IV. — A la suite de la Transfiguration, J.-C. fît
132 COURS d'écriture sainte
défense aux Apôtres d'en parler avant sa résurrection. Cet ordre occasionna une question qui complète les enseignements du mystère. Car la pensée de la résurrection et l'apparition d'Élie sur la montagne rappelèrent aux Apôtres ce que leurs scribes disaient de la venue du Prophète sur la terre comme précurseur de la résurrection. Peut-être pensèrent-ils qu'il n'y aurait rien de plus que ce dont ils avaient été les témoins. Ils demandèrent donc ce qu'il en serait. J.-C. donna une double réponse : d'abord il confirma l'enseignement des scribes, ajoutant qu'à la venue d'Élie les espérances juives seraient réalisées. Ensuite il ajouta que la prophétie avait reçu un premier accomplissement en la personne de Jean-Baptiste. C'était une allusion à ses deux avènements, dont le premier était dans l'abaissement et le second sera dans une gloire semblable à celle qui avait brillé sur la montagne.
N" IV
Lesfils de Zébédée; les aveugles de Jéricho, Zachée (Luc. XVIII, xix; Matth., xx; Marc, x).
Ces trois faits se rapportent au dernier, voyage de J.-C. à Jérusalem.
^ I. Les fils de Zébédée. — La demande formulée par ces deux Apôtres d'être assis aux côtés de J^-C. en son royaume, se rattache à la nouvelle prédiction que le Sauveur fit en route de ses prochaines souffrances. Ce langage fut inintelligible pour les Apôtres; mais du moins pensèrent-ils que leur Maître allait enfin prendre possession de son royaume, et, tout imbus encore des idées juives, ils n'entendirent les choses que dans le sens temporel et politique.
1° Saint Matthieu, qui était présent, dit que la requête fut présentée parla mère des deux prétendants : selon saint Luc ces apôtres auraient eux-même abordé J.-C. L'un et l'autre se concilient bien : la mère fît la
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 133
première démarche et ses fils l'appuyèrent par une instance.
2° Dans sa réponse, J.-C. enseigna deux choses : que le sacrifice est la condition nécessaire pour entrer dans son royaume : potestis bibere calicem? que ce royaume ne sera pas terrestre, mais tout spirituel, et que les places n'y seront données qu'au mérite : non est meum dare vobis, sed quibus paratum est à Pâtre. Ces paroles ne furent donc pas un aveu d'impuissance et d'infériorité, mais une affirmation des droits de Dieu, qui prédestine, à la condition de la souffrance, avec une science certaine et une souveraine autorité. Cet enseignement fut confirmé par l'avis adressé à tous les Apôtres sur l'idée qu'ils devaient avoir des charges et dignités dans son Église, idées toutes contraires à celles que le monde a coutume de s'en faire.
II. Les aveugles guéris à Jéricho. — Une difficulté est causée ici par la différence des récits. Saint Matthieu compte (/e«/x- aveugles et dit qu'ils furent guéris au sortir de Jéricho; saint Marc n'en compte qu'un, ainsi que saint Luc, et même celui-ci note que la guérison fut opérée au moment où J.-G. entrait dans Jéricho.
Nous pensons qu'il faut admettre deux miracles : — a) Il y eut un seul aveugle guéri en approchant de cette ville ; et on ne le nomme pas, tandis que saint Marc fait connaître le-nom de l'un des deux qui furent guéris en sortant. — b) Notre-Seigneur toucha les yeux des deux premiers, ce qu'il ne fit pas pour celui dont parle saint Luc. — c) Enfin, dans la guérison qui eut lieu à la sortie de la ville, la foule était plus sympathique à l'un des deux aveugles (Marc, x, 49), et c'est sans doute pour cela que saint Marc parle seulement de lui ; l'empressement de ce pauvre homme était aussi beaucoup plus grand.— Le P. Patrizi* admet, comme nous, deux guérisons; mais il croit que saint Matthieu les a réu-
» AnnoX. m Evang., n" cxxv et cxxxix, p. 417 et 418, III. 8
134 COURS d'écriture sainte
nies et racontées en même temps à cause de leurs rapports et pour abréger son récit.
III. Zachée. — Nous mentionnons cet incident de voyage à cause des belles instructions qu'il renferme.
lo Zachée était, à Jéricho, chef des publicains, auxquels appartenait la perception des impôts. Cette classe d'hommes était nombreuse dans une ville commerçante et riche, mais là, comme ailleurs, objet de mépris, à cause de ses exactions et de ses odieux trafics. Zachée avait fait fortune à ce métier. Il désirait voir J.-C, mais ne le pouvant à cause de sa petite taille, il monta sur un arbre, sans souci du ridicule dont sa dignité pouvait souffrir. Cet acte de foi et d'humilité lui valut la faveur de recevoir J.-C, qui s'invita lui-même à sa table, au grand scandale des Juifs ; mais la présence du Sauveur apporta une autre grâce à Zachée, celle de la conversion, qui le mit au rang des plus zélés disciples.
2o Plusieurs enseignements découlent de ce fait. — a) 11 réalisa la parole de J.-C. que le salut était apporté aux pécheurs plutôt qu'aux justes, et que les publicains précéderaient les pharisiens dans le royaume du ciel. II montra aussi que les riches n'en seront pas exclus s'ils rachètent leurs péchés par l'aumône. — b) L'ordre donné par J.-C. à Zachée de préparer sa maison fut un exemple de la liberté souveraine avec laquelle le Sauveur prétendait distribuer ses grâces et appeler les hommes à son royaume, sans tenir compte des œuvres antérieures à la vocation, parce qu'elles sont impuissantes fi mériter cette giâce. Mais on voit en même temps que la grâce exige une correspondance prompte et complète, telle que Zachée la manifesta. — c) La maison de ce bienheureux publicain fut la figure même de l'Église, formée des pécheurs et des Gentils, que J.-C. appela de préférence aux Juifs, mais sanctifiée par la présence du Sauveur et fécondée par la multiplication des grâces et des bonnes œuvres. — d) Enfin au sens moral Zachée a présenté le modèle
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 135
de la conversion parfaite en ses deux principaux caractères : la Justice qui répare tous les torts, la Charité généreuse qui va au delà des exigences et fait du bien aux pauvres.
De l'entrée de J.-C. ù Jérusalem jusqu'à V Ascension .
I. — Cette entrée triomphale eut lieu le 20 mars de l'an 33. Elle occupa le premier jour de la semaine, et le soir J.-G. retourna à Béthanie. Voici l'emploi des jours suivants jusqu'à la Passion :
lo Le lendemain J.-C. revient à Jérusalem, et c'est le soir, en se rendant de nouveau à Béthanie, qu'il maudit le figuier stérile.
2° La journée du mardi, une des mieux remplies, se passa en grande partie dans le Temple. J.-C. y soutint des discussions : — a) avec les princes des prêtres et les anciens, auxquels il proposa les paraboles des deux fils, des vignerons et du festin nuptial ; — b) avec les hérodiens et les sadducéens, auxquels il prouva la résurrection des morts ; — c) avec les scribes et les pharisiens, qui lui demandèrent quel était le grand commandement de la Loi ; — d) avec le peuple et ses disciples, auxquels il dénonça l'hypocrisie des docteurs de la Loi. Ce fat alors qu'il loua le denier de la veuve, plus méritoire que les offrandes des riches. Au soir du même jour, étant avec ses disciples sur le mont des Oliviers, il prédit la ruine de Jérusalem, la fin du monde, son second avènement, et dit les paraboles des deux serviteurs, des dix vierges et des talents.
3o La journée du mercredi fut marquée par le conseil des Juifs contre J.-C. et le complot de Judas. Mais on ignore si le Sauveur vint alors à Jérusalem.
IL — On connaît assez les faits et les mystères des trois jours qui suivirent, 1" Au jeudi, la préparation et la manducation de la pâque, le lavement des pieds»
l'institulion de l'Eucharistie et l'agonie au jardin de Gethsémani.
2° Le vendredi comprit toute l'histoire de la Passion, depuis la trahison de Judasjusqu'à la mise de J.-G. au tombeau, où il resta toute la journée du samedi et la nuit suivante.
III. — Le reste du récit évangélique est rempli par l'histoire de la résurrection, des apparitions de J.-C. aux saintes femmes et aux Apôtres, soit à Jérusalem, soit en Galilée, et de son Ascension, qui eut lieu sur le mont des Oliviers.
Entrée triomphante de Jésus à Jérusalem (Joan., xn, 12-19; Matth., XXI, 1-17: Marc, xi, 1-11; Luc, xix, 29-6-1).
1° « Et cum... venissent Bet/iphage{MsLiih.,x\i, {). » C'est-à-dire : comme ils approchaient de Bethpliagé. Il y a dans saint Marc : « Et cum appropinquarent lerosolymœ et Bethaniœ ; » en grec : « "Oxi iyyv^ovaiv eIç
«'lîpovyclriu., Ej'f ByjÇlyayrî y.ui B/j^aviav (MarC, XI, 1). » Saint Luc dit de même : « Cùm appropinquasset ad « Bethpliagé et Betlianiam (Luc, xix, 29). » Béthanie est le complément de Bethphagé, petit village situé dans la plaine, sur le territoire de Béthanie, non loin du mont des Oliviers, et appelé pour cette raison Bethphagé de Béthanie '.
2° « ... Invenietis asinam alUgatam et pullum (Matth., « XXI, 2). » Saint Marc (xi, 2) et saint Luc (xix, 30) parlent seulement de l'ânon, parce que Notre-Seigneur ne monta sans doute que sur lui. De graves auteurs, saint Thomas, Corneille Lapierre, croient qu'il monta aussi sur l'ânesse, afin que la prophétie de Zacharie fût mieux accomplie. Tous s'accordent à reconnaître quel'ânesse était la figure du Judaïsme vieilli, et l'ânon, qu'aucun homme n'avait encore monté celle des
. 1 Cfr. le P. Patrizi, Comm. in Marc, hoc loc.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILP: 137
Gentils, que le joug du ^Seigneur n'avait pas encore disciplinés.
Une ancienne tradition populaire disait que si Israël persévérait dans le bien, le Messie viendrait vers lui dans les nuages du ciel, mais qu'autrement il viendrait modestement sur un âne.
3° «... Commota est iiniversa civ'Uas, dicens-: Quis est hic (( (Matth., XXI, 10)? » Les Hiérosolymites, qui le connaissaient à peine, dit M. Renan \ demandaient qui il était.
Rép. — A qui M. Renan persuadera-t-il que Jésus, dont le nom avait rempli toute la Judée, vers qui l'on accourait de toutes parts, était à peine connu à Jérusalem? Il ne le croit pas, du reste, non plus, et il donne à la page suivante une autre explication de ces paroles lorsqu'il dit : » Au temps des fêtes, la confu- « sion était extrême. Jérusalem, ces jours-là, apparat tenait aux étrangers. Aussi est-ce parmi ces derniers « que rémotion paraît avoir été la plus vive. Des pro- « sélytes, parlant grec, qui étaient venus à la fête, fua rent piqués de curiosité et voulurent voir Jésus. »
NO II
Le figuier maudit (Marc, xi 12-14; Matth., xxi, 18-20).
On lit dans saint Marc : « Chmque vidisset à longé « ficum habentem folia, venit si quid forte inveniret in eâ; a et cum venissel ad eam, nihil invenit prxter folia; non a enim erat tempus ficorum (où yàp vgv v.oLifrjç iruxwv). Et « respondens dixit ei : Jàm non amplius in xternum ex te « fructum quisquam manducet (Marc, xr, 13, 14). » — « Quelquefois , dit encore M. Renan -, sa mauvaise humeur contre toute résistance l'entraînait jusqu'à des actes inexplicables et en apparence absurdes. » Strauss ^ avait déjà pris la défense de ce pauvre figuier
1 Vie de Jésus, p . 375.
2 Vie de Jésus, p. 319.
3 Vie de Jésus, § 101, t. II, p. 252-254.
138 COURS d'écriture sainte
et appelé l'action de Notre- Seigneur « un miracle de vengeance » : car, s'il n'avait point de fruits en ce moment, « il était dans son droit », puisque, selon saint Marc, « ce n'était point le temps des figues. »
Itép. — 1° « L'envie de trouver le Christ ou l'évan- « géliste en défaut trouble tellement l'esprit de nos « savants, dit M. Wallon ^, qu'au risque de paraître « étrangers aux habitudes les plus communes de TÉ- « criture et de l'Orient en général, ils ne voient point « la parabole contenue dans cette histoire, eux qui <c ont vu tant de mythes où il n'y en a pas. C'est (( un acte réel, en effet, nous ne le nions point; « mais c'est une parabole. » -— « C'est une parabole de « choses , disait tout simplement Bossuet -, sem- « blable à celle de paroles que l'on trouve en saint « Luc, ch. XIII, y 6. Il ne faut donc point demander « ce qu'avait fait ce figuier , ni ce qu'il avait mé- « rite, car qui ne sait qu'un arbre ne mérite rien? (( ni regarder cette malédiction du Sauveur par rap- « port au figuier, qui n'était que la matière de la pa- « rabole. Il faut voir ce qu'il représentait, c'est-à-dire « une créature raisonnable, qui doit toujours des fruits « à son Créateur, en quelque temps qu'il lui en dece mande; et lorsqu'il ne trouve que des feuilles, un « dehors apparent et rien de solide, il la maudit. » Strauss eût compris que la peine frappât l'homme, qu'elle peut ramener au bien. Bossuet ^ répond : « Jé- « sus-Christ ne voulait pas sortir de. ce monde sans « faire voir des efTets sensibles de sa malédiction, vou- « lant faire sentir ce qu'elle pouvait; mais, par un « effet admirable de sa bonté , il frappe l'arbre et « épargne l'homme... Qu'il est bon et qu'il a de la « peine à frapper l'homme! Ne contraignons pas le « Sauveur, contre son inclination, à étaler sur nous « l'effet de sa colère vengeresse. »
1 ViedeN.-S. J.-C, p. 260, note 1.
2 Médit, sur l'Évang., dern. semain,, méd. xx. ■•* Loc. cit.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 139
2° L'expression « nonenîm erat tempus ficorum », en grec : ov yio -^v y.y.iyl; c-vzwv, est susceptible de plusieurs explications.
En changeant l'accent de la particule oO yâ/j et en admettant un léger changement de construction, dont il y a des exemples dans saint Marc (xii, 12 ; xvi, 3, 4), on pourrait traduire : « Jésus y alla pour voir s'il a pourrait trouver quelque chose, car n'était-ce pas le « temps des figues? » Ov yxo a certainement en grec le sens interrogatif : il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à ouvrir le premier dictionnaire grec venu. La particule ov toute seule se trouve quelquefois avec cette signification : le Nouveau Testament en fournit au moins un exemple (I Cor., ix, 2j. Quant à l'emploi de l'interrogation au lieu de l'affirmation, c'est un de ces nombreux hébraïsmes dont l'Évangile est rempli. Cette phrase est donc tout à fait dans le style des écrivains sacrés, où yxp signifie aussi cependant, certainement : car l'interrogation n'est souvent au fond qu'une affirmation plus énergique. On traduirait donc très bien, sans rien changer à la construction : « Cependant c'é- « tait le temps des figues. » On a encore donné d'autres explications du texte grec ; mais elles ne nous satisfont point 1.
Celle que nous venons d'exposer a elle-même l'inconvénient de ne point tenir compte du texte de la Vulgale. Afin d'obvier à cet inconvénient et de conserver à la particule grecque, sans changer l'accent, sa signification la plus ordinaire de « non enim » on peut supposer que ]e temps des figues n'est pas seulement, en général, l'époque où les figuiers ont déjà des fruits, mais celle où ces fruits sont mûrs, et qu'on n'était pas encore à cette époque de la complète maturité des figues, quoique cependant il pût y en avoir déjà quelques-unes de mûres. On traduirait alors :
1 Cfr M. Glaire, Livres saints vengés, t. II, p. 418; Bullet, litip. criliq.
140 COURS d'écriture sainte
« Jésus se dirigea vers cet arbre, espérant que peut-
« être il y trouverait quelques fruits déjà mûrs ; peut-
« être {si forte) : car ce n'était pas encore la saison
« des figues. Or, s'en étant approché, non seulement
« il n'en trouva pas de mûres, mais il n'y avait que des
« feuilles. »
De la douloureuse passion de Notre-Seigneur.
I. — Il est certain que Jésus-Christ est mort un vendredi du mois de nisan, après avoir, la veille au soir, célébré la dernière cène avec ses Apôtres. On s'accorde, par conséquent, sur le jour de la semaine. Mais quel était le jour du mois et quelle était l'année?
1° Quel élaille jour du mois? était-ce le 15 ou le 14? La Pàque tombait-elle, cette année, le vendredi ou le samedi ? Jésus-Christ l'a-t-il célébrée le jour môme ou la veille?
Les commentateurs se partagent en deux camps sur ces différentes questions. Un grand nombre d'entre eux, et en dernier lieu le P. Patrizi', croient que le jour où Jésus-Christ est mort était le jour môme de la Pàque, c'est-à-dire le 15 du mois de nisan. Ils prennent à la lettre le témoignage des trois premiers évangélistes (Matth,, xxvi, 17; Marc, xiv, 12; Luc, XXII, 7), et s'efforcent de le concilier avec les textes de saint Jean qu'on leur oppose. Si saint Jean place la dernière cène aoa7it ta fête de Pâque (Joan., xiii, 1), c'est parce que, disent-ils, il fixait le commencement de la fête au milieu de la nuit : soit qu'il la fît commencer au moment où l'ange passa frappant les premiers-nés des Egyptiens (ce qui était l'origine de l'institution), soit qu'il comptât les jours à la manière des Romains, de minuit à minuit : d'après cette manière de compter, la fêle de la Pàque n'était pas encore,
1 De EvangeL, lib. III, dissert. l.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 141
en effet, commencée, quand Jésus-Christ célébra la dernière cène. — Le mot de préparation {i:y.p7.f7y.i\)n) désignait communément la préparation ou la veille du sabbat, le vendredi : qu'on le prenne ainsi dans saint Jean (xix, 14), et la préparation de la Pàque ne voudra pas dire autre chose que le vendredi de la Pâque. — Enfin, le mot de pâque s'appliquait non seulement à l'agneau pascal, mais à d'autres victimes que l'on immolait pendant les jours de la fête. S'il est dit que les Juifs n'entrèrent point dans le prétoire de peur de se souiller et de ne plus pouvoir manger la pâque, il faut entendre par là les autres victimes. L'agneau pascal avait été mangé par les Juifs comme par Jésus- Christ la nuit précédente, au moment marqué par la Loi.
D'autres critiques, et en particulier M. Wallon ', soutiennent que Jésus-Christ est mort le 14 du mois de nisan, et que, par conséquent, il avait anticipé d'un jour la manducation de iagneau pascal. Au lieu que les auteurs du premier système expliquent les textes de saint Jean par le témoignage des trois autres évangélistes, les auteurs de ce nouveau système prennent pour point de départ les témoignages très précis de saint Jean (xiii, 1; xviii, 28; xix, d4) et trouvent dans ces textes le terrain sur lequel l'accord doit s'établir. « L'usage de se servir de pain sans levain, dit « M. Wallon -, s'était étendu, dans les derniers temps, « du jour de la Pàque à la veille de la fête, 14 de « nisan, tant on craignait d'y déroger : et ainsi les « trois premiers évangélistes l'ont pu appeler le pre- « mierjour des azymes. On se trouvait dès lors dans « les conditions voulues pour célébrer le festin pasce cal; et si l'usage continuait de le fixer au lo de « nisan, la nécessité autorisait qu'on s'y prît un jour « plus tôt. Or la nécessité le commandait ici : Jésus
1 De la croy. due à l'Evang., 3' édition, p. 390-401
2 Vie deN.-S. J.-C, p. 290, note 2.
i42 COURS d'écriture saintk
« savait que son heure était proche. C'est la raison qu'il « fait porter à son hôte en lui disant de tout préparer « pour lesoir même; et il voulait célébrer une der- « nière fois la Pàque avec ses disciples : « J'ai désiré « d'un grand désir de manger cette pâque avec vous, « « Dans ce sentiment, Jésus célébra donc la Pâque la « veille de la fête; et, le lendemain, il accomplit son « sacrifice à l'heure où, d'après la loi, l'agneau pascal, « qui était sa figure, était immolé. »
2° U année oh. Jésus-Christ est mort n'est pas moins difficile à déterminer. La solution de cette question dépend en grande partie du sentiment que l'on embrasse touchant l'âge de Notre-Seigneur au moment de son baptême et louchant le jour précis du mois du nisan oii il est mort. Aussi y a-t-il un grand nombre d'opinions sur ce point. Nous rapporterons seulement celles du P. Patrizi et de M. Wallon.
Suivant le premier*, Jésus-Christ est mort le vendredi 15 du mois de nisan, l'an de Rome 182, l'an 29 de l'E. V. Il avait 35 ans et quelques mois. D'après le second-, il est mort le vendredi 44 du mois de nisan, l'an de Rome 786, l'an 33 de l'E. V. Il était âgé de 38 ans 3 mois et quelques jours. La durée de la vie de Notre-Seigneur excède donc notablement les limites que lui marque l'opinion commune en la réduisant à 33 ans ; mais, même ainsi étendue, elle est encore loin d'atteindre celles que lui assignait la plus ancienne des traditions, suivie par saint Irénée, et suivant laquelle Notre-Seigneur avait 40 ans lorsqu'il commença à enseigner ^
II. — Il y a dans le récit de la Passion, tel qu'il est rapporté par les évangélistes, quelques contradictions apparentes, qu'il importe d'expliquer.
1° a Ait ilU (Petro) Jésus : Amen dico tibi quia in « hâc nocte, antequàm gallus cantet, ter me negabis
1 DeEvang., lib. III,diss, lu.
- De la croy. due à lÉvang., p. 401 et suiv.
^ M. Wallon, loc. cit.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 143
« (Matth., XXVI, 34). » On lit dans saint Marc : a Prius- « quàm gallus vocem bis dederit, ter me es negaturus « (xiv, 30). Mais il n'y a pas contradiction; saint Marc est seulement plus précis et plus explicite. Voilà tout.
2" (( Petrus vero sedebat foj^is...; accessit una ancilla, « dicens... Exeunte autem illo janumn, vidit eum alia « ancilla (Matth., xxvi, 69-75). » D'après saint Luc (xxii, 56-62), c'est d'abord une servante, puis un serviteur, qui parlent à saint Pierre. D'après saint Marc (xiv, 66-72), on croirait que c'est la même personne. Enfin, dans saint Jean (xviii, 23-27), il n'est question que des gens qui étaient là et d'un serviteur du grand prêtre.
Rép. — Nous avouerons volontiers que nous n'avons point assez de données pour montrer directement l'accord des évangélistes sur ce point. Mais, loin d'ébranler leur véracité, ces contradiclions apparentes la confirment : il leur eût été si facile de s'entendre et de les faire disparaître ! Il suffît d'ailleurs, pour les concilier, de supposer que, la seconde fois, un serviteur et une servante auront adressé en même temps la parole à saint Pierre. Saint Matthieu et saint Marc ont parlé de la première ; saint Luc et saint Jean, du second. Cette supposition n'a rien d'invraisemblable et explique tout.
3" (( Tune impletum est qiiod dictum est per Jere- « mm;« /}ro/3/«eto?« (Matth., xXvii,9). )) Ce passage est du prophète Zacharie ; pourquoi est-il cité sous le nom de Jérémie?
Itép. — Les auteurs en donnent plusieurs raisons. Voici la plus probable : saint Matthieu avait simplement mis le nom de prophète, comme il le fait souvent. Quelque copiste ignorant aura écrit à la marge de son exemplaire le nom de Jérémie, et de la marge celte addition aura passé dans le texte. On appuie cette conjecture sur le témoignage de saint Augustin : il dit en effet qu'il y avait des exemplaires latins dans lesquels on ne lisait point le nom de Jérémie, mais
144 COURS d'écriture sainte
seulement celui de prophète. Mill assure qu'il y a beaucoupd'exemplaires grecs, latins, syriaques, arabes et persans où le nom de Jérémie ne se trouve point non plus.
4° « Videns autem Pilatus quia nihil proficei^et^... « accepta aquâ, lavit inanus..., dicens : Innocens ego (( sum à sanguine jmti hujus... Jesum autem flagellatum « tradidit eis ut crucifigeretur (Matth., xxvii, 24-26). » M. Renan ne s'est pas contenté de prendre Judas sous sa protection et de travailler, comme Strauss, à sa réhabilitation; il s'est aussi constitué le défenseur de Pilate : « Vu l'attitude des Romains, dit-il, il ne pou- « vait guère faire que ce qu'il fit. »
Rép. — En réfutant M. Salvador, M. Dupin a réfuté d'avance M. Renan. Nous nous contentons de renvoyer à son livre curieux : Jésus devant Caïphe et Pilate, ou Procès de Jésus-Christ K
5° « Et dederunt ei vinuni bibere cum (elle mistum « (Matth., XXVII, 34). »
Ce vin mêlé de fiel n'est pas distinct du vin mêlé de myrrhe dont parle saint Marc : « Dabuni ei bibere myr- « rat/mm vinum (Marc, xv, 23), » soit qu'on y eût mêlé du fiel et de la myrrhe, soit que l'amertume de cette boisson l'ait fait appeler par saint Matthieu un vin mêlé de fiel. C'était un breuvage qu'on donnait aux criminels avant leur supplice, pour les fortifier et leur adoucir l'horreur des tourments. Aussi est-il à remarquer que, d'après ces deux évangélistes, ce fut avant d'attacher Notre-Seigneur à la croix qu'on le lui offrit. Saint Luc (xxviii, 36) et saint Jean (xix, 29), saint Matthieu lui-même, quelques versets plus bas (xxvii, 48), disent, il est vrai, qu'on lui offrit à boire lorsqu'il y avait déjà longtemps qu'il avait été crucifié; mais c'est une circonstance différente de la première. Non seulement le moment n'est pas le même,
' On le trouve dans les Démonslr, éihing, de Migne, t. XVI, col. 727.
mais le breuvage lui-même est autre : le vin est remplacé par le vinaigre, acetum. Enfin Notre-Seigneur, qui refusa de prendre le vin mêlé de myrrhe : « no~ « luit bibere, » dit saint Matthieu; « et non accepit, » dit saint Marc, paraît accepter volontiers -le vinaigre qu'on lui présenta : « chm ergà accepisset Jésus acetum « (Joan., XIX, 30). »
6° « Idipsum autem et lalrones... improperabant ei « (Matth., XXVII, 44). » Saint Marc rend le même témoignage : « Qui cum eo crucifixi erant, conviciabantur « ei (xY, 32). )) Saint Luc, au contraire, attribue cette conduite à un seul de ces malheureux : « Unus autem « de /lis qui pendehant... hlasphemabat eum^ dicens... « XXIII, 39, 40). »
Rép. — Cela prouve que ces infortunés avaient commencé d'abord par injurier Notre-Seigneur; mais, la grâce de Dieu ayant touché l'un d'eux, il se convertit et reprit l'autre de ses blasphèmes : c'est celui dont parle saint Luc.
7° (.< A seoôtâ horâ... usque ad horam nonam (Matth., « XXVII, 45). » Est-ce dans cet intervalle que Notre- Seigneur a été crucifié? Saint Marc dit que ce fut à la tj'oisième heure (xv, 23). D'après saint Jean, il était environ la sixième heure lorsque Jésus fut condamné par Pilate : « horâ quasi sextà (xix, 14). » Notre-Seigneur n'avait donc pas été crucifié à la troisième heure, comme l'atteste saint Marc, ni même à la sixième, puisqu'il dut s'écouler un intervalle assez long entre le moment où la sentence fut portée et celui où elle fut exécutée.
Rép. A. — Les Juifs, comme tous les Orientaux, avaient deux manières de compter les heures, ha première consistait à diviser le jour, c'est-à-dire tout le temps que le soleil était sur l'horizon, en quatre heures égales, dont la longueur devait, par conséquent, varier suivant les différentes saisons. Ausone les appelle trihoria, parce qu'elles se composaient de trois de nos heures ou environ. On appelait ces heures première, troisième, sixième et neuvième : la première commençait
au lever du soleil et durait environ trois heures ; la troisième commençait trois heures après le soleil levé et finissait à midi; la sixième commençait à midi et se terminait à peu près au moment oii il est pour nous trois heures après midi; alors commençait la neuvième heure, qui finissait au coucher du soleil.
La seconde manière consistait à diviser le jour en douze heures, comprises dans les quatre trihories dont nous venons de parler : \di première heure commençait au lever du soleil; la sixième répondait à midi, et la douzième finissait au soleil couchant. «iiV'y a-t-il pas douze heures au jour? )) demande Jésus-Christ dans l'Évangile selon saint Jean (xi, 9).
Or saint Marc a choisi la première manière de compter les heures, saint Jean a pris la seconde : le premier dit que Notre-Seigneur fut crucifié à la troisième heure, c'est-à-dire à la fin de la deuxième trihorie, autrement vers midi ; d'après le second, on était à peu près à la sixième heure, c'est-à-dire encore à midi, lorsque Jésus-Christ fut condamné et bientôt après conduit au supplice. Il n'y a pas de contradiction.
B. — Maldonat * propose une autre solution : Notre- Seigneur, dit-il, ayant été probablement condamné par Pilate vers le milieu de la troisième heure, c'est-àdire à peu près vers dix heures et demie, et crucifié environ une heure plus tard, saint Marc a pu dire qu'il a été crucifié horâ (erliâ, à la troisième heure, pendant la troisième heure, parce que, en effet, cette troisième heure ou f?'i7iorze n'était pas encore accomplie. D'autre part, le moment du supplice se rapprochant plus du commencement de la sixième heure que de celui de la troisième, saint Jean a pu dire qu'il était environ la sixième heure lorsque Jésus-Christ fut condamné et conduit au lieu du supplice. Ces deux explications sont bonnes. La première est peut-être cependant la
1 Comm,. in MaUh. hoc loco.
meilleure. Il n'est donc pas nécessaire d'admettre en cet endroit une faute de copiste et de supposer qu'il faut lire dans saint Jean la quatrième heure au lieu de la sixième '.
8° « Tenebrœ factœ sunt super umversam terram
(Matth., XXVII, 45). » — « Super universam terram. n Plusieurs restreignent cette expression à la Judée et aux pays environnants. Tel est le sentiment d'Origène et de Maldonat. Plusieurs Pères, saint Jean Chrysostome, par exemple, et Théophylacte, l'ont cependant prise à la lettre. On trouve dans Eusèbe un passage de Phlégon, affranchi d'Adrien (H7, 138), qui confirme cette opinion ^
N° IV Résurrection de Notre-Seigneur.
Les quatre évangélistes, saint Matthieu (xxviii, 1-10), saint Marc (xvi, 1-13), saint Luc (xxiv, 1-12) et saint Jean (xx, 1-18), ont raconté la résurrection de Jésus- Christ avec des circonstances sur lesquelles ils ne semblent pas d'accord. Telle est même la difficulté de les concilier parfaitement, que, de tous les systèmes inventés dans ce but, aucun n'a encore pu réunir tous les suffrages. Maldonat', Corneille Lapierre*, le P. de Ligny^ Janssens^ Stolberg^ Jansénius de Gand ^ le P. Patrizi*, ont chacun le leur. Nous osons en proposer un nouveau, qui nous paraît plus simple. On en jugera.
t Cfr les Bécilsévang., p. 401.
2 Cfr Stolberg, Hist. de /.-C, t. II, p. 385 ; le D. Sepp, Vie de J.-C, t. I, p. 154.
3 Comm. in Matlh., dans le Ce. d'Écr. sainte, t. XXI, col. 1281.
* Comm, in Matth., hoc loco,
' Vie de N. -S. J.-C. t. II, p. 199.
* Hermen. sacr.
' Vie de N. -S. J.-C , t. II, p. 40G et suiv.
* Concord., p. 1054,
^ De Evang., lib. III.
148 COURS d'écriture sainte
Voici comme nous disposons les faits. Le premier jour de la semaine, qui suit immédiatement le sabbat, de très grand matin, vespere sabbati * [ô-^k Si c-aSSccTwv), dit saint Matthieu (xxviii, 1), c'est-à-dire, suivant la judicieuse remarque de Maldonat, « le jour du sabbat étant passé depuis longtemps déjà, » ou « la nuit qui « suit le sabbat étant déjà bien avancée ; » valdè mane, dit saint Marc (xvi, 2); valdè diluculo, dit saint Luc (xxiv, 1) ; cùm adhùc tenebrœ essent, observe saint Jean (xx, 1), les saintes femmes : Marie-Magdeleine et l'autre Marie (S. Matthieu et S. Jean), Salomé (S. Marc) et Jeanne (S. Luc), partirent pour se rendre au tombeau de Notre-Seigneur et embaumer son corps, emportant avec elles les parfums qu'elles avaient commencé à préparer le vendredi soir (Luc, xxiii, 56), et dont elles avaient encore acheté une partie le samedi soir, après le coucher du soleil (Marc, xvi, 1). Elles y arrivèrent après le lever du soleil (Marc, xvi, 2), ou peut-êt7'e même - au lever du soleil.
Pendant le chernin elles se disaient entre elles : « Qui « nous ôtera la pierre de devant l'entrée du sépulcre ? » Mais, en regardant, elles virent que cette pierre, qui était fort grande, avait été ôtée (Marc, xvi, 3, 4; Luc,
1 Vespere sabbati, quœ lucescit... Cette expression en grec, ot];è oÈ aa6oâxwv, mot à mot, sera tardé sabbati, est bien différente de kaTzipa. oï aa66âTwv. Elle ne signifie pas, comme l'a traduite la Vulgate : le soir même du sabbat; mais longtemps après le sabbat, comme on dit : ô'j/à xr,; uipa;, longtemps après l'heure marquée. Le mot latin vesper se trouvant employé dans l'Écriture pour exprimer la nuit, on pourrait traduire aussi : pendant la 7iu'U qui suivit le sabbat.
2 Ou peut-être même... Saint Marc dit, il est vrai : orto jam sole, àva-cL'XavTOç, et non pas : àvaTs'ÀXovTo; xou fjXiou. Mais on dit que le soleil est levé non seulement lorsqu'il y a longtemps qu'il est sur l'horizon, mais lorsqu'il ne fait guère que commencer à poindre. Un copiste aurait bien pu d'ailleurs, trompé par la ressemblance, mettre àvaxe^AKVxo; au lieu de àvaxElXovxoç. Cette conjecture parait d'autant plus fondée que S. Augustin et Théophylacte ont lu effectivement : oriente jam sole.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 149
XXIV, 2; Joan., xx, i). A cette vue, Marie-Magdeleine, eflrayée sans doute par la pensée que le corps du Sauveur a été pris, laisse là ses compagnes, et, sans entrer dans le tombeau, revient en toute hâte trouver Simon Pierre et cet autre disciple que Jésus aimait, disant : « Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre^ et nous ne « savons ' oti ils l'ont mis (Joan,, xx, 2). »
Cependant les autres saintes femmes, moins empressées que Marie, étant entrées dans le tombeau (Marc, XVI, 5; Luc, XXIV, 3), virent un ange vêtu de blanc, assis sur la pierre qui avait servi à fermer le sépulcre, et qui les invita, non à entrer dans le monument (Marc, XVI, 5), — elles y étaient déjà, — mais à s'approcher du sépulcre et à s'assurer par elles-mêmes que le corps de Jésus-Christ n'y était réellement plus : « Venite, et « videte locum ubi positus erat Dominus (Matth., xxviii, « 6). Eccè locus ubi posuerunt eum (Marc, xvi, 6). »
Saint Luc parle de deux anges (xxiv, 4). Mais, en ne parlant que d'un seul, saint Matthieu et saint Marc n'excluent pas le second ; et, s'ils parlent seulement de celui qui se montra le premier du côté droit (Matth., xxviii, 2, 7; Marc, xvi, 3 et 6), c'est qu'il fut probablement le seul à adresser la parole aux saintes femmes. On pourrait objecter encore que, d'après saint Luc, non seulement les saintes femmes seraient entrées dans le tombeau, mais qu'elles seraient venues au sépulcre et l'auraient trouvé vide, avant d'avoir vu les anges; ce qui ne s'accorde point avec le récit des deux autres évangélistes : « Et ingressœ non invenerunt cor- « pus DominiJesu. Et factum est, dum mente consternatœ « essent de isto, eccè duo virl steterunt secus illas (Luc, « XXIV, 3, 4). » Saint Luc, répond Maldonat, pressé de raconter que les saintes femmes n'avaient point trouvé le corps de Notre-Seigneur, le dit par anticipation, avant
1 Et nous ne sivons {nescimus)\ Lorsqu'elle vint au tombeau, elle n'était pas seule, comme elle le fut plus tard, quand les anges et Notre-Seigneur lui apparurent (y 11-17). Aussi en cet endroit elle ne dit plus : nescimus; mais : nescio.
150 COURS d'écriture sainte
même d'avoir parlé de l'apparition des anges, qu'il raconte ensuite comme saint Matthieu et saint Marc.
Enfin, dit-on, saint Matthieu et saint Marc affirment positivement que l'ange qui apparut aux saintes femmes était assis (Matth., xxviii, 2; Marc, xvi, 6), tandis que saint Luc dit que ces anges étaient debout : steterunt. Mais stare ne signifie pas toujours être debout; il signifie très souvent être présent. Voyez saint Matthieu, XVI, 28 : ({ Amen dico vobis : simt quidam de lue a stantibus qui non guslabunt moriem; » saint Luc, vu, 37, 38 : « Eteccè mulier, quœeratin civitatepeccatrtx..., « stans 7'etrà secùs pedes ejus ; » saint Jean, i, 26 : « Ego « baptizo vos in aquâ : médius autem vestrûm stetit, quem « vos nescitis. » Ces différents récits peuvent donc se concilier. Mais reprenons le fil de la narration.
Il y avait sans doute très peu de temps que les saintes femmes, remplies tout à la fois de crainte et de joie (Matth., xxviii, 8), étaient reparties, lorsque saint Pierre et saint Jean, que Marie-Magdeleine était allée chercher, arrivèrent par un autre chemin. « Ils couce raient l'un et l'autre; mais cet autre disciple que « Jésus aimait, courant plus vite que Pierre, arriva le « premier au sépulcre; et, s'étant baissé, il vit les lince ceuls qui y étaient. Quant au suaire qu'on avait « placé sur la tête du Sauveur, il ne se trouvait point « avec les linceuls, mais il était plié dans un endroit « à part. Ce fut alors que ce disciple, qui était arrivé « le premier au sépulcre, y entra pareillement; et il « vit, et il crut, car ils ne savaient pas encore ce que « l'Écriture enseigne : qu'il fallait qu'il ressuscitât « d'entre les morts. Ces disciples s'en retournèrent o ensuite chez eux. »
Mais l'amour retenait en ces lieux Marie-Magdeleine, qui était revenue avec les deux Apôtres. « Elle se «tenait dehors, continue saint Jean, et pleurait; et « comme elle pleurait, s'étant baissée pour regarder « dans le sépulcre, elle vit deux anges vêtus de blanc, « assis oti avait été le corps de Jésus, l'un à la tête et
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 151
« l'autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi (( pleurez-vous ? Elle leur répondit : C'est qu'ils m'ont « enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. « Ayant dit cela, elle se retourna et vit Jésus debout, « sans savoir néanmoins que ce fût Jésus. Alors Jésus « lui dit : Femme, pourquoi pleurez-vous,? Que cher- « cliez-vous ? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui « dit : Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites- « moi 011 vous l'avez mis, et je l'emporterai. Jésus lui « dit : Marie ! Aussitôt elle se retourna et lui dit : « Rabboni ! c'est-à-dire : mon Maître! Jésus lui ré- « pondit : Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore « monté vers mon Père; mais allez trouver mes frères « et dites-leur de ma part : Je monte vers mon Père et « votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu (Joan., xx, « 2, 17). » C'est ainsi que, selon la remarque de saint Marc (xYi, 9), Notre-Seigneur apparut d'abord à sainte Magdeleine. Quelques instants après, il se montra aux autres saintes femmes comme elles s'en retournaient à Jérusalem, saisies de crainte, n'osant parler à personne de ce qu'elles avaient vu (Marc, xvi, 8), et avant qu'elles fussent arrivées'. Saint Matthieu [raconte, en effet, que, lorsqu'elles couraient annoncer aux disciples les merveilles dont elles avaient été témoins, « Jésus se présenta devant elles et leur dit : « Le salut vous soit donné ! Et, s'approchant de lui, « elles lui embrassèrent les pieds et elles l'adorèrent. « Alors Jésus leur dit : Ne craignez point. Allez dire à « mes frères qu'ils aillent en Galilée : c'est là qu'ils « me verront (Matth., xxviii, 9, 10). d
Elles le firent ; mais les Apôtres ne voulurent pas ajouter foi à leurs paroles (Luc, xxiv, M) ; et sainte
1 Avant quelles fussent arrivées. Sa.\nt lsla.Uhiea dU qu'elles couraient, currebanl. Elles auraient dû par conséquent être arrivées avant que Notre-Seigneur eût apparu à sainte Magdeleine. Mais on peut supposer que, parties d'abord en courant, elles auront ensuite ralenti leur marche et que Jésus-Christ se sera montré à Marie-Magdcleine aussitôt après leur départ.
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Magdeleine, qui les suivit de près, ne trouva pas plus de créance auprès d'eux (Marc, xxi, H).
Ce nouvel arrangement, beaucoup moins compliqué que la plupart des autres, n'est pas sujet à plus de difficultés. Nous avons résolu les principales.
Il en reste une, dont nous dirons un mot.
Elle est encore relative à l'apparition des anges.
D'après saint Matthieu, l'ange qui descendit du ciel et roula la pierre placée à l'entrée du sépulcre était assis en dehon. Saint Marc, au contraire, dit que l'ange qui apparut aux saintes femmes était dans l'intérieur du monument : « Et inti'oeuntes in monumentum, « oiderunt juvenem sedentem... (Marc, xvi, 6). »
Pour répondre à cette difficulté, il suffira de remarquer que le tombeau de Notre-Seigneur se composait de deux parties très distinctes : le monument et le sépulcre. Le monument était une grotte taillée dans le roc, 011 l'on avait pratiqué un sôpukre ou mausolée dans lequel fut déposé le corps de Notre-Seigneur. Chacune de ces deux pièces était probablement fermée par une grosse pierre, que les anges fiient rouler pour laisser libre l'entrée du tombeau aux saintes femmes. Or, en supposant que l'ange dont parle saint Matthieu se soit assis sur la pierre qui fermait l'entrée du sépulcre, le récit de saint Matthieu, loin de contredire celui de saint Marc, le confirmerait, puisque cette pierre a dû se trouver, en effet, dans l'intérieur du monument, que saint Matthieu lui-même distingue du sépulcre (Matth., xxviii, 1-8).
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