II
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ment injuste et irréconciliable. Les disciples n'y sauraient échapper, puisqu'ils sont en opposition avec le monde, qui refuse de les reconnaître comme il a refusé d'ouvrir les yeux aux miracles de Jésus-Christ. A cette pensée Jésus-Christ ajoute celle du secours que le Saint-Esprit leur donnera pour tirer de la persécution un témoignage authentique en faveur de la vérité.
II. Explications. — Nous nous bornerons à quelques observations dogmatiques, y 1. Jésus-Christ se dit la vraie vigne, et toutefois ne parle qu'au sens figuré, per similitudinem, non per propi'ietatem, dit saint Augustin. Mais son langage contient une allusion, soit aux prophètes Isaïe (v) et Ezcchiel (xv), soit à la parabole des vignerons (Matt. xxi), où le peuple juif est comparé à une vigne. Or cette vigne, n'ayant pas donné les .fruits attendus, ne fut pas réputée vraie Siux yeux de Dieu ; Jésus-Christ au contraire est la vraie vigne, parce qu'il a produit tout ce que son Père voulait.
f. 2-8. Ces versets marquent la nécessité de faire les œuvres dans la grâce et par son mouvement, pour qu'elles soient surnaturelles et méritoires. l°Les faire dansla. grâce, c'est demeurer en Jésus-Christ, c'est-àdire lui être uni par la charité, car à la charité seule appartient la puissance de produire Tintimité des communications et l'échange des biens. — 2° Faire les œuvres par le mouvement de la grâce, c'est agir sous l'influence du secours divin : or Jésus-Christ déclare que sans lui rien, pas le moindre acte surnaturel, n'est possible. — c) La nécessité des œuvres pour le salut est clairement enseignée par Jésus-Christ, puisqu'il exige que tout rameau porte des fruits, condamne au feu celui qui demeure stérile, et certifie que la gloire de Dieu est étroitement unie à la multiplicité de ces fruits.
y. 13. 1° Cette sentence mystérieuse trouve un beau commentaire dans celle où saint Paul exalte l'amour divin par ce fait qu'il a livré Jésus -Christ à la mort
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pour ses ennemis (Rom., v, 6-10). Jusqu'alors un tel dévouement ne s'était point vu, les hommes ayant limité leur générosité à l'héroïsme pour leurs amis. Ainsi entendue, la parole de Jésus-Christ peut être considérée comme simple expression d'un fait reçu.
2° Mais elle est susceptible d'un autre sens : Jésus- Christ ne parle que des amis, parce que, selon l'esprit évangélique, il n'y a point d'ennemis pour ses disciples. Il veut donc que l'amour soit la règle du dévouement à l'égard des hommes, et que, même dans le don de sa propre vie, on considère uniquement le motif de la charité, qui ne fait pas acception des personnes.
Troisième discours (xvi).
I. Exposition. — Ce troisième discours n'est que la continuation du précédent : il a pour pensée dominante celle des persécutions auxquelles les disciples de Jésus-Christ seront exposés, et des secours merveilleux que le Saint-Esprit et la prière leur apporteront.
1° Jésus-Christ insiste sur l'annonce des persécutions, parce qu'il veut y préparer ses disciples, afm que la surprise n'amoindrisse pas leur courage ni leur zèle.
2° Il explique en quoi consistera le témoignage que le Saint-Esprit rendra par l'organe des Apôtres persécutés : Ce sera la démonstration péremptoire de la malice du monde et sa condamnation, en même temps que l'instruction parfaite des Apôtres sur les vérités divines.
3° Enfin le Sauveur renouvelle toutes les promesses déjà faites à la prière, se propose lui-même comme leur garant, et termine par une assurance positive du succès, puisque le monde est vaincu déjà.
II. Explications. — >. 7. Quel rapport existait entre le départ de Jésus-Christ et la venue du Saint-Esprit?
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1. La mission du Saint-Esprit était le terme de la mission de Jésus-Christ. Les œuvres du Sauveur, ses souffrances et ses mérites avaient pour fin de rendre aux hommes l'Esprit de Dieu, auteur de la grâce et de la charité. Jésus-Christ, en outre, comme Fils de Dieu et principe du Saint-Esprit, devait l'envoyer conjointement avec son Père, et l'ordre divin exigeait qu'il le fît en la pleine possession de ses mérites et de sa gloire ^ — 2. La venue du Saint-Esprit et la grandeur de ses opérations exigeaient aussi chez les Apôtres un renoncement et une humilité que la privation sensible de Jésus-Christ pouvait seule produire.
f. 8-11. Le témoignage du Saint-Esprit contre le monde s'entend de tous ceux qui mettent leur confiance dans les biens terrestres et n'attendent pas le salut de Jésus-Christ. — 1. « Arguet de peccato quia « noti crediderunt in me. » a) La foi en Jésus-Christ est la racine de toute justification : ceux qui la rejettent n'ont donc aucun moyen de pardon et restent dans le péché, soit originel, soit actuel -. — b) Le monde a été particulièrement coupable de fermer les yeux et les oreilles aux miracles et aux enseignements de Jésus- Christ. Le Saint-Esprit devait rendre manifeste la culpabilité de tous les hommes, et la malice de ceux qui refuseraient de croire. — 2. « Arguet de Justitia, « quia adPatremvado. » La justice n'est autre chose que l'accomplissement exact du devoir. Le Saint-Esprit prouvera donc : a) que Jésus-Christ, condamné par le monde, a été juste et innocent ; — b) que la vraie justice n'est point acquise hors de lui ; — c) que les hommes ne l'ont point trouvée dans leurs œuvres, pas même les Juifs dans leur loi ^ — Par son retour vers Dieu, Jésus-Christ rendait cette vérité sensible, puisqu'il mettait les hommes dans l'alternative de croire"
1 Cfr Joan. vu, 38, 39.
2Cfr Joan., m, 17, 18; Act., iv, 12; Rom., m, 22-21.
3 Cfr Rom., i ; iv, 2 seq; x, 3 seq.
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pratiquement en lui ou de n'être point justifiés. — 3. « Arguet dejtidicio, quia princeps hujus miindi jàm « judicatus est. » Un troisième effet du témoignage rendu par le Saint-Esprit sera de montrer que Jésus- Christ est le Juge suprême, et que le monde incrédule est sujet à condamnation. Celle-ci ne sera que l'association au sort du diable, déjà condamné dès l'origine, et dont Jésus-Christ a confirmé la sentence par la ruine de son œuvre infernale. La conversion des hommes idolâtres prouvera que le prince du monde a été dépossédé.
y. 16-24. Jésus-Christ, en cet endroit, tient un langage énigmatique que les Apôtres ne comprirent point et dont il ne leur révéla pas le sens. Assurément il y a une allusion à la Passion et à l'Ascension qui devait priver les disciples de sa présence sensible. Mais quand il dit : alterùm modicum, et videbitis me, » parlet-il des visites qui suivraient sa Résurrection, ou bien du sentiment de sa présence que le Saint-Esprit donnerait aux Apôtres? Peut-être il s'agit de l'un et de l'autre. On ne saurait douter que Jésus-Christ ne leur ait promis de les revoir pour les consoler et les associer à la joie de sa résurrection. Mais en même temps il leur enseigne que les tristesses de leur vie passeront aussi promptement que la vie même et seront suivies de la possession éternelle de sa présence dans le ciel.
Frière de Jésus-Christ (xvii).
I. — Jésus-Christ a compris trois objets dans sa prière: iSi personne (1-8); ses Apôtres (9-19), tous les hommes (20-26). — 1. Pour sa personne, il a demandé sa glorification par la résurrection et par la diflusion de son nom dans l'univers, soit à cause de la gloire que Dieu en retirera, soit à titre de récompense, à raison de son obéissance aux ordres de son Père. — 2. Pour ses Apôtres Jésus-Christ a demandé trois
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biens : a) ['unité d'esprit et de cœur semblable à celle des Personnes divines; — b) la persévérance dans la grâce au milieu des persécutions, et, partant, la victoire sur le monde; — c) la sanctification, qui donnera le comble à leur œuvre. — 3. Pour tous les chrétiens Jésus-Christ a fait la même prière : a) unité parfaite, qui sera une preuve de sa mission divine, car c'est pour la procurer qu'il leur a fait part de sa propre gloire ; — b) manifestation pour eux de cette gloire dans le ciel et partage du même amour.
II. Explications. — y. 5... Clarifi,ca me... C'est la glorification de son humanité que Jésus-Christ demande ; mais cette gloire étant essentielle au Fils de Dieu, l'humanité de Jésus-Christ la recevra en vertu du droit que lui confère son union au Verbe, et ce ne sera pour elle que la cessation d'un miracle qui empêchait cette gloire de s'épancher dans les membres du Verbe incarné.
J!. 6. Manifiestavi nomen tuiim hominibus quos dedisti mihi de mundo. 1. Tous les hommes ont été donnés à Jésus-Christ, mais à des titres et à des degrés divers. Les chrétiens baptisés lui appartiennent plus que les infidèles, les élus plus que l'ensemble des chrétiens, parmi lesquels se trouveront des réprouvés , et les Apôtres le touchent de plus près encore. Dieu les a tirés de la masse des hommes qui vivent d'une vie toute terrestre, pour les attacher à Jésus-Christ. 2. Nomen tuum. Les Pères entendent ici la paternité de Dieu que les Juifs eux-mêmes ne connaissaient pas et dont Jésus-Christ a donné la révélation. C'est le nom distinctif de la première Personne dans la Trinité divine.
^. 19. Sanctifico meipsum... Dans l'Écriture, sanctification est à peu près synonyme de consécration, et l'une et l'autre comportent l'idée de sacrifice. C'est donc à son immolation prochaine que Jésus-Christ fait allusion. Il l'appelle sa sanctification, soit parce que son humanité allait se dépouiller de toutes ses infirmités natu-
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relies et entrer en possession parfaite de la gloire divine, soit parce qu'elle allait combler la plénitude infinie de ses mérites et devenir capable de sanctifier par elle-même les hommes.
t. 21-26. Ces versets contiennent le résumé de la vie chrétienne. i° Elle a pour modèle la vie des Personnes divines, qui sont en l'unité d'une même essence. La foi et la charité, qui associent les chrétiens à la science divine d'où procède le Verbe, et à l'amour divin d'oii procède le Saint-Esprit, sont les éléments de cette vie et le fondement de l'unité.
2"* Son principe est la grâce sanctifiante, par laquelle le chrétien participe à la nature divine et devient vrai fils de Dieu par adoption. C'est ce que Jésus-Christ appelle communication de sa gloire, car pour lui la gloire est d'être Fils de Dieu selon la nature (Joan., I, 14). En associant les hommes à sa filiation, il leur donne réellement part à sa gloire non seulement nour l'éternité, mais aussi dans le temps '.
3° Le moyen est la demeure de Jésus-Christ dans l'âme chrétienne, demeure mystérieuse et réelle, qui n'existe pas seulement dans la communion à son corps et à son sang, mais consiste dans le don et la permanence de son Saint-Esprit, et a pour effet de produire des pensées, des affections et des sentiments semblables aux siens, etc. La vie du ciel ne sera que l'épanouissement et la connaissance parfaite de ces choses... Am.en.
Doctrine morale de Jésus-Christ.
De môme que nous avons pris dans l'Évangile de saint Jean les principaux points do l'enseignement dogmatique donné par Jésus-Christ ; de même nous chercherons sa doctrine morale dans l'Evangile de
1 Cfr Rom., v, 2 ; viii, 14-17; I Joan., m, l.
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saint Matthieu, dont nous rapprocherons les autres évangélistes, soit pour les compléter, soit pour les expliqueras uns par les autres. Cette étude comprendra trois sujets : le discours sur la montagne, les instructions données aux Apôtres, les paraboles. Nous y ajouterons le discours sur la fin du monde.
N° I Discours sur la montagne (Matth., v-vii)
Ce discours contient la substance de la morale chrétienne, que Jésus-Christ y a tracée dans ses caractères généraux et aussi dans quelques préceptes particuliers. La montagne où il fut prononcé est encore appelée aujourd'hui montagne des Béatitudes. Elle est située à deux lieues et demie de Tibériade, non loin du Thabor, avec lequel saint Jérôme semble l'avoir confondue. De son somment, la vue embrasse Saphet, l'ancienne Béthulie, célèbre par la mortd'Holopherne, le Grand-Hermon et les vallées spacieuses de Génézareth. Les Turcs l'appellent les Cornes de Hittin à cause de deux pointes qu'elle présente. Elle se compose de deux plateaux superposés et de rochers amoncelés assez semblables à des ruines. Du haut de cette chaire, Jésus pouvait aisément se faire entendre à la grande multitude qui couvrait les flancs de la montagne \
Beaucoup pensent que ce discours est le même que celui qui est rapporté par saint Luc (vi, 17-49). Nous ne le croyons pas. On trouve, il est vrai, dans ces discours un grand nombre de pensées semblables. Mais les circonstances où ils furent prononcés sont tout à fait différentes^. Il est cependant probable que saint Matthieu les a réunis afin de donner un résumé plus complet de la doctrine de Jésus-Christ.
1 Cfr Letremble, Ré-.its d'un pèlerin, t. II, p. 297.
2 Cfr Chevalier, Récils évangéliq., p. 96-99.
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Dans l'étude de ce discours nous suivrons l'analyse raisonnée que Bellarmin en a faite '.
Exordè du discours (v, 1-12)
Il est formé par les huit Béatitudes, appelées ainsi parce qu'elles comprennent l'abrégé des vertus requises pour la possession du bonheur éternel. La pratique de ces vertus est, en effet, obligatoire à certain degré, pour tout chrétien, selon sa condition respective : mais plus le degré sera élevé, plus certaine sera aussi l'acquisition de la béatitude céleste.
Nous étudierons en détail ces Béatitudes, et sur chacune nous examinerons trois choses : la notion de la vertu béatifiée, le caractère de la récompense promise, ses rapports avec l'Ancien Testament. Cette troisième aura pour but soit d'éclairer les deux autres par le rapprochement des témoignages, soit de montrer en Jésus-Christ le véritable Messie, qui a donné son complément à la Loi ancienne.