III
avoir une courte durée et était restreinte aux cités et bourgades de la Judée, avec exclusion de la Samarie et de la Gentilité. Aussi l'objet de leur enseignement se bornait-il à annoncer le royaume des cieux, c'est-à-dire la prochaine visite de Jésus-Christ; de même leurs pouvoirs étaient limités aux misères corporelles, et n'avaient rien qui touchât aux âmes. — b) Cette considération explique encore la rigueur apparente des ordres donnés par Jésus-Christ. Une telle pénurie n'avait rien de rude, puisque la mission durerait quelques semaines seulement et se ferait en pays ami, chez un peuple d'ailleurs hospitalier et qui attendait le Messie.
Deux sentences ont besoin d'explication.
^. 9. Nolite possidere aurum. Le grec porte : pi^i zT«c7y;(TeE, necomparetis, c'est-à-dire, ne vous mettez pas en peine de chercher. Cet ordre, pris à la lettre, n'exigeait donc pas que les Apôtres se défissent des ressources qu'ils pouvaient avoir en mains.
5". 10. Neque calceamenta, neque virgam. Dans saint Marc nous lisons au contraire : Nisi virgam tantùm... sed calcealos sandaliis (vi, 8, 9). Cette divergence a causé de nombreuses disputes entre les interprètes, et la solution est impossible quant à la lettre, à moins que l'on ne suppose une altération dans l'un des deux textes, ce qui n'est point permis. Force est donc de recourir à une explication détournée. Si vous n'avez point de bâton, ne prenez pas la peine de vous en procurer; si vous en avez un, contentez-vous de celui-là. De même pour la chaussure. Jésus-Christ demande qu'ils n'aient rien de superflu, mais qu'ils consentent à se voir dénués même de ce que possède le plus pauvre voyageur.
2. )-, 16-23. Le sujet même proposé par Jésus-Christ montre qu'il s'agit, dans sa pensée, de missions plus générales. Il parle en effet des persécutions auxquelles les Apôtres seront en butte. Une simple association d'idées conduisait de la mission présente à celles de
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l'avenir. Jésus-Christ recommande deux vertus ; à) la Prudence à l'égard des Juifs et des païens signalés dans les dignitaires et les rois qui appelleront les Apôtres à leur barre; — b) la Simplicité par l'absence de préoccupation et la confiance absolue dans le secours divin. C'est la promesse d'une inspiration particulière dont les Apôtres furent favorisés.
;jî-. 23. Non consummabitis civitates hraël donec veniat. Cette sentence peut recevoir deux explications : a) Allusion à la ruine de la nation juive qui fut consommée avant que les Apôtres en eussent visité toutes les cités. Ce sens est littéral par rapport aux Apôtres, mais n'expliqae pas complètement en quoi consista la venue du Fils de l'Homme, bien que le châtiment soit une visite de Dieu. — b) Le dernier avènement du Fils de l'Homme s'accomplira avant que toutes les cités de l'univers et aussi d'Israël aient reçu les ministres de l'Évangile. Ce sens, également littéral, oblige à prendre au figuré l'expression civitates Israël. Il repose sur ce principe, d'ailleurs certain, que la ruine de Jérusalem figurerait celle du monde. S'il est vrai aussi que le peuple juif se convertisse à la fin des temps, il y aura néanmoins des individus qui rejetteront l'Évangile.
3. ^ 24-42. Dans la troisième exhortation, relative aux missions de tous les temps, la pensée de la persécution est dominante, et Jésus-Christ donne à entendre que l'oeuvre apostolique de l'Église ne se fera qu'à cette condition.
Quatre choses sont mentionnées :
a) y. 24-31. L'idée exacte qu'il faut avoir de la persécution. Elle donnera le trait caractéristique de la ressemblance avec Jésus-Christ et sera impuissante à empêcher le succès d'une mission toute spirituelle, car son action s'arrête au corps et à la vie présente, et Dieu protégera d'ailleurs les siens d'une façon particulière.
b) ^. 32-36. En conséquence des considérations précédentes, l'obligation de professer courageusement la
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foi sera rigoureuse. Jésus-Christ donne !i entendre que nul motif humain ne saurait prévaloir contre ce devoir, et que la lutte se rencontrera dans toutes les conditions de la vie sociale.
c) j. 37-39. Pour assurer la persévérance, Jésus- Christ propose des principes inviolables : un amour pour lui, supérieur aux meilleures affections humaines ; l'amour de la croix à cause de lui, par esprit d'imitation ; le désir de la vie éternelle et la nécessité du salut (cfr xvi, 24-28).
d) f. 40-42. Le quatrième avis est pour les disciples des Apôtres que leur docilité à l'égard des missionnaires rendra dignes de la même récompense. De même le moindre acte de vertu surnaturelle sera récompensé.
N° III
Les paraboles.
Ce titre désigne une des parties les plus intéressantes de l'Évangile. Nous donnerons d'abord la notion de la parabole, puis la classification méthodique des paraboles évangéliques; enfin nous exposerons les principales.
I. Notion de la parabole. — Ce mot, qui nous vient du latin parabola, n'est que la transcription du mot grec TVKpuSolô qui signifie littéralement collatio, rapprochement de deux choses. On l'appelle encore similitudo, parce que ce rapprochement exige des points de ressemblance entre les deux objets. Ce sont les premiers traducteurs de l'Évangile, auteurs de l'ancienne Italique, qui ont fait passer le mot grec dans le latin. Il répond au mot hébreu Mislèh traduit par Pi'overbia.
On définit la parabole : Un récit fictif, pris de la nature ou de la vie réelle, pour exposer une vérité de Vord^'e moral. Elle diffère donc de la fable, qui n'a rien de réel ni même de vraisemblable en son sujet, et de V allégorie, qui personnifie les idées, représente la vérité morale sous une forme sensible. La parabole met simplement
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le fait, existant ou supposé, mais toujours, conforme à la nature, en regard de la vérité qu'elle veut enseigner, mais ne prête point h celle-ci la forme de celuilà. Ce sont deux lumières dont les éclats s'unissent et se fortifient mutuellement.
II. Classification des paraboles évangéliqucs. — Divers essais ont été tentés pour ranger les paraboles sous des idées générales : nous choisissons de préférence celle qui convient mieux à notre but.
Les paraboles peuvent se répartir en trois groupes : 1. Les paraboles relatives au royaume du ciel, dont elles expliquent la nature, les propriétés, les caractères ; on en compte sept. — 2. Les paraboles relatives à la conduite de la vie et aux œuvres par lesqelles le royaume du ciel est obtenu ; il y en a seize. — 3. Les six paraboles que Jésus-Christ proposa aux derniers jours de sa vie et qui concernent la dispensation de la grâce, la vocation des Gentils et la réprobation des Juifs.
III. — Interprétation des paraboles. Les exégètes catholiques n'ont pas moins varié sur la façon dont les paraboles peuvent être expliquées dans la chaire chrétienne. Nous n'exposerons pas tous les systèmes, d'autant que chacun est libre de choisir son point de vue, pourvu qu'il respecte la lettre et que ses applications soient justes. Nous disons seulement qu'il y a dans plusieurs paraboles des détails ayant leur raison d'être dans les circonstances où Jésus-Christ les proposa et qui convenaient particulièrement aux Juifs, mais dont on ferait difficilement une application littérale aux mœurs et aux usages modernes. Il faut donc chercher la pensée dominante de la parabole, le but principal auquel on ramène tous les détails qui s'y prêtent sans peine. C'était le procédé employé par saint Jean Chrysostome.
Premier groupe.
Les paraboles relatives au royaume du ciel (Matth., xiii). I. Pensée dominante. — Ces paraboles sont : le Se-
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meur, l'Ivraie, le Grain de sénevé; le Levain, le Trésor caché, la Perle et le Filet. On peut y joindre la parabole de la Semence rapportée par saint Marc (iv, 26). Elles présentent une vue figurative de l'Église et de son existence, oii Jésus-Christ a symbolisé les phases diverses de sa vie à travers les siècles, ses développements, ses luttes, ses succès et sa fin. Toutefois il y aurait excès à chercher en chaque parabole un rapport avec une époque déterminée de l'histoire.
II. Explications. — 1. Les deux paraboles du Semeur et de V f vraie sont relatives à la fondation de l'Eglise. — a) Le semeur symbolise la prédication de l'Evangile par Jésus-Christ et les Apôtres à tous les hommes sans distinction. Les caractères et les dispositions morales des auditeurs sont figurés aussi par les quatre terrains oti la semence est tombée ; les uns ont refusé de croire ; d'autres n'ont point uni les œuvres à la foi; d'autres ont manqué de générosité et de persévérance; quelques uns enfin ont accepté et mis en pratique tous les enseignements. — b) Dans VlvraieW faut voir l'altération de la doctrine évangélique par les hérésies et par tout ce qui peut égarer l'esprit et le cœur. Elle eut lieu dès l'origine et se poursuit dans tous les siècles. C'est la lutte du bien contre le mal, lutte qui entre dans les de eins de la Providence, mais ne nuira point au succès d 'œuvre. C'est pour cela que Dieu supporte le mêla ge et se réserve à, lui seul le discernement définitif.
2. Deux autres paraboles figurent la croissance du royaume de Dieu: ce sont le Grain de sénevé Qi le Levain. Il y a deux modes de croissance : a) l'un est extérieur: c'est l'extension dans le temps et dans l'espace, figurée par le grain de sénevé qui devient un grand arbre. Jésus- Christ a révélé ainsi la puissance de la catholicité qui est dans l'Église. — b) L'autre mode est intérieur ; il est symbolisé par le levain et a son principe dans l'énergie intrinsèque que l'Église possède pour se former, s'organiser et développer son esprit dans ses propres in stitutions. De môme que le levain étend son action à
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toute la pâte où il est déposé, ainsi l'Église a une puissance merveilleuse d'assimilation qui lui permet de s'approprier tous les éléments pour faire un seul et même royaume,
3. Dans les paraboles du Trésor et de la Perle, nous voyons révélée la nature du royaume messianique et les obligations des hommes à son égard. — a) Le trésor est un bien qui surpasse tout et mérite toute préférence ; il est formé par la multiplicité des pièces de métal précieux : ainsi le royaume messianique promet aux hommes la surabondance des biens et des grâces. Et si le trésor qsI caché, c'est pour Dgurer le caractère spirituel de ces biens; mais il faut leur donner une préférence absolue sur tout autre bien. — b) La perle précieuse exprime la même idée, mais parce qu'elle est unique elle signifie l'unité de la vérité et de la joie chrétiennes, racine et principe de tous les biens spirituels et à laquelle tout doit être sacrifié s'il le faut.
4. La septième parabole, le Filet, est relative à la fin dernière. Jusqu'à la fin des temps, le mélange des bons et des méchants subsistera; mais alors se fera une séparation violente, par un jugement souverain. Tous les hommes, indistinctement amenés au seuil de l'éternité, seront divisés et répartis selon leurs œuvres.
o. Quant à la parabole de la Semence qui croît à l'insu du laboureur, elle se rapporte à la troisième, dont elle complète l'idée.
Deuxième groupe.
Les paraboles relatives aux œuvres méritoires. — On en compte se^re, disséminées en saint Matthieu et en saint Luc et sans lien commun qui les unisse entre elles. Il serait possible cependant de les unir de la sorte et nous essayerons de le faire, au moins pour les principales, mais en avouant qu'il y a de l'arbitraire dans cette coordination '.
* Sur plusieurs de ces paraboles, on peut lire les Homélies du P. Monsabré, carême de N.-D. de Paris iSSl.
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I. Lq mauvais Débiteur (Matth., xviii, 23-35). — C'est l'obligation de pardonner les injures pour être sauvé. Dieu, avec ses droits infinis, est figuré par le maître ; les hommes, avec leurs droits très restreints et tout relatifs, sont représentés par les deux serviteurs. Tous sont débiteurs envers la justice de Dieu (cfr Rom., i) ; mais ils peuvent obtenir remise de leur dette, et la condition rigoureuse est le pardon mutuel. La miséricorde à l'égard de chacun sera proportionnée à sa générosité envers ses frères.
lI.'Les Ouvriers de la vigne (Matth,, xx). — Trois idées dominent cette parabole: 1. La nécessité d'acquérir le salut par des œuvres conformes à la volonté de Dieu. C'est le Père de famille qui envoie les ouvriers et leur assigne le travail. — 2. L'indépendance souveraine et absolue de Dieu dans l'appréciation des œuvres et la récompense des mérites. Quelles qu'aient été les heures du travail, tous les ouvriers sont égaux devant le Père de famille, et les derniers venus, payés les premiers, reçoivent autant que les autres. — 3. La récompense sera donnée moins selon la grandeur intrinsèque du travail que selon la ferveur des intentions. Cette idée est insinuée par l'égalité de la récompense donnée aux ouvriers de la dernière heure. Ce sont les convertis du dernier moment; ils ont la même gloire éternelle que les hommes fidèles durant toute la vie. La parabole montre que pour les uns le travail de toute la vie sera requis, et que même ils pourront perdre le salut au dernier moment, tandis que pour d'autres la conversion à la mort suffira pour leur salut.
A cette idée peuvent être rattachées la parabole des deux Débiteurs (Luc, vu, 40-43), et celle des deux Intendants, l'un fidèle et l'autre infidèle (Luc, xii, 42-48).
III. — Nous groupons ensemble les trois paraboles du Bon Samaritain, de V Intendant infidèle et du Mauvais Riche : elles ont pour idée dominante l'obligation des œuvres de miséricorde sans acception des personnes.
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1. Le Bon Samaritain (Luc, x, 30-37). — Les circonstances mêmes où cette parabole fut proposée en révèlent l'intention, car Jésus-Christ recommandant la charité envers le prochain à un docteur de la loi, celuici demanda quelles personnes sont comprises sous la dénomination ùq prochain, et le Sauveur lui apprit que ce sont tous les hommes, sans excepter les ennemis, avec lesquels, soit par position sociale, soit par simple occasion, on est en rapport. C'est donc l'universalité de la charité. L'exemple enseigne aussi comment la miséricorde doit être pratiquée, jusqu'à l'oubli des intérêts personnels , si les besoins du prochain le demandent.
2. L'Intendant infidèle (Luc, xvi, 1-9). — a) Cette parabole est une de celles oti la pensée dominante doit être exposée en laissant de côté les détails, car il s'agit d'un homme qui se tire encore d'affaire aux dépens de son maître, après l'avoir volé. Son choix est expliqué par les mœurs du temps, car la malversation était chose commune au temps de Jésus-Christ, universellement et ouvertement pratiquée par les administrateurs romains. — b) Jésus-Christ enseigne comment celui qui a fait du tort au prochain peut se réhabiliter devant Dieu et réparer ses injustices par l'aumône et les bonnes œuvres, de sorte que la pensée dominante est l'obligation de l'aumône. C'est du reste la conclusion : « Facile vobis amicos de mammonà a iniquitatis . » — c) Jésus-Christ fait encore entendre que les biens temporels sont pour Dieu un moyen d'éprouver la fidélité des hommes, par le bon usage de ces biens, c'est-à-dire par l'aumône, en échange de laquelle seront donnés les biens célestes.
3. Le Mauvais Riche (Luc, xvi, 19-30). — Nous voyons dans cette parabole la contre-partie de la précédente : le salut perdu par le mauvais usage des biens temporels, l'abus de la jouissance, le refus de l'aumône. Car le riche possédait justement son héritage, et sa condamnation eut pour cause sa dureté envers un
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pauvre. L'idée dominante est donc l'obligalion de faire l'aumône du superflu. Ajoutons que dans la même parabole Jésus-Christ a voulu représenter la réprobation du peuple juif rejeté à cause de son attachement aux biens temporels, et la vocation des peuples païens, particulièrement des pauvres, longtemps délaissés et méprisés par les Juifs.
IV. — Trois autres paraboles, rapportées par S. Luc (xv), appartiennent aussi à un même ordre d'idées et peuvent être exposées ensemble. Ce sont : la Brebis et la Drachme perdues, V Enfant prodigue. — 1. L'idée dominante de ces paraboles est l'universalité du salut ofl'ert à tous les hommes, sans acception de leur état moral. Cet enseignement était adressé aux Juifs qui voulaient le Messie pour eux seuls. — a) Dans la Brebis égarée ou peut voir les publicains et les pécheurs, classe avilie pour laquelle les pharisiens n'avaient que du mépris. C'étaient des âmes seulement sorties de la voie, mais qui, par l'origine, appartenaient au peuple de Dieu. — b) Par la Drachme étaient figurés les pauvres et les esclaves, autre classe méprisée et délaissée. La drachme valait à peine wn franc de notre monnaie. Mais son prix aux yeux de la femme, les soins de celle-ci pour la chercher, la grandeur de sa joie après l'avoir trouvée, montrent assez que, pour Jésus- Christ, l'objet de sa pensée dépassait de beaucoup l'importance réelle du sujet, et qu'il égalait les âmes des pubHc-ains et des pauvres à celles des pharisiens. — c) Enfin dans la parabole de l'Enfant prodigue il s'agit de la Gentilité appelée en participation des promesses. De même que les deux jeunes gens ont le même père, ainsi Juifs et Gentils sont l'ouvrage de Dieu. Le second figure la multitude des peuples païens qui s'éloignèrent de Dieu, pensèrent se suffire à eux-mêmes avec les seuls secours de leur raison et des traditions premières, mais tombèrent au dernier degré de Tavilissement et revinrent à Dieu ramenés par la vue et le sentiment de leurs misères. Le fiis
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aîné est le peuple juif, qui conserva toujours la connaissance du vrai Dieu et le dépôt des promesses, mais trouva mauvais que la Genlilité y prît aussi part. 2. Quelques idées secondaires s'ajoutent à l'exposé qui précède et complètent l'explication des paraboles. Ce sont : a) pour les uns, l'obligation de recouvrer la grâce après l'avoir perdue; — b) pour d'autres, le devoir de chercher les brebis perdues ; — c) pour tous, la promesse de miséricorde et de réhabilitation parfaites.
Troisième groupe.
Les paraboles relatives à la dispensation de la grâce. — Ces six paraboles furent proposées durant les jours qui s'écoulèrent entre l'entrée triomphale de Jésus- Christ à Jérusalem et la Passion. Le Sauveur les adressa aux Juifs de la ville déicide et l'on peut les considérer comme le dernier effort de la charité divine pour convertir ces coeurs endurcis. Elles ont pour idée dominante la menace de répiobalion.
I. Les /)eMx/'27srfe/a/m7/é>(Matth., XXI, 28-32).— 1. De ces deux enfants, l'un refusa d'abord d'obéir à l'ordre de son père et se soumit ensuite ; l'autre promit obéissance et n'en Qt rien. Jésus-Christ paraît avoir eu en vue deux classes particulières de Juifs : les pécheurs notoires et publics; les pécheurs hypocrites. a) Les premiers étaient figurés par le premier des deux enfants, qui refusa ouvertement l'obéissance. Ils avaient mis de côté les œuvres de la religion, violaient la Loi, menaient une vie de désordre. Mais ensuite ils se convertirent et devinrent fidèles serviteurs. C'était la classe des publicains. — b) Les autres, figurés par le second enfant, se posaient en exacts observateurs des préceptes et aUectaient une fidélité minutieuse. Mais leur observance était tout extérieure, leur fidélité apparente, et le cœur y demeurait étranger. C'étaient les pharisiens, les scribes, les chefs de la nation, qui s'en tenaient à la lettre de
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la Loi, s'attachaient à certaines pratiques publiques, mais violaient en secret les plus saints préceptes. Ainsi le sujet de la parabole est la vraie et la fausse piété.
2. Quelques auteurs ont fait application de la parabole aux Juifs et aux Gentils, les uns admis dans l'Église, les autres réprouvés ; mais cette interprétation paraît peu conforme à la lettre, et Jésus-Christ d'ailleurs a manifesté son intention : « Publicani et mere- « trices prœcedenl vos, » restreignant l'objet aux Juifs.
II. Les Vignerons homicides (33-46). — 1. Cette parabole est la reproduction de celle d'Isaïe (ch. v), à laquelle Jésus-Christ ajouta plusieurs traits particuliers à ses auditeurs et qui déterminent l'application, entre autres le refus de recevoir les serviteurs, de reconnaître l'autorité du maître, l'homicide.
2. La convenance au peuple juif est remarquable. — a) La vigne, c'était la terre de Judée destinée à servir de berceau au royaume du Messie ; c'était aussi la nation juive, formée par les institutions mosaïques pour préparer la venue du Messie. — b) Dans la haie on pourrait voir l'isolement de ce peuple sur la terre, imposé par une Loi qui ne ressemblait point à celles des autres peuples et lui interdisait les alliances étrangères , et réalisé en quelque sorte par sa situation géographique entre la mer, les déserts et des montagnes abruptes. — c) La ^owr et le pressoir peuvent signifier la protection singulière dont Dieu a toujours couvert les Juifs ; mais il serait difficile d'y découvrir un rapport exact avec la Loi. — d) Quant aux vignerons, aux serviteurs, les uns furent les Juifs, principalement les chefs, et les interprètes de la Loi; les autres furent les Prophètes; et le fils unique était Jésus-Christ même.
3. Dans l'incident du fils unique et la conclusion de la parabole, Jésus-Christ a proposé trois prophéties : à) annonce du prochain déicide, où il a montré qu'il connaissait les secrètes intentions de ses ennemis. —
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b) Prophétie de la ruine de Jérusalem et de la substitution d'un autre peuple. Il est remarquable qu'elle fut proférée par les Juifs eux-mêmes, qui, sans le savoir, prononcèrent leur condamnation. — c) Prophétie d'une institution nouvelle coïncidant avec la formation d'un nouveau peuple. C'est l'idée comprise dans la citation du psaume 117 que Jésus-Christ présente comme réalisée en sa personne. Rejeté par les Juifs, il est devenu la pierre angulaire d'un nouvel édifice.
4. Les applications morales de cette parabole sont difficiles, et il est nécessaire d'omettre plusieurs circonstances particulières. Elles reposent sur cette idée dominante, justifiée par l'histoire de tous les temps, que l'infidélité à la vocation et à la mission providentielle est une cause de réprobation pour les peuples, les familles et les individus.
TII. Le Festin nuptial (Matth. xxii, 1,-14). — 11 y a dans cette parabole deux sujets distincts.
1. Le premier est le même que dans la parabole précédente : les premiers invités refusent de se rendre au festin ; quelques-uns maltraitent les serviteurs du roi, et tous sont châtiés sans miséricorde, tandis que les gens du menu peuple sont admis sans distinction. C'est encore la réprobation et la ruine des Juifs endurcis et persécuteurs de l'Église, ainsi que la vocation des Gentils et des pécheurs à leur place. Mais il faut remarquer gu'ici le crime fut non pas d'avoir méconnu les droits de Dieu, ce qui concernait les vignerons infidèles, mais d'avoir refusé une faveur signalée.
2. L'autre sujet intéresse les invités fidèles et fait connaître quelles dispositions sont requises pour profiter de la vocation et se sauver. Outre la fidélité, il faut avoir le manteau nuptial. C'était la coutume des princes orientaux d'en envoyer un à tous leurs invités. Le malheureux qui ne s'en revêtit point était donc coupable. Ce manteau, selon l'interprétation commune, symbolisait l'état de grâce , complément nécessaire de la foi.
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IV. Les Deux Servitew's {MRtih.,xxiy,Ab-^l ; cfrLuc, XII, 42). — Nous avons déjà mentionné cette parabole, rapportée par saint Luc, à propos des ouvriers de la vigne. Mais comme saint Matthieu la raconte aussi, avec d'autres détails et en d'autres circonstances, nous pensons qu'on peut distinguer les deux récits. Elle ajoute une autre idée à celle de la réprobation pour infldélité, à savoir la vigilance et la persévérance dans la pratique du devoir comme condition de la dernière grâce, qui met en possession du salut. Cette recommandation convenait à la circonstance, car Jésus-Christ venait d'annoncer et de décrire la fin du monde, et avait insisté sur la nécessité de se tenir toujours prêt. A l'appui de l'exhortation, et pour la rendre sensible, il proposa notre parabole et les deux suivantes,