Principe (1) : « Ne justitiam. vestram faciatis... ut
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videamini. Plusieurs textes ^recs portenl eleemosi/nam au lieu àejustiïiam. Mais les critiques les plus sérieux préfèrent la leçon de la Vulgate, qui a pour elle l'ancienneté et l'autorité de manuscrits grecs respectables. Le sens de justitia est le même qu'au chapitre précédent.
2. Application du principe (2-18) : a) Vaumône bien faite (2-4) : Noli tuba cmiere, Ne faites point sonner. Allusion aux pratiques des charlatans, et, selon quelques critiques, à la coutume alors en usage de laisser sonner de la trompette aux pauvres auxquels on faisait l'aumône.
b) La /)r^èrebien faite (5-15). ^. 5,6 : première condition, l'humilité. Les Juifs avaient coutume de prier debout et les pharisiens le faisaient dans les endroits les moins convenables à la prière. C'est à tort que les protestants ont conclu de ces paroles à l'interdiction de la prière en commun et du culte public. Jésus- Christ enseigne quel esprit doit accompagner la prière, plutôt que la manière de prier.
^. 7,8 : seconde condition, la simplicité du ton et du langage : Multiim loqui, en grec paTToÀo-yEïv, qui signifie faire du verbiage, profusion et longue répétition des mêmes paroles.
f. 9-15 : formule de prière : UOraison dominicale. Nous n'en donnerons pas l'exposition ; on la trouve dans le traité du Décalogue à propos du premier commandement. Deux demandes seulement ont besoin d'être expliquées.
f. 11. Panem nostrum supersubslantialem da nobis hodie. Il y a dans saint Luc : quotidmnum, ce qui paraît offrir un sens plus clair. Maldonat soupçonne que l'expression de saint Matthieu cache un hébraïsme dont le sens aurait été fidèlement rendu par quotidianum panem. En etfet, on dit en hébreu : « La substance « de ce jour, » pour : « ce jour, aujourd'hui. » — Il est, du reste, hors de doute que ce pain au-dessus de toute substance désigne surtout le pain eucharistique, le vrai
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pain descenda du ciel, dont tous les chrétiens sont appelés à se nourrir chaque matin.
V. 13. Et ne nos inducas in tentationem . Dieu ne tente personne, dit saint Jacques (i, 13). Quel est donc le sens de ces paroles ?
Rép. — Elles signifient : Ne permettez pas que nous succombions à la tentation ; car de toutes parts on nous dresse des pièges; le monde nous séduit; le démon nous trompe ; hélas ! nous sommes à nousmême notre plus grand ennemi. « Chacun est tenté « par sa propre concupiscence qui l'attire et qui l'em- « porte (Jacob., i, 14). » C'est là la plus grande tentation ; le démon même ne peut nous prendre que par celle-là. Quelques Pères traduisent : « Ne permettez « pas que nous entrions en tentation. » Nous ne demanderions pas seulement la victoire pour le moment où l'ennemi se présenterait; mais nous prierions Dieu de ne pas nous exposer au combat.
c) hQJeùae bien entendu (16-18). y. 16. Cumjejunatis. Moïse ne prescrivait qu'un jeûne par an. Mais les Juifs avaient la liberté d'en augmenter le nombre, et l'ostentation pharasaïque le portait à deux eim^mek quatre par semaine.
y. 17. Ungecaput tuum. L'usage des parfums ainsi que du bain est requis par l'hygiène chez les Orientaux, et la privation de ces choses y fait partie delà pénitence. Jésus-Christ veut que l'on ne fasse, dans les usages extérieurs et communs de la vie, aucun changement qui ne soit nécessaire et qui attire l'attention.
Seconde partie (vi, i9-vii, 27).
I. Obstacles à la pratioue du bien (vi, 19-vii, 6). — Premier obstacle : Amour désordonné des richesses (19- 24), Le Sauveur enseigne ici la première Béatitude.
y, 22, 23. Lucerna corpori's tui est oculus tuus. Si
oculus tuus fuerit simplex, etc L'intention est à
l'âme ce que l'œil est au corps. Quand l'œil est simple, c'est-à-dire quand il regarde fixement un seul objet,
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il le voit bien. On est dans la lumière. Au contraire, si les regards sont vagues ou dissipés, si on les porte sur raille objets à la fois, on voit tout et on ne voit rien. On est comme dans les ténèbres. Ainsi en est-il de l'intention, qui est l'œil ou le regard de l'âme. Si elle a Dieu seul pour objet, elle est simple, elle est pure, et l'âme tout entière est inondée de lumière. Mais malheur à celui qui veut embrasser d'un même regard Dieu et la créature ! Malheur surtout à celui qui voudrait concentrer tous ses regards dans la créature! Sa cupidité ne tardera pas à l'aveugler, et les ténèbres de son âme deviendront de plus en plus épaisses. Il estimera ce qu'il devrait mépriser et se croira tout permis pour s'enrichir.
Deuxième obstacle : Souci exagéré des choses nécessaires à la vie (25-34). Jésus-Christ oppose à ce sentiment tout humain la confiance filiale en la Providence divine. Il en propose quatre motifs : a) la sollicitude 'de Dieu pour ses créatures et le soin qu'il prend même des êtres sans raison* (25-26); — b) l'impuissance absolue de l'homme à développer ;;flr lui-même sa vie (27) ; — c) la vigilance de Dieu sur les êtres inanimés (28-30), c'est le complément du premier motif; — rf) l'esprit chrétien, qui exige des sentiments plus élevés que ceux du vulgaire (31-34). Ces considérations sont simples et faciles. Une pourtant mérite quelque observation :
y. 27. Quis vestrùm cogitans potest adjicere ad staturam suam cubitum uiimn? Le mot grec -nkiy-ia. traduit par statura signifie aussi duratio et peut désigner la longueur de la vie. On aurait donc une pensée plus énergique : « Nul homme ne peut ajouter à la durée de sa « viele court instant qui suffit pour avancer d'une « coudée. » Plusieurs interprètes préfèrent cette traduction à celle du latin, comme plus naturelle -.
Troisième obstacle : Jugement téméraire (vi, l-()). Jésus- Christ propose trois règles à ce sujet :
1 OfF Sup. I, 14; II, 23; Matt., x, 29-31.
2 Cfr Filion,Bayle, Drach, in h. l.
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y 1-2. Première règle, Idc discrétion : ne jamais juger en mauvaise part. C'est le sens du verbe grec x.xTazotv^tv, attribué aussi au latin /m (//car e. Il s'agit du jugement privé, de la disposition d'esprit qui incline à estimer peu le caractère d'autrui.
y. 4, 5. Deuxième règle, la défiance de soi et l'examen particulier : se juger d'abord soi-même, et sévèrement.
y. G. Troisième règle, la Prudence et le sage discernement des esprits. Jésus-Christ propose cette règle pour empêcher de tomber dans l'excès opposé au jugement trop prompt et trop sévère. Il y a des circonstances où l'on doit condamner les autres et s'en séparer, principalement quand les choses saintes de la religion y sont intéressées. La comparaison est prise, selon les mœurs du temps, de deux classes d'animaux réputés impurs chez les Juifs.
ir. Moyens pour arriver à la perfection (vi, 7-23). — y 7-11. Premier moyen, la. prière. Jésus-Christ en exalte la puissance et l'efficacité. C'est encore l'idée de la Providence qui inspire son exhortation. La prière faite selon son esprit est toujours exaucée; mais parfois le résultat n'en est pas sensible ; Dieu le cache, soit pour rendre la prière plus méritoire, soit pour exciter de plus vifs désirs, soit pour accorder une grâce plus excellente.
y. 12. Omnia quœcumque vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis. Deuxième moyen, la bienveillance à l'égard du prochain. C'est en quelque sorte une condition imposée à celui qui prie pour obtenir crédit auprès de Dieu. On peut aussi voir dans cette sentence un résumé de l'esprit qui anime tout le discours et la rattacher à l'ensemble du sermon plutôt qu'aux antécédents.
if. 13, lÂ^. Jnirate per angustam pnrtam... Troisième moyen, la générosité. Cette porte étroite est la porte des commandements et des conseils évangéliques. La porte large est celle des passions ennemies de la gêne. Interrogé ailleurs (Luc, xiir, 23-24) s'il y au-
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rait peu d'élus , Jésus-Christ se contenta de répondre : « Contendite intrare per angustam portam. » C'est le seul côté pratique de la question, d'ailleurs insoluble, du petit ou du grand nombre des élus : « Contendite intrare (Luc, xiii, 24) I » Faites effort. « Regnum cœlorum vim patitur, et violenti rapiunt illud « Matth., XI, 12). » On ne doit pas travailler à son salut avec mollesse.
^. 15-20. Attendite à falsis prophetis... Quatrième moyen, les bons pasteurs. Après avoir distingué les deux voies de la vie, il était convenable que Jésus-Christ fît connaître avec quels guides on marchera sûrement dans la bonne.
^. 21-23. Non omnis qui dicit... sed qui facit voluntatem Patris. C'est tout à la fois un signe auquel on reconnaîtra les bons prophètes, et un principe qui formule le cinquième moyen de la perfection : Avoir une piété pratique^ manifestée par des œuvres de vertu.
Ces enseignements ne présentent aucune difficulté d'interprétation. Nous ne les expliquerons pas et nous terminerons ici l'exposition du sermon sur la montagne.
NMI
Instruction de Jésus-Christ aux Apôtres (Matth., x).
I. — Le collège apostolique (1-4; cfr Marc, m, 16- 19; Luc, VI, 13-16). Plusieurs considérations intéressantes peuvent être présentées au sujet du collège apostolique. — 1. Si l'on compare entre eux les trois évangélistes synoptiques qui ont donné la liste des Apôtres, on voit que les noms sont distribués en trois groupes comprenant chacun quatre noms ; que dans chaque groupe les noms sont les mêmes invariablement, mais que leurs places respectives diffèrent selon la liste. — 2. Saint Matthieu en outre met les Apôtres deux par deux, et saint Marc dit expressément
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que Jésus-Christ les envoya de cette sorte en mission, misit binos (vi, 7); saint Luc le dit aussi à propos des soixante-douze disciples (x, 1). — 3. Un ordre si régulier et si fidèlement reproduit par trois évangélistes ne fut pas l'effet du hasard ni de la fantaisie, mais eut pour auteur Jésus-Christ, qui assigna luimême les places à ses Apôtres afin d'empêcher les contestations sur la préséance.
4. Dans les trois listes, saint Pierre est nommé le premier, et saint Matthieu même dit : Primus, Simon Petrus. Or cette expression yJ?^^mMS, n'étant pas suivie de sa corrélative secundus, n'a pas été employée comme simple numéro d'ordre : elle a donc un autre sens et ce ne peut être que celui de la priorité absolue. Cette priorité, d'autre part, ne saurait être celle de la vocation, qui appartient à saint André, ni celle de l'affection, qui revient à saint Jean ; reste donc celle de la dignité, la Primauté.
5. De même que saint Pierre est invariablement nommé le premier, Judas est au dernier rang, avec le qualificatif proditor. Il était Juif de naissance, les autres Apôtres appartenaient à la Galilée. Son surnom Iscariote a un double sens : homme de Carioth, bourgade de Judée ; et homme mercenaire, avare.
II. Exhortation de Jésus- Christ (5-42; cfr Marc, iir, 20-35). — On peut en rapprocher l'exhortation donnée aux soixante-douze disciples rapportée par saint Luc (x, 1-20). Elle se divise en trois parties : la première est spéciale à la mission prochaine que Jésus-Christ donnait aux Apôtres ; la deuxième, plus générale, concerne les missions futures des Apôtres ; la troisième est relative aux missions de tous les temps. Cette distinction n'est point arbitraire, mais indiquée par une formule familière à Jésus-Christ pour terminer ses discours et les résumer : Amen dico vobis... Elle aide aussi à entendre l'application exacte des avis du Sauveur dans la conduite pratique.