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écrit, en nous habituant à ne pas nous contenter de ces à peu près, de ces aperçus vagues, dont il ne reste rien, et en nous obligeant à nous rendre compte de toutes nos pensées, laisse dans l'esprit des impressions plus profondes, et par conséquent plus durables. Ceux qui le peuvent feront bien aussi d'étudier ces divines Épîtres dans le texte original : ils s'éviteront un grand nombre de difficultés qui proviennent souvent de la traduction.
3° Les citations fréquentes de V Ancien Testament. — En effet, on ne voit pas toujours très bien la justesse de ces citations et la force des preuves que l'auteur semble vouloir en tirer.
Nous nous contenterons de faire, à cet égard, lès observations suivantes : 1° L'Apôtre ne cite pas toujours l'Ancien Testament pour en tirer une véritable preuve ; ce n'est quelquefois qu'une simple approprialion des paroles des Prophètes aux matières qu'il traite. Cela cependant est assez rare. — 2° Lorsqu'il argumente d'après certains passages de l'Ancien Testament, on n'est pas obligé de croire que le sens qu'il donne est toujours le sens littéral. En effet, il argumente souvent d'après le sens spirituel ou mystique, dont les Juifs reconnaissaient l'existence, et dont ils se servaient eux-mêmes dans leurs ouvrages. La seule chose qu'ils pouvaient exiger de saint Paul, c'est que, dans l'usage de ces citations, il ne s'écartât pas des règles établies par leurs docteurs. Or il y était fidèle. Ils ne lui ont du moins jamais reproché de ne les avoir point observées. Le sens spirituel, quand il est certain, peut d'ailleurs servir de preuve comme le sens littéral '.
IV. Beauté et utilité de ces Epîtres. — « Saint Paul, dit « le P. Lacordaire-, est le théologien du Nouveau Teste tament et le dernier degré de la profondeur dans « les choses divines. Venu après Jésus-Christ, quand
1 Voyez Cours élément. d'Écril. sainte, 1. 1, p. 90.
2 Deuxième lettre à un jeune homme, p. 86.
« la révélation de tous les mystères était consommée; « homme de science avant d'être l'homme de Dieu, « il a porté dans les abîmes de l'Incarnation et de la « Rédemption une lumière si énergique, qu'elle éblouit « d'abord, et une intrépidité de foi dont l'expression « abrupte cause une sorte de vertige à l'entendement « qui n'y est pas préparé... Tous les coups de sa « foudre ébranlent et saisissent. 11 n'y a plus rien au- « dessus de lui, pas même David, le poète de Jéhovah; « pas même saint Jean, l'aigle de Dieu : s'il n'apas la « lyre du premier ni le coup d'aile du second, il a « sous lui l'océan tout entier de la vérité et ce calme « des flots qui se taisent. David a vu Jésus-Christ du « haut de la montagne de Sion, saint Jean a reposé (! sur sa poitrine dans un banquet. Pour saint Paul, « c'est à cheval, le corps en sueur, l'œil enflammé, le « cœur tout rempli des haines de la persécution, qu'il « a vu le Sauveur du monde, et que, renversé à terre « sous l'éperon de la grâce, il lui a dit cette parole de « paix : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Saint (! Paul étudié et goûté, mon cher Emmanuel, lesÉcri- « tures sont à vous. »
Or, pour le bien connaître et le mieux goûter, il faut l'étudier dans sa doctrine et dans sa personne.
1° Beauté de sa doctrine. — Le Christianisme tout entier est renfermé dans ses écrits, et il en a exposé la sublime économie avec une profondeur et une éloquence merveilleuses. Saint Thomas ' résume en ces termes les enseignements contenus dans les quatorze Épîtres de saint Paul : « C'est, dit-il, toute la doctrine (c de la grâce considérée dans la tête, dans les princi- « paux membres et dans le reste du corps de l'Église, « c'est-à-dire dans Jésus-Christ qui en est le chef « [ad Hebr.) ; dans ceux qui y exercent l'autorité, soit « spirituelle (/ et // Timoth., ad Tit.), soit temporelle « {ad Philem.), et dans les simples fidèles. Or, envisa-
1 Prolog. inEpist. ad Rom. expositionem.
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« gée sous ce dernier rapport, on peut la considérer « — en elle-même [ad Rom.)\ — dans les moyens par « lesquels elle nous est communiquée, c'est-à-dire les « sacrements de la loi nouvelle (/ Cor.), non ceux de a la loi ancienne {ad Galat.), et dans ceux qui les « administrent (// Corinth.)] — enfin dans ses effets, « dont un des principaux est d'unir fortement entre « elles toutes les parties de l'Église ; unité, féconde et « nécessaire, qui a son principe {ad Ephes.), ses pro- « grès {adPhÛipp.) et ses obstacles, savoir: les erreurs « {ad Coloss.) et les persécutions, soit présentes « (/ Thess.), soit futures (// Thess.). » Le commentaire de saint Thomas est le développement de cette magnifique synthèse.
Il y a sur cette partie des saintes Écritures d'autres travaux d'ensemble, dont les auteurs, sans s'astreindre à étudier épître à épître, verset par verset, ont rapproché les unes des autres les différentes vérités dogmatiques ou morales répandues çà et là dans tout le livre, et ont construit avec ces matériaux le majestueux édifice de la divine théologie de saint Paul. Nous citerons en particulier la Concordance des Épîtres de saint Paul, par M. l'abbé P. le vicomte de la Houssaye, de Saint Paul étudié en vue de la prédication, par M. l'abbé Doublet.
On ne saurait donc trop recommander l'étude de saint Paul. C'est à cette école que s'est formé saint Jean Chrysostome : « Ce que je sais, dit-iP, si je sais « quelque chose, je le dois, non à mes talents, mais « à la lecture assidue et amoureuse que j'ai toujours « faite des écrits de saint Paul. » Bossuet a puisé à la même source, et son génie ne s'élève jamais plus haut que quand il commente quelque passage du grand Apôtre.
Les rationalistes voudraient opposer, sous le nom de Paulinisme, la doctrine de saint Paul à celle des
' Argum. Epist. ad Rom.; Op., t. IX, p. 461, éd. Gaume.
autres Apôtres, en particulier à celle de saint Pierre et de saint Jacques, Ce prétendu antagonisme n'a aucun fondement. Il y a sans doute dans saint Paul plusieurs points sur lesquels il insiste davantage et revient plus souvent que les autres écrivains du Nouveau Testament : telle est, entre autres, la nécessité de la foi et l'inefficacité des observances légales pour être saint. Mais cela tient à des causes particulières : cela lient surtout à ce qu'il s'adresse principalement aux Gentils * et aux docteurs judaïsanls qu'il rencontrait continuellement sous ses pas. Tertullien - mettait les hérétiques de son temps au défi de prouver que saint Paul avait prêché une doctrine différente de celle de saint Pierre et des autres Apôtres. Nous pourrions porter le même défi à nos adversaires '\
2° Beauté de son caractère. — Qui ne connaîtrait saint Paul que par l'étude qu'il aurait faite de sa doctrine, si belle qu'elle soit, ne le connaîtrait qu'imparfaitement. Pour en avoir une connaissance complète, il faut l'étudier de plus dans sa vie, soit privée, soit publique; il faut le voir à l'œuvre, il faut pénétrer dans son cœur et contempler les richesses que Dieu s'est plu à y renfermer : son amour pour Jésus-Christ, dont le nom revient sans cesse sous sa plume*; son esprit de sacrifice ; sa charité pour ses frères, charité si tendre, si pure et si forte ! ses travaux, ses souffrances, son humilité, son désintéressement et le profond mépris qu'il a toujours professé pour le monde et pour les choses du monde % Saint Paul a été, en effet, une image fidèle du divin Maître: et ce mot, échappé un jour à son humilité, résume toute sa vie :
1 Cfr M. Drach, loc. cit., p. liv et suiv.
2 D^ prœseript., cap. xxiii.
3 Cfr M. Drach, loc. cit., p. lxix.
* On a constaté qu'il le répète 386 fois dans ses Épitres, c'est à-dire à peu près une fois par cinq versets, ou une fois par trois phrases (M. de la Houssaye, toc. cit., p. 394).
' Cfr Goncord. des Epil. de saint Paul, append., ch. u, p. 312- 347; M. Drach, lue. cit.
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« Imitatores mei estote, sicut et ego Christi (I Cor, , iv, 16). » On comprend après cela l'enthousiasme de saint Jean Chrysostome pour le grand Apôtre. « 0 Paul, (( s'écrie-t-il % qui me donnera de tenir embrassé ton « corps, de m'attacher à ta tombe, de contempler la « poussière de ce corps où s'achevait la passion du « Christ, oi!i s'imprimaient les divins stigmates, char (( triomphal qui portait l'Évangile aux extrémités du « monde, organe du Christ, foyer des plus resplen- « dissantes lumières, porte-voix sacré d'où s'échap- « paient, comme autant de tonnerres, des paroles ter- « riflantes aux démons.
ARTICLE I