‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 31 sur 89 · HUITIÈME BÉATITUDE · texte numérisé non relu

HUITIÈME BÉATITUDE

Beati qui persecutionem patiuniur propter justitiam, quoniam ipsorum est regnum cœlorum.

I. Objet. — 1. Nous attribuons au terme justice le même sens que dans la quatrième Béatitude : il s'agit du devoir accompli, et nous y comprenons tout ce qui tient à la religion, à l'honneur de Dieu, à ses préceptes, aux lois de l'Église, même une cause privée, si

1 Cfr Psalm., Lxxxr, 5; Joan., x, 34-36.

2CfrMatth., xix, 28; I Cor., vi, 2, 3 ; Sap., ni, 8; Apoc.

•' Cfr. Psalm., lxxi; Isa., 11, ix, lui, liv; Zachar., ix...

EXPLICATION DOCTRINALE DE l'ÉVANGILE 201

elle touche à quelque commandement, et se trouve en rapport direct avec la fin surnaturelle.

2, La différence avec la quatrième Béatitude est dans ces mots : per&ecutio propler justitiam. a) La quatrième Béatitude a pour objet essentiel Vamour de la justice recherchée pour être possédée. Si la souffrance vient s'y adjoindre, c'est accessoirement, parce qu'une cause humaine d'intérêt ou de cupidité s'y trouve engagée. — b) Dans la huitième Béatitude, Jésus-Christ montre Injustice objet de haine chez les hommes, poursuivie par malice et passion en ceux qui la possèdent. C'est l'opposition du vice à la vertu, du mal au bien.

IL Excellence. — 1. Cette Béatitude ne concerne aucune vertu en particulier, mais les comprend toutes indistinctement. Elle propose la lutte, non contre les passions personnelles, mais contre les vices des hommes, qui, dans leur méchanceté, persécutent le bien et la vertu. — 2. Le huitième rang que Jésus- Christ lui donne indique son excellence, et d'ailleurs elle implique la pratique des sept autres Béa,titudes, puisque le persécuté doit renoncer à tout, se laisser dépouiller et souffrir avec patience, voir sa vertu haïe et néanmoins pardonner à ses persécuteurs ; en même temps, la souffrance purifie son cœur et la patience y établit la paix.

3. Le persécuté a un droit spécial et strict au royaume des cieux, parce qu'il est rejeté du monde à cause de Dieu. Jésus-Christ, en outre, lui a fait deux promesses particulièrement précieuses : a) celle d'une assistance singulière qui le remplira de sagesse et de force contre ses ennemis (Matth., x, 19-22); — b) celle d'une ressemblance parfaite avec Lui-même, qui, associant le chrétien à ses souffrances, lui procure une participation plus intime à sa gloire (Luc, xxii, 28, 29; Joan., XV, 13, 18-20)».

\\\. Extension pratique (11, 12). — Jésus-Christ n'a

1 Cfr. Rom., vui, 17-, Galat., vi, 17; I Petr., ii, 19; ui, 14; iv, 14, 16.

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pas limité sa Béatitude à la souffrance physique qui constitue le martyre, mais il l'a étendue à la persécution morale, à la calomnie soufferte pour son nom. De cette sorte, tout chrétien peut en prendre sa part, à la condition toutefois de ne répondre aux injures que par la prière et les bienfaits. — 2. Dans le texte parallèle de saint Luc, nous lisons une malédiction opposée à la Béatitude : « Vœchm benecUxerint vobis hommes {\i^ 26). » Il faut en conclure qu'il y a pour tout chrétien obligation négative de fuir les louanges humaines. Disons cependant que le texte ^rec des meilleurs exemplaires porte un correctif qui n'a point passé dans le latin : a Vœ cum benedixerint omnes homines. Jésus- Christ n'interdirait donc pas d'accepter les éloges décernés par quelques personnes, mais seulement la recherche des louanges publiques, de ce qu'o'n appelle la popularité et où la vérité ne se rencontre point.

IV. Rapports avec l'Ancien Testament. — 1. Ce rapport est proposé par Jésus-Christ même : « Sic persecuti suni « Prophetas qui fuerunt antè vos. » Par cette observation, il se présente bien comme Messie et comme Dieu, car il identifie la cause de ses disciples avec celle des Prophètes, et déclare que souffrir la persécution pour son nom, c'est la souffrir pour Dieu.

2. — A l'appui de cette affirmation nous pouvons mentionner : a) les nombreux psaumes où les souffrances du Messie sont annoncées et décrites avec le caractère de la gratuité, de l'injustice; — b) ceux où David, figure du Messie, expose ses propres maux et leur oppose son nnocence; — c) les deux témoignages si remarquables de Jérémie (xi, 19-23) et de la Sagesse (ii, 10-23) où le Juste paraît persécuté à cause de sa vertu.

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