I. — L'ordre suivi par Jésus-Christ dans son énumé
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ration n'est pas indifférent, car il suit une gradation ascendante vers la perfection absolue. 1. La première, la deuxième et la troisième Béatitude ont pour objet les trois vertus opposées à la triple convoitise : a) à la convoitise des yeux, ou amour des richesses, il oppose la pauvreté d'esprit, le détachement, l'humilité; — b) à l'ambition il oppose la douceur, la soumission, le support de tout ce qui importune ; — c) à Vamour du plaisir il oppose l'esprit de pénitence et de mortification. C'est la première partie de la conversion, le déclina à malo du psalmiste.
2. — La quatrième et la cinquième Béatitude se rapportent aux bonnes œuvres : Fac boniim. Après avoir vaincu les vices, le chrétien doit s'exercer dans la vertu : — a) œuvres de justice ou accomplissement du devoir; — b) œuvres de miséricorde ou exercice de la charité, qui fait du bien lors même qu'on ne doit rien aux hommes.
3. La sixième et la septième Béatitude concernent deux états de vie où le chrétien arrive par la pratique des précédentes, a) Par la victoire sur la convoitise, parle détachement intérieur et la douceur, il acquiert la pureté du cœur, car il n'a aucune attache terrestre. Son esprit est élevé au-dessus des sens, dans la région de la Lumière. — b) Par l'accomplissement des œuvres de justice et de miséricorde, on arrive à gagner de l'autorité sur les hommes, une influence qui permet d'exercer une action sur eux, de les 'diriger vers le bien, de les maintenir dans l'ordre et la paix. C'est par excellence l'œuvre de Dieu.
4. Quant à la huitième Béatitude, nous avons dit qu'elle résume les autres, en comprend toute la perfection et occupe un rang supérieur, parce qu'elle est exclusivement chrétienne, Jésus-Christ seul ayant pu donner une bénédiction à la souffrance et à la mort.
11. — Les récompenses promises aux Béatitudes sont les mêmes, quant à l'essence; mais Jésus-Christ les a présentées sous une forme appropriée à la nature de
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chaque vertu. C'est le côté accidentel de la Béatitude. Outre la possession de la gloire, il y aura en chaque Bienheureux des qualités particulières conformes à la vertu qui aura spécialement brillé en lui, et qui varieront d'éclat selon le degré de perfection où il sera élevé '.
Transition et précaution oratoire (v, 13-19)
I. — Dans la dernière Béatitude, Jésus-Christ s'est adressé directement à ses disciples pour leur dire quelle attitude ils auront à garder dans le monde. Avant d'entrer dans l'exposé de ses enseignements, il leur donne trois avis importants qui lui servent de transition.
1. Le premier avis a pour objet la haute idée qu'ils doivent concevoir de leur mission. Jésus- Christ le propose par la triple comparaison du sel, du flambeau, de la citadelle : a) Le sel est employé à la conservation des aliments : de même les Apôtres à la conservation des âmes régénérées par la grâce. — b) Le flambeau supplée durant la nuit à l'absence du soleil : ainsi les Apôtres au milieu des ténèbres du monde auront à montrer, par leur parole et leurs exemples, la voie du salut. — c) La citadelle est un centre autour duquel les hommes se rassemblent pour vivre sans crainte : ainsi les Apôtres devront grouper les âmes autour d'eux pour former un seul peuple.
2. hQ second avis est une précaution oratoire. Jésus- Christ prévient une fausse idée qu'on pourrait se former de sa doctrine en la jugeant contraire à la Loi mosaïque. Il proteste qu'il est venu pour en procurer l'accomplissement, et il l'a fait par ses enseignements, par sa grâce et par la perfection avec laquelle les
' Cfi- I Cor., xu, 7-12; xv, 41.
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figures et les prophéties de la Loi se sont réalisées en sa personne. Mais en accomplissant ainsi la Loi, il lui a donné sa fin, l'a rendue inutile à l'avenir, et, partant, abrogée.
3. Par son troisième avis, Jésus-Christ confirme l'assertion précédente : il veut l'observation intégrale des préceptes de la Loi; même il exige de ses disciples une perfection, sur cet article, plus grande que celle des Juifs réputés les plus fervents. Cette pensée lui donne entrée en son discours où il exposera *a doctrine en la comparant aux interprétations de la Loi et montrera comment il perfectionne celle-ci.
Avant de le suivre, nous avons à expliquer quelques sentences.
II. Explication. — y. 18, Iota unum, aut iinus apex non prceteribit à lege, donec omnia fiant. 1. Jota, la plus petite des lettres alphabétiques ; apex, le point, petit trait qui sert à distinguer certaines lettres hébraïques de forme semblable.
2. Donec omnia fiant, a) Rien n'est tombé de la loi morale, qui continue d'obliger dans l'ordre chrétien. — b) Rien môme n'a péri de la loi liturgique quant à l'esprit: si 'les sacrifices et les rites anciens ne subsistent plus en leurs formes particulières, c'est qu'ils ont été absorbés par un sacrifice plus excellent. — c) Notons que Jésus-Christ ne dit pas absolument rien ne passera, mais qu'il ajoute : sans avoir eu sa fin. Or toute la partie de la Loi qui était figurative a trouvé sa fin en Lui. Elle n'avait donc plus de raison de subsister,
y. 19. — 1. Qui solverit unum de mandates istis minimis. Ce sont les prescriptions insignifiantes en apparence, qui pourtant ont leur valeur dans l'ensemble de la législation et la complètent; ces petites choses dont la négUgence conduit à des infractions graves. — 2. Mini/nws yoca6i7u;'. a) Nombre d'interprètes, après saint Chrysostome, donnent à ce terme le même sens que Nullus :\\ sera le dernier, risquera d'arriver trop tard, de trouver la porte fermée et d'être méprisé comme
l'on méprise les choses sans valeur. — b) D'autres pensent que Jésus-Christ, avait en vue les adversaires de quelques préceptes particuliers et secondaires, mais non ennemis absolus de la Loi, et qu'il leur fait seulement une menace, sans les exclure de son royaume.
Corps du discours (v, 20-vii, 29).
Il comprend deux parties et la péroraison. En voici le résumé : Dans la première partie, Jésus-Christ redresse les enseignements erronés des pharisiens. Or ces erreurs avaient deux objets principaux : 1° la substance même des préceptes divins touchant, en particulier, l'homicide et l'adultère (y 21-30), le divorce (y 31, 32), le serment (y 33-37), la loi du talion [y 38-^2) et l'amour du prochain (y 43-48) ; — 1° la maniè?'e ou la pureté d'intention avec laquelle il faut faire le bien. Comme il eût été trop long de parcourir en détail toutes les bonnes œuvres, Jésus-Christ en mentionne seulement trois : l'aumône (vi, 1-4), la prière (y. 5-15), et le jeûne (y. 16-18). Mais ces trois comprennent toutes les autres.
La seconde partie signale Xqs principaux obstacles à la pratique du bien et indique les principaux moyens de perfection. — Les obstacles sont : l'amour désordonné des richesses (y. 19-24), un trop grand empressement à se procurer même les choses nécessaires (y. 25-34) et les jugements téméraires (vu, 1-6). — H y a aussi trois moyens : la prière assidue et persévérante (y. 7-12), un courage à toute épreuve (y. 13-14) et le choix d'un bon directeur (y. 15-23).
La péroraison ou conclusion est renfermée dans les quatre derniers versets (24-27) : Heureux qui bâtira sur le roc ! L'édifice qu'il aura construit ne redoutera ni la fureur des vents ni la violence des eaux. Cette conclusion est suivie d'une sorte d'épilogue sur l'effet
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que produisit ce discours et sur le ton d'autorité avec lequel il fut prononcé (y 28-2Î)).
Nous reprenons chaque partie pour l'expliquer :