N° VI
Guérison des possédés de Gérasa (Matth., vin, 18-34; Marc, IV, 35-40; v, 1-21 ; Luc, viii, 22-39).
1° Ce miracle eut lieu dans le pays des Géraséniens. Au lieu de Gerasenorum {repysayjvûv), il y a dans
1 Comm. in Luc, hoc toc.
118 COURS d'écriture sainte
le texte grec de saint Marc et de saint Luc rv.otxp-o'jrJrj. Les Gadaréens et les Géraséniens, avaient, en cet endroit, des pâturages communs. Les évangélistes l'ont donc indifféremment appelé du nom des uns et des autres. Pour la môme raison, la Vulgate parle seulement des Géraséniens. — Gérasa était, d'après son étymologie, la ville de boue, la Lutèce de la Palestine, à cause de son sol bourbeux et des grasses prairies au milieu desquelles elle était située K
2" « Occurrerunt ei duo habentes dœmonia (Matth., « Yiii, 28). » Saint Marc et saint Luc ne parlent que d'un seul démoniaque. Mais ils ne disent pas qu'il fût seul. « Peut-être était-il plus tourmenté, plus furieux « que l'autre, et par conséquent plus renommé dans « le pays. Peut-être môme était-il le seul qui y fût « connu au temps où ils écrivaient, l'autre étant mort (( et n'ayant fait aucune sensation parmi ses compa- « triotes -. »
3° <f Erat autem... grex midiorum porcorum pascens a (Matth., VIII, 30). » "
Nous savons par le témoignage des anciens auteurs que les Juifs élevaient des animaux de cette espèce, malgré la défense de la Loi qui leur en interdisait l'usage. Pétrone les accusait d'adorer le pourceau : « Judœus licèt, et porcinurn numen adoret^. » Juvénal * disait que les pourceaux vieillissaient chez eux parce qu'on ne les tuait pas.
Et vêtus indulget senibus clementia porcis.
« Entraînés par l'amour du gain, dit Sepp ^ les ce Juifs nourrissaient des troupeaux entiers de ces (f animaux, qu'ils faisaient garder par des serviteurs « païens, et qu'ils vendaient ensuite aux Romains. (( La chose même alla si loin que, dans les villes oiiil
' Cfr Sepp, Vie de J.-C, t. I, p. 131.
2 M. Glaire, Livres saints venges, t. II, p. 380,
3 Satyr., fragm,
4 Satyr. VI.' '•Loc. cit., p. 430.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 119
« y avait beaucoup de païens, ils faisaient sans scru- « pule la cuisine avec de la viande de porc, qu'ils « vendaient par petites portions à des prix médio- « cres. » Notre-Seigneur semble avoir voulu bannir cet abus en faisant périr deux mille de ces animaux. Cela suffirait pour justifier la permission donnée par Jésus-Cbrist aux esprits impurs, permission d'ailleurs négative qui laissait leur liberté d'action à ces êtres et se contenta de ne pas les empêcher.