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CHAPITRE DEUXIÈME

Explication des Actes des Apôtres

ARTICLE I

HISTOIRE SUCCINCTE DES APOTRES, ET EN PARTICULIER DE SAINT PIERRE (l-XIl).

Elle peut se subdiviser en deux parties : l'établissement du Christianisme en Palestine (i-vii), et les premiers progrès du Christianisme hors de la Judée (viii-xii)-.

• Cfr de Valroger, p. 151; Crampon, p. 21 ; Beelen, loc. cit., proleyom., § 6.

2 Nous suivons la division générale des Questions sur l'Écriture sainte, t. II, p. 202.

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Établissement du Christianisme en Palestine (i-vn).

I. Résumé. — Le livre, après un court prologue (i, 1, 2), s'ouvre par le récit de l'ascension du Sauveur (i, 3-12), que saint Luc avait déjà racontée sommairement à la fin de son Évangile (Luc, xxiv, 50,51). Il raconte ensuite l'élection de saint Matthias (i, 15-26); — la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres (ii, 1-13) ; — la première prédication de saint Pierre et ses résultats (il, 14-47) ; — le miracle opéré par saint Pierre lorsqu'il montait au Temple avec saint Jean, et sa nouvelle prédication (m) ; — la première persécution contre les Apôtres, la défense de saint Pierre, l'embarras des Juifs, la constance des Apôtres, la joie des chrétiens au milieu de ces épreuves et la sainteté de leur vie (iv) ;

— l'histoire d'Ananie et de Saphire (v, 1-11); — les prodiges sans nombre opérés par les Apôtres (v, 12-16) ;

— leur premier emprisonnement et leur délivrance miraculeuse, leur intrépidité, la rage impuissante de la Synagogue et le bonheur que les Apôtres éprouvent d'avoir été trouvés dignes de souffrir pour le nom de Jésus (v, 17-42); — l'élection des sept diacres (vi, 1-7);

— les commencements de l'histoire de saint Etienne (vi, 8-15); sa défense (vu, 1-53) et son martyre (vu, 54-59).

IL Explications. — Chap. i". Ascension de Jésus-Christ ; élection de saint Matthias.

1° « Igitur... interrogabant eum dicentes : Domine, « si in tempore hoc restitues regnum Israël? Dixit nutem (( eis : Non est vestrum nosse tempora vel momenta, etc.. (( (6, 7). »

Ce n'est pas la première fois que les disciples du Sauveur s'étaient imaginés qu'il allait rétablir prochainement le royaume d'IsraëL « Nous pensions, disaient « les disciples d'Emmaiis, qu'il serait le rédempteur « d'Israël (Luc, xxiv, 21); » et ceux d'entre les Apô-

très qui avaient été témoins de sa transfiguration sur le Tiiabor semblent avoir cru que ce miracle était le commencement du règne. du Messie, et allait ouvrir cette ère de prospérité que les Prophètes avaient annoncée (Malth., XVI, 28, et xYii, 9-11). Ils ne comprenaient pas bien, du reste, ce que devait être le royaume ou le règne du Messie; ils en avaient encore des idées trop grossières et peut-être trop exclusivement temporelles. Mais il est à remarquer que Noire-Seigneur, sans chercher à' réformer ce qu'il pouvait y avoir de plus ou moins erroné dans leur esprit touchant la nature du royaume d'Israël, ne nie pas qu'il soit un jour rétabli. Il les confirme même dans cette idée en se contentant de leur répondre : « ISon est veslrum nosse tem- « paru vel momenta quœ Pater posuii in suâpotestale [1). » Il avait dit précédemment : « Blias quidem ventwus est a et restituet ornnia (Matth., xvii, 11); » et quelques jours après, saint Pierre annonçait aussi aux Juifs « le a rétablissement de toutes choses », selon que les Prophètes l'ont prédit (Act., m, 19-21). Enfin on retrouve encore cette doctrine sur les lèvres de saint Jacques au concile de Jérusalem (Act., xv, 13-17). Nous osons signaler à l'attention de nos lecteurs ces différents passages dont plusieurs ont beaucoup exercé la sagacité des interprètes. Ils s'éclaircissent mutuellement ; et on les comprendra mieux en les rapprochant les uns des autres.

2° « Et quum hœc dixisset videntibusiilis elevatas est; « et nubes suscepit eum ab oculis eorurn. Quumque intue- (( rentur... eccè duo viri... quiet dixerunt, etc.. (9-11). »

La critique rationaliste a fait de vains efforts pour nier ou pour expliquer le miracle de l'ascension de Notre-Seigneur.

Ce fait était trop important^et trop facile à constater par ceux qui en avaient été témoins pour que saint Marc (xvi, 19) et saint Luc, si bien placés pour être renseignés exactement, aient pu se tromper en le rapportant. D'un autre côté, ils l'ont raconté trop peu de

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temps après révénement pour qu'on puisse en donner une inlerprélalion mythique. Quant à l'explication des critiques naturalistes, elle est ridicule. Suivant eux, Jésus-Christ aurait simplement mystifié ses Apôtres en disparaissant à leurs yeux derrière une montagne pendant un orage, au milieu des éclairs et du tonnerre, et il aurait vécu encore assez longtemps, caché dans une grotte. Brennecke fixe à vingt-sept ans la durée de cette vie d'outre-tombe, et il donne i'pour preuve les apparitions du Sauveur à saint PauP.

3° «... Sabbati habens iler (12). » Cette distance qu'un Juif pouvait parcourir le jour du sabbat sans en violer la sainteté était d'environ 1,400 mètres. Des poteaux plantés sur toutes les routes qui rayonnaient autour de Jérusalem indiquaient la limite à laquelle devait s'arrêter un voyageur parti de cette ville un jour de sabbat.

4° « Et cuni introissent in cœnaculum , ascenderunt « ubi manebant Petrus et Joannes, etc.. (13). »

Le cénacle, en grec rb -ômpûiov. On appelait ainsi la pièce principale dans les maisons juives; elle était située immédiatement au-dessous du toit, et c'est là qu'on avait coutume de se réunir pour prier et pour prendre ses repas. Peut-être était-ce le lieu oîi Jésus- Christ fil la dernière cène avec ses Apôtres,

5° « Et hic quidem (Judas) possedit agrum de mer- « cède iniquitads, et suspensus crepuit médius, et diffusa « sunl omnia viscera ejus (18). »

« Possedit agrum. » On dit que Judas posséda ce champ, parce qu'on l'acheta avec l'argent qu'il avait reçu des Juifs, le prix de sa trahison. C'est peut-être aussi là qu'il se pendit et fut inhumé.

« Et suspensus crepuit médius, et diffusa sunt omnia vis- « ce7'a ejus. » Il y 'a seulement dans saint Matthieu : « Abiens laqueo se suspendit. » Saint Luc est par conséquent plus complet. 11 nous apprend que la corde

1 Cfr Crampon, loc. cit., p. 63.

dont Judas s'était servi pour se pendre s'élant rompue, il tomba, et que, son corps ayant crevé, ses entrailles se répandirent par terre.

6° « Et dederunt sortes eis (26). » Les Apôtres, en cette circonstance, usèrent d'un procédé familier aux Juifs et confirmé par les résultats dans les circonstances importantes. Comme il s'agissait d'instituer un Apôtre et que Dieu seul avait ce droit, le sort paraissait être le mode vraiment conforme à l'ordre providentiel, du moins avant la venue du Saint-Esprit.

(Jhap. II. La Pentecôte ; les premiers chrétiens.

4° Pentecostes. Le cinquantième jour était compté à partir du lendemain de Pâques, et, selon la tradition, c'était le premier jour de la semaine ^

2° (( ... Et cœperunt loqui variis linguis (4). » L'opinion la plus commune, fondée sur le sens naturel de ces paroles, est que les Apôtres reçurent le don de parler plusieurs langues. Des Pères et quelques interprètes croient cependant qu'ils n'ont parlé qu'une seule langue, leur langue maternelle, mais que tous les auditeurs, à quelque nation qu'ils appartinssent, comprenaient leurs discours. Enfin, suivant Bisping, le prodige consista dans le rétablissement momentané de l'unité de langage. Ce fut un phénomène en sens inverse de celui qui se produisit à Babel ^ La première explication est la meilleure.

3° Discours de saint Pierre (14-36). Ce discours eut deux objets : a) réfuter Vinculpation d'ivresse, et saint Pierre le fît en invoquant le témoignage des prophéties qui annonçaient une effusion surabondante du Saint-Esprit dans les derniers temps ; — b) publier la résurrection de Jésus-Christ; c'était le sujet principal de la prédication apostolique. Déjà, dans l'élection de Saint Matthias, le motif proposé avait été de procurer un témoin irrécusable de ce fait. C'est que

1 Cfr M. Grampjii, /jc. cil., p. 80.

2 Ibid.

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l'économie de la Rédemption, reposant tout entière sur la moit et la résurrection de Jésus-Christ, les Apôtres devaient en démontrer la réalité. Aussi nulle part ailleurs que dans le livre des Actes netrouve-t-on des témoignages aussi nombreux et aussi forts. Les Apôtres en appellent sans cesse à cet argument, non seulement devant les foules, mais en face des tribunaux et des sages, de sorte qu'il n'y a rien de mieux établi.

4° «... Habehant omnia communia. Pûssessiones « et subsiantias vendebant, et dividcbant illa omnibus, « prout cuique opus eral (44, 45). » Cette communauté de biens semble n'avoir été pratiquée que dans l'Église de Jérusalem; et elle n'était pas obligatoire (Act., V, 4). Elle n'était pas non plus si parfaite que nul ne possédât rien en propre : les fidèles ne se dépouillaient pas complètement (Act., iv, 32-35), et quelques-uns gardaient au moins leur maison (Act., xii, 12).

Chap. III. — 1° Guérison miraculeuse d'un boiteux {\-\.\). Ce miracle fut le premier que les Apôtres opérèrent, et les circonstances lui prêtèrent un éclat singulier. Car c'était l'heure où l'on offrait le sacrifice du soir, et le peuple s'assemblait pour recevoir la bénédiction que le prêtre sacrificateur donnait au sortir du Temple. Nous trouvons aussi, dans le petit incident, mentionné au y. 8, la réalisation de la prophétie où I-jaïe avait annoncé qu'aux temps du Messie on verrait les boiteux bondir comme des cerfs (Isa., xxxv, 6). Enfin cette merveille, opérée au nom de Jésus-Christ, qui introduit dans le Temple un pauvre exclu jusquelà pour ses infirmités, rend bien croyables celles que le Saint-Esprit devait opérer dans les âmes.

2° Second discows de saint Pierre. Il a beaucoup de ressemblance avec le premier, pour le fond des pensées : c'est Jésus-Christ crucifié et ressuscité que l'Apôtre annonce; c'est la nécessité de croire en lui cl de l'aire pénitence afin d'avoir part à la Rédemption. Quelques paroles de ce discours ont besoin d'explica-

tion. Elles sont comprises dans les versets 19-21 : « PxnUemini... ut cum venerint tempora refrigerii... et « misent eian qui prœdicatus est vobis, Jesum Christum, « quem oportet quidem cœlum suscipere usquè in tempora « restitutionis omnium quœ Ibcutus est Deus per os sancto- « rum suonan à sœculo Prophetarwn... (m, -19-21). » La phrase est suspendue, c'est une protase sans apodose. La pensée de saint Pierre est, du reste, facile à suppléer. On pourrait le faire de la sorte : « Repentez- « vous... afin que, quand sera venu le temps de « rafraîchissement, où toutes choses seront rétablies « par Jésus- Christ, conformément aux paroles des « Prophètes, vous puissiez en jouir vous-mêmes et en « goûter les douceurs. » Le second avènement de Notre- Seigneur et les merveilles dont il sera suivi sont clairement indiqués en cet endroit ; et l'on entend communément ces paroles du bonheur et de la gloire des élus de Dieu dans le ciel, quand, à la fin du monde, il rétablira toutes choses dans l'ordre et créera, comme dit saint Pierre, de nouveaux cieux et une nouvelle terre (II Petr.,-iiJ, 13). Ne pourrait on pas cependant, ne devrait-on pas même les entendre du règne de Jésus-Christ sur la terre et du triomphe complet de l'Église, le vrai royaume d'Israël dont les Apôtres attendaient le rétablissement par le Messie? Cette interprétation est plus naturelle et se lie mieux avec l'ensemble du passage.

Chap. lY, V. — 1° Communauté des biens à Jérusalem. — Ananie et Saphire. La communauté de biens que saint Luc mentionne dans l'église de Jérusalem ne fut qu'un fait particulier, de circonstance, mais nullement une obligation imposée par les Apôtres. Une liberté parfaite était laissée aux fidèles de pratiquer ce détachement ou de conserver leur fortune. C'est ce qui résulte des paroles adressées par saint Pierre à Ananie. Si donc celui-ci subit un châtiment, ce fut uniquement parce qu'il y eut dans sa conduite un mensonge et une déloyauté, une fraude publique. Il s'était

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donné à l'Église avec ses biens, et n'apportait qu'une partie de ce qu'il avait promis. L'Écriture ne dit pas si la faute fut grave ou légère : mais il y avait dans les circoustanees extérieures et dans la raison du bien public une proportion sulfisante avec la sévérité de la punition. Observons toutefois que saint Pierre ne prononça pas la peine de mort contre les coupables , ne la souhaita pas non plus , mais en fit seulement la prédiction (Gfr S. Jérôme, Epist. 130, n° 6.)

2° Comparution des Apôtres devant le Sanhédrin. Dans les jours qui suivirent immédiatement la Pentecôte, les Apôtres comparurent trois fois devant le Grand Conseil des Juifs, le même qui avait condamné Jésus- Christ, et ces trois citations furent marquées de circonstances dignes d'être observées. — a) La première fut violente, on jeta les Apôtres en prison, mais les Juifs se bornèrent à interdire de publier le nom de Jésus-Christ, ce dont les Apôtres, forts du droit divin, ne tinrent aucun compte. — b) La seconde fut également violente et eut pour premier effet la prison : mais elle donna lieu à un nouveau miracle, un ange étant venu du ciel pour mettre en liberté les Apôtres, qui retournèrent au temple annoncer Jésus-Christ. — c) Dans la troisième, les Juifs n'osèrent pas employer la force pour amener les Apôtres à leur tribunal, parce qu'ils craignaient le peuple ; mais elle se termina d'une manière plus cruelle, car on frappa de verges les disciples du Sauveur, qui n'en devinrent que plus joyeux et plus zélés. Cependant ils trouvèrent un défenseur au sein même du tribunal, en la personne de Gamaliel. C'était un homme de haute vertu et de profoud savoir : il persuada aux Juifs qu'ils se donneraient une peine inutile à persécuter les Apôtres, démontrant par l'histoire qu'une telle entreprise tomberait d'elle-même si elle ne venait pas de Dieu. Un mot de son discours a besoin d'explication : « Antè fias enim dies extitit Theodas (v, 36). » Il ne

faut pas confondre ce Théodas avec celui dont parle Josèphe 1 et qui périt sous le règne de Claude, quatorze ou quinze ans après le discours de Gamaiiel. Comme il y a eu trois conspirateurs du nom de Judas, quatre du nom d'Éléazar et cinq du nom Ae Siméon, il a pu s'en rencontrer deux du nom de Théodas : un dont parle Gamaiiel et un autre rrentionné par Josèphe. — Mais, dit-on, le Théodas du livre des Actes est le même que Judas de Galilée, dont Josèphe rapporte la révolte précisément à l'époque oh saint Luc place celle de Théodas. Saint Luc a donc confondu l'un avec l'autre. — Non ; et si, comme on le prétend, le Théodas de saint Luc n'est pas distinct du Judas de Josèphe, il faut simplement en conclure que ce personnage, suivant un usage fort commun chez les Juifs ^ portait deux noms. Le Jéhudah des Hébreux n'est d'ailleurs qu'une forme différente du Teudah des Syriens ; au fond, c'est le même nom. Ajoutons enfin que, s'il y avait eu confusion de deux personnages, cette erreur devrait être attribuée non à saint Luc, mais à Gamaiiel, dont il rapporte les paroles ^.

Chap. VI, VII. Election des diacres , discours et martyre de Saint- Etienne. — 1° « Factum est mio^mur Grœcorum adversUs Hebrœos, eô quôd despicerentur in ministerio quotidiano viduœ eorum (vi, 1). » Saint- Luc fait ici connaître le fait qui occasionna l'élection des diacres. Chaque jour il y avait des distributions de vivres, entre les fidèles, et même on prenait, après la partiel-, pation à l'Eucharistie, des repas en commun oh les Apôtres présidaient. Les Grecs dont il est question, étaient les Juifs Hellénistes, par opposition à ceux de la Palestine, qui parlaient la langue hébraïque. Il s'en trouvait de l'une et l'autre classe parmi les nouveaux chrétiens. Quant au sujet des plaintes, ce fut que dans

» Anliq., lib. XX, cap. v.

2 Pour en citer deux exemples, c'est ainsi que saint Matthieu s'appelait aussi Lévi, et saint Jiule, Thnddée. ' Gfr M. Crampon, loc. cil., introd., p. i7.

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le service des agapes on n'employait pas les veuves des Juifs Hellénistes, ou plutôt que dans la distribution des aumônes on avait plus d'égards envers les veuves des Hébreux.

2° « Consklerale... viros boni tcstimoyin septem, plenos « Spiritu sancto. Oranies imjjosue?'unt eis manm (3, G). » Toutes ces circonstances démontrent que les diacres étaient destinés à servir dans les agapes, et qu'ils auraient en outre un ministère à exercer dans la distribution de l'Eucbaristie. Car la vertu éprouvée et les dons surnaturels n'étaient point nécessaires pour l'administration temporelle des biens de la communauté chrétienne. Un ordre des Apôtres eût suffi pour donner toute autorité à ces nouveaux ministres. Si donc ils reçurent l'imposition des mains, c'est qu'ils devaient occuper un rang d'honneur et porter un caractère distingué entre les membres de l'Église.

3" « Surrexerunt autem quidam de synagogâ quœ (.( appel latur Libertinrtjmm^ et Cyrenensium, et Alexan- « drinorum, et eorum qui erant à Ciliciâ et Asiâ, dispu- (t tantes cum Stephano (vi, 9). »

Il y avait alors à Jérusalem un très grand nombre de synagogues : le Talmud en compte 480. Chaque groupe de Juifs appartenant à une même province avait la sienne, où ils se réunissaient pour prier et pour entendre expliquer la Loi, à peu près comme aujourd'hui, à Rome, il y a une église des Français, une église des Allemands, etc.. — Les Affranchis (Libertini) étaient des Juifs que Pompée avait emmenés captifs à Rome, et qui furent plus tard rendus à la liberté : les uns restèrent à Rome, oti leurs enfants sont encore; les autres revinrent à Jérusalem, où ils eurent une synagogue particulière.

4° Discours de saint Etienne... (vu, 2-53). Il y a deux choses à considérer dans la défense de saint Etienne, l'ensemble et les détails. a) Son discours est un résumé succinct de l'histoire

du peuple juif depuis Abraham jusqu'à Salomon. La pensée principale qui s'en détache, et que saint Etienne avait sans doute en vue, était de faire comprendre aux Juifs, ses adversaires, qu'en combattant Jésus-Christ, le terme de la Loi, ils s'attaquaient à Dieu même et couronnaient son œuvre en voulant la détruire. Ainsi l'orateur, ou plutôt l'accusé, oubliait sa propre cause pour ne songer qu'à celle de Jésus- Christ son Maître. 11 faisait cependant aussi son apologie, au moins indirectement, en parlant avefc éloge de la Loi (y. 2-43) et du Temple (^. 44-50), qu'on l'avait accusé de blasphémer. Ce discours, du reste, n'est pas complet, les Juifs ayant empêché saint Etienne de l'achever; et l'on ne doit pas être surpris qu'on ait quelque peine à en bien saisir le but \

b) Plusieurs endroits ont été signalés par les rationalistes comme renfermant des erreurs, et quelques autres ont besoin d'explication.

f. 4. Tune exiit (Abraham) de terra Chaldœorum, et (( habitavit in Charan. Et indè, postquàm mortuus est « pater ejus, transtulit illum...

« Postquàm mortuus est pater ejus. » Il s'agit de Tharé, père d'Abraham. Or il est faux, dit-on, qu'il fût mort avant que son fils quittât le pays de Charan. En effet, d'après la Genèse, Tharé était âgé de 70 ans lorsqu'il engendra Abraham (Gen., xi, 20), et il a vécu 205 ans (Gen., XI, 32). Mais, d'un autre côté, Abraham avait 75 ans lorsqu'il sortit de Charan (Gen., xii, 4). Tharé n'était donc pas nàort, il aurait même encore vécu plus de 60 ans.

Rép. — Cette difficulté repose probablement sur un faux supposé, et nous en avons donné ailleurs la solution 2. Nous ajouterons que, d'après les rabbins, il faut entendre la mort de Tharé dans un sens spiriiuel : c'est-à-dire, ou du péché d'idolâtrie qu'il aurait

1 Cfï M. Crampçn, loc. cit., p. 148.

2 Cours élém. d'Écrit, sainte y t. I, p. 185.

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commis, ou de l'exclusion dont il était l'objet par rapport au nouvel ordre de choses qui allait s'ouvrir pour la postérité d'Abraham. Les. autres solutions sont meilleures.

^. 6. ... Et malè tractabunt eos annis quadringentis.

400 ans au lieu de 430 qu'il y a dans l'Exode (xii, 40); c'est un nombre rond. Les rationalistes contestent l'exactitude de ces chiffres.

lïép. — Il suffit de remarquer, pour leur répondre, que les 430 ans qui, d'après saint Paul (Gai., m, 17), se sont écoulés depuis le moment où Dieu fit ses promesses à Abraham jusqu'à la promulgation de la Loi, ne commencent probablement pas si exactement à Abraham qu'on ne puisse prendre pour point départ toute la période de temps pendant laquelle ces promesses furent renouvelées à Isaac et à Jacob : ce qui donne une certaine latitude pour déterminer le nombre de ces années.

y. 14. ...In animabus septuaginta quinque. n

« Septuaginta quinque. » C'est le chiffre marqué par les Septante dans la Genèse (xlvi, 27). On l'oppose à celui de la Yulgate, lequel est seulement de soixante-dix.

Rép. — La différence, dit Beelen i, vient de ce que les Septante ont ajouté au chifl're de la Vulgate cinq des petits-fils de Joseph dont il est parlé dans les Paraliporaènes (I Paralip., vu). — Elle viendrait, suivant Bisping ^, de ce que saint Etienne, conformément à une tradition juive qui donnait à Joseph new/fils nés en Egypte, aurait ajouté ces neuf personnes aux soixante-dix qui entrèrent en Egypte avec Jacob (Gen., XLVI, 26).

y. 30. ... Apparaît illiin deserto montis Sina angélus, m

Ce fut, dit-on, sur le mont Horeb (Exod., m, 1), et non sur le mont Sinaï, que cette apparition eut lieu. Nouvelle erreur.

» Loc. cit., p. 128.

2 Cfr M. Crampon, loc. cit., p. 153.

Rép. — Saint Etienne dit seulement que ce fut dans le désert où est situé le Sinaï : « m deserio montis Sina. » Or cela est vrai. En effet, la montagne entière, dont le Sinaï était un des sommets, s'appelait Horeb, et ces deux noms s'emploient indifféremment l'un pour l'autre dans lePentateuque.

y. 42 ... Nmnquid victimas et hostias obtuUstis mihi... « in deserto, domus Israël?

On dit encore que cela est faux et que ce reproche n'est pas fondé, comme on le voit en plusieurs endroits de l'Ecriture (Exod., xxiv, 5,; Num,, vu, ix, 4; Lev., ix).

Rep. — Les Juifs offrirent sans doute à Dieu des victimes pendant leur séjour dans le désert ; mais ils en offrirent peu. « Ideo negatur fuisse oblatas victimas... « dit Lyramus, quia valdè paucœ fuerunt. » — Il n'y a pas d'interrogation dans le texte hébreu, sur lequel les Septante ont traduit assez librement ces paroles du prophète Amos (Am., v, 25-27) ; et le sens est à peu près le même : « Vous m'avez offert des victimes, « mais vous avez honoré en même temps des idoles. »

y. 43. ...Et transferam vos trans Babylonem. Amos (v, 27) dit : « trans Darnascum ».

Rép. — Mais, répond très bien saint Jérôme, Etienne a fait plus attention à la pensée du prophète qu'aux paroles dont il s'est servi. Il est d'ailleurs certain que, parmi les Juifs qui furent emmenés en captivité, un grand nombre furent conduits au delà de Babylone.

Premiers progrès du Christianisme hors de la Judée (viu-xii.)

I. — « L'homme s'agite et Dieu le mène. » La persécution qui semblait devoir anéantir le nom chrétien à Jérusalem sert à répandre plus rapidement en tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ. A la voix du diacre Philippe, Samarie se convertit ; et le premier

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ministre de la reine Candace, baptisé par saint Philippe, va porter jusqu'en Ethiopie Jésus-Christ et sa doctrine (viii) ; — Saul est renversé sur le chemin de Damas, et le plus ardent persécuteur de ^a religion chrétienne en devient un des apôtres les plus zélés (ix, 1-31); — de nouveaux miracles opérés par saint Pierre préparent la voie à de nouvelles conversions (ix, 32-43) ; — les barrières du judaïsme, qui semblaient s'opposer encore à l'entrée des Gentils dans l'Eglise, achèvent de s'abaisser devant le centurion Corneille, que saint Pierre lui-même, par les ordres de Dieu , introduit dans l'assemblée des fidèles et baptise au nom de Notre-Seigneur (x-xi, 1-18). — A partir de ce moment, une foule de chrétientés se forment hors delà Palestine (xi, 19-30). — Mais la persécution recommence à Jérusalem ; Hérode jette saint Pierre en prison et meurt misérablement, peu de temps après la délivrance du Prince des Apôtres (xii).

II. — Parcourons rapidement les endroit» qu'il est utile de faire accompagner de quelque explication.

Chap. VIII. — 1° « Multi enim eorum qui habebant spi- (( rit us immundos clamantes voce magna exibant (7). » C'est comme s'il y avait : « A multis eorum qui habe- « bant spiritus immundos, hi voce magnâ clamantes exi- « bant. »

2° «... Vir autem [erat] quidam nomine Simon,... cui « auscultabant omnes,... dicentes : Hic est virtus Dei quse « vocatur magna (9 et 10). »

Ce nom de grande vertu ou puissance de Dieu, que le peuple donnait à Simon le Magicien, rappelle la doctrine gnostique de l'émanation, qui, pour combler la distance infinie entre Dieu et le monde, imagine une série d'Éons ou Puissances (Aûv«|:/£tç, virtutes) émanant du sombre abîme de la Divinité. Au rapport de saint Jérôme *, Simon parlant de lui-même disait : « Ego

1 7/1 Matth., cap. XXIV.

« sum sermo Dei (ô ^ôyo? 0£oO}), ego sum speciosus, ego « paraclitus, ego omnipotens, ego omnia Dei. » Il aurait donc voulu se faire passer pour le Verbe de Dieu ; et sa doctrine du Verbe se rapprocherait de celle de Phi- Ion, qui, de son côté, l'avait empruntée à la cabale orientale, à Platon et aux saintes Écritures. Nous le retrouvons plus tard à Rome, et la tradition nous le montre de nouveau en rapport avec saint Pierre, à la prière duquel il aurait été précipité dans le Tibre, qu'il voulait traverser en s'élevant dans les airs *.

3° « ... Baptiznti tantum erant in nomine Domini Jesu, « tiç tÔ ovov.a Toû Kûotoy 'IztoO (16). »

Il ne faut pas conclure de ce passage que les Apôtres n'employaient pas toujours dans l'administration du baptême la forme prescrite par Notre-Seigneur (Matth., xxxviii). Il est probable que saint Luc a voulu seulement distinguer par celte manière de parler le baptême de Jésus-Christ de celui de saint Jean. L'expression £t? TÔ ovoua, dit Beelen-, ne marque pas ici la puissance ou l'autorité de Jésus-Christ comme dans la forme du baptême; elle indique le nouvel état de vie auquel les chrétiens étaient appelés. C'est comme s'il y avait : « in professionem numinis seu religionis Jesu Christi. »

4° « ... Surge et vade... ad viam quœ descendit... in (( Gazam : liœc est déserta, a.Wh larî-j lprii>.og (26). »

« Haec est déserta, d Beelen ^ regarde ces paroles comme une remarque de l'historien sacré, et croit qu'il s'agit de la ville de Gaza, qui fut ravagée et presque détruite peu de temps avant la ruine de Jérusalem *. D'où il conclut, contrairement à l'opinion commune, que ce livre n'a été écrit qu'après la mort de saint Pierre et de saint Paul, vers l'an 67. Mais il est plus probable qu'il s'agit de l'une des routes qui conduisaient de Jérusalem à Gaza, et que l'ange a voulu dési-

1 Cfr M. Crampon, lie. cil., p. 169-172.

2 Comm. m AcL, h. t.

' Hoc toc .

* Josèphe, Bell, iud., lib. II, cap. xviii.

gner par celte remarque celle qui passait par Hébron et traversait, en effet, des contrées désertes et peu habitées '.

5° « Et eccè vir jEthiops^ eunuc/uis, potens Candacis a reginœ yEthiopion, qui erat super omnes gazas ejus, (( venerat adorare in Jérusalem (27). » « Or voici que « s'offrit à lui un eunuque éthiopien, le premier minis- (( tre {potens, S-jvkc-t/îî) de Candace, reine d'Ethiopie, « et qui était préposé à la garde de tous ses trésors. Il « élait venu offrir un sacrifice h Jérusalem. » — Cet homme était probablement ce qu'on appelait un prosélyte de la porte, c'est-à-dire un Gentil non circoncis, mais croyant en un seul Dieu. Au reste, les Gentils eux-mêmes pouvaient offrir des sacrifices dans le Temple, mais ils ne devaient offrir que des holocaustes.

6" « Lochs autem Scripturœ... erat hic : Tanquàm « ovis adoccisionemductus est... In humililate judicium « ejus sublatum est. Generationem ejus quls enarrabit, « qucniàm tolletur de terra vita ejus (32, 33) ? »

Cette citation est extraite de l'oracle célèbre où Isaïe, de l'aveu des Juifs eux-mêmes, a parlé du Messie et décrit ses opprobres. C'est un des endroits les plus difficiles à traduire exactement et à expliquer, quoique le sens général en paraisse clair. Voici ce sens : C'est dans l'humiliation ou plutôt dans l'oppression, in humiliatione, que le jugement qui le concerne a été porté. Qui pourra croire à la durée de sa vie (c'est-à-dire à son éternité), le voyant ainsi enlevé de la terre des vivants ?

La difficulté réside principalement dans cette sentence : « Generationem ejus qnis enarrabit? » La plupart des interprètes catholiques y voient une allusion à la génération divine et éternelle du Messie, voilée et comme anéantie sous la profondeur de ses humiliations. Il en est pourtant qui l'expliquent des contem-

1 Cfr Crampon, p. 172.

porains du Messie, qui ne comprirent pas la raison de sa mort et dont la conduite à son égard fut incompréhensible. — D'autres l'entendent de la postérité merveilleuse que le Messie se devait acquérir par ses souffrances et que nulle langue humaine ne saurait compter. Mais ces diversités ne changent rien au sens de la prophétie.

Chap. IX. — Conversion de saint Paid{3-2Q).

Nous avons trois relations de la conversion de saint Paul : une de saint Luc (Act., ix, 3-20) et les deux autres de saint Paul lui-même (Act. , xxii, 1-16 ; xxvï, 9-18). Les différences légères qui existent entre elles servent h mieux démontrer la vérité du grand fait dont les circonstances principales sont toujours rapportées de la même manière.

1° Suivant les rationalistes, la conversion de saint Paul se serait opérée d'une manière beaucoup plus simple. La mort de saint Etienne, à laquelle il avait consenti, l'avait vivement impressionné, et sa foi dans le Judaïsme commençait à être ébranlée. C'est datis ces dispositions qu'il part pour Damas. Tout à coup, dans un ciel serein, éclate un orage, la foudre tombe à ses pieds et le renverse. Son imagination ébranlée transforme ce phénomène en une apparition céleste ; le bruit du tonnerre, répété par les échos des montagnes, devient pour lui la parole de Jésus. Il se relève; mais la lueur des éclairs l'a privé momentanément de la vue. On le conduit à Ananie, un de «es nmis nouvellement converti, qui le soigne et achève de le gagner à la religion chrétienne.

Lors même qu'il en serait ainsi, une telle conversion tiendrait encore du prodige, et l'on aurait à expliquer comment l'impression causée par un coup de foudre a été assez puissante pour transformer en ardent apôtre un fougueux persécuteur, et porter saint Paul à prêcher l'abrogation des observances mosaïques qu'il avait jusque-là défendues avec tant de zèle.

2° Mais la vérité du récit a des garanties spéciales,

260 COURS d'écriture sainte

sans parler de l'exactitude que saint Luc a montrée dans tout son livre sur les moindres détails : a) Les allusions que saint Paul a faites au miracle de sa conversion dans ses Epîtres universellement reconnues pour authentiques, où il dit que Jésus-Christ lui est visiblement apparu et lui a révélé ses desseins K De tels témoignages, produits longtemps après Tévénement ne sont point l'effet de l'hallucination, qui est chose passagère, ni de l'imposture, contre laquelle proteste toute la vie de saint Paul. — b) Le témoignage des Apôtres, des premiers fidèles, de l'Église, qui n'avaient aucun intérêt à donner leur confiance à saint Paul, mais au contraire devaient s'éloigner de lui. Ils l'accueillirent pourtant, parce qu'ils s'étaient assurés que son changement provenait d'une grâce extraordinaire, et était l'ouvrage de Dieu seul.

3° Un autre fait non moins remarquable est signalé par saint Luc, et prouve que la conversion de Saul ne fut point une affaire d'imagination... Aussitôt après son baptême, il se mit à prêcher Jésus-Christ et à démontrer aux Juifs la divinité du Sauveur, au point que ceux-ci tournèrent contre lui toute leur fureur (21-23). Or une telle audace, à considérer le cours ordinaire des choses humaines, ne saurait être l'effet d'une science acquise, ni d'une conviction naturelle, car non seulement rien n'avait préparé l'esprit de Saul à cette prédication, mais tout ce qu'il avait appris jusque-là tendait à l'efupêcher de voir en Jésus-Christ le Messie promis aux Juifs. 11 fallut donc une intervention directe de Dieu pour changer ses dispositions, et des lumières infuses pour lïnstruire des mystères de Jésus-Christ.

Chap. X. — Convei'sion du centurion Corneille. l» « Cornélius, centurio cohortis quœ dicitur Jtalica(l). »

« In Caesareâ. » Il s'agit de Césarée de Palestine, capitale politique du pays et résidence du procurateur.

» 1 Cor., IX, 1; XV, 8; II Cor., iv, 6; Gai., i, 1, 12, 16; Tit., I, 1.

Césarée de Philippes était trop éloignée pour qu'on pût s'y rendre de Joppé en un seul jour.

« Cornélius. » On croit qu'il était de l'illustre famille des Cornélius. C'était un de ces honnêtes païens, encore assez nombreux à cette époque, qui, mécontents des fables grossières du paganisme, aspiraient à un culte plus élevé, et pour lesquels le monothéisme juif avait de puissants attraits. Sans être juif, ni même probablement simple prosélyte de la porte *, Corneille avait sans doute fréquenté les synagogues et pris l'habitude de prier aux mêmes heures que les Juifs. Il avait dû aussi entendre quelquefois parler du Christianisme et prier Dieu de l'éclairer,

« Centurio cohortis quœ dicilur Italica. » La cohorte italienne se composait, comme les autres, d'environ mille hommes : elle comprenait, par conséquent, une dizaine de centurions, ou commandants de cent hommes. On l'appelait Italienne ou Italique parce qu'elle était formée de soldats originaires d'Italie.

2° « Vas quoddam... in quo erant omnia quadrupedia... « quod Deus purifîcavit, tu commune ns dixeris (ll-lo). » Le symbolisme de cette vision est très clair. Dieu révéla à saint Pierre : a) que la rédemption était universelle et que la nature entière y avait pris part, de sorte que la distinction légale entre les animaux ;)wrs et les animaux impurs ne subsistait plus ; b) que tous les hommes, sans exception, avaient été rachetés et dès lors pouvaient tous entrer dans l'Eglise. C'est ce que saint Pierre déclara le lendemain quand il vit le Saint- Esprit descendre sur le païen Corneille...

3° « Jn veritate comperi quia non est personarum ac- « cepior Deus. Sed in omni gente, qui timet eum et « operatur justitiam^ acceptus est illi (34, 35). » On a invoqué ce passage en faveur de l'indifférentisme religieux ; on en a conclu qu'on pouvait se sauver dans toutes les religions.

1 Cfr Crampon, toc. cit., p. 204.

262 COURS d'écriture sainte

Rép. — C'est une erreur. Saint Pierre n'ignorait point que le salut n'est possible qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ : autrement il ne se fût pas donné tant de mal pour convertir ses frères à la foi chrétienne. Il voulait seulement dire que tous les hommes, à quelque nation ou à quelque religion qu'ils appartinssent, pouvaient entrer dans l'Église, sans être obligés de passer d'abord par le Judaïsme, et trouver grâce auprès de Dieu {acceplus est illi) par la foi en Jésus-Christ '.

Chap. XI. — «... Ità ut cognommarentur primum An « tiochiœ discipuU, Chrisiiani (2Q). »

Les Juifs n'auraient jamais donné le nom de disciples du .yessie à des hommes qu'ils regardaient comme d'odieux sectaires. Quant aux chrétiens eux-mêmes, ils ne s'appelaient entre eux que les disciples, les frères, les fulèles, les croyants. Ce sont donc les païens d'Antioche qui, les premiers, les ont désignés sous le nom de Chrétiens. Comme presque tous les chrétiens de Palestine observaient la plupart des lois mosaïques, ils passaient pour une secte juive ; mais à Antioche, où il n'y avait guère que des chrétiens d'origine païenne, qui n'avaient rien de commun avec les Juifs, on ne songea pas à les confondre avec ces derniers ; il fallut leur donner un nom distinct, et on les appela Chrétiens. La formation de ce mot indique la date précise où l'Église de Jésus apparut au monde comme séparée du Judaïsme.

Chap. XII. — 1° «... Mislt Herodes rex manus ut afflt- « geret quosdam de ecclesiâ. Occidit autan Jacobum, fra- « trem Joannis, gladio (1 et 2). »

« Herodes. » C'est Hérode-Agrippa 1", petit-fils d'Hérode le Grand et neveu d'Hérode-Antipas, le meurtrier de saint Jean-Baptiste. Il était fils d'Aristobule et de Bérénice ; et, grâce à la faveur de Caligula, il était parvenu à recomposer la royauté de son aïeul. La reconnaissance de Claude acheva sa fortune, et, en récom-

1 Cfr Crampon, loc. cit.

pense des bas services qu'il avait rendus à cet empereur, il en obtint pour lui la Samarie et la Judée, et pour son frère Hérode la petite royauté de Chalcis. Les Juifs l'aimaient et lui savaient surtout gré de la sympathie qu'il leur témoignait. C'était un souverain juif dans la force du terme ; et il n'est pas étonnant que, pour plaire à son peuple, il ait persécuté les chrétiens.

« Jacobum. » C'est Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de saint Jean 1 Évangéliste. Il fut mis à mort quelques jours avant la Pâque de l'année 42, et probablement à Jérusalem, où Agrippa s'était rendu de Césarée pour la fête. C'est le premier d'entre les Apôtres dont le sang coula pour la foi. Ainsi s'accomplit la parole que Notre-Seigneur lui avait dite un jour, à lui et à son frère : « Calicem meum bibelis. »

2° « Quem (Petrum)... misit in carcerem^ tradens « quaternionibus milllum custodlendum... — Quûm au- (c tem producturus eum esset Herodes, in ipsâ nocle erat (( Peti'us dormiens inter duos milites^ vinclus catenis « duabus (4, 6). »

Toutes ces précautions montrent qu'Agrippa avait l'intention de mettre aussi à mort saint Pierre. On lui avait appliqué, en effet, la garde la plus rigoureuse, la custodia militaris des Romains. Quatre escouades, composées chacune de quatre hommes [quaterniones), devaient se succéder sans interruption auprès de lui et se relever, de manière qu'il y en eût toujours une de service à chacune des quatre veilles, soit du jour, soit de la nuit. Deux soldats se trouvaient dans la cellule du prisonnier. L'un, dit M. Crampon*, était libre, et Pierre était attaché à l'autre par deux chaînes [vinctus catenis duabus) -, une à chaque main ^. Quant aux

1 Crampon, loc. cit., p. 227.

' Ces chaînes sont précieusement conservées à Rome, où elles furent envoyées vers l'an 439, par l'impératrice Eudoxie, femme de Théodosé. Elles sont le plus riche trésor de l'église de Saint- Pierre-aux-Liens.

•i D'après Beelen (/toc lue), les deux chaînes qui retenaient

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deux autres soldats, ils étaient placés, l'un en dehors, à la porte de la cellule, et l'autre à la porte extérieure de la prison {porta ferrea)^ mais en dedans : c'étaient la première et la seconde garde, prima et secunda custoiia.

3° « Egressus abiit inalienum locum (y. 17). » L'historien ne dit pas quel fut cet autre lieu où Pierre se retira, mais la tradition chrétienne l'a nommé en rapportant à cette époque le voyage de l'Apôtre à Rome et la fondation de cette Église. Pierre, en effet, ne pouvait plus rester dans le pays soumis à la domination d'Hérode ; il quitta donc la Palestine. Mais son départ fut le signal d'une dispersion pour les autres Apôtres, qui se répandirent dans les provinces de l'empire et y portèrent leur symbole de foi. C'est un point d'histoire admis dans la tradition. Ce fut donc au loin que Pierre porta ses pas, et comme il est constant que l'Église de Rome l'eut pour fondateur, et que cette Église, peu d'années après l'époque en question, était florissante, nous avons donc raison de penser que Rome fut le lieu mentionné ici.

Pourquoi saint Luc ne la nomme-t-il point?... On l'ignore. Cela n'entrait pas dans le dessein de son récit, et peut-être son lecteur, Théophile, en était-il suffisamment instruit '.

ARTICLE II

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