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PREMIÈRE BÉATITUDE

Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum.

L Notion de la pauvreté. — Saint Matthieu dit : pauperes spiritu; en saint Luc nous lisons simplement pauperes, et, en outre, il y a une malédiction proférée contre les riches (vi, 20, 24). La pauvreté comprend donc deux degrés : 1. le détachement des biens terrestres, auxquels on renonce au moins intérieurement, de cœur, et par un mouvement surnaturel du Saint-Esprit. Ce degré est obligatoire pour tout chrétien, qui doit ne pas s'affectionner aux richesses, mais en user selon ses besoins et la condition de son état. — 2. La priva-

1 De Juslificat. lib. IV, cap. lu.

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tion réelle de ces biens, la pauvreté réelle, mais acceptée avec soumission, par un motif surnaturel, comme un ordre de Providence. Ainsi entendue, la pauvreté a des rapports avec l'humilité, que plusieurs Pères ont vue dans les paroles de Jésus-Christ; car un pauvre de gré est nécessairement un cœur humble.

II. Caractère de la récompense promise. — 1. Sens général. Jésus-Christ propose la récompense sous l'idée de royaume afin de rendre sensible l'opposition entre la condition temporelle des pauvres et leur condition spirituelle. Devant les hommes, les pauvres sont les derniers de tous, et dans l'assujettissement ; devant Dieu, ils sont les premiers maîtres des biens célestes, comme les rois le sont des biens terrestres.

2. Sens littéral : Regnum cœlorum. Dans l'Evangile, cette expression désigne soit le ciel proprement dit, soit l'Église qui en est la préparation, a) Pour le ciel, Jésus-Christ, enseigne que son acquisition exige l'abandon total des richesses et biens de la terre. On verra cette doctrine reparaître en d'autres circonstances, telles que la parabole de la perle (Mat., xiii, 4o), la promesse faite aux Apôtres et la menace intimée aux riches (Mat. xix, 21-30). — b) Pour l'Église, Jésus- Christ a fait entendre que la fortune ne sera pas un moyen d'y entrer ni d'y obtenir des places, mais que dans la vocation, la dispensation de la grâce et la collation des ministères, Dieu méprisera les richesses et préférera les pauvres, et que le plus grand devra se faire le serviteur de tous.

m. Rapports avec r Ancien- Testament. — Ils sont très nombreux. 1. On pourrait alléguer les témoignages oii la pauvreté est préconisée. — On les lit principalement dans les livres sapientiaux : cfr Eccli., xxxi. — 2. Mais dans les prophéties surtout, le Messie est annoncé comme l'ami des pauvres, leur défenseur : cfr Psaura. XXI, Lxxi ; Isa., XI, lv, lxyi. Jésus-Christ a proposé ces témoignages comme un signe caractérisque de sa mission : cfr Mat., xi, 5; Luc, iv, 48. ~ 3. Ajoutons

EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILE 191

qu'au temps de Jésus-Christ, le nombre des pauvres et des esclaves était effrayant, leur condition extrêmement dure, et qu'en béatifiant la pauvreté, Jésus-Christ a montré que le salut est pour tous les hommes, puisque les riches peuvent pratiquer la "pauvreté de cœur, tandis que les pauvres ne sauraient guère prétendre à la richesse.

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