i Ninivitœ surgent in judicio contra generationeni istam, et la parabole de l'esprit impur revenant dans la demeure d'oti il a été banni eut pour but de rendre sensible aux Juifs le péril de l'endurcissement auquel ils s'exposaient en renouvelant les crimes de leurs pères.

Reste à expliquer l'expression tribus diebus qu'on lit dans l'annonce du séjour de Jésus-Christ dans le tombeau. Elle ne signifie pas rigoureusement trois jours entiers, mais sur trois jours. Ce sont en effet les circonstances qui déterminent le sens exact de ces paroles. L'expression ;josi très aies, employée plus tard par saint Marc dans une circonstance semblable (Marc, VIII, 31), est elle-même synonyme de tertiâ die. Suivant le D. Sepp \ cette manière de compter le temps depuis le point de départ jusqu'à l'arrivée inclusivement était originairement commune à tous les peuples. Elle était surtout familière aux Juifs, et il y en a plusieurs exemples dans la Bible (Gen., XL, 12, 13, 20; Deuter., xxxi, 10 et seq. ; Luc, ii, 21; V, 46). C'est un proverbe dans le Talmud qu'une heure de plus compte pour un jour, un jour de plus pour une année. Nous disons nous-mêmes très souvent qu'une personne est morte après trois jours de maladie, quoiqu'elle ait expiré le troisième jour -.

1 Vie de Jésus-Ckrist, t. I, p. 83.

2 Cfr Bullet, Rép. crit., t. II, p. 4.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 111

N» III Résurrection du fils de la veuve à Naïin (Luc, vu, 11-17).

Nous devons exposer le récit de ce miracle, à cause de son importance et des négations que l'incrédulité lui oppose ^

I. — Toutes les circonstances de l'événement ont contribué à lui donner de l'éclat.

l°Le nombreux cortège qui accompagnait le défunt, et celui qui marchait avec Jésus-Christ ont produit un nombre imposant de témoins appartenant à toutes les classes de la société et absolument désintéressés.

2° Le hasard providentiel de la rencontre et l'impossibilité de connivence et entente préalable sont à l'abri de tout soupçon, car Jésus-Christ, selon la concordance, se rendait de Galilée à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte, et Naïm se trouvait sur la route à suivre.

3° On ne pourrait non plus contester la réalité de la mort de ce jeune homme, ni l'intime connexion qui exista entre la parole de Jésus-Christ : Surge, et le fait de sa résurrection.

II. — C'est donc à rencontre de toute vraisemblance du sens commun que les incrédules ont imaginé l'hypothèse d'une longue léthargie où le jeune homme serait tombé, et dont l'air vif joint au bruit des deux troupes se rencontrant l'aurait subitement tiré. Une telle cause est incapable de produire un tel efîet. Autant vaudrait nier la véracité du récit : mais celle-ci a sa preuve dans la simplicité même de la narration, dans la convenance des détails avec les coutumes alors reçues, convenance que l'on remarque aussi dans l'attitude de Jésus-Christ et dans son langage, et que

> Cfr Dehaut, t. II, § 45; Darras, Vie de J.-C.

112 COURS d'écriture sainte

l'imagination d'un mythologue aurait été incapable de concevoir.

III. — A un autre point de vue, ce miracle est une vive image des résurrections spirituelles opérées par Jésus-Christ, a) La veuve désolée figure l'Église, longtemps délaissée en apparence par Dieu, qui souvent, dans l'Écriture, prend le titre d'époux ; c'est aussi l'âme chrétienne atteinte par l'adversité et frappée dans ses affections les meilleures.

b) Dans le défunt, on peut reconnaître soit le genre humain, emporté de bonne heure par le péché et pour lequel ne restait plus en ce monde que la ruine totale ; soit tout homme qui a perdu la vie de la grâce.

c) La rencontre de Jésus-Christ symbolise la résurrection merveilleuse de l'humanité unie au Verbe et réparée par sa grâce, ainsi que toutes les conversions privées qui ont rendu des enfants à l'Eglise. Elle montre que rien n'arrête la puissance divine ni l'efficacité souveraine de sa grâce.

N" IV

Saint Jean-Baptise députe vers Jésus deux de ses disciples. Éloge du Précurseur (Luc, vu, 12-35; Matth., xi, 2-19).

I. — « Joannes autem, quhm audisset in vinculis opéra (( Chrisli, mitlens duos de discipulis suis, ait illis : Tu es « qui venturus es?... (Matth., xi, 2,3). » C'était peu de temps avant la mort de saint Jean, quand ce courageux défenseur des droits sacrés du mariage expiait en prison le crime d'avoir condamné, dans Hérode et Hérodiade, l'adultère et l'inceste couronnés. Hérode l'avait enfermé dans la forteresse de Machaire, située dans le voisinage du mont Nébo, à environ trois lieues de la mer Morte ^

Suivant le D. Sepp ^ saint Jean lui-même aurait conçu quelques doutes sur la divinité de Jésus-Christ,

' Gfr le D. Sepp, Vie de J.-C, t. I, p. 437, 2 Loc, cit., p. 439.

et c'est pour les éclaircir qu'il députa deux de ses disciples. Ce sentiment est tout à fait inadmissible. Celui que Jésus avait purifié et fait tressaillir dans le sein de sa mère; celui qui avait vu le Saint-Esprit descendre sur sa tête et entendu le Père le proclamer son Fils; celui qui lui avait rendu si souvent témoignage : celui-là ne pouvait pas douter de la divinité du Sauveur, quand d'ailleurs le nom de Jésus était dans toutes les bouches et que le bruit de ses miracles se répandait partout. Mais il n'en était pas de même des disciples de saint Jean : ils étaient jaloux des succès de Jésus, et ils avaient exprimé en plusieurs rencontres leur mécontentement (Joan., m, 26 ; Matlh., IX, 14;. C'est donc afin de les éclairer que saint Jean, inquiet de leurs dispositions et craignant une rupture, députe deux d'entre eux vers Jésus, afin qu'ils soient témoins des miracles qu'il opère. Notre- Seigneur le comprit très bien. Aussi, au lieu de leur répondre directement : Oui, je suis le Messie, il fait en leur présence un grand nombre de miracles et il les renvoie avec ces paroles : « Euntes, renuntiate Joanni « quœ audistis et vidistis... Beatus est qui non fuerit scan- « dalizatiis in me (Matth., xi, 4-6). » Quelle manière adroite de leur reprocher leur incrédulité et de leur ouvrir les yeux ' !

II. — Il y a dans l'éloge de saint Jean-Baptiste plusieurs paroles qu'il est nécessaire d'expliquer.

1° « Non surrexit inter natos miiUerum major Joanne « Baptistâ (Matth., xi, H). Il n'y a point de règle, si générale qu'elle soit, sans exception ; et il faut en admettre une ici, non seulement en faveur de Jésus- Christ et de la très sainte Vierge, mais encore de saint Joseph. Il ne s'agit peut-être d'ailleurs, comme le pense Maldonat ^ que des personnes de l'ancienne Loi, à laquelle Jésus-Christ et la très sainte Vierge

1 Cfr S. Joan. Chrysost., in Matlh., homil. 36, al. 37, n. l et 2. ^Comm. in Matth. hocloe.

n'appartenaient plus. Et puis c'est à la mission de Jean que cette sentence convient principalement.

2° « Qui autem minor est in regno cœlorum major est « illo (Matth., XI, 11). » C'est-à-dire : et cependant le plus petit, le dernier des chrétiens, l'emporte sur lui, non sans doute en sainteté, mais en dignité, en grandeur. Ainsi le nom seul de chrétien est plus glorieux que ne l'était le titre de prophète et même celui de précurseur du Messie !

3° « Cui autem ass/milabo generationem istam? Similis « est pueris sedentibus in for o... (Matth., xi, 16-19.)» Cette formule similis est se rencontre fréquemment dans l'Évangile. Elle ne doit pas être prise si strictement qu'on doive toujours faire porter la comparaison sur les termes mêmes qu'elle semble indiquer. On la traduirait souvent mieux par : « Il en est comme « de... » C'est le terme comparatif des Hébreux. On peut en citer plusieurs exemples. Un des plus frappants est l'endroit de l'Évangile oii l'on dit que le royaume des cieux est semblable à un homme qui cherche de belles perles : « Simile est regnum cœlorum « honùni negotiatori quœrenti bonas margaritas (Matth., XIII, 45). » Malgré la formule accoutumée,, c'est évidemment à la perle, et non à l'homme, que le royaume des cieux est comparé.

4° « Et justificata est à filiis suis (Matth., xi, 19). » C'est-à-dire : Mais la sagesse divine n'en a pas moins été louée par les hommes vraiment sages ; mot à mot : par les enfants de la sagesse. C'est unhébraïsme où et a le sens de mais.

Marie-Magdeleiue à Béthanie chez Simon le Pharisien (Luc, vu, 36-50).

I. — Jésus haïssait les vices des pharisiens, mais non leurs personnes. Il accepte donc à dîner chez l'un d'eux, nommé Simon, appelé ailleurs Simon le Lé-

EXPLICATION LITTÉRALE DE l' ÉVANGILE 115

preux, qui demeurait à Béthanie (Matth., xxvi, CJ. Saint Luc ne dit pas le nom de la femme qui pendant le festin vint trouver le Sauveur; il dit seulement que c'était une pécheresse. Mais il est hors de doute que c'était Marie, soeur de Lazare, surnommée aussi Magdeleine probablement à cause d'un château qu'elle possédait à Magdala.

En effet, le pieux et savant auteur des Monuments inédits sur Vapostolat de sainte Marie-Magdeleine en Provence a prouvé jusqu'à l'évidence l'identité des trois Marie, savoir : de Marie la pécheresse, de Marie sœur de Lazare et de Marie-Magdeleine. Il résout d'abord la question par la tradition ^ Il en résulte que, de plus de cent vingt auteurs qui, pendant les quinze premiers siècles, ont embrassé une opinion à cet égard, on en compte à peine une quinzaine qui ne se soient pas prononcés pour l'unité des trois Marie. Encore ne trouve-t-on dans ce petit nombre que deux noms vraiment marquants : Origène et saint Jean Chrysostome. 11 prouve ensuite dans son premier appendice 2 que l'unité n'est pas opposée à l'Evangile, et qu'elle n'a pas non plus contre elle la liturgie latine, sur laquelle les apologistes de la distinction s'étaient appuyés pour défendre leur système. L'identité des trois Marie est donc une vérité définitivement acquise à l'histoire.

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