‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 19 sur 89 · IX · texte numérisé non relu

IX

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 121

II. — La deuxième partie se divise aussi en différentes époques.

•1° Depuis le mois de septembre jusqu'à la fête des Tabernacles, le jeudi 9 octobre. — Vers la mi-septembre, Jésus quitta de nouveau Capharnaûm, où il ne devait plus revenir, et se mit en route pour Jérusalem, où l'appelait la fête des Tabernacles. Il avait pris son cbemin par laSamarie; mais les Samaritains lui refusèrent le passage sur leurs terres. Il prit alors une autre voie et dispersa ses disciples deux à deux, à travers la Galilée d'Antipas, la Pérée et la Judée (Luc, IX, 51-62; x, 1-16). Quand il arriva à Jérusalem, la fête était commencée. C'est saint Jean (vu, 1-13) qui nous apprend cette particularité et la cause de ce retard. Peut-être, en y allant, Jésus s'arrêta-t-il à Béthanie, chez Marthe et Marie (Luc, x, 38-42).

2° Depuis la fêle des Tabernacles jusqu'au commencement de novembre. — Les faits qui remplissent cet intervalle de deux ou trois semaines sont racontés par saint Jean, et se passent, les uns pendant (Joan., vu, 14-53) et les autres après l'octave de la fête (Joan., viii-x, 1-21). Les plus remarquables sont l'histoire de la femme adultère (Joan,, viii, 3-11), la guérison de l'aveugle-né (Joan., ix) et l'éloge du bon pasteur (Joan., X, 1-21). Le reste du temps fut consacré presque tout entier à des discussions avec les pharisiens.

3° Depuis le commencement de novembre jusqu'à la fête de la Dédicace ou des Lumières, le mardi 16 décembre. — Là se place la dernière grande excursion de Jésus en Judée et en Galilée, dont saint Luc (xi-xviii) nous a conservé les faits principaux et les instructions les plus importantes. On y remarque en particulier plusieurs belles paraboles : le Grand festin (xiv, 1-25); l'Enfant prodigue (Luc, xv); l'Econome infidèle (xvi, 1-9); Lazare et le mauvais Riche (xvi, 20-31); le Publicain et le Pharisien (xviii, 1-14). Quelques discussions avec les pharisiens (Luc, xi, 14-36) rappellent

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celles que Jésus avait déjà eues avec eux, et que saint Matthieu (xii, 22 et suiv.) a racontées à peu près dans les mêmes termes. Mais cela ne doit pas surprendre : car on a dû faire souvent à Notre-Seigneur les mêmes reproches, et il n'est pas étonnant qu'il y ait fait les mêmes réponses. Plusieurs instructions et plusieurs faits de cette époque ont été racontés par plusieurs évangélistes : la gravité du scandale (Matth., xviii, 6-33; Marc, ix, 41-49; Luc, xvii, 1-10); l'amour du Sauveur pour les petits enfants (Matlh., xix, 13-15; Marc, X, 13-16; Luc, xviii, 13-16); et l'embarras des richesses (Matth., xix, 16-30; Marc, x, 17-31 ; Luc, XVIII, 17-30). Les instructions sur l'indissolubilité du mariage ne sont rapportées que par saint Matthieu (xix, 11-2) et et par saint Marc (x, 1-12). A cette époque se rattache aussi sans doute la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (Matth., xx, 1-16). Après avoir parcouru la Judée au Sud et à l'Ouest de Jérusalem, Jésus était redescendu en Galilée par le bord de la mer. Mais, parvenu dans la basse Galilée, il repartit pour Jérusalem (Luc, xiii, 22) par la Pérée, après avoir traversé le Jourdain et guéri un peu auparavant dix lépreux (Luc, xvii, 11-19). Il revenait assister à la fête de la Dédicace.

4° Depuis la fête de la Dédicace jusqu'au dernier voyage ci Jérusalem. — C'est encore à saint Jean qu'il faut demander le récit des faits principaux arrivés dans cet intervalle d'environ trois mois. Après la fête, où de nouvelles discussions avec les Juifs fournirent à Jésus l'occasion d'affirmer si clairement sa divinité (Joan., X, 22-42), il se retira à Beth-Abara, sur les bords du Jourdain. Pendant l'hiver, la voie du fleuve était toujours libre, et les barques des pêcheurs ou des marchands affluaient dans ces lieux. C'est là que s'écoula le mois de janvier tout entier. — Deux grands événements signalèrent le mois suivant, savoir : 1° la résurrection de Lazare (Joan., xi, 1-46); 2° le complot des pharisiens et l' excommunication du

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Sauveur par le grand conseil (Joan., xi, 47-o4). « Dès « ce moment, dit saint Jean, Jésus ne marcha plus « en public chez les Juifs. Il s'en alla dans la région « près du désert, dans une ville appelée Ephrem, « et il y resta avec ses disciples (Joan., xi, o4). »

o° Dernier voyage à Jérusalem. — Ephrem, où Jésus s'était retiré, était situé au delà du Jourdain, dans la Pérée, à une vingtaine de kilomètres au Sud-Est du du lac de Génésareth. Il y resta tout le commencement de mars. Mais la Pâque était proche ; et il partit, sans doute le mercredi iS, pour se rendre à Jérusalem (Joan., XI, So, 06). — Il prit sa route par Jéricho, où il dut arriver dans la journée du jeudi. En chemin, il prédit de nouveau sa passion (Luc, xviii, 31-34; Matth., xx, 17-19; Marc, x, 32-34) et donna aux enfants de Zébédée une leçon d'humilité et de sacrifice (Matth., XX, 20-28; Marc, x, 35-45). — En arrivant à Jéricho, il guérit un aveugle (Luc, xviii, 35- 40) et alla descendre chez Zachée (Luc, xij 1-28), — Il en repartit le lendemain, guérit en sortant deux autres aveugles (Matth., xx, 29-34; Marc, x, 46-52) et dut arriver le vendredi soir à Béthanie, où il soupa chez Simon le Lépreux (Joan., xii, 1-11; Matth., xxv, 6-14; Marc, xiv, 3-9). Toute la journée du samedi fut consacrée au repos. Comme Béthanie se trouvait à une distance de Jérusalem que l'on pouvait franchir un jour de sabbat, il y vint, ce jour-là, une foule de Juifs, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu'il avait ressuscité (Joan., xiii, 9).

Multiplication des pains (Matth., xiv, xv; Marc, vi, vu; Luc, IX ; Joan., vi).

Nous unissons ces deux miracles dans une même étude, parce que les questions sont les mêmes pour l'un et l'autre. Nous examinerons leur caractère miraculeux, leur signification symbolique; mais nous ren-

voyons à l'article III l'étude des discours que J.-C. prononça à la suite du premier.

I. Caractère miraculeux. — « Celse, dit Du Clôt ', se « trouvait autrefois tellement pressé par cette histoire, « que, pour en éluder les conséquences, il établit que « Jésus-Christ était magicien ; et il compare ces mer- « veilleux repas, dans lesquels Noire-Seigneur nourrit « avec quelques pains et quelques poissons plusieurs « milliers de personnes, à ces festins magiques des (( enchanteurs égyptiens qui présentaient à leurs « convives des mets illusoires sans substance et sans « réalité. » Ainsi une multitude affamée et défaillante aura été rassasiée par des chimères, fortifiée et rafraîchie par des ombres !

\° Suivant Paulus -, Jésus aurait été simplement cause occasionnelle du rassasiement de cinq mille hommes. La foule qui suivait le Sauveur, dit-il, se composait vraisemblablement de pèlerins qui étaient venus à la fête de la Pentecôte et qui s'en retournaient en troupes dans leur pays. Les riches avaient avec eux des provisions. Quant aux pauvres, qui peuvent emporter avec eux peu de choses, ils s'industriaient de village en village. Comme on était dans un endroit désert et qu'on ne pouvait aller chercher des provisions, Jésus fit ordonner au peuple par ses Apôtres de s'asseoir par groupes sur la pelouse. Les pauvres et les riches furent ainsi mêlés. Naturellement les riches firent apporter les provisions chargées sur les chameaux et les bêtes de somme qui les accompagnaient, pour obéir à Jésus, qui les avait invités à prendre en ce moment leur repas du soir, le principal pour les Orientaux. Alors Jésus, sous les yeux de tous, sortit *■ les petites provisions qu'il avait pour lui et pour ses disciples, récita l'action de grâces ordinaire ou bénédicité hébreu, et mit ce qu'il avait à la disposition de

1 Du Clôt, Bible veng.,l. II, p. 612.

- Leben Jesu, t. I.

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tout le monde. Ce que voyant, tous ceux qui avaient apporté des vivres s'empressèrent de l'imiter, el toute la multitude fut ainsi rassasiée. — Il n'est personne qui ne voie combien cette explication fait violence au récit évangélique. Nous ferons seulement remarquer qu'il n'est question dans le texte sacré ni de chameaux ni de provisions. Au contraire, on dit expressément que les foules qui suivaient Jésus allaientà pied (Matth., XIV, 13; Marc, vi, 33), et qu'on n'avait pour les nourrir que cinq pains et deux poissons (Joan.,vi, 9 ; Luc, IX, 12, 13). On ne dit pas eu toutes lettres que Jésus ait multiplié ce?, pains; mais si le mot n'y est pas, la chose y est. Cette multiplication des pains sort du texte sacré comme un chiffre d'une opération d'arithmétique. « CoUege7'unt ergô, dit saint Jean (vi, 13), et « impleverunt duodecim cophinos fragmentorum ex quingue « panibus hordeaceis quœ superfuerunt. » Donc des cinq pains il reste douze corbeilles : ce qui fait plus de cinq pains, ce qui fait une multiplication de pains, sans compter celui qui avait été mangé K

2° Les explications des mythologues ne sont pas moins ridicules. Strauss lui-même ne paraît pas élever son édifice mythique d'une main bien sûre. Aussi n'est-ce qu'après plusieurs hésitations qu'il a cru trouver l'explication naturelle de ce récit dans l'hi^ toire du peuple juif, nourri miraculeusement avec la manne et les écailles (Exod., xvi, 4-12 ; Num., xi, 18- 20); dans le miracle d'Elie en faveur de la veuve de Sarepta dont il multiplia la petite provision d'huile (III Reg., XVII, 5-16), et dans celui de ces cent hommes que, pendant une famine, Elisée nourrit avec vingt pains et un peu de froment écrasé (IV Reg., iv, 42). D'après ce critique, cela aurait suffi pour faire naître dans l'esprit des auteurs du Nouveau Testament l'idée de représenter Jésus ordonnant à ses Apôtres de

Cfr Étud. relig. des PP. Jésuites, iiov. 1871,11° 35. Article de M. l'abbé Vigoureux (p. 7;'4 et suiv.).

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nourrir la multitude avec quelques pains et quelques poissons. — Mais Strauss oublie que deux de ces auteurs furent témoins oculaires du miracle qu'ils racontent, et que les deux autres l'avaient appris des Apôtres. Gomment eussent-ils pu abuser jusqu'à ce point de la simplicité de leurs lecteurs? comment ne les eût-on pas accusés d'imposture ? Ces miracles étaient cependant admis par les païens eux-mêmes, qui, forcés d'en reconnaître l'existence, se voyaient réduits, comme Celse, à les expliquer.

3° L'explication de M. Renan ^ n'est pas la moins curieuse : « Jésus, dit-il, craignant de la part d'An- « tipas un surcroît de mauvais vouloir, prit quelques « précautions et se retira au désert. Beaucoup de « monde l'y suivit. Grâce à une extrême frugalité, la « troupe sainte y vécut. On crut naturellement voir en « cela un miracle. » M. Renan 2, qui, après Strauss, a si bien exécuté Paulus de sa propre main, est-il donc revenu à l'explication naturaliste de ce critique ?

Le meilleur moyen de réfuter ces explications est donc simplement de les exposer; et c'est le cas de répéter la réponse spirituelle de Brunswick à l'un de ses amis, grand partisan de l'explication naturaliste, qui lui demandait un jour son opinion sur ce système et, en particulier, sur l'explication de la multiplication des pains : « Vous vous tireriez bien plus facilement « d'afFaire, lui répondit-il dans son langage à la Vol- « taire, en disant que personne ne connaît les drôles « qui racontent de pareilles aventures ; que ce sont (( d'insignes menteurs et que tout ce qu'on allègue en « faveur de leur probité est un conte en l'air ^ » . IL Symbolisme. — 1° Gonsidérés en eux-mêmes ces deux miracles ont symbolisé l'institution de l'Eucharistie et la nourriture céleste que J.-G. devait donner auxjiommes, par lui-même, comme Pasteur éternel,

^ Vie de Jésus, p. 19S.

2 Études d'histoire religieuse, 4» édit., p. 145.

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et par le ministère de son Église. C'est pourquoi il ia multiplié les pains et les poissons par sa puissance, mais a confié aux Apôtres le soin de les distribuer. La multitude assemblée au désert figurait les chrétiens de tous les âges qui traversent le monde oti les âmes ne trouvent aucun aliment substantiel ; les pains, faits de pâte fermentée, figuraient l'Humanité du Sauveur toute vivifiée par la Personne du Yerbe; les poissons, passés par le feu, rappelaient que cette même Humanité de J.-C. devait subir la Passion avant d'être ainsi donnée aux hommes.

2° Comparées l'une à l'autre les deux multiplications ont présenté des différences significatives. — a) Dans la première les Apôtres pensèrent eux-mêmes aux besoins de la multitude, mais ils y pensèrent pour la renvoyer ; les pains étaient au nombre de cinq et faits d'orge, nourriture réservée aux esclaves. Ces choses ont figuré le caractère et l'esprit de la loi antique, contenue dans les cinq livres de Moïse, loi de crainte et de servitude, impuissante, n'ayant rien à donner aux étrangers, exclusive même et qui attendait que J.-C. vînt lui donner la force par un esprit nouveau. — b) Dans la seconde multiplication, J.-C. seul pensa à secourir la foule de ses auditeurs. Mais il y avait sept pains de froment, nourriture propre de l'homme. Ce nombre et ces circonstances figuraient donc la loi évangélique, apportée par J.-C, formée du plus pur esprit de vérité, de grâce et d'amour, et dont la pratique se résume dans l'administration des sept sacrements par où la plénitude de la vie divine se répand dans les âmes. — c) Enfin l'action des Apôtres auprès de ces foules, les douze corbeilles d'une part et les sept de l'autre qui réunissent les restes, enseignent que J.-C. a mis entre leurs mains tous ses dons et que dans l'Eglise apostolique seule on trouvera la vraie nourriture ^

1 Cfr L. Yeuillot, Vie de J.-C, 1. II, ch. iv.

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N" II

Discussion avec les pharisiens au sujet des traditions judaïques (Matth., XV ; Marc, vu).

Ces discussions eurent lieu peu de temps après la troisième Pâque et furent occasionnées par la négligence des Apôtres à laver leurs mains avant de manger. Cette coutume de propreté n'était que l'extension de l'ordre donné par Moïse de se purifier quand on avait contracté une souillure légale; mais les pharisiens en avaient fait l'objet d'une prescription rigoureuse, et ils accusèrent J.-C. de l'avoir violée. Le Sauveur répondit de deux façons : en montrant la différence essentielle qui existe entre de simples traditions et les commandements au point de vue pratique; en enseignant ce qu'il faut entendre par la véritable pureté.

1° La première réplique fut moins une réponse qu'une attaque directe, où J.-G. reprocha aux pharisiens de transgresser des articles positifs de la loi divine pour suivre leurs traditions : mais elle montra par là même que des pratiques tout humaines, introduites par l'usage, ne sauraient être assimilées à des préceptes formels quant à l'obligation pratique. J.-C. tira du quatrième précepte le sujet de son accusation, opposant au texte si clair de la loi les interprétations juives.

« Vos autem dicitis : Quicumque dixerit palri vel (( malri : Munus quodcumque est ex me, tibi proderit. » Cette sentence est une sorte de proverbe qui avait cours chez les Juifs et dont l'origine ainsi que la signification nous échappent. Les uns traduisent : « Contentez-vous des dons que j'offre au Seigneur ; » c'est-à-dire de la part de la victime qui, dans les sacrifices, excepté lorsqu'il s'agissait d'un holocauste, revenait à ceux qui les offraient. Les autres : « Recevez « comme un bienfait tout gratuit [munus] le peu que « je vous donne, car ce n'est point une dette que je

« me croie obligé d'acquitter. » Quelques-uns supposent que les Juifs, par avarice et afin de ne point secourir leurs parents, consacraient ou prétendaient avoir consacré leurs biens au Seigneur. Ils traduisent en conséquence : « Tout ce qui m'appartient et pour- « raitvous être utile est consacré au S£igneur, Corban. » (C'était l'expression reçue pour faire cette consécration). « Je ne puis plus rien en distraire pour vous secourir. » Au fond, ces enfants dénaturés n'auraient rien fait pour leurs parents. Cependant Notre-Seigneur suppose qu'ils faisaient quelque chose, puisqu'il ajoute : « Et ultra non dimitlitis eum quidquam facere. n Nous nous rangerions donc de préférence à l'avis de Maldonat et de Corneille Lapierre, qui ont vu dans ces paroles des Juifs un souhait en faveur de leurs parents, mais un souhait stérile, assez semblable à notre que Dieu vous assiste/ par lequel on se contente quelquefois de secourir les pauvres qui demandent l'aumône. On traduirait alors : « Que tous les dons « que j'offre au Seigneur vous profitent aussi bien « qu'à moi ! » c'est-à-dire : Puisse le Seigneur, à qui j'offre des sacrifices, vous combler de ses libéralités et vous secourir en vos besoins !

Quel que soit d'ailleurs le sens de ces paroles, il y avait en pratique une violation réelle du quatrième précepte, etJ.-C, a pu ajouter que les Juifs n'honoraient Dieu que des lèvres.

2" A la suite de l'accusation vint l'enseignement de la vraie doctrine sur la pureté. J.-C. déclara qu'elle est dansle cœur, dans les pensées, les affections et les paroles ; que les choses matérielles, n'ayant rien de commun avec l'âme, ne sont point capables, /jar ellesmêmes, de la souiller. Si leur usage devient moralement coupable, c'est que la volonté s'y porte avec une intention mauvaise, et tout le désordre vient d'elle. Mais les éléments nutritifs n'atteignent que l'organisation matérielle de l'homme, et demeurent étrangers à son être moral. On voit, par cette exposition, ce

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qu'il faut penser des interprétations des protestants qui, forts des paroles évangéliques, condamnent les lois de l'abstinence posées par l'Église. Les aliments ne sont pas plus nuisibles à la conscience un jour que l'autre, mais l'Eglise a voulu, par l'abstinence, empêcher qu'une intention désordonnée ne vicie leur usage, et c'est l'infraction de la loi qui est condamnable.

N" III Transfiguration (Matth., xvii; Marc, ix; Luc, ix).

I. — La merveille de la Transfiguration occupe une place considérable dans la vie de J.-C, soit par sa nature même, soit à cause des circonstances qui l'ont entourée. Elle eut lieu peu de jours après la profession de foi de saint Pierre à la divinité du Sauveur, entre deux annonces expresses de la Passion faites aux Apôtres; quelques semaines seulement avant celle-ci, et enfin l'entretien de J.-C. avec Elle et Moïse n'eut d'autre sujet que la Passion même. D'autre part, J.-C. n'admit que trois Apôtres à la contemplation du miracle, les trois privilégiés, Pierre, Jacques et Jean, les mêmes qui avaient vu la résurrection de la fille de Jaïre et qui devaient accompagner leur maître au jardin de Getbsémani. Ces choses montrent qu'il y avait des rapports intimes entre la scène de la Transfiguration et celle du Calvaire, et que J.-C. voulait confirmer la foi de ses Apôtres en sa personne divine et les prémunir contre le scandale de sa Passion.

II. Lieu et temps-, — 1° Les interprètes sont divisés de sentiments sur le lieu où s'opéra la merveille, et que l'Evangile désigne par ces seuls mots : Montent excelsum. Communément on nomme le mont Thabor, point culminant, isolé au milieu d'une plaine, et d'oii la vue embrasse une grande étendue de pays. Telle a été l'opinion traditionnelle, au moins depuis le quatrième siècle. Aujourd'hui la plupart des modernes la

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rejettent pour trois raisons : — a) Au temps de J.-C. le Thabor était couronné par une forteresse dont on voit encore les restes. — b) Ce mont ne justifie pas l'expression Mons excelsus. — c) Six jours avant la Transfiguration J.-C. était dans la région de Césarée à trois ou quatre journées du Thabor, au Nord, et l'Évangile ne dit pas qu'il soit alors redescendu en Galilée. Ils pensent donc que les choses se passèrent sur un des sommets de l'Anti-Liban, où les neiges subsistent durant la plus grande partie de l'année.

2" Quant au temps, saint Matthieu dit s?a: jours après la confession de saint Pierre, et saint Luc environ huit jours. Cette seule réserve empêche une objection sérieuse. Saint Matthieu n'aura compté que les jours intermédiaires entre la confession de saint Pierre et la Transfiguration, et saint Luc les aura compris dans son calcul. On a pensé aussi que l'heure du miracle fut à la fin d'une nuit passée dans la prière, et l'on explique ainsi ces mots : Respknduit sicut sol.

III. Témoins. — Outre les trois Apôtres, la Transfiguration eut pour témoins Elie et Moïse, qui apparurent, l'un en son corps, et l'autre à la façon des anges. L'un et l'autre représentaient le Judaïsme dans ses deux formes les. plus illustres, la Loi elles Prophètes, et ils rendirent témoignage au fondateur de la nouvelle alliance, qu'ils reconnurent pour le Messie annoncé par eux. C'est pour cela que l'Evangile fait observer que le sujet de leur entretien était la Passion prochaine. J.-C. se tint au milieu d'eux comme leur maître et pour montrer qu'il était la fin de la Loi, celui qui lui donnerait son complément et sa gloire. Avec cet enseignement, J.-C. montra encore à ses disciples qu'il est maître de la mort et de la vie par l'acte de puissance qui amena les deux prophètes; il leur donna aussi une idée de la gloire réservée à son Humanité par sa résurrection, et un emblème ainsi qu'une garantie de notre résurrection future.

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