‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 16 sur 89 · II. — Trois choses demandent à être expliquées · texte numérisé non relu

II. — Trois choses demandent à être expliquées

\'^ Et eccè mulier , quœ erat in civitate peccatrix « (Luc, VII, 37). » Ces paroles de la Vulgate semblent indiquer que cette femme était une pécheresse publique, une courtisane ou au moins une femme dont la conduite légère était pour la ville un sujet de scandale. Tel est le sentiment commun. « Plusieurs au- « teurs modernes, ditM. Faillon^ onttrop atténué les « fautes de Marie-Magdeleine, croyant expliquer plus

1 Monum. inédits, etc., t. I, p, 231.

2 Ibid., p. 234 et suiv.

3 Ibid., t. II, col. 143, note (a).

« aisément par là comment la sœur de Marthe a pu « être la pécheresse dont parle saint Luc; mais les « anciens it'ont pas eu la même délicatesse, et saint « Éphrem la donne pour une véritable prostituée, « faisant le déshonneur de sa famille et se livrant aux « désordres les plus affreux. On peut croire qu'après « la mort de ses parents, elle se sera abandonnée à « quelque homme riche, avec qui elle aura vécu dans « un mauvais commerce connu de toute la ville, ou « que, étant devenue veuve de très bonne heure, elle « se sera laissé emporter aux passions de la jeunesse : « car, si l'on en croit quelques monuments assez ré- « cents, elle n'avait guère que vingt et un ou vingt- « deux ans au moment de sa conversion. » Remarquons de plus qu'elle avait été possédée, et délivrée de sept démons par Notre-Seigneur (Luc, vi-ii, 2; Marc, XVI, 9). Mais cette possession, d'après le cardinal de BéruUe, quoique très réelle, était intérieure et ne paraissait pas au dehors.

2° — « Et stans retrô, secùs pedes ejus, lacrymis cœpit « rigare pedes... (Luc, vu, 38). » — « Pour entendre « ces paroles, il faut savoir que le Seigneur n'était « point assis sur un siège, comme nous le pratiquons « aujourd'hui dans nos repas, mais qu'il était couché « et accoudé sur un lit à la manière des anciens, «• ayant la tête tournée vers la table , et les pieds « étendus du côté opposé; de sorte que sainte Magde- (( leine pouvait les oindre aisément... Comme les « chaussures des 'anciens étaient quelquefois décou- « vertes et n'empêchaient pas la poussière de s'atta- « cher aux pieds, on lavait les pieds aux anciens avant « qu'ils se missent à table... Déplus, comme le climat « était chaud, de là vint l'usage des lotions pour tem- « pérer la chaleur, et celui des parfums pour corriger « la mauvaise odeur que cause quelquefois une « transpiration abondante'. »

1 Monum. ineiils, t. II, col. 157, note (a).

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 1 17

S° « Propter quod dico tibi : Remittuntur ei peccata « multa, quoniam diiexit multUm. Culautem minus dimi- « titur, minus diligit. (Luc, vu, 47). » Avant que Notre- Seigneur eût prononcé ces paroles, Marie-Magdeleine avait sans doute déjà formé dans son cœur l'acte de parfaite charité qui justifie, et par conséquent ses péchés lui avaient été remis. Remiitunlur a. donc ici le sens de remissa sunt.

Mais comment accorder ces paroles avec la parabole qui précède? Au lieu de dire : Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé, il semble que Jésus-Christ aurait dû dire : Parce que beaucoup de péchés lui ont été remis, elle doit beaucoup aimer.

Rép. — Ces paroles ne sont pas l'application de la parabole des deux débiteurs. L'exposé que Jésus venait de faire de la conduite de Marie-Magdeleine et de celle du pharisien avait suffisamment prouvé que Marie, ayant beaucoup plus reçu, avait aussi beaucoup plus aimé. Il n'était pas besoin de le dire expressément; la chose parlait d'elle-même. Ce que Notre- Seigneur ajoute est seulement comme un complément de la parabole et achève la justification de la pécheresse. G'est comme s'il eût dit : « Sachez aussi que si « beaucoup de péchés lui ont été remis, c'est parce « qu'elle a beaucoup aimé. Quarè hoc, dit Corneille « Lapierre' , ut emblema et complementum parabolœ « addidit, non aulem rei per parabolam significatœ ex « œquo adaptari voluil. » Il n'y a donc aucune contradiction.

Page 1