ÉTUDE DOCTRINALE DE JÉSUS-CURIST
Doctrine dogmatique de Je sua -Christ.
C'est dans l'Evangile de saint Jean qu'est exposé l'enseignement dogmatique de Jésus-Christ, princi-
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paiement sur la divinité de sa personne. Nous l'étudierons donc en suivant le récit de cet évangéliste.
Entretien avec Nicodème (Joan., m, 1-21)
Nicodème était membre du sanhédrin, un des personnages les plus considérables de son temps par sa science et son rang ; son attachement à Jésus-Christ fut sincère et fidèle, on le vit prendre publiquement la défense du Sauveur et pourvoir à sa sépulture.
L'entretien de ce Juif avec Jésus-Christ eut pour objet les fondements mêmes de la Religion, à savoir : la régénération spirituelle, la divinité du Messie, l'économie divine de la Rédemption, la nécessité de la foi unie aux œuvres pour le salut.
d. La. régénération spirituelle par le baptême, et sa nécessité absolue, (3-8). Elle est appelée une seconde naissance, et cette idée n'était pas inconnue des Juifs, qui comparaient leurs prosélytes à l'enfant nouveau-né. Mais cette attribution, chez eux, n'avait d'effet que sur les relations sociales, tandis que Jésus-Christ parle d'un renouvellement intérieur. C'est pourquoi il apporte la comparaison du vent pour donner à entendre que c'est un mystère tout surnaturel, qui se passe dans l'âme et dépend de la souveraine liberté de Dieu.
2. Une question incrédule de Nicodème amène le témoignage sur la divinité de Jésus-Christ (9-13). Jésus- Christ en appelle à sa science divine : sa réponse paraît être une allusion aux paroles dites par Moïse aux Hébreux après la seconde publication de la Loi, où il déclare que l'accomplissement de celle-ci est facile à qui le voudra (Deuter., xxx, 11-14) : paroles que saint Paul a interprétées de la foi en Jésus-Christ (Rom., x, 6-8). C'est en effet la foi que Jésus-Christ demande à son interlocuteur, et non l'intelligence d'un mystère impénétrable.
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3. L'ordre de la Rédemption comprend trois choses (16-21) : Y amour de Dieu pour les hommes, sa cause première; la mission du Fils unique, sa cause méritoire ; la foi, cause de son application à chaque homme. C'est pourquoi Jésus-Christ ajoute que celui qui ne croit point est déjà jugé, parce qu'il est hors de la voie 011 s'exerce la miséricorde. En même temps il enseigne que le moyen d'arriver à la foi est la bonne vie.
NMI
Entretien de Jésus avec la Samaritaine (Joan., iv, 4-42).
I. — Cet entretien eut lieu près du puits de Jacob, à Sichem, durant un voyage de Jésus-Christ en Galilée.
Sichem ou Sichar % la Naplouse moderne, une des villes principales de la Samarie, était située au milieu des montagnes d'Ephraïm , dans une vallée fertile , entre le mont Garizim et le mont Hébal, à environ seize lieues au Nord de Jérusalem. Non loin de là, à l'entrée de la vallée, était le champ que Jacob avait acheté pour le donner à Joseph et où il avait creusé un puits. Quand Jésus, « fatigué du chemin », arriva dans cet endroit et s'assit au bord du puits, on était environ à la sixième heure du jour, c'est-à-dire midi. Au même moment, une femme vint de Sichem pour puiser de l'eau. C'était elle que Jésus était venu chercher, et il l'attendait pour la convertir.
II. Exposition-. — Le sujet de cetentretien estcompris en deux pensées : la grâce divine, le vrai culte divin.
1. Doctrine de la gràce{l-io). Jésus-Christ amena luimôme l'entretien par la demande qu'il fit d'un peu
1 Plusieurs auteurs distinguent Sichar de Sichem. Mais, suivant eux, Sichar aurait été une localité très rapprochée de Sichem et aurait formé une partie de la ville. Ce qui explique comment on a pu les confondra. Suivant d'autres, les Juifs auraient donné par dérision à Sichem le nom de Sichar, qui signifie mensonge, idolâtrie, ivroy>ierie. Voyez Gratz, t. II, p. 15.
2 Cfr Bannard, Saint Jean, p. 6S. ; L. Veuillot, Vie de Jésus- Clirist 1. II, ch. V.
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d'eau à la Samaritaine. Nulle occasion n'était plus convenable, l'eau étant constamment proposée dans l'Ecriture comme le symbole des bénédictions divines. Le Sauveur révéla donc à cette pauvre femme l'existence d'une vie spirituelle, dont il se présenta comme l'auteur. Il en manifesta les deux caractères opposés à la vie des sens : a) C'est une eau vive, c'est-à-dire, qui jaillit sans cesse d'une source intarissable, tandis que la vie des sens s'affaiblit, s'épuise et perd de sa fraîcheur, comme l'eau de la citerne. — b) La soui-ce de la grâce apportée par Jésus-Christ sera déposée dans le cœur même de l'homme, età cause de cela elle rassasiera toujours, et la vie qui en procède n'aura pas de fin ; au contraire, les jouissances sensibles sont hors du cœur humain, passagères et incapables de donner une satisfaction.
2. Doctrine du vrai culte (16-26). Une question de la Samaritaine amena la conversation sur ce sujet. Ayant reconnu le don de prophétie en Jésus-Christ, cette femme changea subitement de discours et interrogea Notre-Seigneur sur la diversité du culte qui divisait les Juifs et les Samaritains, alléguant en faveur de ceux-ci la tradition de ses pères. Ce fut pour Jésus-Christ l'occasion de compléter l'instruction sur la vie spirituelle. Il enseigna donc que la vraie religion a deux caractères essentiels : a) être fondée sur une connaissance certaine de la vérité, « nos adoramus quod scimus, quia salus ex « Judœis est, » qualité qui convenait à la religion juive ; — b) rendre à Dieu un culte intérieur, par la consécration de l'esprit et du cœur, autre qualité que la religion juive possédait bien, mais imparfaitement quant à la pratique, ce qui nécessitait un nouvel ordre de choses. C'est le sens de ces mots : (^ las jj in tu et veritate oportet adorare, » par oîi Jésus-Christ annonça la prochaine substitution du sacrifice spirituel aux sacrifices figuratifs des animaux, et insinua l'universalité de sa religion, qui procéderait de la foi et de l'amour. Une telle doctrine toucha profondément la Samaritaine. Un
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mot restait à dire pour achever sa conversion ; elle manifesta sa croyance au Messie, et Jésus-Christ lui répondit : C'est moi-même qui vous parle ; à ce mot, la lumière fut faite et la pauvre femme, devenue apôtre, s'en alla vers ses concitoyens, annoncer la venue du Christ.
3. Complément de rinstriiclion (27-42), L'enseignement donné à la Samaritaine fut complété par ce que Jésus-Christ dit ensuite à ses Apôtres. Comme ceux-ci le pressaient de toucher aux vivres apportés par eux, il leur répondit qu'il trouvait, lui, dans la volonté de son Père, un soutien plus fort que dans les aliments terrestres ; puis, sous l'allégorie de la moisson, il leur apprit que cette volonté suprême avait résolu le salut des hommes, auquel eux-mêmes devaient travailler, après les anciens Prophètes.
Ainsi trois idées résument tout ce charmant épisode : puissance de la grâce comme principe de vie; nécessité du culte spirituel pour le parfait exercice de la vie ; salut des âmes, terme où aboutit la vie et l'action de la grâce.
III. Observations i° « ... Non coutuniur Judxi Samaritanis (y. 9). » Cette remarque est de saint Jean ; et il paraît que, même aujourd'hui, les Samaritains restés fidèles à leur religion conservent contre les Juifs toute leur ancienne haine '.
2° — « Patres nostri in monte hoc adoraverunt {f. 20). » Ce mont est le mont Garizim, appelé aujourd'hui Grisim et El-Toar, la plus haute montagne de la Samarie. Le temple que les Samaritains y avaient bâti, et qui rivalisait avec celui de Jérusalem, avait été détruit, il est vrai, par Jean Hyrcan, l'an 129 avant Jésus-Christ; mais la montagne de Garizim n'avait pas cessé d'être regardée par les Samaritains comme un lieu sacré. Aujourd'hui encore ils y célèbrent leur culte quatre fois par an ^.
1 Gfr M. Gratz, loc. cit., t. II, p. is.
2 Cfr M. Gratz, Théâtre des évén., t. I, p. 252.
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3° « Nonne vos dicitis qaod adhuc quatuor menses sunt aetmessis venit. » Ces paroles n'indiquent pas qu'on fût alors en novembre ou décembre, mais elles peuvent être prises pour un proverbe populaire d'oti Jésus-Christ aurait déduit une conclusion pratique.
N° III
Le malade de la piscine probatique (v).
I. Miracle de la guérison. — \° Le lieu : Plscinaprobatica. On l'appelait ainsi soit parce qu'elle se trouvait près delà porte par où arrivaient les brebis destinées aux sacrifices, soit parce que les prêtres y lavaient ces animaux avant de les immoler*. C'est gratuitement que l'on a essayé d'expliquer naturellement la vertu de ces eaux pour guérir les malades : les circonstances démontrent que c'était un effet surnaturel. Car elles agissaient sur tous les malades, quelle que fût la nature de leur infirmité ; mais un seul à la fois était guéri, et c'était toujours le premier qui s'y baignait; il fallait aussi qu'avant chaque guérison l'eau fût sensiblement agitée par une cause invisible.
2° Son caractère miraculeux. Il est incontestable; tout se réunit même pour en faire un des miracles les plus évidents de l'Evangile, puisqu'il s'agissait d'un malade désespéré, gisant là depuis trente-huit ans et qui, rendu subitement à la santé par une parole du Sauveur, emporte publiquement son lit en signe de complète guérison. Jésus-Christ prouvait par là qu'il était plus puissant que l'Ange, et, de plus, qu'il était le maître du sabbat. Suivant le naturaliste Paulus, « ce malade n'était que l'un de ces misérables men- « diants qui, pour se livrer à une vie oisive et fainéante, « exploitent la commisération publique à l'aide d'une « maladie simulée. Jésus, par la finesse de son coup
1 Gfr M. Gratz, Théâtre des évén, t. I, p. 321.
« d'œil, ayant deviné à quelle espèce d'homme il avait « affaire, lui demanda d'un ton sévère en jetant sur « lui un regard ironique : Veux-tu réellement ôtre « guéri? Le prétendu malade cherche à s'excuser à « l'aide d'un subterfuge qui montre combien, au fond, « il se souciait peu de sa guérison : Je suis un pauvre « homme abandonné; je n'ai personne pour me des- « cendre dans la piscine. C'est alors que Jésus lui dit « avec autorité et d'un ton qui ne souffrait pas de « réplique : Misérable fainéant, tu n'es pas plus ma- « lade que moi ; lève-toi bien vite, emporte ton grabat « et ôte-toi d'ici. Le mendiant, interdit et dominé par « ce ton d'autorité, laisse là toute dissimulation et se « hâte de disparaître. Mais, pour se venger de Jésus, « il alla dénoncer aux pharisiens celui qui l'avait guéri (f malgré lui^» Les Juifs ne se méprirent pas sur la nature de cette guérison. Aussi ne songèrent-ils pas à la nier : ils y trouvèrent une nouvelle occasion de persécuter le Sauveur, sous prétexte qu'il violait le sabbat; et c'est alors que Jésus-Christ leur tint son discours où il affirme nettement sa divinité.
U. Discours (19-47). — Il a deux parties.
Dans la pi'emière (19-30), se trouve l'affirmation. 1° D'abord Jésus-Christ pose comme principe son unité avec Dieu son Père, unité d'opération et par conséquent de nature, et il en donne pour preuve l'identité des œuvres. Or entre les œuvres divines il en est deux qui le sont essentiellement : la résurrection des morts et l'exercice du jugement. Jésus-Christ se les approprie et affirme qu'elles sont en sa puissance aussi bien qu'en celle de son Père, et il conclut qu'il a droit au même honneur, que la foi en sa parole, aussi bien que la foi en Dieu, sera la cause première du salut (19-24). — 2° Après l'affirmation de sa puissance, Jésus-Christ en expose la raison divine. Il ressuscitera les morts parce qu'il porte en lui-môme la plénitude
1 Paulus, cité par M. Dehaut, loc. cit., t. II, p. 138.
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de la vie ; il jugera les hommes, parce que Lui, Homme, en a reçu de Dieu le pouvoir, et que sa sentence est identique à celle de Dieu même (25-30).
La seconde partie (31-47) sert de preuve à la première. Jésus-Christ démontre la vérité des affirmations précédentes par les témoignages irrécusables de Jean- Baptiste, de ses propres miracles, de son Père même et des Écritures. De là il déduit une double conclusion : a) L'incrédulité des Juifs n'a d'autre origine que leur malice et leur orgueil, et ceux qui refusent de croire au Fils de Dieu donneront plus tard leur foi au premier venu. — b) Ils trouveront leur condamnation là même oh ils cherchent leur justification, dans Moïse.
III. Observations. — 1° La résurrection des morts et le jugement sont deux œuvres exclusivement propres à la Divinité, car elles supposent une puissance infinie et la souveraineté absolue. Jésus-Christ s'est donc déclaré Dieu en se les appropriant. C'est pour cela qu'il a dit aussi que la source de la vie est en lui, de même qu'en Dieu, et qu'il en fait part selon sa volonté. Notons encore que ces deux œuvres, résurrection et jugement, sont étroitement unies : la résurrection n'obtiendrait pas sa fin s'il n'y avait un jugement pour séparer les justes des impies; et le jugement serait inutile s'il n'avait pas un complément dans la résurrection.
2° La résurrection dont Jésus-Christ parle est principalement entendue de la gloire éternelle, de même que le jugement sera celui de la réprobation (y 24). Mais cela n'exclut pas la doctrine de la résurrection universelle, même pour les impies, ni celle du jugement universel, même à l'égard des justes. Cette croyance était de tradition chez les Juifs. Jésus-Christ n'avait donc pas à démontrer l'exacte vérité sur ce point, mais il convenait à l'intention de son discours qu'il proposât plutôt le résultat de l'une et l'autre chose, qui sera la plénitude de la vie sans fin pour les justes ; et, pour les impies, la mort spirituelle.
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3° j. 27. Potestatem dédit ei facei^ejudicium, quia Filius Hominis est. Quel est le sens de cette affirmation '? a) C'est probablement une allusion à la prophétie de Daniel (vu, 13, 14) oti le Fils de l'Homme paraît sur les nuées du ciel, et reçoit puissance absolue et universelle. Jésus-Christ enseigne donc que le prophète a parlé de lui. — b) C'est en tant qu'homme que Jésus- Christ exercera le jugement, afin que les hommes soient jugés par leur semblable : mais la nature humaine, en lui, n'a ce droit et ce pouvoir que par communication et en vertu de son union à la personne divine.
A° {f. 37). Quel est ce témoignage rendu par son Père, dont Jésus-Christ parle? a) Selon les anciens, ce serait une allusion à son baptême. — b) 'Mais comme les auditeurs de Jésus-Christ n'avaient point été présents à cet événement, les modernes, avec Maldonat, disent que c'est le témoignage des miracles et des Ecritures, principalement celui de la Loi qui fut donnée par l'intermédiaire de Moïse, de telle sorte que les Hébreux n'entrèrent point en relation avec Dieu. Ainsi entendu, ce verset ne différerait pas, quant au sens, du f 39 oti Jésus-Christ dit aux Juifs de consulter les Écritures, et qui ne serait que le développement de la même pensée.
N° IV Discours sur la vie spirituelle et l'Eucharistie (vi). ■
I. — Ce discours eut pour occasion la multiplication des pains, que nous avons étudiée déjà et sur laquelle nous ne reviendrons pas. L'analyse en est difficile ; nous nous contenterons d'exposer les principales pensées.
r Prélude au discours (25-36). Les Juifs eux-mêmes amenèrent le sujet. Car Jésus-Christ, les voyant empressés auprès de sa personne après la multiplication des pains, leur demanda la foi en sa mission divine.
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Mais eux répliquèrent que ce miracle ne leur suffisait pas, et alléguèrent pour raison que Moïse en avait opéré un semblable et même plus grand, puisqu'il avait été quotidien, durant quarante ans, et opéré pour tout le peuple. Jésus-Christ pour réponse exposa sa doctrine sur le véritable aliment de la vie, et montra que sur ce sujet il était, lui, supérieur à Moïse.
2" Principe général [32- Si). Le pain vraiment céleste et substantiel est celui qui donne la vie et que Dieu même a préparé.
3° Applications (3o-o2). a) Jésus-Christ est le vrai pain de vie, substantiel, divin et vivifiant, qui rassasie les désirs chez quiconque croit en lui. — b) La vie donnée par ce pain céleste est toute spirituelle, mais elle sera parfaite et s'étendra au delà du temps présent et même au corps, qui sera ressuscité pour l'éternité. Là se trouve la fin de la mission de Jésus-Christ, et son œuvre tout entière. — c) La foi en Jésus-Christ est une condition indispensable pour avoir part à cette faveur, c'est-à-dire l'acceptation simple et complète de ses enseignements; mais cette foi a une raison d'être certaine en la science de Jésus-Christ puisée au sein de Dieu, et, à ce propos, Jésus-Christ montre accomplie en sa personne la prophétie où Isaïe annonçait que Dieu même deviendrait le docteur des hommes. — d) Le pain que Jésus-Christ veut donner au monde et qui produira la vie éternelle est sa propre chair, avec laquelle il se donnera tout entier.
A° Confirmation (o3-o9). Un tel enseignement révoltait l'esprit des Juifs, dont il confondait les pensées. Mais Jésus-Christ n'en devint que plus afflrmatif et redit, en y mettant instance, que non seulement son corps est un aliment, mais son sang aussi est un breuvage. Il ajouta encore cette assertion remarquable, que la vie éternelle et le droit à la résurrection n'appartiendront qu'à ceux qui mangeront sa chair et boiront son sang.
5" Conclusion (60-72). A la suite de ce discours, et
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dans un avis particulier adressé aux disciples, Jésus- Christ enseigna qu'ils ne devaient pas s'arrêter à l'idée grossière d'une manducation charnelle, mais que son langage avait un sens plus élevé, spirituel; pour preuve, il proposa la merveille de son Ascension future, enseignant par là que sa chair ne se comporterait pas à la manière des corps mortels, mais aurait les qualités d'un esprit.
II. Explication des principales sentences. — i" y. 27-33. Comme les Juifs se glorifiaient de la manne donnée à leurs pères, Jésus-Christ en prit sujet de comparaison pour démontrer l'excellence absolue du pain eucharistique.
a) La manne n'eut pas une origine vraiment céleste, et ce ne fut pas Moïse qui en opéra le miracle : au contraire, le pain annoncé par Jésus-Christ sera donné par lui-même, et il vient réellement du ciel, puisqu'il vient de Dieu, principe de la personne divine en Jésus-Christ, cause efficiente de sa nature humaine et auteur de sa mission. — b) Ce pain n'entretient pas seulement la vie, mais il la donne, la crée en celui qui le mange; il rendra même la vie temporelle aux morts, puissance que n'eut pas la manne. — c) Sa vertu est universelle, il est la vie du monde, doané à tous les hommes sans distinction, capable de les vivifier tous.
2° y. 37-40; 44, 45. Tous ces versets, quoique séparés dans le texte, ont rapport au même sujet et se complètent mutuellement. — a) Le sens général est que Jésus-Christ ayant été constitué fin de tout l'ordre naturel et surnaturel, et proposé comme moyen nécessaire du salut, Dieu lui a donné tous ceux qu'il prédestine à la gloire, ceux aussi qu'il appelle seulement à la justice présente, et les uns et les autres iront à Jésus-Christ par la foi, sous l'influence du secours divin. — b) Ceux qui sont prédestinés à la gloire, Jésus- Christ ne les rejettera point, puisque leur salut est dans la volonté de son Père ; il ne rejettera pas
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non plus ceux qui sont élus pour la grâce présente et non pour la gloire, mais eux-mêmes se sépareront librement de lui. — c) Aucun n'ira à Jésus-Christ s'il n'est attiré divinement, soit par les motifs extérieurs de crédibilité, miracles, enseignement; soit par les lumières intérieures, les impressions et -mouvements de la grâce : mais tous iront librement, veniet. — d) Les prédestinés à la gloire recevront de Jésus-Christ, moyennant la foi en lui, la vie éternelle quant à l'âme, et quant au corps la résurrection glorieuse.
3° y 57-59. — Jésus-Christ, dans ces sentences mystérieuses, révèle l'efficacité du pain qu'il veut donner. — a) Ce sera une participation à sa vie surnaturelle et divine, plus intime que l'union de deux hommes vivant ensemble. — b) Ce sera la vie même que Jésus- Christ puise en Dieu son Père et qui, par l'intermédiaire de sa chair et de son sang, s'écoulera en celui qui la recevra. — c) Cette vie est, en elle-même, aussi durable que son principe, c'est-à-dire éternelle, et celui qui mange la chair et boit le sang de Jésus-Christ se l'approprie et en fait son bien.
Toute l'économie de l'Incarnation est résumée en cette sentence : vie du Père communiquée à son Fils en l'unité de nature divine ; vie du Fils communiquée à son Humanité en l'unité de personne; vie du chrétien communiquée par la chair de Jésus-Christ en l'unité de grâce et d'amour, pour imiter la vie de Dieu ' en son Verbe fait chair.
La fête des Tabernacles (vu).
I. — Dans le récit de ce qui se passa lors de cette fête, l'évangéliste ne rapporte pas de discours, mais plutôt une série de discussions entre Jésus-Christ et les Juifs. La pensée dominante est la divinité de la doctrine de Jésus-Christ ainsi que de sa mission, et,
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conséquemment le droit qui lui appartient de réclamer la foi des hommes. La question du sabbat y revient aussi et Jésus-Christ prouve par de nouvelles raisons qu'il n'en violait pas le repos par la guérison des malades.
IL — Trois discussions sont notées : l'une avec la foule des Juifs, l'autre avec les ministres des pharisiens, la troisième avec le peuple. La première seule donnera lieu à quelques observations (v. 14-31).
Comme en d'autres circonstances, les Juifs commencèrent à provoquer Jésus-Christ et posèrent la question sur l'origine de sa science. Ils étaient scandalisés de la voir si parfaite chez un homme qui n'avait point passé par leurs écoles. Le Sauveur leur répondit sur deux points : 1° Il affirma la divinité de sa doctrine, déclarant qu'elle venait de Dieu, et le prouva par la pureté de ses intentions et de sa conduite. Car ne cherchant que la gloire de son Père et non la sienne, ne parlant qu'au nom de son Père, ne s'inspirant que de cette volonté et de la fin de sa mission, il lui était impossible de publier une doctrine et de tenir un langage purement humains. Aux seuls ambitieux le souci de parler pour eux-mêmes et de leur propre autorité. Jésus- Christ ajouta que la même pureté était nécessaire à ses auditeurs pour discerner et reconnaître la vérité de ses enseignements (16-18).
2° De cette question Jésus-Christ passa à celle du sabbat et à la justification de ses œuvres. Si son enseignement était divin et ses intentions droites, assurément il ne violait pas le saint jour en y opérant des guérisons. Il le prouva d'ailleurs par l'exemple des Juifs, qui opéraient en ce même jour la circoncision sur leurs enfants. L'œuvre pourtant n'était pas plus importante que celle de rendre la santé à un pauvre infirme, et elle exigeait plus de travail, puisqu'un mot suffisait à produire la guérison (19-24).
3° A ces deux questions les Juifs en ajoutèrent une
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troisième sur l'origine même de Jésus-Christ. Une tradition constante, fondée sur les Écritures, leur avait appris que l'apparition du Messie serait enveloppée de mystère (Gfr Isa., lui, 8; Mich., v, 2). Ils en concluaient que sa naissance serait inconnue. L'interprétation était fausse ; plus tard, elle fut contredite (v 42), et elle attribuait à la nature humaine ce qui convenait à la personne divine. Aussi Jésus-Christ n'exposa pas le mystère de sa naissance et ne donna qu'une réponse générale, mais suffisante, en affirmant que les Juifs étaient incapables de savoir d'où il venait et par quelle voie, puisqu'il venait de Dieu. Il opposa donc sa génération éternelle à ce que l'on disait de sa naissance dans le temps, et montra ainsi que ce caractère du Messie lui appartenait en toute vérité (25-31).
III. Observations. — Ce chapitre est intéressant comme étude de mœurs.
1° Les parents de Jésus présentent le type de l'incrédule orgueilleux qui ne cherche que la gloire mondaine et se sert même de la piété pour se la procurer.
2° La foule du peuple juif manifeste les défauts ordinaires de cette classe : la curiosité, qui cherche Jésus-Christ non par le désir de l'entendre et de s'instruire, mais pour avoir occasion de le contredire; la légèreté, l'inconstance, qui, en entendant le Sauveur, passe subitement de la sympathie à la haine; le respect humain, qui n'ose pas affirmer les sentiments secrets du cœur, par motif de crainte.
3° Nous trouvons un troisième degré de la sagesse mondaine chez les pharisiens, qui non seulement refusent de croire, mais empêchent les autres d'adhérer à Jésus-Christ et injurient ceux qui parlent en sa laveur. C'est l'endurcissement du cœur.
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NO VI La femme adultère et l'aveugle-né (vin, ix).
Nous rangeons ces deux faits sous un môme titre parce qu'ils se rapportent au même sujet doctrinal : Jésus-Christ lumière du monde.
La femme adultère.
I. Le fait (1-H). — Dans l'introduction particulière à rÉvangile de saint Jean, nous avons prouvé l'authenticité de ce récit. Quelques observations sont utiles sur les circonstances qui l'ont environné.
i"- Le fait eut lieu après la fête des Tabernacles, probablement le lendemain. De la part des Juifs, ce fut une ruse habilement concertée pour surprendre Jésus- Christ. Car la peine décernée parla Loi était formelle. Mais ils pensaient que Jésus-Christ, s'il condamnait la coupable, perdrait sa réputation de douceur et d'amour pour les pécheurs; et s'il l'absolvait, il se déclarerait implicitement contre la Loi.
2° La conduite du Sauveur fut digne de sa miséricorde et de sa sainteté, et l'on ne saurait trop admirer avec quelle sagesse il confondit les accusateurs par leur propre conscience. Car après que ceux-ci se furent retirés honteux et laissant leur accusée, Notre- Seigneur n'était pas obligé de rien prononcer contre elle ; en la renvoyant de la sorte, il conservait toute sa mansuétude et laissait intacte une loi dont il n'avait pas à faire l'application. Enfin la recommandation de ne plus pécher montrait bien son zèle pour la vertu.
3° La sentence : a Qui sine peccato est vestriim primus « m illam lapidem mittat, » s'adressait avec une convenance particulière aux Juifs hypocrites, parce qu'ils faisaient non la fonction de juges, mais celle d'accu-
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sateurs, et que leur démarche était motivée par la haine contre Jésus-Christ plutôt que par l'amour pour la loi.
4° Quant à savoir quels signes Jésus-Christ traçait sur le sol, on le cherchera vainement, l'Evangile ne le notant pas. Saint Jérôme et d'autres ont pensé que la main divine écrivait les noms des Juifs coupables et leurs crimes... Ce sont des conjectures. L'action de Notre-Seigneur était suffisamment expliquée par l'intention de montrer aux Juifs qu'ils n'étaient pas à leur place et que leurs réclamations ne méritaient aucune créance.
II. La discussion (12-o9). — Après cet incident, une vive discussion s'engagea sur cette sentence de Jésus- Christ : « Ego sum lux mundi j qui sequitur me non am- « bulat in tenebris, sed habebit lumen vitx. «Les Juifs célébraient la fête des Lwnières au lendemain de celle des Tabernacles, et Jésus-Christ en ce moment se trouvait dans une cour du Temple où étaient placés deux candélabres d'or pour l'illumination de l'édifice. La sentence venait donc à propos, et elle fut, d'ailleurs, la continuation du discours que la brusque arrivée des Juifs avait interrompu.
Nous résumons la discussion en quatre pensées.
1" Du côté des Juifs, il y avait quatre dispositions hostiles : le refus d'accepter le témoignage de Jésus- Christ sur lui-même; l'aveuglement sur sa filiation et sa mission divines; aveuglement aussi sur leur asservissement spirituel, sous prétexte qu'ils étaient enfants d'Abraham ; enfin ils accusèrent Jésus-Christ de possession démoniaque.
2" Notre-Seigneur répondit par quatre affirmations contraires, a) D'abord il démontra la valeur de son témoignage par deux raisons : la certitude et la perfection de sa science personnelle et le témoignage que Dieu son Père rendait à la vérité de sa mission et de sa parole (13-20).
b) A l'aveuglement des Juifs sur sa Personne et sa
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mission il opposa deux choses : une menace de les laisser mourir dans leurs péchés; une déclaration de sa divinité, énigmatique dans les termes, et néanmoins assez claire pour les Juifs ; à quoi il ajouta qu'au jour de sa Passion la vérité deviendrait manifeste.
c) A propos de la prétendue liberté dont se vantaient les Juifs, il leur parla de la vraie servitude, celle du péché oh tous gisaient, et c'est d'elle qu'il voulait les délivrer. Il dit encore qu'il ne suffisait pas d'appartenir à la race d'Abraham pour obtenir les promesses faites à ce patriarche, mais qu'il fallait s'en montrer véritables enfants, et que le caractère de la filiation est dans l'imitation des œuvres et des mœurs : pour cette raison, les Juifs étaient plutôt enfants du diable.
d) Sur le dernier chef, oîi les Juifs accusaient Jésus- Christ de possession parce qu'il promettait la vie éternelle à ses fidèles disciples, Notre-Seigneur répliqua en affirmant plus nettement la divinité de sa Personne, et en déclarant qu'à ce titre il était antérieur au patriarche Abraham, et que celui-ci avait cru en lui. Sur quoi les Juifs tentèrent de le lapider.
III. Explications. — 1° Une étude attentive de ce discours montrera qu'il est le développement pratique de la sentence qui occasionna la discussion « £go sum lux mundin etc.. S'il dit aux Juifs qu'ils mourraient dans leurs péchés, c'est parce qu'ils ne pouvaient pas le suivre en son royaume céleste, ne voulant pas le suivre dans le temps en s' attachant à sa doctrine. S'il promit la délivrance de la servitude morale, c'est à ceux qui croiraient en lui et à sa parole; et la vie éternelle fut promise également à ceux qui persévéreraient en cette foi et marcheraient constamment à sa suite.
2° y. 14-18. Nous avons à concilier cette assertion de Jésus-Christ : (( Etsi ego testirnonium perhibeo de meipso (( verum est testirnonium meum, n avec une autre qui paraît contraditoire : « Si ego testirnonium perhibeo de « meipso, testirnonium non est verum (y. 31). » La conciliation est indiquée par le contexte. Lorsque Jésus-
Christ déclarait son propre témoignage insuffisant, il entendait un témoignage isolé, indépendamment des preuves de véracité fournies par ses miracles et par sa conduite. Aussi en appelait-il à celui que son Père lui rendait par les œuvres surnaturelles. Or c'est de son témoignage ainsi soutenu, confirmé qu'il parle ici, et il le prouve bien, puisqu'il cite en sa faveur le texte de la Loi qui reconnaissait la valeur du témoignage produit par deux personnes. — Notons que Notre-Seigneur a clairement formulé la distinction entre sa Personne et celle de son Père.
3° t- 25. Principiurn qui et loquor vohis. Cette sentence est obscure et les interprétations en sont diverses. Voici les principales : a) Le texte latin peut être ainsi complété : Principiurn Ego qui et loquor vobis : Jésus- Christ se disait le Principe, et il paraît indubitable que les Juifs connaissaient la signification de ce mot, adopté par Moïse dans son récit de la création, et par Salomon dans la description de la sagesse (Prov., viii)^ — b) Dans le grec nous lisons : niv «^//iV o xt y.xi >«aw û/y.îv. Or les mots r-nv v.pyjo-j ont souvent, en cette langue, une signification adverbiale correspondant au latin omnino, prorsus, de sorte que le sens naturel serait : Je suis certainement ce que je vous dis, à savoir la Lumière du monde, Celui qui vient d'en haut ^ c) De cette expli. cation s'en rapproche une autre qui arrangerait ainsi le grec : -/arà r/jv up/ji-j, et le latin : a principio dico ; en français : depuis le commencement je vous le dis, et renverrait simplement les Juifs à la sentence qui a servi d'exorde au discours : Ego sum lux mutidi, — d) Plusieurs autres explications ont été proposées qui sont plus ou moins vraisemblables. Mais aucune ne lève complètement l'obscurité de cette expression mystérieuse. Saint Jean aura sans doute reproduit aussi exactement que possible le mot hébreu proféré par
' Cfr Drach, Harmon. de l'Égl. et de la Synag. 2 Cfr Patrizi, Comm. in Joan., h. L; Beelen, Dissert théulog. p. 52; R,osenmuller, Comm. in, n. 2., t. II.
170 COURS d'écriture sainte
Jésus-Christ, et qui n'avait pas son corrélatif en grec. Quoi qu'il en soit Jésus-Christ a indiqué sa divinité •assez clairement pour être compris de ceux que la passion n'aveuglait point.
4" ^.56. Exultavit Abraham ut videret diem meum ; vidit... Quel est ce jour de Jésus-Christ, et quand Abraham le vit-il? A) Selon le sentiment le plus commun, le jour de Jésus-Christ serait le temps de sa vie mortelle, particulièrement celui de son Incarnation et de sa naissance. Quelques interprètes y comprennent aussi le jour de sa Passion, ce que Jésus-Christ appelait son temps, son heure. Abraham aurait vu et salué ce jour avec joie, parce qu'il a donné le salut au monde. — B) On s'accorde moins sur l'époque où le saint patriarche aurait eu cette vision, a) Maldonal pense que ce fut dans les limbes et qu'Abraham eut non seulement une révélation, mais une véritable vision de la naissance de Jésus-Christ. — b) D'autres la rapportent à la circonstance mémorable oii Abraham reçut trois anges qui lui promirent un fils. Dans ces trois visiteurs il reconnut les trois Personnes dont rUne représentait le Verbe Incarné, et il sut que son fils Isaac serait la figure de celui-ci. — c) Plusieurs Pères ont dit qu'Abraham jouit de cette faveur au jour où il sacrifia son fils sur le mont Moriah, et qu'alors il vit en esprit, sur la même montagne, le sacrifice et la résurrection de Jésus-Christ vivement représentés par Isaac. C'est de cette action héroïque que saint Paul a dit : « Undè Isaac in parabolam accepit ' » et l'Ecriture insinue en effet que Dieu fit alors connaître à son fidèle serviteur la vérité de la figure. (Le Hir.)
L'aveugle-né (ix)
I. — L'intention de Jésus-Christ, en opérant ce miracle, fut de manifester d'une manière sensible la vé-
1 Hebr. XI, 19.
rite enseignée dans le discours précédent : Ego sum lux mundi, Jésus-Christ s'en est expliqué clairement avant de guérir le pauvre aveugle (y. 4, 5), et après la guérison (^. 39). Le caractère symbolique de l'opération est donc certain et il est utile de l'étudier. C'est l'image du baptême qui, dans la primitive Église, était appelé le sacrement de la foi et de l'illumination. 1. L'aveugle qui mendiait figurait le genre humain, privé de grâce et de lumière, depuis son origine, et attendant son Libérateur. Et de même |que Jésus-Christ vint le premier vers l'aveugle, ainsi, pour recouvrer la lumière, les hommes ont eu ,besoin que Dieu les prévînt et envoyât son Verbe. — 2. Pour guérir l'aveugle Jésus-Christ employa un peu de boue à laquelle il mêla de sa propre salive. Cette action rappelait la création de l'homme et signifiait que Jésus-Christ le réparerait d'une manière semblable à celle dont il a été fait, par les œuvres de la nature humaine unie à la nature divine qui lui communique sa vertu. — 3. Jésus-Christ se contenta d'enduire de cette boue les yeux de l'aveugle, à qui il ordonna de se laver dans la piscine de Siloé. C'est la coopération du malade qui doit correspondre à l'action de Dieu par l'obéissance et la soumission à ses ordres, pour obtenir la grâce et la lumière. Observons encore le nom mystérieux de la piscine. L'évangéliste en donne la signification : Missus, Envoyé, un des titres du Messie. Cette fontaine était au pied de la montagne de Sion, elle ne coulait que par intermittence, et ses eaux se frayaient avec bruit un passage à travers les rochers : image des eaux du baptême, qui ne coulent que par la volonté de Dieu et le ministère de ses apôtres. Cela rappelle la vision qu'eut Ézéchiel d'eaux qui sortaient du côté droit du Temple et répandaient la vie sur leur passage ^
Avec ces observations, le sens général de tout cet événement peut être saisi. Jésus-Christ a signifié par là
1 XLvn.
que les Gentils seraient appelés à la lumière et la recevraient en considération de leur obéissance, tandis que les Juifs tomberaient dans l'aveuglement, et c'est le sens de ces paroles : (.iln judicium ego in hune miindum (( vem, ut qui non videiit videant, et qui vident cœci fiant. » II. — En ce qui concerne le côté critique, le récit de l'évangéliste présente un sujet d'étude très intéressant. On y observe une telle candeur, une si grande originalité, un si pur accent de vérité; les détails sont si abondants et arrangés dans un ordre si naturel, qu'un témoin oculaire a seul pu écrire un tel récit. La réalité du miracle y est constatée par les preuves les plus convaincantes. Il y avait quatre questions à' examiner : la cécité native de cet homme ; sa guérison ; son identité ; le caractère miraculeux de la guérison. i° Les trois premièi'es furent résolues par une enquête rigoureuse et selon toutes les formes, et la malice des Juifs servit beaucoup à rendre la vérité manifeste. 2° La certitude du miracle en était une conséquence évidente. A ce sujet nous ferons observer que Jésus- Christ se servit de sa propre salive et non d'une eau quelconque, afin qu'on ne pût attribuer à celte eau la vertu curative du remède. Le moyen employé n'était d'ailleurs pas un remède : naturellement il n'avait aucune vertu. Ajoutons que Notre-Seigneur envoya l'aveugle à la fontaine de Siloé afin que tous ceux qui le rencontreraient en chemin et l'aideraient à trouver sa route, pussent constater sa complète cécité ^
N° VII
Le Boa Pasteur (x)
Sous ce titre sont réunies deux instructions séparées par le temps, mais liées par la similitude des sujets.
Première instruction (1-21). 1. Sujet, c'est la conclusion des instructions précédentes. Dans celles-là Jésus-
1 Cfr Guiol, Dém. phil. de la div. de Jésus-Clirisl, 8" confér.
EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILE 173
Christ s'est proposé comme la vie et la lumière du monde; en celle-ci, il se présente comme le Maître, le Chef, le Principe en qui se trouve l'autorité. Cette doctrine est exposée dans une double parabole : a) Parabole de ia porte (1-10) par laquelle entrent les pasteurs, ceux que les brebis connaissent et suivent, tandis que les voleurs passent par une autre issue. Jésus-Christ est la vraie porte par où il faut entrer dans la bergerie mystique oti l'on trouve le salut. — b) Parabole du Bon Pasteur {{\.-'2{). Jésus-Christ est le Bon Pasteur. Il en a toutes les qualités par excellence : il connaît ses brebis intimement et par leurs noms; il marche à leur tête pour les conduire aux bons pâturages ; ilprend leur défense et les aime jusqu'à donner sa vie pour elles. Quiconque n'a pas de semblables dispositions est un mercenaire ou un voleur. 2. L intention de ces deux paraboles paraît avoir été de combattre les pharisiens, qui excommuniaient tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ. Ils venaient de chasser l'aveugle guéri, et étaient résolus à traiter de même ceux qui se mettraient à la suite de Notre-Seigneur. C'est contre la crainte de cette excommunication que le Sauveur a proposé ces deux paraboles, pour enseigner qu'on ne peut entrer dans le royaume de Dieu que par lui.
3. Observations. — Plusieurs traits de la parabole conviennent particulièrement à Jésus-Christ. — a) y. 14, 15. La connaissance que Jésus-Christ a de ses brebis est assimilée à celle que Dieu le Père et son Fils ont l'un de l'autre. Or le Père connaît son Fils d'une science infinie, dans laquelle il l'engendre et lui communique tous ses attributs, et d'une science de dileclion, également inflnie. En retour, le Fils rend à son Père l'hommage de la connaissance et de la dilection parfaites, en se donnant tout entier. Ainsi Jésus-Christ connaît ses brebis, les aime, les engendre à la grâce et se communique à elles ; et réciproquement les brebis doivent s'étudier à le connaître, à l'imiter, à se donner entièrement.
174 COURS d'écriture sainte
b) y. 16. Par les autres brebis qu'il veut guérir, Jésus- Christ entend la Gentilité à laquelle son nom sera prêché. Comme ce sera la même parole, la même foi, le même Dieu que ces peuples recevront, il n'y aura plus de différence entre eux et les Juifs. Saint Paul a savamment exposé ce mystère de l'unité de l'Église (Gfr Rom., x, 41 ; Epbes., ii, 14).
c) y. 17, 18. Voici encore un caractère du Bon Pasteur exclusivement propre à Jésus-Christ : donner sa vie pour ses brebis. Car le terme dont il se sert : pono animammeatn, implique l'idée d'une intention spéciale, d'une volonté qui fait passer dans les âmes la vie donnée pour elles. Et ces mots doivent être entendus à la lettre de Jésus-Christ, puisque, selon la condition de sa naissance, il n'était pas naturellement sujet à la mort. Mais celle-ci a été l'effet de sa volonté libre et nullement un acte de faiblesse.
Seconde instruction (22-42). Cette instruction se rapporte à la fête de la Dédicace, célébrée vers le commencement de l'hiver. C'était l'anniversaire de la fête établie par Judas Machabée en mémoire de la réconciliation du Temple qu'Antiochus avait profané. Nous ferons deux observations :
1° L'instruction a pour sujet la divinité de Jésus- Christ. Les Juifs avaientinterpellé le Sauveur et il leur répondit par trois preuves convaincantes : a) Le témoignage de ses miracles confirmé par lun exemple tiré des Écritures (25, 32, 38). Car si l'Écriture décerne le titre de dieux à des hommes qui exercent l'autorité au nom du Très-Haut; à plus forte raison, Jésus- Christ en est digne, puisque tout chez lui démontre une mission et un caractère vraiment divins. — b) La promesse de la vie éternelle à tous ceux qui croiraient en lui; et la raison de cette promesse est sa toute-puissance absolue, qui est la même que celle de Dieu (28, 29). — c) L'affirmation de son identité substantielle avec son PèFe (30). Les Juifs comprirent cette
EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILE 175
fois, car ils voulurent lapider Jésus-Christ comme blasphémateur.
2° Le f. 29 a besoin d'explication. « Pater meus, quod « deditmihi, maj'us omnibus est ; et nemo potest rapere de « manu Patris mei. » — a) Jésus-Christ explique pourquoi nulle puissance ne lui ravira ceux qui lui appartiennent : C'est que Dieu lui a fait un don supérieur à toute chose existante; et comme ce qu'un père donne à son fils, c'est sa propre nature, Jésus-Christ fait donc entendre qu'il a reçu de Dieu la nature divine, qui seule est, en effet, au-dessus de tout. C'est pourquoi il assimile sa propre puissance à celle de Dieu. — b) Le texte grec présente une leçon sensiblement différente : « Pater meus, qui dédit mihi, major omnibus est. » Cette construction se lie mieux avec ce qui précède, Jésus-Christ déclarant qu'aucune de ses brebis ne périra, parce qu'il les a reçues de son Père dont la puissance est infinie. L'affirmation de sa divinité est comprise dans l'assimilation complète qu'il fait de ses droits, de sa possession et de sa puissance à ceux de son Père.
N° VIII
Résurrection de Lazare (xi).
Le miracle de cette résurrection, le plus grand que Jésus-Christ ait opéré, peut être étudié selon le double sens littéral et spirituel.
L — Au sens littéral, il confirma la mission divine de Jésus-Christ.
1° Toutes les circonstances se réunirent pour lui donner un grand éclat : l'amitié intime qui liait Jésus- Christ à Lazare, dont la demeure était depuis longtemps son refuge; l'époque : c'était peu de temps avant la Pâque, alors que la haine des Juifs, montée au suprême degré, cherchait les moyens de perdre Jésus-Christ; la parole même de Jésus-Christ qui avait
promis à ses Apôtres la résurrection de Lazare comme un prodige destiné à fortifier leur foi; le lieu enfin : Béthanie se trouvait près de Jérusalem, et les Juifs y étaient venus en nombre pour consoler les deux sœurs; un plus grand nombre y vinrent ensuite pour voir Lazare ressuscité, de sorte que, sans concert aucun, il se forma une réunion considérable de témoins autour du prodige.
2° Les efforts deJa critique moderne pour anéantir la vérité sur ce sujet ont été inutiles. Deux explications, entre autres, ont obtenu faveur : — a) Linter- ■prétation naturelle, qui n'admet chez Lazare qu'une léthargie de quatre jours. Au moment oti la pierre du sépulcre fut enlevée, le bruit, la fraîcheur de l'air auraient réveillé le malade. Mais un mot du récit évangélique réfute cette assertion : (iJà.mfœt(tl, quatriduanus estenim. » Une léthargie de quatre jours, avec le système de sépulture usité chez les Juifs, ressemblait beaucoup à la mort, et V aurait infailliblement pi-oduite. — b) Selon l'autre explication, on ne saurait voir en cette scène autre chose qu'un tour de supercherie, habilement combiné entre Jésus-Christ et ses amis, pour relever son prestige qui était en décadence. Lazare contrefit le mort, Jésus-Christ contrefit le prophète, et les deux sœurs furent les complices discrètes d'un jeu auquel la foi simple des Juifs fut prise. Nous répondrons par cette simple observation : Il faut être tout à fait dépourvu de raisons sérieuses pour s'arrêter à une telle hypothèse devant un récit qui se distingue, jusque dans les moindres détails, par la sincérité du langage ^
II. Sens spirituel. — 1° Il est résumé en ces paroles que Jésus-Christ dit à Marthe : « Egosum resurrectio et avita; qui crédit in me, etiamsimortuusfuerit, viuet{2o). » Le sens est que la résurrection future sera la consé-
1 Cfr J . Loyseau, Lettre XIII^ sur la Vie d'un tiommë Jésui selon Renon.
EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILE 177
quence et comme l'extension de la vie spirituelle, qui, de l'âme, passera dans le corps ; que Jésus-Christ est le principe de cette vie et la foi en lui sa cause. Ainsi dans la résurrection de Lazare on doit voir le modèle de la résurrection spirituelle.
2° Quatre causes de la résurrection apparaissent dans le récit évangélique : Cause première, le zèle de Jésus-Christ pour la gloire de Dieu (4). Ce fut à dessein qu'il laissa Lazare tomber dans la mort, afin de manifester sa miséricorde avec plus d'éclat. S'il dit aux Apôtres : « Infiiinitas hœc non est ad morteyn, » c'est qu'un décès suivi d'une prochaine résurrection ne saurait être assimilé à la mort telle qu'on a coutume de l'entendre. C'est aussi pour la gloire de Dieu que Jésus- Christ a rendu aux hommes la vie de la grâce et leur donnera la vie éternelle.
Cause déterminante, l'amour de Jésus-Christ pour Lazare et ses sœurs. L'évangéliste a soin de le noter : « Diligebat autem Jésus Martham, etsororem ejus Mariam, « et Lazarum (5). » Cet amour se présente avec trois principaux caractères : — a) La prévenance, car Jésus- Christ vint à Lazare d'un mouvement spontané, libre, comme le prouve le délai de deux jours. C'était pour montrer qu'il agissait non selon son inclination, mais par ordre divin, et afin de rendre plus sensible l'action de la grâce. — ^)La force et le courage : Jésus-Christ revenait à Jérusalem où la haine des Juifs lui préparait un supplice ; mais il savait que Dieu le voulait ainsi. C'est le sens de la réponse énigmatique faite aux Apôtres qui cherchaient à le retenir (8-10). Il leur apprit que le temps de sa vie mortelle était compté, et qu'il ne lui arriverait rien sinon par disposition providentielle. — c) La tendresse et la compassion : toute la scène en est la preuve; mais ces sentiments parurent surtout dans les larmes que Jésus-Christ répandit sur la tombe de son ami.
Cause méritoire, la prière de Jésus-Christ (41-42). Elle n'était point nécessaire, Jésus-Christ trouvant en
178 COURS d'écriture sainte
sa divinité la puissance et la raison de ses miracles ; mais il voulut se montrer comme médiateur entre Dieu et les hommes, comme l'envoyé par qui seul le salut est obtenu.
Cause occasionnelle, la prière des deux sœurs de Lazare. Martbe et Marie obtinrent le miracle par leurs supplications et leurs larmes, et Jésus-Christ l'accorda afin de leur donner une part de mérite à cette action. Elles figuraient les âmes justes que Dieu appelle à coopérer à la Rédemption par leurs propres suffrages.
No IX
Discours après la dernière Cène.
Après l'institution de l'Eucharistie, Jésus-Christ eut avec ses Apôtres un entretien qui fut en quelque sorte le résumé de tous ses enseignements et la suprême effusion de son amour. On peut le diviser en trois discours, répartis en autant de chapitres, auxquels s'ajoute une prière qui forme un sujet à part.
Premier discours (xiv).
I. — Il fut prononcé dans le cénacle même et comprend deux choses : une exhortation à la confiance, une promesse de l'Esprit consolateur.
1° Exhortation (1-14). Elle fit suite au précepte de la dilection mutuelle et à l'annonce d'une séparation prochaine dont Jésus-Christ avait parlé quelques instants auparavant (xiii, 33, 38). Trois principes servent de fondement à cette confiance : — a) la foi en Jésus- Christ, identique à celle que les Apôtres avaient en Dieu ; — è) la certitude de l'héritage céleste : Jésus- Christ s'est posé comme son auteur, car il allait y préparer les plaies, et comme le moyen d'y arriver, par la vertu même de la foi en sa personne: — c) l'efficacité de la prière qui, faite au nom de Jésus- Christ, est infaillible.
EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILB 179
2" Pf'omesse (lo-26). La promesse répond au précepte de l'amour que Jésus-Christ imposait à ses disciples. Le Saint-Esprit sera donné comme son gage et son principe. — a) Sa venue ne sera point transitoire, mais il demeurera dans le cœur des disciples, et son action sera de répandre la lumière sur les vérités enseignées par Jésus-Christ et d'en donner l'intelligence; il éclairera principalement les Apôtres sur le mystère de l'unité de Jésus-Christ avec son Père, et cela en leur révélant une autre unité non moins merveilleuse, celle qu'ils ont eux-mêmes avec Jésus-Christ, unité des membres avec leur chef. — b) En vertu de cette unité formée par l'amour, Jésus-Christ ne quittera point ses disciples, mais sera avec eux et en eux par une sorte d'assistance qui les accompagnera partout, c) Les derniers versets (27-31) sont la conclusion du discours : Jésus-Christ donna sa paix aux Apôtres et les consola de son prochain départ en faisant appel à leur amour et au sentiment de l'obéissance envers Dieu.
II. Explications. — >'. 6. Ego sum via, veritas et vita. Deux explications, entre autres, ont obtenu faveur auprès des interprètes :
1° L'une voit un hébraïsme dans la formule dont l'évangéliste s'est servi, et dispose ainsi la proposition : Ego sum via vera quœ ducit ad vitam. L'idée est juste, mais on peut y opposer que dans le grec chaque substantif est précédé de l'article ;, qui lui donne un sens distinct et déterminé, en même temps qu'il indique une convenance absolue de l'idée à Jésus- Christ.
2" Selon l'autre explication, ces trois paroles sont le résumé des enseignements donnés par Jésus-Christ en d'autres discours où il s'est proposé comme le modèle à imiter, la lumière à recevoir et l'auteur de la vie. Elles se rapportent aux trois titres de Médiateur, de Docteur et de Sauveur. — a) Comme Voie, Jésus-Christ est le médiateur nécessaire par qui les grâces et le
180 COURS d'écriture sainte
salut sont obtenus, de même que les adorations et les prières doivent être unies aux siennes pour arriver à Dieu. — b) Comme Vérité subsistante et personnelle, il est le docteur suprême annoncé par les prophètes, la lumière sans laquelle nul homme ne marche droit. — c) Au titre de Sauveur correspond la Vie, car l'effet propre de la Rédemption a été de rendre aux hommes la vie spirituelle perdue par le péché, et la vie éternelle, à laquelle le corps même participera dans la résurrection. Et Jésus-Christ l'a donnée par une effusion de sa plénitude infinie.
^\ 7-9. Si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis... qui videt me, videt et Patrem... Ces versets se complètent et s'expliquent réciproquement. 1° Il ne s'agit pas de la vision corporelle, à laquelle Dieu échappe, ni de la vision intuitive, qui n'existe pas sur la terre, mais de la connaissance acquise par la foi et par les enseignements de l'Ecriture. Or la connaissance de Jésus-Christ a pour corrélative celle de son .Père, puisque constamment il s'est dit envoyé de Dieu et son Fils. — 2° Mais si Dieu ne peut être perçu des yeux du corps, néanmoins les Apôtres, en voyant l'humanité de Jésus-Christ, arrivaient indirectement à la connaissance de sa divinité, qui était unie à la nature humaine et se manifestait par elle : par suite, ils arrivaient à la connaissance du Père, qui est substantiellement en Jésus-Christ '. 3" Trois vérités dogmatiques sont comprises ici : la distinction des Personnes divines, car on voit l'une et l'autre ; la consubstantialité du Verbe, car voir l'un c'est voir l'autre; la divinité de Jésus-Chrisl, car le voir. Lui, c'est voir Dieu.
Deuxième discours .{x\).
1. Exposition. — Ce discours fut proféré durant le trajet que Jésus et ses disciples firent du cénacle au
1 Cfr Maldonat, in h. I.
EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILB 18l
jardin de Gethséniani. Le sentier passait au milieu des vignes : Jésus- Christ prit de cette circonstance le sujet de la comparaison par où il commence. Trois pensées résument l'exhortation : constance dans l'union à Jésus-Christ; persévérance dans la charité; fermeté dans les persécutions.
1° Constance dans l'union à Jésus-Christ [i-'&). Jésus- Christ propose sa pensée sous une forme parabolique, comparant son Église à la vigne dont il est, Lui, le tronc et ses disciples sont les rameaux. La justesse de la comparaison est admirable. — a) Jésus-Christ, quelques instants auparavant, avait donné son sang, sous l'espèce du vin, comme principe de vie ; en comparant sa personne à la vigne d'oii sort le vin, il rendait sensible la nécessité de l'union avec lui pour avoir la vie. — b) Nous lisons aussi dans les prophètes (Isa., Lxiii) que la Passion avait été figurée par le pressurage qui produit le vin : Jésus-Christ, sur le point de souffrir, était naturellement amené à rappeler la prophétie pour en montrer l'accomplissement et enseigner la manière d'y participer. — c) Enfin il est utile d'observer que la vigne est le plus utile des arbres, à raison de sa vitalité et de son fruit; mais elle est le plus inutile des bois lorsqu'elle cesse de produire, car l'industrie n'en fait aucun usage. Ainsi en est-il de celui qui se sépare de Jésus-Christ... Il n'est digne que du feu (Cfr Ezech., xv, 2-8).
2° Persévérance dans la charité (9-17). Il s'agit de la charité parfaite avec ses deux et inséparables objets, Dieu et le prochain. Jésus-Christ demande à ses disciples qu'elle soit en eux telle qu'en son propre cœur, aussi parfaite, aussi étendue en sa pratique, aussi généreuse en ses dons, aussi intime en ses communications.
3° Fermeté dans les persécutions (18-27). La pensée
do minante de cette exhortation, celle qui rendra les
disciples inébranlables, c'est le souvenir même de
Jésus-Christ objet, pour le monde, d'une haine égale-