ÉTUDE DOCTRINALE DES ACTES
sur son trône mal affermi, heureux, fiers de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus, et jamais plus admirables que lorsqu'on veut leur imposer silence et les forcer, comme dit saint Paul, à retenir la vérité captive dans l'injustice. Nous y voyons les premiers fidèles de Jérusalem confondus dans un même amour, dans une même pensée, n'ayant tous quun cœur et quune cime, se dépouillant de leurs richesses et venant librement en déposer le prix aux pieds des Apôtres, tous ensemble rivalisant de désintéressement,' de zèle et de ferveur dans le service du Seigneur; saint Etienne, cet homme, dit saint Luc, d'une foi éprouvée, tout rempli de l'Esprit-Saint, scellant le premier de son sang la foi en Jésus-Christ, et laissant en sa personne aux lévites futurs un si beau modèle; enfin Saul, persécuteur acharné de l'Eglise, puis bientôt terrassé sur le chemin de Damas, éclairé, touché, converti, et, à partir de cet instant, consacrant sa vie à courir d'un bout du monde à l'autre pour faire connaître et aimer le Seigneur Jésus. Redisons-le : non, un livre qui offre à ses lecteurs de telles leçons rehaussées de tels exemples, ne mérite pas l'espèce d'oubli où tant de personnes semblent l'avoir enseveli K
II. Mérite littéraire des Actes. — Que fa ut- il penser du mérite littéraire de ce livre? Nous connaissons sous ce rapport le talent incontesté de saint Luc. Nous retrouvons cet écrivain tel que nous l'avons admiré dans son Evangile, c'est-à-dire aussi pur et aussi élégant dans sa diction, aussi clair et aussi méthodique dans son plan et dans la disposition de ses matières. Sa démarche libre et dégagée n'a rien de précipité : on dirait qu'il trouve constamment sous ses pas on chemin égal et uni. Le récit est animé, plein de vie,
1 Saint Jean Chrysostome se plaignait déjà de son temps qu'un grand nombre de chrétiens ne connussent même pas l'existence de ce livre. C'est, dit-il, une des raisons qui lui en ont fait entreprendre l'explication : il n'a pas voulu laisser ignorer plus longtemps un si riche trésor [In AcL Iwmil, i, n. 1.)
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et coupé de la manière la plus heureuse par de très beaux discours.
Il y en a surtout trois qui ont su depuis longtemps se concilier l'admiration et les éloges des maîtres les plus habiles dans l'art de bien dire.
Le premier est celui que saint Paul prononça dans Athènes, en présence de l'Aréopage (Act., xvn, 22-31). Tout le monde le connaît. C'est un véritable chefd'œuvre d'adresse et d'habileté. Il est impossible de s'insinuer plus adroitement dans l'esprit de ses auditeurs ^
Le second est celui que le même Apôtre adressa aux fidèles de Milet (xx, 18-35) au moment de les quitter pour ne plus les revoir. Il leur fit ses adieux d'une manière si touchante, qu'il arracha des larmes des yeux de tous ceux qui l'entendirent. Plaignons ceux pour qui de semblables morceaux perdent de leur mérite par cela seul qu'ils appartiennent à la religion, qu'ils la prouvent et qu'ils sont l'œuvre de l'un de ses plus illustres fondateurs.
Le troisième discours est la défense de saint Paul devant Agrippa (Act., xxvi, 1-29). Après un exorde fort adroit, que l'orateur le plus consommé dans son art n'eût pas dédaigné, l'Apôtre aborde son sujet et présente sa défense avec une remarquable habileté. Le dernier trait est d'une délicatesse exquise. « Lors- « que Agrippa, dit J, de Maistre, après avoir entendu u saint Paul, lui dit : // s'en faut de peu que vous ne me (( persuadiez d'éii^e chrétien, l'Apôtre lui répondit : Plàt « à Dieu qu'il ne s'en faillit de rien du tout, et que vous « devinssiez, vous et tous ceux qui m'entendent, sem- « blables à moi, a la réserve de ces liens!... Et il « montra ses chaînes. Après que dix-huit siècles ont « passé sur ces pages saintes, après cent lectures de « celte belle réponse, je crois eiicore la lire pour la pi e-
1 Voyez Annales de jihitosoph. chrél., t. IX, p. 319; M Glaire, t. V, el l'abbé Henry, Eloq. et puéi., \s. 310.
« mipre fois, tant elle me paraît noble, douce, ingé- « nieuse, pénétrante! Je ne puis vous exprimer enfin « à quel point j'en suis touché. Le cœur de d'Alem- « bert, quoique racorni par l'orgueil et par une phi- (( losophie glaciale, ne tenait pas contre ce discours : « jugez de l'effet qu'il dut produire sur ses audi- (( teurs K »