‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 52 sur 89 · II. Explications · texte numérisé non relu

II. Explications

Chap. III, 21-31. — Dans la fin de ce chapitre, la doctrine de la justification par la foi en Jésus-Christ est prouvée directement et par des raisons générales ; on voit aussi qu'elle s'étend à tous les hommes indistinctement (29, 30).

1° La première raison est le témoignage des Écritures : saintPaul a déjà cité llabacuc ; plus loin il citera la Genèse et les Psaumes; c'est donc une doctrine constante (y. 21).

2° Une autre raison est que tous les hommes, ayant péché, sont devenus par là incapables de justice, et que la foi est l'unique moyen qui mette cette grâce

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à la portée de tous (22, 23). C'est le sens des expressions m omnes et super omnes.

« Omnes enim,.. egent gloriâ Dei. » Saint Paul appelle la justification une gloire, la gloire de Dieu. 11 n'y en a pas en effet de plus grande sur la terre ; et elle est, en outre, le fondement et le gage de celle des bienheureux dans le ciel.

3° « Justificati gratis per gratiam ipsius, per re- « demptionem quœ est in Christo Jesu, quem proposuit « Deus propitiationem per fidem in sanguine ipsius, ad « ostensionem j ustitiœ suœ p7'opter remissionem prœceden- « tium delictorum, m sustentatione Dei, ad ostensionem « j ustitiœ ejus in hoc tempore (2-4-26). »

Dieu, qui appelle tous les hommes à participer au bienfait de la justification, le leur communique gratuitement {justificati gratis) : ni la foi ni les œuvres ne peuvent mériter à l'homme le bonheur d'être justifié. Ce don ineffable a pour cause efficiente l'infinie bonté de Dieu {per gratiam ipsius); pour cause méritoire la rédemption ou le sang de Jésus-Christ {per redemptionem quœ est in Christo Jesu) ; pour cause instrumentale la foi, qui est le moyen choisi de Dieu pour nous appliquer les mérites de Jésus-Christ {infide) ; et enfin pour cause finale la manifestation des attributs de Dieu, en particulier, de sa justice, de sa sainteté et de sa patience {ad ostensionem j ustitiœ suœ .. . in sustentatione Dei), Voilà en peu de mots toute l'économie du salut, d'après l'Evangile.

Expliquons encore une ou deux expressions.

a) « Quem proposuit Deus propitiationem (c'est-à-dire « victimam piacularem) per fidem in sanguine ipsius. » Il y a en grec : Stù. tvç ■Klaxccàç èv tw aOroû aï^xn. Suivant Beelen, in sanguine se rapporte, non à fidem, mais à propitiationem : aussi y a-t-il èv tçj vlii-x-i, et non ziç tô «î/xa. Beaucoup cependant embrassent l'autre sentiment, et entendent ces paroles de la foi en l'efficacité du sang de Jésus-Christ, qui a été répandu pour les péchés du monde.

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b) « Ad ostensionem justitiœ suœ propter remissionem « prœcedentium delictorum, in sustentatione Dei : » c'està-dire : « Pour montrer sa justice ou sa sainteté; car « jusqu'ici, dans sa patience [in sustentatione), il avait « négligé de tirer vengeance des péchés des hommes « {propter remissionem). » Il y a, en effet, dans le texte original : Stà tôv Tîâpjo-iv, c'est-à-dire propter prœtei'missionem seu negligentiam, et non pas Stà tâv âyso-tv, qu'on pourrait seul traduire par condonationem seu remissionem. Cette explication de Beelen paraît justifiée par l'ensemble du passage.

On conserve néanmoins plus communément à ce passage le sens de la Vulgate, et l'on rattache ce membre de phrase au commencement du verset : « Quem proposuit Deus... propter rem.issionem, etc.. »

4° « Ubi est ergô gloriatio , tuai Exclusa est. Per « quam legem ? Factorum? Non : sedper legem fidei. Arbi- « tramur enim justificari hominemper fidem sine operibus « legis (27 et 28). »

Ces deux versets sont comme le résumé et la conclusion de ce qui précède. Saint Paul s'y adresse probablement aux Juifs et aux Gentils, lorsqu'il dit : Ubi est ergo gloriatio tua? Par la loi des œuvres^ opposée à la loi de la foi ou à la loi évangélique, il faut donc entendre la loi mosaïque et la loi naturelle, qui n'ont été ni l'une ni l'autre le principe de la justification. — Suivant plusieurs auteurs, l'Apôtre s'adresserait seulement aux Juifs. La loi des œuvres ne serait alors que la loi mosaïque, « qui, dit saint Augustin \ ne pouvait « par elle-même aider à faire ce qu'elle prescrit : « Operum lex, quœ jubet, nonjuvat. »

« Arbitramur enim justificari hominem per fidem sine « operibus legis. » Au lieu de enim {yàp), il y a dans plusieurs manuscrits : igitur (ouv); ce qui indique encore mieux une conclusion. 11 n'y a cependant pas lieu de changer le texte de la Vulgate.

» Serm. cui, n. 7; 0/)., t. V, col. 1046.

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« Pei' fîdem. » Luther avait ajouté dans sa traduction le mot « seulement », que saint Paul n'a pas écrit. Or, comme cette addition avait provoqué de la part des catholiques de vives réclamations : a Dites à votre « papiste, répondit l'hérésiarque à l'un de ses amis, « que le docteur Luther le veut ainsi ; dites-lui de « plus qu'un papiste et jim âne, c'est la même chose. « Ce que j'ai ajouté dans ma traduction y restera : « Sic volo,sicjubeo, sitp7'0 7'a(ione voluntas^. »

« Sine operibus : » quelles qu'elles soient, les œuvres de la loi mosaïque et les œuvres de la loi naturelle. Nous avons déjà remarqué que cette doctrine de la gratuité de la justification n'est pas opposée à celle de la nécessité des œuvres pour le salut, et que par conséquent saint Paul se concilie très bien avec saint Jacques (Epist., II, 17-26). Il suffit de distinguer les temps : saint Paul parle du temps qui précède la justification, et saint Jacques de celui qui la suit-.

1 Cfr la Sainte Bible, avec comm., par M. Drach : Ép. de saint Paul, p. 32.

2 Voici comment saint Augustin, douce siècles à l'avance a réfuté les protestants (Lib. octoginta trium quœslionum, q. 96) : « Prœdicans Paiilus, dit-il, justificavi hominem per fidem sine operibus, non bené intellectus est ab eis qui sic acceperunt dictum Apostoli, ul putarenl, cùm semel in Ckristum credidissenl etiamsi deindé nialc operarentur, se timen salvos esse per jidem. Sed Paulus affirmins hominem justilicari per fidem sine operibus, voluit dicere, si guis jam crediderit, non perlinere ad eum bené operari; veriim ad id poliiis senlentiam illam pronuntiavil, ut nemo merilis priorum operum suurum arbitrarelur se pervenisse ad donum justificatioiiis, quœ est per fidem. Ob hoc enim maxime Genlibus in Cliristum credentibus se Jadœi prceferri cupiebant, quôd dicereni se meritis bonoriim operum, quœ in lege sunt, ad Evangelicam graliam pervenisse; ideôque scandaiizabanlur mulli eorum jùm credentes in Cliristum quôd incireumcisis Genlibus Christi gratia traderetur. Unde Paulus dixit hominem sine operibus pr^ecedentibus justificari per fidem : nàm iustijlcatus jùm per fidem débet juste deinceps operari, llcet nihil juste operatus nec merito suorum operum, sedgratid Dei, ad fîdei justificatiouem pervenerit. Undé manifestum est quôd Paulus dixit hominem justificari per fidem sine operibus, non ità esse intellige^idum ut, accepta jide, si vixerit, dicamus eum justum, etiamsi maie vixerit. Nam si ciim credidit inox de hùc vitâ

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉP. AUX ROMAINS 315

Chap. lY. — 1" Quid ergô dicemus invenisse Abraham « patrem noslrum secundhm carnem (1)?» C'est-à-dire : <( Quel avantage Abraham notre père a-t-il donc trouvé « selon la chair? » En effet, secundhm carnem se rapporte, non à patrem noslrum, mais à invenisse. La réponse à cette question n'est pas exprimée, mais tout le monde la fait : Il n'en a trouvé aucun.

2° « Si enim Abraham ex operibus justificatus est, « habet gloriam, sed von apud Deum (y. 2) : Car, si Abra- « ham a mérité par ses œuvres d'être justifié, il pource rait s'en glorifier devant Dieu : or il ne le peut pas. » Cette phrase est encore une phrase elliptique; c'est comme s'il y avait : a Habet gloriam (apud Deum), « porrô {sed) non habet (gloriam) apud Deum. »

3° « Credenti... reputatur fides ejus ad justitiam

secundrim proposilum gratiœ Dei (^. 5). » Ces dernières paroles : secundhm propositum gratiœ Dei, paraissent avoir été ajoutées au texte. On ne les trouve, en effet, ni dans le grec, ni dans les anciennes versions, ni même, dit Estius, dans tous les exemplaires de la Vulgate. Beelen les regarde comme une glose.

4°. « Fl signum accepit ci7-cumcisionis... ut si't pater « omnium credentium per prœputium. . . et sit pater circum- « cisionis non iis tantiitn qui sunt ex circumcisione, sed et « iis qui sectantur vestigia fidei (1 1 et 42) ». C'est-à-dire : « Il a été circoncis afin d'être le père et des incir- « concis qui imiteraient sa foi, et des circoncis, non « de ceux qui l'imiteraient aussi dans sa foi ». Non de ceux qui seraient seulement circoncis. Comme s'il y avait : non iis qui sunt tanthm ex circumcisione; c'est une transposition. Il y avait dans l'ancienne Italique : eis qui non ex circumcisione tanthm,

diseedat, justificatio fidei manet in itlo sine uUis bonis operibus : nec praecedeutiijus, quia non illonim merilo, sed Dei gratin pervenit ad juslificationem ; nec consequentibus, quia in hàc vild esse nun sinitur.

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Conséquences générales ou communes à tous les chrétiens (v-vin).

Deux conséquences principales découlent de la thèse que saint Paul vient de démontrer : une regarde les chrétiens ou les disciples de Jésus-Christ, et l'autre les Juifs.

I. — La première (v-viii), relative à tous les chrétiens, a pour pensée dominante la surabondance de la grâce justifiante. Saint Paul décrit avec complaisance les merveilleux effets de la justification, l'excellence de ce don (v), la grandeur des obligations qu'il impose et la facilité de les remplir (vi-viii), et montre comment s'opère la réparation de l'homme tout entier, en son âme d'abord, puis en son corps.

1° Ceux qui sont justifiés sont heureux en effet : ils ont la paix avec Dieu ; Jésus les a réconciliés avec son Père, et ils se réjouissent dans l'espérance de posséder un jour le bonheur éternel réservé aux enfants de Dieu (v, 1,2). — Bien plus, nous nous glorifions dans les tribulations, qui augmentent en nous l'espérance du ciel (3, .4) ; et cette espérance ne trompe pas ; nous en avons pour garant l'amour que Dieu nous a témoigné en répandant en nous son Esprit et en mourant pour nous quand nous étions encore ses ennemis (5-11). — La comparaison entre Jésus-Christ et Adam achève de faire comprendre la grandeur du bienfait de la justification (12-21).

2° Puisque la grâce a surabondé là où le péché avait abondé (v, 20), resterons-nous donc dans le péché (vi, 1) pour faire surabonder la grâce? A Dieu ne plaise! Étant morts au péché avec Jésus-Christ, nous ne pouvons plus vivre au péché ; nous devons vivre à Dieu et pour Dieu en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le développement de cette réponse occupe la première partie de ce chapitre (2-14). Le chrétien est, du reste, bien

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armé pour résister au péché : car nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce {^ 14).

3° Le reste de ce chapitre et les deux chapitres suivants sont consacrés à exposer, à prouver et à développer ces deux pensées.

a) L'Apôtre explique d'abord ce qu'il faut entendre par « être sous la loi (vi, lo-23) ». 11 démontre ensuite que nous ne sommes plus, en effet, sous l'empire de la loi, qu'il appelle « une loi de mort (vu, 1-7)». — Non que la loi soit péché ou même en soi cause de péché; elle en est seulement l'occasion. Par elle-même, elle est sainte, juste et bonne (7-13). Ce qu'il prouve par la guerre intestine que l'esprit et la chair se livrent en nous (14-25).

b) Non seulement nous ne sommes plus sous l'empire de la loi, mais nous sommes sous celui de la grâce. L'Esprit viviticateur nous a délivrés par Jésus-Christ de la tyrannie du péché et de la mort. Nous ne devons donc plus vivre selon la chair, mais selon l'Esprit (viii, 1-12). Les motifs de cette conduite sont : le titre d'enfants du Saint-Esprit et la puissance de l'amour (13-29).

n. Explications. — L'idée dominante de ces quatre chapitres (v-viii) est la surabondance de la grâce justifiante. Cinq autres idées secondaires servent à l'exposer et à la développer. Ce sont : a) la source de cette grâce, la charité infinie de Dieu et les mérites de Jésus-Christ (v, 1-H); — b) son efficacité contre le péché originel (v, 12-21); — c) son efficacité contre le péché actuel, auquel il faut renoncer (v); — a?) son efficacité contre la concupiscence, dont elle aide l'homme à triompher (vu) ; — e) son efficacité pour la vie chrétienne, qu'elle perfectionne par la charité (viii).

Nous suivrons cet ordre dans nos explications.*

Chap. v. — Deux pensées résument ce chapitre : la source d'où la grâce justifiante tire sa surabondance; son efficacité contre le péché originel.

a) L'Apôtre énumère les biens merveilleux que la

grâce procure à l'homme et enseigne qu'ils ont pour origine la charité infinie de Dieu faisant miséricorde à des pécheurs, et la mort de Jésus-Christ avec ses mérites (1-11).

h) Cette pensée l'amène à montrer en Jésus-Christ le chef spirituel du genre humain, à établir un beau parallèle entre le Sauveur et Adam, et c'est là qu'il oppose la grâce au péché originel, établissant la réalité universelle de celui-ci, mais faisant ressortir aussi la surabondance de la grâce qui en délivre (12-21). Le fond du Christianisme est tout entier dans cette doctrine : Jésus-Christ, chef spirituel du genre humain, épanche sur tous les hommes sa grâce vivifiante, de même qu'Adam, chef temporel, a t'ait sentir à tous son influence de mort.

2° Proptereà sicut per uniim hominem, etc.. (v, 12-1-4). La comparaison reste ici suspendue, et il faut en chercher le second membre au verset 18, oîi saint Paul la reprend tout entière. De sorte que ces versets 12-17, sans être hors delà question, forment une parenthèse oti l'Apôtre établit la vérité du péché originel, auquel il oppose la plénitude des mérites de Jésus-Christ.

« In quo omnes peccaverunt. » Nous traduisons in quo comme s'il y avait eo quod ; il y a dans le grec èy' w pour inl TO'JTW ÔTt. Beelen^ établit solidement ce sens. Les Pères et la plupart des interprètes latins rapportent ces paroles à Adam et traduisent ainsi : « De même que par un seul homme, en qui tous ont péché, » etc.. -

Quoi qu'il en soit des différentes manières de rendre

1 Comm. in Ep. ad Rom., p. 152 et suiv.

2 Sans entrer dans la controverse qui divise les philologues sur le vrai sens de cette expression, mais pour être juste, nous devons dire que la préposition grecque et:-., avec son régime au datif, marque la cause, de sorte que in quo peut être entendu comme s'il y avait cujus causa (scil. Adami), ce qui s'accorde avec le sentiment des Pères. (Cfr Stock ius : C/avis linguœ N. T. ; Constant. : Lexic. grœc-lat. ; Rob. Et. : Ikesaur. liwj. gr.

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cette expression, il est certain qu'il s'agit en cet endroit de l'existence et de la propagation du péché originel. Voici le raisonnement de saint Paul :

La mort est la peine du péché du premier homme ;

Or tous les hommes meurent ;

Donc tous ont péché en Adam.

On ne peut pas dire, en effet, que la mort leur ait été infligée comme la punition de leurs péchés actuels : non pas qu'ils n'en aient point commis : « Usquè ad (( legem [Moysh) enim peccatian erat in 7nundo ; » mais parce que la peine de mort n'a pas été portée contre les descendants d'Adam , s'ils venaient à offenser Dieu, comme elle l'avait été contre lui : « Peccatum « autem non imputahatur (sous-entendez : ad pœnatn), « qui'm lex (pœnalis hvjuscemodi) non esset. )> Ce châtiment ne leur a donc été infligé qu'à cause du péché originel, lequel, dit le saint concile de Trente \ « origine unum inest unicuique proprium^ non imitatione,

sed propagatione transfusum omnibus. »

Chap. VI. — La grâce et le péché actuel.

1° A la fin du chapitre précédent, saint Paul a dit que la grâce justifiante délivre l'homme non seulement du péché originel, mais aussi des péchés actuels qui se sont multipliés par les infractions de la loi positive. Il développe cette dernière assertion dans ce chapitre vi, où il oppose la surabondance de la grâce aux influences du péché et montre comment elle invite l'homme à s'en préserver. C'est la conséquence pratique de la doctrine sur la justification. Trois pensées résument cet enseignement : 1° Par la grâce du baptême l'homme est mort au péché, de même que Jésus- Christ est mort sur la croix à la vie naturelle (1-8). C'est pourquoi saint Paul dit : in morte ipsius baptizati « sumus, consepulti cum illo. »

Avoir été baptisé dans la mort de Jésus-Christ (m morte ou in mortem), ce n'est pas seulement avoir été

' Sess. V, décret, de pecc. orig. 3.

baptisé au nom et en la puissance de Jésus-Christ, qui est mort pour nous. Saint Paul veut nous faire comprendre par cette expression que ceux qui ont été baptisés l'ont été pour mourir au péché, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui, par sa mort, s'est délivré pour toujours du péché dont il s'était volontairement chargé (Is., un, 6; II Cor., v, 21), et qui, ressuscité d'entre les morts par la puissance de son Père {per gloriam, c'es,t-k-d\reper gloriosam potentiam), vit maintenant à Dieu et ne mourra plus. Pour la même raison,

il ajoute : « Velus homo noster simul crucifixus

« est, ut destf'uatur corpus peccati, et ultra non serviamus « peccato [y. 6). » Le corps du vieil homme est appelé corps dépêché, parce que le corps est l'instrument servile du péché, c'est-à-dire de la concupiscence.

2° Par la même grâce du baptême l'homme, mort au péché , est ressuscité spirituellement , comme Jésus-Christ est sorti du tombeau plein d'une vie toute surnaturelle et impérissable (8-14). Dès lors il doit n'y plus retomber, mais avoir pour le service de Dieu l'ardeur qu'il éprouvait autrefois pour les satisfactions de sa nature.

« Non ergo regnet peccatum in vestro mortali cor- « pore... {h 12). »

(( Non regnet. » Saint Paul ne dit pas : non sit. Ce serait trop exiger de la faiblesse humaine. Les plus grands saints sont pécheurs ; et, s'ils ne le reconnaissent pas humblement, ils ne sont pas saints. Ils sont pécheurs ; mais le péché ne domine plus en eux, ils ne sont plus sous sa servitude ; et, s'ils ne sortent pas toujours sans blessures des luttes qu'ils ont à soutenir contre lui, ces blessures sont légères, et ils ne retombent pas sous sa puissance.

3° De ces considérations résulte l'obligation de renoncer entièrement à la vie du péché, d'y renoncer de cœur, par la consécration de soi à Dieu. Les motifs en sont : la facilité de ce renoncement sous la loi de grâce ; la dignité du chrétien affranchi de la servitude

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du péché ; la vue de la fin dernière, vie éternelle, fruit de cette sainteté (15-23).

Chap. VII. — La grâce et la concupiscence.

Au chapitre précédent, ^. 14 et 20, saint Paul a dit que l'homme baptisé n'est plus sous l'empire de la loi ni dans la servitude du péché, mais sous l'influence de la grâce et au service de la justice. 11 va développer cette pensée dans ce chapitre, où il met en opposition les instincts de la concupiscence, qui sont une suite du péché et trouvent un stimulant dans les prescriptions de la loi, et la puissance de la grâce, par laquelle l'homme en triomphe. Et afin de rendre plus sensible cette elTicacité de la grâce, il expose longuement les tristes effets du penchant au mal. Il le fait par trois considérations :

1" Une comparaison prise de la condition que la loi conjugale imposait aux femmes , qu'elle asservissait sous la puissance du mari. De même la nature humaine était retenue en servitude par la loi ancienne; mais celle-ci ayant été abrogée par l'avènement de la loi de grâce, l'homme est devenu libre de ses prescriptions (1-6). — Voici 'comment l'Apôtre raisonne pour montrer que nous ne sommes plus sous la loi : La puissance de la loi ne s'exerce pas au delà du tombeau : dominatur in homine quanto tempore vivit (scilicet homo) ; quand on est mort, on ne lui est plus soumis : témoin, par exemple, la loi du mariage, qui n'existe pour les conjoints qu'autant qu'ils vivent, et qui cesse d'exister par rapport à eux si l'un des deux seulement vient à mourir. Or, dans le baptême, nous avons été crucifiés avec Jésus-Christ, nous sommes morts avec lui et par lui {per corpus Christi, sous-entendez : mortuum). Nous ne sommes donc plus sous l'empire ou mieux sous la servitude de la loi.

2" La comparaison précédente suscite une objection contre la bonté d'une loi révélée. Saint Paul y ' répond en affirmant que la loi n'a été qu'une occasion ; que le principe du mal n'est point en elle, mais que la

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malice humaine s'est irritée de ce qui devait la réprimer, et portée avec plus d'ardeur vers les choses interdites (7-13). Dans toute la suite de cette explication, l'Apôtre parle à la première personne, et c'est une question controversée entre les exégètes de savoir si cette tournure est une fiction ou l'expression de ses propres sentiments. Suivant l'opinion la plus probable S il parlerait, non en son nom, mais au nom du vieil homme qui n'a pas encore été régénéré par le baptême; et il déclare que c'est par la loi, probablement la loi mosaïque, qu'il a surtout connu la concupiscence, ce foyer de péché allumé en nous par la faute d'Adam et que l'Apôtre désigne très souvent en cet endroit sous le nom de péché [peccalum). En effet, dit-il, j'aurais ignoré les attaques de la concupiscence si la loi, et surtout si la loi de Moïse, qui est encore venue restreindre ma liberté, ne m'eût dit : « Non concupisces. » La loi a donc été pour la concupiscence (peccatum) l'occasion d'opérer en moi, ou plutôt de me faire commettre toute espèce de péché (omnem concupiscentiam). Avant la loi, la concupiscence {peccalum) était comme morte : elle n'agissait pas , ou elle n'agissait presque pas, suivant que par la loi on entende en général toute espèce de loi ou seulement la loi mosaïque.

3° Dans la fin du chapitre (14-25), saint Paul montre comment la loi divine a servi d'occasion à la multiplication des péchés. C'est par la concupiscence, dont tout homme porte en soi le foyer, et que le péché y a excitée. Il décrit avec un vif sentiment de douleur les funestes effets de cette servitude, la lutte intérieure entre la raison et les instincts mauvais, entre l'âme telle que Dieu l'a créée et la chair corrompue, et finit par afiirmer que la grâce méritée par Jésus-Christ triomphera de tout. Deux mots du verset 14 ont besoin d'explication.

1 Gfr Beelen, h. L

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« Lex spiritualis. » La loi est spirituelle, parce qu'elle vient du Saint-Esprit ou parce qu'elle enseigne ce que le Saint-Esprit demande de nous i.

« Ego autem carnalis sum. » C'est une question très débattue parmi les commentateurs de savoir si, dans le reste de ce chapitre, saint Paul continue de parler au nom du vieil homme, ou s'il ne décrit pas l'état de l'homme régénéré, encore assujetti au mouvement de la concupiscence, mais possédant la grâce pour vaincre la tentation. Saint Augustin, saint Thomas,.Estius, Corneille Lapierre, Picquigny, ont embrassé le second sentiment -. Un grand nombre de Pères et la plupart des auteurs modernes -^ soutiennent le premier. Nous le regardons comme plus probable, parce qu'il nous parait mieux appuyé sur le contexte. Deux raisons motivent ce sentiment : a) Le but principal de l'Apôtre en ces chapitres vi, vu, viii. C'est de démontrer l'affranchissement du péché et l'obligation de n'y point retomber. Or ce serait contrarier cet effet que d'insister longuement et fortement sur la violence de la concupiscence dans les âmes régénérées. Il paraît plus naturel d'insister sur l'esclavage du péché, afin d'en détourner et de faire ressortir la parole dite plus haut : « Peccatum in vobis non dominabitur ; non enim « estis siib lege sed sub graliâ (vi, 14). — b) La conclusion de ce tableau confirme ces observations : a infelix ego a homo ! guis me liberabit de cotyore mortis hujus? Gra- « tia Dei. » La grâce est ici opposée à la servitude, et ce ne peut être que la grâce qui en délivre, par conséquent celle qui régénère l'homme *.

4° Nous ajoutons encore quelques explications sur les deux volontés que saint Paul suppose en l'homme et qui se contrarient mutuellement. En réalité, il n'y en a qu'une seule, mais comme elle est

1 Cfr Beelen, h. l.

2 Cfr Estius, Comment, in Patilum.

3 Cfr Beelen, loc. cit.; Drach, loc. cit., p. 56. * Cfr Guillernon, Clef des Epitres, t. I, p. 700.

diversement attirée par des lois opposées, elle éprouve en elle-même de véritables contradictions. Ces lois, l'Apôtre en nomme quatre : La loi de Dieu, seule loi proprement dite et règle souveraine, à laquelle correspond la loi de l'esprit, c'est-à-dire la propension à certaine conformité avec Dieu ; la loi du péché, ou l'empire qu'exerce l'iniquité dans l'homme non régénéré, et que l'homme justifié ressent en sa chair; à cette loi correspond la loi des membres, ou la concupiscence qui est, dans les membres, en liaison étroite avec l'iniquité '.

En résumé , quand je veux faire le bien, je suis comme obligé [invenio legem, i. e., hanc in me malam inclinationem) de faire le mal. Ma raison me dit que la loi de Dieu est bonne, et qu'il faut l'observer; je voudrais le faire, je le veux, mais d'une volonté imparfaite, et je sens dans mes membres une autre loi qui me captive sous le joug du péché, a Suivant Meyer, dont l'explication est adoptée par M. Drach ^ le mot legem du verset 21 doit se rapporter à volenti, et les paroles facere bonum indiquent le but de l'Apôtre, comme s'il y avait ut faciam ou ad faciendum bonum. Il traduit, par conséquent : « Lorsque je veux accom- « plir la loi pour faire le bien, je trouve que le mal « réside en moi. »

Ghap. VIII. — ; La grâce et la vie chrétienne.

Ce chapitre est une des plus belles pages que saint Paul ait écrites. Il nous paraît utile d'en proposer une étude approfondie.

I. — L'idée dominante est la meilleure efficacité de la grâce justifiante pour le perfectionnement et le bonheur de l'homme régénéré par le baptême. Elle est développée par trois idées secondaires : 1° État de sainteté produit par la grâce (y. 1-14). Trois choses concourent à cet état : a) La libération du péché. C'est

1 Cfr Péronne, Anal, raison, des Ep., in h. l. ^ Loc. cit., p. 58.

la sainteté essentielle, conférée dans le baptême par une application totale des mérites de Jésus -Christ (1-3). — b) Affermissement dans le bien par le don d'un nouvel esprit, celui de Dieu, qui met dans le cœur des pensées et des inclinations nouvelles /4-10). — [c Libération de la peine, c'est-à-dire de la mort, par la résurrection qui viendra i)lus tard et mettra le corps en participation de la vie spirituelle (10-14)...

2" Privilèges conférés par la grâce (15-27). Il y en a trois : a) la filiation divine et le droit d'héritage avec Jésus-Christ (15-18); — b) la ferme espérance d'entrer en possession de ces biens, espérance que partagent et à laquelle concourent toutes les créatures, ce qui constitue pour le chrétien une sorte de réintégration dans la royauté primitive, mais par une autre voie, la souffrance au lieu de la jouissance (19-25); — c) la puissance de la prière, qui obtient la fin de l'espérance. Cette puissance a pour principe l'Esprit de Dieu, qui lui-même vivifie la prière (26, 27).

3^ Certitude du bonheur (28-39). Elle est fondée : a) sur la certitude de la prédestination, qui a elle-même pour garantie le don de Jésus-Christ aux hommes, don infiniment supérieur aux biens du ciel (28-34) ; — b) sur la force de la charité qui unit les âmes à Jésus-Christ, les met en sa possession, de sorte qu'aucune puissance créée ne saurait les ravir de ses mains (35-39).

II. — Explications. — 1° « Quod impossibile erat legi, in « quo infinnabatur per carnem, Deus Filium suummiltens « in similitudinem carnis peccati, et de peccato damnavit « peccatum in carnem, ut justificatio legis implerelur in « nobis, qui non secundum carnem ambulamus (3 et 4). » En effet, ce que la loi n'a pu faire, parce qu'elle était affaiblie (m quo pour eo quod) par la chair, Dieu l'a fait: il a envoyé son Fils dans une chair semblable à celle du péché et à cause du péché {de peccato dans le sens de propter peccatum : voyez Joan., x, 33), et il a condamné (c'est-à-dire détruit ou au moins affaibli) le ni. 19

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péché dans noire chair, afin que nous accomplissions les préceptes de la loi {fusti/icatio pour justificationes) en vivant non selon la chair, mais selon l'esprit.

2° « Si autem Christus in vobis est, corpus quidem « mortuum est propter peccatum, etc.. (^ 10). » Notre corps, il est vrai, est condamné à mourir [morti obnoxiuni), à cause du péché originel. Mais, si Jésus-Christ est en nous, notre esprit est vivant, parce que nous sommes justifiés; et l'Esprit de Dieu, qui a ressuscité Jésus-Christ, ressuscitera aussi nos corps.

3° « Nàm exspectatio creatvrœ revelationem filiorum « Dei exspectat. Vanitati enim creatura subjecta est non « vo-lens, sed propter eum qui subjecit eam in spe : quia « et ipsa creatura liberabitur, etc.. (viii, 19-22). «

La nature elle-même a porté la peine de la chute du premier homme et elle a perdu une partie de sa beauté primitive. Mais elle la recouvrera un jour, et elle sera même rétablie dans un état plus parfait. Or, en attendant sa délivrance, disent les Pères, elle gémit, parce qu'elle ne discerne pas les enfants de Dieu ; elle gémit surtout d'être assujettie aux enfants de ténèbres, et d'être entre les mains des méchants un instrument dont ils se servent contre Dieu ^

4°. « Scimus autem quoniàm diligentibus Deum omnia « cooperantur in bonum, iis qui secundwn propositum « vocati sunt sancti. Nàm quos prœscivit, etc.. (28- « 39). »

Contrairement à l'opinion de la plupart des auteurs grecs ^, nous entendons le secundum propositum de ce texte, non de la libre coopération de l'homme à la grâce, mais du choix tout gratuit que Dieu fait de certains hommes pour les appeler à la sainteté : « iis qui vocati sunt sancti. » Le mot « sancti » ne se lit guère que dans la Vulgate. Il y a en grec : -/XyjTotç, non seulement les appelés, mais ceux qui ont répondu à l'appel

1 Cfr Beelen, toc. cit., p. 255. On y trouve de nombreux témoignages des Pères qui établissent cette vérité.

2 Cfr Beelen, loc. cit., p. 267.

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divin; les élus, h.ley.Toïç. Le sens de cette expression est déterminé par le mot àyaTrwvr;? de la première partie du verset.

Mais nous ne croyons pas qu'il s'agisse en cet endroit de la prédestination à la gloire ; il n'y est question, selon nous, que de la prédestination à la grâce. Cela nous semble résulter du contexte. En effet, ce passage est la conclusion de ce qui précède, et l'on n'y parle que de l'heureux état de l'homme affranchi par la grâce de la servitude du péché; Il ne faut donc pas donner à la conclusion plus d'étendue qu'aux prémisses. — Quand il s'agirait de la prédestination à la gloire, on ne pourrait pas au moins démontrer qu'elle a lieu, comme plusieurs théologiens le soutiennent, avant même la prévision de nos mérites : ni le sens naturel des mots, ni le but de l'Apôtre n'exigent cette explication. Le mot prœdestinavit^ ■Kf,oûpi(Ts (y. 29), s'entend souvent, il est vrai, de la prédestination à la gloire ; mais il n'indique pas le mode dont elle se fait. Seul et par lui-même il ne prouve rien (Voyez Act., iv, 18). D'un autre côté, saint Paul, qui veut engager les Romains à faire tout ce qu'ils pourront pour acquérir la gloire éternelle par les souffrances, atteindrait imparfaitement son but, s'il leur disait que tout, en définitive, dépend dans cette question de la volonté absolue de Dieu K

5° « Quis ergô nos separabil à caritate Christil tri- « bulatio? etc.. (^ 35). » C'est-à-dire : « Qui étein- « dra dans le cœur de Jésus l'amour qu'il a pour « nous? » ou « Qui éteindra dans nos cœurs l'amour <f que nous portons à Jésus-Christ, » nous, ses frères, ses amis, ses cohéritiers? Ces deux interprétations ont chacune leurs défenseurs, et paraissent à peu près également autorisées. Le premier sentiment, qui a pour lui saint Jean Ghrysostome, Tolet, Estius et les meilleurs auteurs modernes (Beelen, Meyer), nous

1 Cfr Beelen, loc. cit., p. 273.

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paraît plus en rapport avec le contexte et par conséquent plus probable. Elles sont d'ailleurs corrélatives : L'amour de Jésus-Christ pour l'homme exige un retour de celui-ci, et saint Paul affirme que nulle force naturelle n'est par elle-même capable de détruire l'union surnaturelle de ces deux volontés.

Conséquences particulières aux Juifs (ix-xi).

Souveraine liberté de Dieu dans la dispensation de la grâce.

I. — La réprobation des Juifs incrédules et qui n'attendaient leur salut que de l'observation de la loi, telle est la deuxième conséquence de la doctrine de saint Paul sur la justiflcation.

1° Il ressortait, en effet, de cette doctrine que les Juifs étaient en dehors de la voie qui mène au salut. Cette conséquence devait naturellement contrister la nation juive. Aussi est-elle insinuée plutôt qu'exprimée par saint Paul; et il le fait avec des précautions et une délicatesse pour ainsi dire infinies (ix, 1-5).

On ne peut pas pour cela accuser Dieu d'avoir été infidèle à ses promesses ou d'être injuste. — a) Il n'a point été infidèle à sa parole : car ses promesses ne regardaient pas tous ceux gui descendaient d'Jsi^aël selon la chair : elles étaient seulement pour ceux d'entre eux que Dieu avait librement choisis et préférés aux autres : ce que l'Apôtre démontre par l'exemple d'Isaac et celui de Jacob (y. 6-13). — b) Le Seigneur n'est point injuste : car il est libre et maître absolu de ses dons; il a pitié de qui bon lui semble et il endurcit qui il veut, témoin Pharaon (14-18).

c) Pourquoi donc punit-il ceux qui lui résistent? — Cette instance, répond saint Paul, est souverainement inconvenante. En efi'et, qui sommes-nous pour demander à Dieu raison de sa conduite? On ne laisse

pas cependant que de l'entrevoir. D'abord il montre par là qu'il est libre de faire, à son gré, comme le potier, des vases d'bonneur ou des vases d'ignominie. Il manifeste ensuite la patience admirable avec laquelle il supporte les uns, et les trésors de gloire qu'il répand sur les autres. C'est ce qu'il a fait à l'égard des Juifs et des Gentils, selon que les Prophètes l'avaient annoncé (19-33).

2" — L'incrédulité des Juifs est donc la raison de leur réprobation, comme la foi des Gentils est celle de leur justification. Ce moyen est, du reste, le moyen universel offert par Dieu à tous les hommes , sans distinction de Juif ou de Gentil (x, 1-13). De là, la nécessité de la prédication, pour qu'on puisse connaître les vérités qu'il faut croire (14-17). — De là vient aussi que les Juifs, dont la réprobation a été prédite par les prophètes, sont inexcusables (18-21).

3° La réprobation des Juifs n'a cependant pas été universelle : un certain nombre d'entre eux ont été sauvés, pendant que les autres ont justifié par leur aveuglement les oracles des prophètes (xi, 1-10), — Elle ne sera pas non plus sans retour : Dieu a permis leur apostasie pour en tirer l'occasion du salut des Gentils ; mais un jour ils reviendront en foule au Seigneur, à qui ils sont toujours chers, à cause de leurs pères. Et ce jour sera comme un jour de résurrection pour l'Église. Ainsi Dieu a renfermé tous les peuples dans l'incrédulité, permettant qu'ils y tombassent les uns après les autres, pour leur faire à tous miséricorde. 0 abîme des jugements de Dieu, à qui soit la gloire en toutes choses (11-36) !

IL — Il y a encore ici plusieurs passages à éclaircir.

Chap. IX. — 1° « Optabam enim ego ipse anathema esse a à Chrisio pro fratribus meis , gui sunt cognati mei « secundicm carnem; qui sunt Israelifse, quorum adoptio,

« etc (3-5). »

a) « Optabam... anathema esse à Christo. » « Anathema », c'est-à-dire une victime d'exécration et d'ex-

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piation. L'amour de saint Paul pour ses frères était si grand, que, si cela eût pu se faire, et, par impossible, entrer dans les desseins de Dieu, il eût consenti à être éternellement séparé de Jésus-Christ pour les sauver. Ce souhait, en lui-même, était sans doute contraire à l'ordre de la charité, et la réalisation, par conséquent, n'en était pas possible. Saint Paul ne l'ignorait pas, et il savait que Dieu ne demande à qui que ce soit le sacrifice de sa propre béatitude. Ces paroles sont donc moins un souhait proprement dit qu'une manière plus énergique d'exprimer la grandeur de l'amour que saint Paul avait pour ses frères. — D'autres traduisent simplement : « Je voudrais être pour un temps, en faveur de mes frères, une victime d'exécration aux yeux de Jésus-Christ'. » Nous préférons la première explication.

b) « Quorum est adoptio filiorum. » Dieu était devenu comme le père des Juifs par le choix qu'il avait fait d'eux pour son peuple, et par les bienfaits dont il n'avait cessé de les combler. Mais il s'en fallait bien que les Juifs fussent ses enfants au même titre que les chrétiens ; l'adoption des uns diffère du tout au tout de celle des autres.

c) « Qui est super omnia Deus benedictus in sxcula. « Ame7i. n Ce texte donne lieu à deux observations. La p7-emière concerne l'intégrité de ce passage. Erasme a prétendu que le mot Deus a été ajouté. 11 se fonde sur ce que saint Cyprien et saint Hilaire l'ont omis dans la citation qu'ils ont faite de ces paroles. Mais il se trouve dans le texte grec et dans toutes les versions. — La seconde observation a pour objet le sens de ces paroles, où la divinité de Jésus-Christ est enseignée si clairement et dont plusieurs Pères se sont servis contre les ariens. Pour en éluder la force, les rationalistes en changent la ponctuation : ils mettent un point après secundhm carnem ou même après omnia et font une

1 Cfr M. Drach, loc. cit., p. 74.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉP- AUX ROMAINS 331

nouvelle phrase de la fin de ce verset: « Béni soit Dieu dans les siècles des siècles ! » Mais cette interprétation, qui est nouvelle, est aussi tout à fait arbitraire et n'a été inventée que pour se débarrasser d'un texte gênant. L'étude attentive du contexte en démontre seule la fausseté.

2° « Qauin enim nondhm nati fuissent , aut allquid

« boni egissent aut mali , non ex operibiis, sed ex

« vocante dictum est .* Jacob dilexi, Esau autem odio

« hahui {ii-iZ). »

Nous croyons qu'il s'agit encore en cet endroit de la prédestination gratuite à la grâce et non de la prédestination à la gloire, surtout de la prédestination absolue, antérieure à la prévision des mérites. Ni le contexte, ni le but, ni les expressions de saint Paul ne justifient l'interprétation des thomistes. Si on l'admettait, nous ne voyons pas même comment, à s'en tenir à l'explication rigoureuse de ce passage, on pourrait logiquement rejeter le dogme impie de Calvin et des prédestinatiens touchant la réprobation positive et antérieure à la prévision des démérites. En effet, dit Beelen ', « quod ibi dicitur cùm nondùm nati essent « aut aliquid boni egissent aut mali, id profecto eodem « jure tum ad Jacobum pertinet quàm ad Esaum ; et si « diligere sit ad seternam prœdestinare gloriam, id « quod in antithesi dicitur odio habere, quid aliud sit

« quàm ad seternum prsedestinaresupplicium? Quâ

« verô exegeticâ ratione ex hoc loco efficient (thomistse), (( prœdestinaiionem ad gloriam fieri antè prsevisa « mérita, prœdestinationem autem ad supplicium post (1 prsevisa mérita, illorum nemo, quod sciam, exponere « conatus est. »

3° « Ergo cujus vult miseretur, et quem vult indu- « rat (y. 18). »

1 Loc. cit., p. 300 et 301. On y trouve aussi (p. 321-324) la discussion des textes qu'on a coutume d'alléguer pour appuyer le sentiment des thomistes.

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« Indurat. » On dit que Dieu endurcit les pécheurs comme il est dit ailleurs qu'il les livre à la réprobation (Rom., I, 28). Cela signifie seulement, comme nous l'avons déjà expliqué, que, tout en leur accordant des grâces relativement suffisantes pour leur salut, il s'abstient de leur donner ces grâces de choix avec lesquelles ils feraient certainement le bien, et il s'en abstient à cause des obstacles qu'ils lui opposent euxmêmes les premiers.

4° « 0 homo, tu quis es, gui respondeas JJeo?

« Annon habet potestateni figulus luti eâdem massa ?

« Quod si Deus volens osiendere iram (20-24). »

a) (( Tu quis es, qui respondeas Beo? » L'homme ne doit point discuter contre Dieu : préliminaire important dans l'examen d'une question si délicate, où l'orgueil nous empêche aisément d'apprécier la vérité, si l'on ne commence par l'humilier et le terrasser.

Il ne faut pas, du reste, prendre trop à la lettre la comparaison du potier : en effet. Dieu n'a pas créé les hommes pour les perdre, il a seulement permis leur perte. C'est ce que saint Paul expliquera très clairement plus loin par la conduite de Dieu à l'égard des Juifs incrédules, image de tous les réprouvés. Il se contente actuellement de rappeler que si Dieu agit de la sorte, c'est afin de manifester davantage ses attributs, sa justice [iram), sa puissance, sa bonté et les richesses de sa miséricorde.

b) « Quùd si Deus volens, etc....i » Cette phrase est inachevée. On peut la compléter de cette sorte : « Quelle injustice y a-t-il à ce que Dieu, pour montrer sa justice, sa puissance et les richesses de la grâce qu'il a répandue sur nous, nous, les vases de miséricorde qu'il a appelés gratuitement à la foi et préparés à la gloire, brise un jour, après les avoir longtemps supportés avec patience, les vases de colère qui ne sont bons qu'à être détruits ? »

o° a Sicut in Osée dicit Isaias autem clamât pro

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a Israël (25-33) ». Saint Paul invoque l'autorité

de ces deux prophètes pour prouver que l'appel des Gentils à la grâce de la justification et la réprobation du plus grand nombre des Juifs avaient été également prédits. Mais dans quel sens les a-t-il cités?

a) Les paroles d'Osée (25, 26) se rapportent littéralement à la captivité et au retour des Juifs prévaricateurs. Nous apprenons cependant de saint Paul que, dans l'intention de TEsprit-Saint, les paroles des prophètes se rapportaient aussi aux nations idolâtres. Ces nations n'étaient pas sans doute, au même titre que les Israélites, le peuple de Dieu ; mais elles étaient destinées à le devenir et à porter, dans un sens plus vrai, le nom d'enfants de Dieu.

h) La prédiction d'isaïe (27 et 28) a aussi pour objet, dans le sens httéral, le retour de la captivité ; mais elle doit s'entendre, dans le sens spirituel, du petit nombre des Juifs qui devaient se convertir au temps du Messie. Suivant plusieurs ^ tel est le sens littéral principal de ce passage : toutes les délivrances antérieures n'étaient qu'une figure de ce qui devait se réaliser au temps de Jésus-Christ. On peut traduire ainsi ces paroles : « Quand les enfants d'Israël seraient « aussi nombreux que les grains de sable de la mer, « un petit nombre d'entre eux seulement {reliqidœ) « sera sauvé : car voici que Dieu dans sa justice va « mettre à exécution le décret de destruction [verbum « consummans et abbrevians) qu'il a porté contre ce « pays , et en hâter l'accomplissement {breviatum « faciet). »

Chap. x. — 1° « Finis enim legis Christus, ad justitiam « omni credenti. Moy&es enim scripsif quoniàm jusiiiiam « quœ ex lege est qui fecerit homo, vivet in eâ. Quœ autem « ex fide est justitia, sic dicit : Ne dixeris in corde tuo... « (4-10). »

a) Yoici d'abord le sens général de ce passage : Les

> Cfr M. Guillemon, Clef des Ép., t. I, p. 205.

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Juifs, en repoussant Jésus-Christ, qui est la fin de la loi, ont repoussé la vraie justice ou la justification. En effet, Moïse lui-même, parlant de la justification qui provient de l'observation de la loi, a dit : Qui observe la loi trouvera le bonheur ici-bas ; qui fecerit (sousentendez legem), vivet in eâ. Mais voici comme il parle de la justification qui vient de la foi, ou plutôt comme il la fait parler : « Ne dites point dans votre cœur, « etc.. La parole du salut est dans votre bouche et « dans votre cœur. Confessez de bouche le Seigneur « Jésus, croyez dans votre cœur que le Seigneur l'a « ressuscité d'entre les morts, et vous serez sauvés, « c'est-à-dire vous serez dans la voie du salut ou de la « justification. » Ces deux expressions sont, en efl"et, à peu près synonymes, et il y aurait trop de subtilité à vouloir insister sur l'opposition que saint Paul semble établir entre elles (t. 10).

h) On a demandé dans quel sens l'Apôtre citait les paroles du Deutéronome (xxx, H-15): est-ce dans le sens littéral ou au moins dans le sens spirituel? Telle est, ditBeelen^ l'opinion de Cajétan, de Dominique Soto, de Salmeron, de Justiniani et de Tolet. Ce sentiment est cependant combattu par saint Jean Chrysostome, Théodoret, Estius et la plupart des auteurs modernes (Meyer et Bisping, etc). Suivant eux, ces paroles ont été seulement prises par saint Paul dans un sens accommodatice. Beelen souscrit au même sentiment, mais avec une répugnance très marquée ; « Quarè nonnisi invitas, dit-il, m eam ïvi sententiam qux « Pavlum in illo Mosis effato adhibendo accommodalitio, « ut vacant, sensu usum fuisse exi&timat^. »

1 Loc. cit., p. 332.

2 Nous pensons que saint Paul donne une interprétation littérale des paroles de Moïse en les appliquant à Jésus-Christ. Son intention est de prouver que les Juifs ont été réprouvés à cause de leur incrédulité. Pour cela il pose d'abord un principe : que Jésus-Christ était la fin de la loi ; d'où l'on peut conclure que, pour accomplir la loi parfaitement et y trouver la justice, il fallait croire en Jésus-Christ (saint Chrysostome). Puis il montre

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2° « Quomodo ergo invocabunt in quem non credi- « derunt ? aut quomodo credent ei quem non audie- « runt? etc.. (14, 15) ». Saint Paul prévient ici le reproche que les Juifs auraient pu lui faire de mettre tant de zèle à évangéliser les Gentils. Comment pourrait-on l'accuser, puisqu'il n'y a pas d'autre moyer. d'amener les hommes à la foi et par conséquent de les justifier? — Il fait connaître en même temps la manière extérieure dont Dieu appelle les hommes à la foi : c'est Dieu lui-même qui nous en présente l'objet, par le ministère extérieur de la parole de ceux qui nous sont envoyés de sa part. La foi n'est donc pas le fruit des réflexions ou des propres études de l'homme.

Chap. XI. — 1° « Sicut scriptum est: Dédit ilUs Dev^ (( spiritum compunctionis, etc.. (y. 8). »

« Spiritum compunctionis » : c'est-à-dire un esprit d'assoupissement et d'aveuglement.

2° « Si delictum illor^um divitiœ sunt mundi et dimi- « nutio eorum divitiœ gentium, quanta magh plenitudo « eoinim ? (12-10) ? »

Ces paroles sont claires et peuvent se passer d'explication. Mais nous en signalons l'importance pour aider à résoudre la question si obscure et si débattue de la fin plus ou moins prochaine du monde. Si le rappel ou la conversion des Juifs doit avoir de si grands résultats, si ce doit être pour le monde entier comme une sorte de résurrection, cette conversion ne sera donc pas suivie immédiatement, comme plusieurs le croient, de la fin du monde.

que Moïse avait ainsi compris les choses et enseigné cette doctrine ; qu'en demandant à son peuple l'observance de la loi pour avoir la vie, il avait entendu roi)servance cordiale, gardée par un motif spirituel, c'est-à-dire basée sur la foi. El il ajoute l'explication de ces mots : ascendere in cœlum, descendere in abyssum, et donne à entendre que c'était une mystérieuse, mais prophétique allusion à la divinité de Jésus-Christ et à sa résurrection, et que Moïse avait simplement proposé aux Hébreux une adhésion totale, de cœur et d'action, aux desseins de Dieu.

3° « Nolo enim vos ignorare, fratres, mysterium hoc <( [ut non sitis vobis ipsis sapientes) : quia excitas ex « patate contigit in Israël, donec plenitudo gentium in- (( traret... etc. (25-31). »

a) Le mystère que saint Paul révèle aux Gentils, et dont la révélation doit les tenir dans la crainte et dans l'humilité, n'est pas seulement, comme on pourrait le penser, le rappel futur ou la conversion des Juifs : car il n'y avait rien là qui pût les humilier et les intimider; la certitude de ce rappel devait, au contraire, les remplir de joie. Cet événement fait partie du secret divin ; mais il n'est pas tout le secret, il n'en est même pas la partie la plus essentielle. Il faut donc en chercher ailleurs l'explication. On la trouve dans les paroles suivantes : De même que vous, ô Gentils, « qui autrefois n'aviez pas la foi, avez obtenu miséri- « corde lorsque les Juifs sont tombés dans l'incrédu- « lité ; de même eux (dont l'incrédulité a été cause « que vous avez obtenu miséricorde) obtiendront à « leur tour miséricorde lorsque volts tomberez dans rince crédulité^ (30 et 31). »

Paroles effrayantes, en effet, et qui ont arraché à Bossuet ce cri d'effroi : « Qui ne tremblera en enten- « dant les paroles de l'Apôtre? Pouvons-nous ne pas « être épouvantés de la vengeance qui éclate depuis « tant de siècles si terriblement sur les Juifs, puisque « saint Pawl nous avertit de la part de Dieu que notre i( ingratitude nous attirera un pareil châtiment ^? »

1 « Lorsque vous tomberez dans l'incrédulité. » Ces paroles ne sont pas dans le texte ; mais elles sont dans la pensée de l'Apôtre. La justesse de l'opposition, la force du parallèle, la suite naturelle des idées, tout les réclame. « En effet, sans ce supplé- « ment, le sens demeure confus et incertain, au lieu qu'en le « sous-entendant, tout est suivi, bien lié, et le mystère dévoilé, « aussi bien que le motif qui doit faire trembler les Gentils (Du- « guet, cité par MM. Lehmann, la Quest. du Messie, p. S9). »

2 Disc, sur l'hist. univ., II" part. Au lieu de « nous attirera », on a mis dans plusieurs éditions « peut nous attirer ». Mais la 1'° édition porte « nous attirera ». Voy. OEuvres de Bossuet, nouvelle éd. publiées par Vives, t. XXIV, p, 473.

Ainsi un jour viendra où les Gentils, après être entrés dans l'Église, rejetteront à leur tour le Messie, et 011, dit saint Jérôme \ « comme le péché des- Juifs a « fait le salut des nations, de l'incrédulité des nations « viendra la science d'Israël. Ces deux vérités, ajoute- « t-il, se trouvent dans saint Paul. »

h) La défaillance ou l'apostasie des nations chrétiennes, tel est donc le mystère que Dieu a laissé entrevoir à saint Paul et dont l'Apôtre avait déjà laissé échapper le secret dans l'Épître aux Thessaloniciens, oti il l'appelle « le mystère d'iniquité (II Thess., ii, 7), » et où il le signale déjà comme un point noir à l'horizon, disant : « Le mystère d'iniquité s'opère dès à « présent ^. »

c) Malgré celte défaillance générale des nations chrétiennes entrevue par saint Paul et qu'il désigne sous le nom de discessio (II Thess., ii, 3), l'Église ne cessera cependant jamais d'exister. Elle est bâtie sur le roc, rien ne pourra la renverser, et les promesses divines lui assurent une perpétuelle durée. Elle ne cessera même pas d'être catholique. Il faut, en effet, distinguer dans une nation les individus et le gouvernement, a Le gouvernement peut avoir repoussé l'É- « glise sans que beaucoup d'individus l'aient repous- « sée. Toutefois, de même que la tête couvre le corps, « est son mandataire et le fait juger; de même le gou- « vernement, qui est la tête de la nation, la fait juger « devant l'histoire et devant Dieu. D'où il suit qu'une « nation devient apostate le jour où son gouverne- « ment pose l'acte d'apostasie, bien qu'il puisse y

1 S. Hieronym., Interpret. homil. duarum Origenis in Cant, Caniic, homil. I; Patr.lat. t. XXIII, col. 1127. « Delicto eorum « (scilicet Judœorum), dit-il, salus Gentibus facta est, et rursùm « incredulitate Gentium seientia Israël. Habes utrumque apud Apo- « stolum. »

2 Le P. Bernardin de Picquigny est aussi de ce sentiment: « Circa finem sœculorum, dit-il, génies à fide déficient, ut Apostolus « docet secund. Tessal., cap. ii, n. 3. {Comm. in Rom., hoc loc, p. 169). »

« avoir dans beaucoup d'invididus de précieux restes « de fidélité. On comprend néanmoins que jamais un « gouvernement n'aurait une semblable hardiesse s'il « ne voyait autour de lui une multitude qui encou- (( rage ses desseins ^ Tout cela s'est rencontré dans « l'histoire typique du peuple juif. Le gouvernement « ou le sanhédrin voulut se débarrasser du Christ ; « une multitude s'y prêta avec fureur, et la nation « tout entière en fut chargée devant Dieu et devant « l'histoire, bien qu'il y eût à l'écart beaucoup de « Juifs fidèles, qui furent appelés à l'honneur de force mer les fondements de l'Église -. » Ainsi en serat-il un jour des nations chrétiennes : il suffira que ceux qui les gouvernent aient rompu avec Dieu et Jésus-Christ son Fils, pour qu'on les accuse d'avoir apostasie. Triste perspective, qui commence, hélas 1 presque de toutes parts à frapper et à attrister les regards ^ !

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